Une fois l'élève à cheval, l'instructeur examinera sa positi

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MÉTHODE

D'ÉQUITATION

BASÉE SUR DE NOUVEAUX PRINCIPES

PAR

F. BAUCHER

QUATORZIÈME ÉDITION

REVUE ET AUGMENTÉE

Avec portrait de l'Auteur et 16 planches.

PARIS

LIBRAIRIE MILITAIRE DE J. DUMAINE

LIBRAIRE-ÉDITEUR

RUE ET PASSAGE DAUPHINE, 30

1874

MÉTHODE

D'ÉQUITATION

PARIS.--Imprimerie J. DUMAINE, rue Christine, 2.

[Illustration: Portrait de l'auteur]

MÉTHODE

D'ÉQUITATION

BASÉE SUR DE NOUVEAUX PRINCIPES

PAR

F. BAUCHER

QUATORZIÈME ÉDITION

REVUE ET AUGMENTÉE

Avec portrait de l'Auteur et 16 planches.

PARIS

LIBRAIRIE MILITAIRE DE J. DUMAINE

LIBRAIRE-ÉDITEUR

RUE ET PASSAGE DAUPHINE, 30

1874

PRÉFACE

L'homme a reçu du Créateur une intelligence supérieure à celle des

animaux, non pour les asservir à ses caprices et leur infliger des

mauvais traitements, mais pour en recevoir tous les services qu'il

est en droit de leur demander. Le cheval, ce noble animal, est

peut-être celui dont l'homme a le plus abusé, et les moyens dont on

s'est servi pour le soumettre trahissent l'ignorance autant que la

brutalité. Dès ma jeunesse j'aimai le cheval, et, frappé de

l'incertitude des principes énoncés par tous les auteurs qui ont

écrit sur l'équitation, je cherchai à ouvrir une voie nouvelle et

sûre à tous ceux qui s'occupent de l'éducation du cheval. En 1830

je fis paraître le _Dictionnaire raisonné d'équitation_. La faveur

du public me récompensa de mes laborieuses recherches, et

m'encouragea à persévérer dans mes efforts. Quelques années plus

tard parut ma nouvelle Méthode, qui souleva dans le monde équestre,

d'une part un grand enthousiasme, de la part de quelques-uns une

critique passionnée trop passionnée pour être impartiale. Treize

éditions se succédèrent en vingt-cinq ans, mes ouvrages furent

traduits dans plusieurs langues, et partout les amateurs et les

officiers intelligents adoptèrent mes principes. J'ai déjà dit les

causes qui avaient empêché ma méthode d'être introduite dans la

cavalerie française, malgré l'avis presque unanime de MM. les

officiers consultés.

Que ma plume se taise sur ce triste passé!

Ma Méthode permettait de donner à tous les chevaux l'équilibre du

deuxième genre, et les vingt-six chevaux que j'ai montés en public

en ont été la preuve incontestable. Avec mes dernières innovations,

je donne non-seulement une plus grande facilité pour obtenir sur

tous les chevaux cet équilibre du deuxième genre, je donne encore

les moyens infaillibles _d'obtenir chez tous les chevaux une

légèreté constante_, signe d'un équilibre parfait. C'est cet

équilibre que j'appelle équilibre du premier genre.

Le premier équilibre suffit à tous les besoins de la cavalerie et

de l'équitation ordinaire.

L'équilibre parfait, ou équilibre du premier genre, ne pourra être

donné au cheval que par l'élite des cavaliers. Ce sera l'équitation

transcendantale. En poésie, dans les arts, dans les sciences, il

n'est pas permis à tout le monde d'aller à Corinthe!

DERNIÈRES INNOVATIONS

Depuis quarante ans que je m'occupe de l'art de dresser les

chevaux, j'ai toujours compris que l'unique problème à résoudre par

l'écuyer était de parfaire l'équilibre naturel du cheval, et les

recherches de toute ma vie n'ont eu d'autre but que de rendre plus

facile la solution du problème. Chacune des treize éditions de la

méthode renferme un nouveau progrès qui simplifie le travail de

l'écuyer. A tous les instruments de torture employés précédemment,

je substituai d'abord le mors qui porte mon nom; plus tard, je le

remplaçai par un mors plus doux encore, aux branches plus courtes

et sans gourmette; enfin, aujourd'hui je ne me sers plus que d'un

simple bridon. Qu'on n'aille pas croire que ce bridon, nouveau par

sa disposition, possède une vertu magique qui dispense de l'étude

de la science; ce serait une grave erreur! Ce nouveau bridon

démontre le perfectionnement de ma méthode, l'efficacité des moyens

qu'elle prescrit, puisque avec ce simple frein je puis dompter le

cheval le plus fougueux et le soumettre à ma volonté. Quelque

simples que soient les nouveaux moyens que j'indique, ils ne

peuvent être bien compris dans leurs détails et dans leur ensemble

que par un écuyer habile.

Je dirai donc aux jeunes cavaliers: adressez-vous à un professeur

imbu de tous mes principes et familiarisé avec la pratique de ma

méthode, lui seul pourra vous rendre facile et sûre la route à

parcourir, en vous indiquant ces nuances diverses, ces effets

multiples de mains et de jambes, ce je ne sais quoi que le

sentiment perçoit, que l'oeil du professeur saisit, mais que

l'auteur ne peut écrire. Acquérez ainsi la science, apprenez à vous

servir de ce nouveau bridon, et vous obtiendrez des résultats

inespérés; une fois le cheval dressé, vous pourrez, si tel est

votre bon plaisir, employer à la promenade le mors que vous

préférez.

Du cheval en liberté.

Il n'est personne qui n'ait vu un cheval courant en liberté dans la

prairie. Quelle souplesse, quelle légèreté dans tous ses

mouvements! Prenez ce cheval, mettez-lui une selle, une bride et

cherchez à l'astreindre à votre volonté, quelle métamorphose! Ce

cheval qui, en état de liberté, planait au-dessus du sol, se traîne

péniblement, et s'arrête entre vos jambes. Pourquoi? Le cheval

libre, maître absolu de ses forces, dispose son poids comme il

l'entend, pour exécuter ces mouvements si gracieux que nous

admirons. Dès qu'il est monté par l'homme, il se sent gêné,

paralysé dans sa liberté; il est forcé d'abdiquer sa volonté, et il

n'est pas encore capable de comprendre celle du cavalier. Il existe

alors entre ces deux volontés un état transitoire d'incertitude qui

explique de la part du cheval ces résistances qui dégénèrent en

défense sous son cavalier inexpérimenté. Comment détruire ces

résistances avant-coureurs de la défense, si le cavalier ignore que

la cause de toutes les résistances réside dans le mauvais équilibre

du cheval, par suite du désaccord qui existe entre l'avant et

l'arrière-main? Les translations de poids ne sont faciles qu'autant

que le cheval demeure _droit_, c'est-à-dire que les jambes de

derrière soient sur la même ligne que celle de devant. Avec le

cheval ainsi disposé, la force motrice peut agir avec égalité et

simultanéité de contraction et de détente. L'effet sera transmis de

l'arrière-main à l'avant-main sans décomposition de force, et le

cheval prendra facilement la position utile au mouvement demandé.

Supposez, au contraire, le cheval ayant la croupe en dehors de la

ligne des épaules, aussitôt cesse la juste répartition du poids,

parce que telle partie est trop surchargée, telle autre trop

allégée; les contractions musculaires ne sont plus justes,

l'instrument n'est plus d'accord, et, au moindre changement de

direction, la croupe vient faire arc-boutant aux épaules, et le

cheval résiste. Si le cavalier ne se hâte de détruire la cause de

ces résistances en mettant son cheval _droit_, il n'arrivera jamais

à la légèreté parfaite et constante.

Du sentiment.

La routine traditionnelle veut que tout cavalier qui monte dans le

manége suive la piste près du mur. Je préfère le voir se tracer une

piste à un mètre de distance du mur, afin de m'assurer s'il sait

maintenir son cheval _droit_, sans le secours d'un guide-âne. De

cette manière, le cavalier acquerra, outre le sentiment des lignes,

ce juste accord qui lui permettra de discerner plus facilement la

nature des contractions,--bonnes, si la légèreté en est la

conséquence,--mauvaises, lorsque les résistances du cheval

augmentent au lieu de diminuer. Celui qui n'a pas le sentiment des

contractions est incapable de juger la position du cheval, je veux

dire de sentir si la distribution de son poids est convenable, si

la force est harmonisée par rapport au mouvement à exécuter. Il ne

peut donc ni préparer la position[1] ni la corriger, ni, par

conséquent, atteindre le but qu'il s'est proposé, _améliorer

l'équilibre naturel du cheval en le rendant léger dans tous ses

mouvements_. Le sentiment se développe par l'exercice; l'essentiel

est de suivre la progression que j'indique et de se pénétrer de la

vérité du principe dont un seul mot exprime les conséquences:

«_Équilibre ou légèreté._»

[1] On entend par _position_ la disposition du poids et de la

force du cheval par rapport à chaque mouvement qu'il doit

exécuter.

De la bouche du cheval.

Le langage a été donné à l'homme pour dissimuler sa pensée, a dit

le prince de Talleyrand. Plus loyal que l'homme, le cheval ne peut

pas dissimuler ses impressions. Est-il content de son cavalier, il

lui témoigne sa satisfaction par la mobilité moelleuse de sa

mâchoire. Surprend-il une faute, un oubli (le meilleur cavalier

peut se tromper), l'ami fidèle semble s'attrister; il perd sa

légèreté, son enjouement; si le cavalier comprend cet avis donné à

voix basse, s'il répare sa faute, le cheval se hâte de reprendre

son air de gaieté, et, par la mobilité de sa mâchoire, remercie son

maître d'avoir écouté l'humble remontrance de son serviteur. Mais

la faute s'aggrave-t-elle, l'ignorance et la vanité dédaignent-elles

d'écouter les reproches discrets qui lui sont adressés, alors le

cheval retire sa confiance à ce maître dont il n'est pas compris;

il cesse tout échange de pensées et proteste par le mutisme contre

l'ignorance de son cavalier. On peut contraindre un esclave à

marcher, on ne peut l'obliger à vous témoigner sa satisfaction.

J'ai dit que toutes les résistances du cheval proviennent de son

mauvais équilibre. A qui la faute? Au cavalier! toujours au

cavalier!

Le professeur.

Plus les formules de la science se simplifient, plus important

devient le rôle du professeur instruit, chargé de transmettre

fidèlement la pensée de l'auteur, de la faire appliquer et de

démontrer la vérité de ses principes. J'écris qu'il faut avoir le

cheval _droit_, et j'en dis la raison; mais qui indiquera à l'élève

que son cheval est ou n'est pas droit? Je parle des effets de main,

de jambes et d'éperons employés tantôt _séparément_, tantôt

simultanément. Qui dira au cavalier qui se sera trompé dans

l'emploi de ces aides la cause de son erreur? Qui l'aidera à la

réparer et à prévenir ainsi les conséquences graves qui en

résulteraient? Je dis qu'il faut détruire toutes les causes de

résistances du cheval; mais qui indiquera à l'élève les moyens

justes, opportuns, qu'il devra employer, le degré de force dont il

devra se servir? Qui développera le sentiment de l'élève par des

conseils donnés à propos? Le professeur. Mais je parle du

professeur élevé à mon école, imbu de mes perfectionnements, car

lui seul pourra les transmettre fidèlement et donner les moyens de

les appliquer toujours d'une manière juste, exacte. Je donne les

principes, ils sont vrais; j'indique les moyens, ils sont exacts;

je fais connaître la progression des exercices, ils sont

essentiellement abréviateurs. Mais, vouloir écrire l'application,

ce serait tomber dans la faute de mes devanciers, en confondant

deux choses bien distinctes, la science et l'art. Si l'auteur est

la pensée qui conçoit, la science qui formule, l'habile professeur

sera la parole qui transmet, l'oeil qui observe, la main qui fait

agir.

RÉSUMÉ

DES RAPPORTS OFFICIELS

EN FAVEUR DE LA MÉTHODE.

Dans les dix premières éditions de ma Méthode, j'ai publié, en

entier, les divers rapports officiels de MM. les généraux et

officiers de cavalerie qui se sont occupés de mon système au point

de vue militaire. J'ai jugé nécessaire de ne donner, dans cette

édition, qu'un résumé succinct de toutes ces pièces, afin de

pouvoir publier mes idées nouvelles sans rien changer au format du

livre.

Mes lecteurs me sauront gré, sans doute, de remplacer ainsi ces

rapports élogieux qui m'étaient précieux lors de l'apparition de

mon ouvrage, tant par la spécialité et le talent de leurs

rédacteurs que par l'impartialité qui les a dictés.

Je saisis cette occasion d'exprimer à MM. les officiers de l'armée

ma profonde reconnaissance pour leur juste appréciation de ma

Méthode et le zèle qu'ils ont déployé à son étude. Je me tiendrai

toujours très-honoré de leur haute approbation.

L'intérêt seul du public a pu me déterminer à retrancher de mon

livre leurs remarquables écrits.

Je prie ceux de mes lecteurs qui voudraient lire ces rapports en

entier de se reporter aux éditions précédentes.

Je passerai sous silence quelques lettres qui ont précédé la

mission qui m'a été confiée de faire étudier mon système dans les

corps de troupes à cheval.

_Rapport de M. de Novital, chef d'escadrons, commandant l'école de

Saumur._

Analyse des exercices journaliers.--Progrès constatés, jour par

jour, jusqu'à parfaite éducation obtenue en treize jours pour

quarante chevaux.

M. de Novital continue:

«Les adversaires de M. Baucher veulent lui donner le cachet d'une

imitation des Pignatel, Pluvinel, Newcastle, etc.; mais ces

célèbres écuyers, tout en prêchant l'assouplissement, l'équilibre,

ont-ils enseigné une théorie aussi lucide, aussi juste, aussi bien

raisonnée que celle de M. Baucher? Non.

«La méthode de M. Baucher doit faire école, parce qu'elle s'appuie

sur des principes vrais, fixes, rationnels, motivés. Tout en elle

est mathématique et peut se rendre par des chiffres.

«A lui donc appartient la nouvelle époque qui commence; à lui la

gloire d'avoir mis le cheval dans la dépendance complète du

cavalier en paralysant toute résistance, toute volonté, et en

remplaçant les forces instinctives par des forces transmises.

«L'opinion de MM. les capitaines instructeurs des 5e cuirassiers et

3e lanciers se trouve comprise dans ce que je viens d'émettre.»

Paris, 4 avril 1842.

_Rapport au général Oudinot, par M. Carrelet, colonel de la garde

municipale de Paris._

«..... Je vous dirai qu'officiers et sous-officiers sont unanimes

pour approuver les procédés de M. Baucher, appliqués au dressage

des jeunes chevaux. En quinze jours M. Baucher obtient des

résultats meilleurs que ceux obtenus en six mois par les anciens

procédés. Je suis tellement convaincu de l'efficacité des moyens

professés par M. Baucher, que je vais soumettre à ces procédés tous

les chevaux de mes cinq escadrons.»

Paris, 6 avril 1842.

_Rapport du général marquis Oudinot au Ministre de la guerre._

Constatation des heureux résultats obtenus par la méthode.--Les

principes de M. Baucher sont un grand et incontestable progrès.--Conclut

à ce que les corps de troupes envoient des instructeurs s'initier

à la méthode.

6 avril 1842.

_Rapport du chef d'escadron Grenier, chargé du commandement des

officiers envoyés à Paris pour étudier la Méthode._

Vingt-deux officiers ont reçu les leçons de M. Baucher

lui-même.--Approbation entière des principes et de leurs

démonstrations pratique et orale.--C'est surtout à l'école de

cavalerie que la méthode doit être connue.

Versailles, 24 juillet 1842.

_Rapport demandé par le colonel président de la commission

chargée d'étudier le dressage des jeunes chevaux d'après la

méthode Baucher, et rédigé par M. Desondes, lieutenant au 9e

cuirassiers._

Ce rapport suit jour par jour l'éducation d'un cheval désigné.

Constatation des progrès simultanés du cavalier et du cheval.

La Méthode, par l'excellence de ces principes, remédie à la

mauvaise conformation du cheval.--Elle est appelée à diminuer les

proportions effrayantes des pertes de chevaux.

Enfin, dit M. Desondes, la plus heureuse des innovations doit

amener une révolution dans la cavalerie.

_Rapport du commandant de l'Ecole royale de cavalerie de Saumur._

«..... Je me résume en disant que la nouvelle méthode doit être un

grand bien, une amélioration incontestable pour la cavalerie.

«Je fais donc des voeux pour son adoption et sa prompte

introduction dans l'armée.»

Saumur, 6 août 1842.

_Rapport sur l'essai de la nouvelle méthode fait au camp de

Lunéville, par M. Baucher fils._

«..... La sollicitude éclairée de M. le Ministre de la guerre pour

l'armée est un sûr garant que cette méthode trouvera en lui un

puissant protecteur, et que toutes les troupes à cheval pourront

bientôt mettre à profit les importants avantages que procure son

application.»

_Les Membres de la Commission_:

Capitaines de JUNIAC, de CHOISEUL, GROSJEAN;

lieutenant-colonel HERMET; général GUSLER.

Outre tous ces rapports, j'ai reçu l'adhésion de la plus grande

partie des officiers de cavalerie. Quatre-vingt-trois colonels ou

capitaines, sur cent deux, approuvent mon système.

I

NOUVEAUX MOYENS D'OBTENIR UNE BONNE POSITION DU CAVALIER[2].

On trouvera sans doute étonnant que, dans les premières éditions,

promptement épuisées, de cet ouvrage ayant pour objet l'éducation

du cheval, je n'aie pas commencé par parler de la position du

cavalier. En effet, cette partie si importante de l'équitation a

toujours été la base des écrits classiques.

[2] Ces préceptes s'adressent plus spécialement aux cavaliers

militaires; mais, avec quelques légères modifications, faciles à

saisir, ils peuvent également s'appliquer à l'équitation civile.

Ce n'est pas sans motifs, cependant, que j'ai différé jusqu'à

présent de traiter cette question. Si je n'avais eu rien de nouveau

à dire, j'aurais pu, ainsi que cela se pratique, consulter les

vieux auteurs, et, à l'aide de quelques transpositions de phrases,

de quelques changements de mots, lancer dans le monde équestre une

inutilité de plus. Mais j'avais d'autres idées; je voulais une

_refonte complète_. Mon système pour arriver à donner une bonne

position au cavalier étant aussi une innovation, j'ai craint que

tant de choses nouvelles à la fois n'effrayassent les amateurs,

même les mieux intentionnés, et qu'elles ne donnassent prise à mes

adversaires. On n'aurait pas manqué de proclamer que mes moyens

d'action sur le cheval étaient impraticables, ou qu'ils ne

pouvaient être appliqués qu'avec le secours d'une position plus

impraticable encore. Or, j'ai prouvé le contraire: d'après mon

système, des chevaux ont été dressés par la troupe, quelle que fût

la position des hommes à cheval. Pour donner plus de force à cette

méthode, pour la rendre plus facile à comprendre, j'ai dû l'isoler

d'abord de tous autres accessoires, et garder le silence sur les

nouveaux principes qui ont rapport à la position du cavalier. Je me

réservais de ne mettre ces derniers au jour qu'après la réussite

incontestable des essais officiels. Au moyen de ces principes,

ajoutés à ceux que j'ai publiés sur l'art de dresser les chevaux,

j'abrége également le travail du cavalier, j'établis un système

précis et complet sur ces deux parties importantes, mais jusqu'à ce

jour confuses, de l'équitation.

En suivant mes nouvelles indications, relativement à la position de

l'homme à cheval, on arrivera promptement à un résultat certain;

elles sont aussi faciles à comprendre qu'à démontrer: deux phrases

suffisent pour tout expliquer au cavalier. Il est de la plus grande

importance, pour l'intelligence et les progrès de l'élève, que

l'instructeur soit court, clair et persuasif; celui-ci doit donc

éviter d'étourdir ses recrues par des développements théoriques

trop prolongés. Quelques mots, expliqués avec à-propos,

favoriseront et dirigeront beaucoup plus vite la compréhension.

L'observation silencieuse est souvent un des caractères distinctifs

du bon professeur. Après qu'on s'est assuré que le principe posé a

été bien compris, il faut laisser l'élève studieux exercer lui-même

son mécanisme: c'est ainsi seulement qu'il parviendra à trouver les

effets de tact, qui ne s'obtiennent que par la pratique. Tout ce

qui tient au sentiment s'acquiert, mais ne se démontre pas.

Position du cavalier.

Le cavalier donnera toute l'extension possible au buste, de manière

que chaque partie repose sur celle qui lui est inférieurement

adhérente, afin d'augmenter l'appui des fesses sur la selle; les

bras tomberont sans force sur les côtés; les cuisses et les genoux

devront trouver, par leur face interne, autant de points de contact

que possible avec la selle, les pieds suivront naturellement le

mouvement des jambes.

On comprend dans ces quelques lignes combien est simple la position

du cavalier.

Les moyens que j'indique pour obtenir, en peu de temps, une bonne

position lèvent toutes les difficultés que présentait la route

tracée par nos devanciers. L'élève ne comprenait presque rien au

long catéchisme récité à haute voix par l'instructeur, depuis la

première phrase jusqu'à la dernière; en conséquence, il ne pouvait

pas l'exécuter. Ici, c'est par quelques mots que nous rendons

toutes ces phrases, et ces mots sont compréhensibles pour le

cavalier qui suit mon travail d'assouplissement. Ce travail le

rendra adroit et, par suite, intelligent; un mois ne sera pas

écoulé sans que le conscrit le plus lourd et le plus maladroit ne

soit en état d'être bien placé.

Leçon préparatoire.

(La leçon sera d'une heure; il y aura deux leçons par jour

pendant un mois.)

Le cheval est amené sur le terrain, sellé et bridé; l'instructeur

ne prendra pas moins de deux élèves; l'un tiendra le cheval par la

bride, tout en observant le travail de l'autre, afin de l'exécuter

à son tour. L'élève s'approchera de l'épaule du cheval et se

disposera à monter; à cet effet, il prendra et séparera avec la

main droite une poignée de crins, qu'il passera dans la main

gauche, le plus près possible de leurs racines, sans qu'ils soient

tortillés dans la main; il saisira le pommeau de la selle avec la

main droite, les quatre doigts en dedans, le pouce en dehors; puis,

après avoir ployé légèrement les jarrets, il s'enlèvera sur les

poignets. Une fois la ceinture à la hauteur du garrot, il passera

la jambe droite par-dessus la croupe sans la toucher et se mettra

légèrement en selle. Ce mouvement de voltige étant d'une très

grande utilité pour l'agilité du cavalier, on le lui fera

recommencer huit ou dix fois, avant de le laisser s'asseoir sur la

selle. Bientôt la répétition de ce travail lui donnera la mesure de

ce qu'il peut faire au moyen de la force bien entendue de ses bras

et de ses reins.

Travail en selle.

Ce travail doit se faire en place; on choisira de préférence un

cheval vieux et froid. (Les rênes nouées tomberont sur le col).

Une fois l'élève à cheval, l'instructeur examinera sa position

naturelle, afin d'exercer plus fréquemment les parties qui ont de

la tendance à l'affaissement ou à la roideur. C'est par le buste

que l'instructeur commencera la leçon. Il fera servir à redresser

le haut du corps les flexions des reins qui portent la ceinture en

avant; on tiendra pendant quelque temps dans cette position le

cavalier dont les reins sont mous, sans avoir égard à la roideur

qu'elle entraînera les premières fois. C'est par la force que

l'élève arrivera à être liant, et non par l'abandon tant et si

inutilement recommandé. Un mouvement obtenu d'abord par de grands

efforts n'en nécessitera plus au bout de quelque temps, parce qu'il

y aura adresse, et que, dans ce cas, l'adresse n'est que le

résultat des forces combinées et employées à propos. Ce que l'on

fait primitivement avec dix kilogrammes de forces se réduit ensuite

à sept, à cinq et à deux. L'adresse sera la force réduite à deux

kilogrammes. Si l'on commençait par une force moindre, on

n'arriverait pas à ce résultat. On renouvellera donc souvent les

flexions de reins en laissant parfois l'élève se relâcher

complétement, afin de lui faire bien saisir l'emploi de force qui

donnera promptement une bonne position au buste. Le corps étant

bien placé, l'instructeur passera 1º à la leçon du bras, laquelle

consiste à le mouvoir dans tous les sens, d'abord ployé et ensuite

tendu; 2º à la leçon de la tête; celle-ci devra tourner à droite et

à gauche sans que ses mouvements réagissent sur les épaules.

Dès que la leçon du buste, des bras et de la tête donnera un

résultat satisfaisant, ce qui doit arriver au bout de quatre jours

(huit leçons), on passera à celle des jambes.

L'élève éloignera, autant que possible, des quartiers de la selle

l'une des deux cuisses; il la rapprochera ensuite avec un mouvement

de rotation de dehors en dedans, afin de la rendre adhérente à la

selle par le plus de points de contact possible. L'instructeur

veillera à ce que la cuisse ne retombe pas lourdement; elle doit

reprendre sa position par un mouvement lentement progressif et sans

secousses. Il devra, en outre, pendant la première leçon, prendre

la jambe de l'élève et la diriger pour bien lui faire comprendre la

manière d'opérer ce déplacement. Il évitera ainsi la fatigue et

obtiendra de plus prompts résultats.

Ce genre d'exercice nécessite de fréquents repos; il y aurait

inconvénient à prolonger la durée du travail au delà des forces de

l'élève. Les mouvements d'adduction (qui rendent la cuisse

adhérente à la selle) et ceux d'abduction (qui éloignent) devenant

plus faciles, les cuisses auront acquis un liant qui permettra de

les fixer à la selle dans une bonne position. On passera alors à la

flexion des jambes.

Flexion des jambes.

L'instructeur veillera à ce que les genoux conservent toujours leur

adhérence parfaite avec la selle. Les jambes se mobiliseront comme

le pendule d'une horloge, c'est-à-dire que l'élève les remontera

jusqu'à toucher le troussequin de la selle avec les talons. Ces

flexions répétées rendront les jambes promptement souples, liantes,

et leur mouvement indépendant de celui des cuisses. On continuera

les flexions de jambes et de cuisses pendant quatre jours (huit

leçons). Pour rendre chacun de ces mouvements plus correct et plus

facile, on y consacrera huit jours (ou quatorze leçons). Les

quatorze jours (trente leçons) qui resteront pour compléter le mois

continueront à être employés au travail d'assouplissement en place;

seulement, pour que l'élève apprenne à combiner la force de ses

bras et celle de ses reins, on lui fera tenir progressivement des

poids de 2 à 5 kilogrammes à bras tendu. On commencera cet exercice

par la position la moins fatigante, le bras ployé, la main près de

l'épaule, et on poussera cette flexion à la plus grande extension

du bras. Le buste ne devra pas se ressentir de ce travail et

restera maintenu dans la même position.

Des genoux.

La force de pression des genoux se jugera, et même s'obtiendra à

l'aide du moyen que je vais indiquer. Ce moyen, qui de prime abord

semblera peut-être futile, amènera cependant de très-grands

résultats. L'instructeur prendra un morceau de cuir de l'épaisseur

de cinq millimètres et long de cinquante centimètres; il placera

l'une des extrémités de ce cuir entre les genoux et le quartier de

la selle. L'élève fera usage de la force de ses genoux pour ne pas

le laisser glisser, tandis que l'instructeur le tirera lentement et

progressivement de son côté. Ce procédé servira de dynamomètre pour

juger des progrès de la force. Quelques paroles encourageantes

placées à propos stimuleront l'amour-propre de chaque élève.

On veillera avec le plus grand soin à ce que chaque force qui agit

séparément n'en mette pas d'autres en jeu, c'est-à-dire que le

mouvement des bras n'influe jamais sur leurs épaules; il devra en

être de même pour les cuisses, par rapport au tronc; pour les

jambes par rapport aux cuisses, etc., etc. Le déplacement et

l'assouplissement de chaque partie isolée une fois obtenus, on

déplacera momentanément le haut du corps, afin d'apprendre au

cavalier à se remettre en selle lui-même. Voici comment on s'y

prendra: l'instructeur, placé sur le côté, poussera l'élève par la

hanche, de manière que son assiette se trouve portée en dehors du

siége de la selle. Avant d'opérer un nouveau déplacement,

l'instructeur laissera l'élève se remettre en selle, en ayant soin

de veiller à ce que, pour reprendre son assiette, il ne fasse usage

que des hanches et des genoux, afin de ne se servir que des

parties les plus rapprochées de l'assiette. En effet, le secours

des épaules influerait bientôt sur la main, et celle-ci sur le

cheval; le secours des jambes pourrait avoir de plus graves

inconvénients encore. En un mot, dans tous les déplacements, on

enseignera à l'élève à ne pas avoir recours, pour diriger, aux

forces qui maintiennent à cheval; à ne pas employer, pour s'y

maintenir, celles qui dirigent.

A l'aide de cette gymnastique équestre justement combinée, on

arrive, au bout d'un mois, à faire exécuter facilement à tous les

conscrits les exercices qui semblaient les plus contraires à leur

organisation physique.

L'élève ayant franchi les épreuves préliminaires, attendra avec

impatience les premiers mouvements du cheval pour s'y livrer avec

l'aisance d'un cavalier déjà expérimenté.

Quinze jours (trente leçons) seront consacrés au pas, au trot et

même au galop. Ici l'élève doit uniquement chercher à suivre les

mouvements du cheval; en conséquence, l'instructeur l'obligera à ne

s'occuper que de sa position et non des moyens de direction à

donner au cheval. On exigera seulement que le cavalier marche

d'abord droit devant lui, puis en tous sens, une rêne de bridon

dans chaque main. Au bout de quatre jours (huit leçons), on pourra

lui faire prendre la bride dans la main gauche. On s'attachera à

ce que la main droite, qui se trouve libre, reste à côté de la

gauche, afin que le cavalier prenne de bonne heure l'habitude

d'être placé carrément (les épaules sur la même ligne); le cheval

trottera également à droite et à gauche. Lorsque l'assiette sera

bien consolidée à toutes les allures, l'instructeur expliquera

d'une manière simple les rapports qui existent entre les poignets

et les jambes, ainsi que leurs effets séparés[3].

[3] Voir les principes pour l'éducation du cheval.

Éducation du cheval.

Ici le cavalier commencera l'éducation du cheval, en suivant la

progression que j'ai indiquée et que l'on trouvera ci-après. On

fera comprendre à l'élève tout ce qu'elle a de rationnel, et par

quelle liaison intime se suivent, dans leurs rapports, l'éducation

de l'homme et celle du cheval. Au bout de quatre mois à peine, le

cavalier pourra passer à l'école de peloton; les commandements ne

seront plus qu'une affaire de mémoire; il lui suffira d'entendre

pour exécuter, car il sera maître de son cheval.

J'espère que la cavalerie comprendra (comme elle a déjà compris mon

mode d'éducation du cheval) tout l'avantage des moyens que

j'indique pour tirer le plus large parti possible du peu de temps

que chaque soldat reste sous les drapeaux.

J'ai également la conviction que l'emploi de ces moyens rendra

prompte et parfaite l'éducation des hommes et des chevaux.

RÉSUMÉ ET PROGRESSION.

Jours. Leçons.

1º Flexion des reins pour servir à l'extension du

buste 4 8

2º Rotation, extension des cuisses et flexion des

jambes 4 8

3º Exercice général et successif de toutes les

parties 8 14

4º Déplacement du tronc, exercice des genoux et

des bras avec des poids dans les mains 14 28

5º Position du cavalier sur le cheval au pas, au

trot et au galop, pour façonner et fixer

l'assiette à ces différentes allures 15 30

6º Éducation du cheval par le cavalier 50 100

-----------

TOTAL 95 188

II

DE L'ÉQUILIBRE DU CHEVAL.

L'harmonie du poids et des forces du cheval donne l'équilibre

de la masse.

L'équilibre de la masse produit l'harmonie des mouvements.

BAUCHER.

Tout être organisé, pour conserver la liberté et la sûreté de ses

mouvements, est astreint à observer la loi de l'équilibre. Le

cheval monté, plus que tout autre animal, est soumis à cette loi,

car non-seulement il doit calculer ses mouvements par rapport à sa

propre masse, mais le poids additionnel de son cavalier tend à

déranger constamment son équilibre naturel.

L'importance majeure d'équilibrer le cheval a été vivement sentie

par le monde équestre: aussi tout écuyer se pique d'honneur et veut

trouver le secret de ce noeud gordien.

Dans notre XIXe siècle, où toutes choses doivent être traitées

scientifiquement, il est tout naturel qu'on ait demandé à la

science le secret de l'équilibre. La science a répondu par un

problème:--Pour équilibrer votre cheval, cherchez son centre de

gravité.

Cette réponse n'a pas manqué d'exciter une noble ardeur.

Tout le monde s'est mis à l'oeuvre. On cherche le centre de

gravité partout, toujours....., mais on ne le trouve pas. Des

contradictions sans nombre surgissent chaque jour, les discussions

s'enveniment, les traités d'équitation tournent au pamphlet, les

découvertes restent nulles et le centre de gravité continue à se

promener dans le domaine dont on l'a fait seigneur et maître. Un si

grand personnage devrait cependant n'être pas introuvable, eu égard

aux limites restreintes qui le renferment.

Combien d'écuyers ont usé leur persévérance à cette vaine

recherche! Mais aussi, qui n'aurait voulu connaître la solution

d'un problème qui, d'un seul coup, tranchait les difficultés de

l'équitation en donnant l'équilibre du cheval?

La science avait parlé; comme tout le monde, je crus à son oracle.

Me voilà donc livré, pendant des années entières, à des recherches

journalières.

Résultats nuls! Ceux de la veille étaient contredits par ceux du

lendemain.

Fallait-il donc, cependant, parce qu'il plaisait au centre de

gravité de voyager incognito, laisser le cheval et son cavalier

exposés aux dangers qu'entraîne le défaut d'équilibre!

Pour m'aider dans mes recherches, je m'adressais aux

écuyers-auteurs. Ils mettaient une grande érudition à m'expliquer

le déplacement du centre de gravité, quand, par exemple, une jambe

se porte en avant, suivie de la jambe diagonalement opposée; ou

bien quand le rassembler s'opère, ou quand le cheval se cabre, rue,

etc.

Il est là, disait l'un; non, je le _vois_ de ce côté, disait

l'autre; et ces vaines discussions se continuent encore parce que

l'on ne veut pas remonter aux causes premières, et que les effets

absorbent l'attention générale.

On étudie la manière d'être du centre de gravité. Pourquoi? Je

l'ignore. En saine pratique, n'avons-nous pas le poids du cheval à

répartir et sa force à coordonner? N'avons-nous pas à combiner les

forces opposées du cavalier (main et jambes)? Si nous nous rendons

compte des effets de ces divers agents, et si nous en tirons le

parti convenable, nous arriverons à notre équilibre, sans avoir à

nous préoccuper du centre de gravité.

Messieurs les théoriciens, préparez vos anathèmes! je vais porter

une main profane sur le dieu de vos rêves et briser votre idole,

après avoir, il est vrai, dans mon ignorance, brûlé sur son autel

un inutile encens.

Votre centre de gravité ne donne, n'entraîne, ni ne produit rien.

Il existe incontestablement, mais à l'état de passivité.

Vous voulez l'ériger en cause, il n'est qu'effet.

Quelle que soit votre opinion à son égard, il fonctionnera toujours

dans le même ordre: bien, si votre mouvement est juste; mal, si

votre mouvement est irrégulier.

Pourquoi donc, à propos d'équitation, avoir sans cesse à la bouche

des mots scientifiques, sonores il est vrai, mais vides de sens et

propres, tout au plus, à retarder les progrès de l'art, par

l'obscurité qu'ils répandent sur les théories?

Tenez, messieurs, abandonnez simplement le centre de gravité aux

influences qui le gouvernent, et cessez les discussions qu'il

excite depuis trop longtemps. Au lieu d'enfourcher un nuage pour

chevaucher à la recherche d'une idée aussi introuvable qu'inutile,

montez un vrai cheval, et probablement vous approuverez les

principes que je vais appliquer à l'obtention et au maintien de

l'équilibre du cheval.

III

DE L'EMPLOI RAISONNÉ DES FORCES DU CHEVAL.

Le cheval, comme tous les êtres organisés, est doué d'un poids et

d'une force qui lui sont propres. Le poids, inhérent à la matière

constitutive de l'animal, rend sa masse inerte et tend à la fixer

au sol. La force, au contraire, par la faculté qu'elle lui donne de

mobiliser ce poids, de le transférer de l'une à l'autre de ses

parties, communique le mouvement, en détermine la vitesse, la

direction et constitue l'équilibre.

Pour rendre cette vérité palpable, supposons un cheval au repos.

Son corps sera dans un parfait équilibre, si chacun de ses membres

supporte exactement la part du poids qui lui est dévolue dans cette

position. S'il veut se porter en avant au pas, il devra

préalablement transférer, sur les jambes qui resteront fixées au

sol, le poids que supporte celle qu'il en détachera la première. Il

en sera de même pour les autres allures, la translation s'opérant

au trot, d'une diagonale à l'autre; au galop, de l'avant à

l'arrière-main, et réciproquement. Il ne faut donc jamais confondre

les manières d'être du poids et de la force. Le poids n'est que

passif, la force déterminante est active. C'est en reportant le

poids sur telles ou telles extrémités que la force les mobilise ou

les fixe. La lenteur ou la vitesse des translations détermine les

différentes allures, qui sont elles-mêmes justes ou fausses, égales

ou inégales, suivant que ces translations s'exécutent avec justesse

ou irrégularité.

On comprend que cette puissance motrice se subdivise à l'infini,

puisqu'elle est répartie sur tous les muscles de l'animal.

Quand ce dernier en détermine lui-même l'emploi, je les appelle

_instinctives_; je les nomme _transmises_[4] lorsque le cavalier en

coordonne l'emploi. Dans le premier cas, l'homme, dominé par son

cheval, reste le jouet de ses caprices; dans le second, au

contraire, il en fait un instrument docile, soumis à toutes les

impulsions de sa volonté. Le cheval, dès qu'il est monté, ne doit

donc plus agir que par des forces transmises ou harmonisées.

L'application constante de ce principe constitue le vrai talent de

l'écuyer.

[4] Plusieurs pamphlétaires très-_érudits_ et _profonds

anatomistes_ ont beaucoup discuté sur cette expression: _forces

transmises_, n'ayant, disaient-ils agréablement, rien trouvé de

semblable dans les chevaux qu'ils avaient écorchés à l'école

d'Alfort. On reconnaîtra sans doute avec moi que cette

bouffonnerie est fort concluante.

Pour parler sérieusement, je déclare qu'en employant l'expression

_transmises_, je ne prétends pas créer des forces en principe,

mais seulement en fait. Je parviens à diriger et à utiliser des

forces qui, par suite de contractions et de résistances,

demeuraient complétement inertes, et qui seraient conséquemment

comme si elles n'étaient pas. N'est-ce point là une espèce de

transmission?

Mais un tel résultat ne peut s'obtenir instantanément. Le jeune

cheval, habitué à régler lui-même, dans sa liberté, l'emploi de ses

ressorts, se soumettra d'abord avec peine à l'influence étrangère

qui viendra en disposer sans intelligence. Une lutte s'engagera

nécessairement entre le cheval et le cavalier; celui-ci sera

vaincu s'il ne possède l'énergie, la persévérance et surtout

les connaissances nécessaires pour arriver à ses fins. Les forces

de l'animal étant l'élément sur lequel l'écuyer doit agir

principalement, pour les dominer d'abord et les diriger ensuite,

c'est sur elles avant tout qu'il lui importe de fixer son

attention. Il recherchera quelles sont les parties où elles se

contractent le plus pour la résistance, les causes physiques qui

peuvent occasionner ces contractions. Dès qu'il saura à quoi s'en

tenir sur ce point, il n'emploiera envers son élève que des

procédés en rapport avec la nature de ce dernier, et les progrès

seront alors rapides.

Malheureusement, on chercherait en vain dans les auteurs anciens et

modernes qui ont écrit sur l'équitation, je ne dirai pas des

principes rationnels, mais même des données quelconques sur ce qui

se rattache à l'emploi raisonné des forces du cheval. Tous ont bien

parlé de _résistances_, d'_oppositions_, d'_équilibre_, mais aucun

n'a su nous dire ce qui cause ces résistances, comment on peut les

combattre, les détruire, et obtenir cette légèreté, cet équilibre,

qu'il nous recommande si instamment. C'est cette grave lacune qui a

jeté sur les principes de l'équitation tant de doutes et

d'obscurité; c'est elle qui a rendu cet art stationnaire pendant si

longtemps; c'est cette grave lacune, enfin, que je crois être

parvenu à combler.

Et d'abord, je pose en principe que toutes les résistances des

jeunes chevaux proviennent, en premier lieu, d'une cause physique,

et que cette cause ne devient morale que par la maladresse,

l'ignorance ou la brutalité du cavalier. En effet, outre la roideur

naturelle, commune à tous ces animaux, chacun d'eux a une

conformation particulière dont le plus ou le moins de perfection

constitue le degré d'harmonie existant entre le poids et les

forces. Le défaut de cette harmonie occasionne l'imperfection des

allures, la difficulté des mouvements, en un mot, tous les

obstacles qui s'opposent à une bonne éducation. A l'état libre,

quelle que soit la mauvaise structure du cheval, l'instinct seul

lui suffira pour disposer ses forces de manière à maintenir son

équilibre; mais il est des mouvements qui lui sont impossibles,

jusqu'à ce qu'un travail préparatoire l'ait mis à même de suppléer

aux défectuosités de son organisation par un emploi mieux combiné

de sa puissance motrice[5]. Le cheval n'exécute un mouvement avec

légèreté qu'à la suite d'une position donnée; s'il est des forces

qui s'opposent à cette position, il faut donc les annuler d'abord

pour les remplacer par celles qui pourront, seules, la déterminer.

[5] J'engage beaucoup les amateurs désireux de suivre mes

préceptes dans tout ce qu'ils ont de naturel et de méthodique, à

bien prendre garde d'y mêler des moyens pratiques qui y sont

étrangers et contraires. Dans le nombre de ces grotesques

inventions se trouve placé le jockey anglais ou l'homme de bois,

auquel de graves auteurs ont attribué des propriétés que la saine

équitation réprouve; en effet, la force permanente du bridon dans

la bouche du cheval est une gêne et non pas un avis; elle lui

apprend à revenir sur lui-même en s'acculant, pour en éviter la

sujétion. A l'aide de cette force brutale, il connaîtra de bonne

heure comment il peut se soustraire aux effets de main du

cavalier.

C'est à cheval, et par de justes et progressives oppositions de

main et de jambes, que l'on obtiendra des résultats prompts et

infaillibles, résultats qui seront tous en faveur du mécanisme et

de l'intelligence du cavalier. Si le cheval présentait quelques

difficultés dangereuses, un second cavalier, à l'aide du caveçon,

produirait une action suffisante sur le moral du cheval, pour

donner le temps à celui qui le monte d'agir physiquement, afin de

disposer la masse dans le sens du mouvement qu'on veut exiger.

Mais, on le voit, il faut une intelligence pour parler

intelligiblement au cheval, et non pas une machine fonctionnant

brutalement.

Or, je le demande, si, avant d'avoir surmonté ces premiers

obstacles, le cavalier vient y ajouter le poids de son propre corps

et ses exigences maladroites, l'animal n'éprouvera-t-il pas une

difficulté plus grande encore pour exécuter certains mouvements?

Les efforts qu'on fera pour l'y astreindre, étant contraires à sa

nature, ne devront-ils pas se briser contre cet obstacle

insurmontable? Il résistera naturellement, et avec d'autant plus

d'avantage, que la mauvaise répartition de son poids et de ses

forces suffira pour annuler l'action du cavalier. La résistance

émane donc ici d'une cause physique; cette cause devient morale dès

l'instant où, la lutte se continuant avec les mêmes procédés, le

cheval commence à combiner lui-même les moyens de se soustraire au

supplice qu'on lui impose, lorsqu'on veut ainsi forcer des ressorts

qu'on n'a pas assouplis d'avance.

Quand les choses en sont là, elles ne peuvent qu'empirer. Le

cavalier, dégoûté bientôt de l'impuissance de ses efforts,

rejettera sur le cheval la responsabilité de sa propre ignorance;

il flétrira du nom de rosse un animal qui possédait peut-être de

brillantes ressources, et dont, avec plus de discernement et de

science, il aurait pu faire une monture dont le caractère serait

aussi docile et soumis que les allures seraient gracieuses et

agréables. J'ai remarqué souvent que les chevaux réputés

indomptables sont ceux qui développent le plus d'énergie et de

vigueur, dès qu'on a su remédier aux inconvénients physiques qui

paralysaient leur essor. Quant à ceux que, malgré leur mauvaise

conformation, on finit par soumettre à un semblant d'obéissance, il

faut en rendre grâce à la mollesse seule de leur nature; s'ils

veulent bien s'astreindre à quelques exercices des plus simples,

c'est à condition qu'on n'exigera pas davantage, car ils

retrouveraient bien vite leur énergie pour résister à des

prétentions plus élevées. Le cavalier pourra donc les faire marcher

aux différentes allures; mais quel décousu, quelle roideur, quel

disgracieux dans leurs mouvements, et quel ridicule de semblables

coursiers ne jettent-ils pas sur le malheureux qu'ils ballottent et

entraînent ainsi à leur gré, bien plus qu'ils ne se laissent

diriger par lui! Cet état de choses est tout naturel, puisqu'on n'a

pas détruit les causes premières qui le produisent: _la mauvaise

répartition du poids et des forces et la roideur qu'elle entraîne à

sa suite_.

Mais, va-t-on m'objecter, puisque vous reconnaissez que ces

difficultés tiennent à la conformation du cheval, comment est-il

possible d'y remédier? Vous n'avez probablement pas la prétention

de changer la structure de l'animal et corriger la nature? Non sans

doute; mais tout en convenant qu'il est impossible de donner plus

d'ampleur à une poitrine étroite, d'allonger une encolure trop

courte, d'abaisser une croupe élevée, de raccourcir et d'étoffer

des reins longs, faibles et étroits, je n'en soutiens pas moins que

si je détruis les contractions diverses occasionnées par ces vices

physiques, si j'assouplis les muscles, si je me rends maître des

forces au point d'en disposer à volonté, il me sera facile de

prévenir ces résistances, de donner plus de ressort aux parties

faibles, de modérer celles qui sont trop vigoureuses, et de

suppléer ainsi aux mauvais effets d'une nature imparfaite, en

établissant, dans l'équilibre du cheval, une juste répartition du

poids et des forces.

De pareils résultats, je ne crains pas de le dire, furent et

demeurent interdits à jamais aux anciennes écoles. Mais si la

science de ceux qui professent d'après les vieux errements vient

toujours se briser contre le grand nombre des chevaux défectueux,

on rencontre des chevaux qui, par la perfection de leur

organisation et la facilité d'éducation qui en résulte, contribuent

puissamment à perpétuer les routines impuissantes, si funestes aux

progrès de l'équitation. Un cheval bien constitué est celui dont

toutes les parties, régulièrement harmonisées, amènent l'équilibre

parfait de l'ensemble. Il serait aussi difficile à pareil sujet de

sortir de cet équilibre naturel, pour prendre une mauvaise position

et se défendre, qu'il est pénible d'abord, au cheval mal conformé,

d'acquérir cette juste répartition du poids et des forces sans

laquelle on ne peut espérer aucune régularité de mouvements.

Méthode d'équitation basée sur de nouveaux principes · 第 1 / 10 段