XXIII.

Bascle de Lagrèze a consacré à Catherine de Bourbon un des plus

intéressants chapitres du _Château de Pau_. Nous en détachons les

lignes suivantes:

«En l'absence de Henri, qui poursuivait au loin ses aventureuses et

nobles destinées, _sa très chère et très aimée sœur, Madame la

princesse de Navarre, régente et lieutenante-générale_, résidait au

château de Pau et s'occupait de la douce mission de faire le bonheur

des Béarnais.

«Elle avait partagé avec son frère les tendresses d'une mère dévouée,

et reçu comme lui une éducation sérieuse. Dans une sombre allée du

parc royal, la reine Jeanne avait fait bâtir un petit castel qu'elle

nommait «Castel-Béziat», charmante expression du pays qui devrait se

traduire par _château chéri comme un enfant gâté_. Catherine y fut

élevée. Le silence et la solitude ne conviennent-ils pas mieux pour

l'éducation d'une jeune fille que les bruits de fêtes et d'intrigues

dont retentissent les palais des rois?

«Jeanne d'Albret, s'adressant à son fils dans son testament, «lui

recommande expressément la tutelle et défense de Madame Catherine sa

sœur». Henri aimait trop sa sœur pour ne pas se conformer au vœu de

sa mère. Il se hâta d'obtenir pour elle la liberté de rentrer en

Béarn, où la ramena Madame de Tignonville, sa gouvernante. C'est dans

le palais de Pau que cette noble princesse, d'un esprit supérieur,

d'un savoir prodigieux, s'occupa des affaires du pays, consacrant ses

loisirs à la culture des arts, à la poésie et à la musique. Elle

jouait très bien du luth et chantait encore mieux.

«Elle était aussi bonne que spirituelle. Son frère et elle s'aimaient

comme s'étaient aimés Marguerite de Valois et François Ier. Plusieurs

lettres de Henri IV prouvent bien tout l'attachement qu'il lui

portait. Il lui écrivait un jour: «La racine de mon amitié sera

toujours verte pour vous, ma chère sœur». Dans une de ses lettres au

roi de France, notre Henri s'excuse d'avoir tout quitté pour accourir

à Pau, parce qu'il avait appris que sa sœur était malade.

«Catherine semblait être née pour régner; si elle ne régna pas de

droit, elle gouverna de fait nos contrées. Elle remplaçait son frère

absent. Elle administrait ses Etats sous le titre de régente, et

jamais administration plus douce ne fut plus prospère. Le feu des

guerres de religion et les horreurs des discordes civiles qui

désolaient la France, n'atteignirent pas le Béarn, et si quelques

difficultés surgirent, elle sut les conjurer, en faisant appel à

l'affection que lui portait le peuple.

«Catherine restait à Pau sans se marier. Cependant jamais princesse ne

se vit recherchée par un plus grand nombre de prétendants. Palma Cayet

en a fait la récapitulation détaillée et complète; parmi eux figurent

Monsieur, depuis duc d'Alençon, le duc de Lorraine (qui fut plus tard

beau-père de Catherine), Philippe roi d'Espagne, le duc de Savoie, le

roi d'Ecosse, le duc d'Anhalt, le duc de Montpensier, le comte de

Soissons.

«C'est ce dernier prince qui avait inspiré une passion profonde à la

sœur de Henri IV, dont le cœur était aussi aimant que celui de son

frère. Le comte de Soissons, après avoir plu d'abord au roi de

Navarre, encourut sa disgrâce pour toujours. Henri, dont le caractère

était ouvert et loyal, ne pouvait souffrir le comte, toujours sérieux

et dissimulé. Il l'accusait aussi d'avoir aspiré à se faire subroger à

sa place, avec l'aide du pape, de l'Espagne et de la Ligue.

«Rien ne put changer les sentiments de Catherine. Durant vingt-cinq

ans elle conserva son premier amour. Elle repoussait tous les

prétendants, et attendait. Dans sa douce mélancolie, elle ne laissa

jamais échapper une plainte, et semblait se complaire dans sa

lointaine espérance.

«Lorsque notre Henri, ce parvenu légitime, fut enfin tranquillement

assis sur le trône de France, il appela Catherine auprès de lui,

désireux de lui faire oublier, par un mariage convenable, celui dont

il avait empêché la réalisation.

«Catherine fut obligée de quitter Pau pour aller rejoindre son frère.

La nouvelle de son départ jeta l'alarme dans le cœur des Béarnais.

Ils comprenaient la perte immense qu'ils allaient faire. C'était leur

dernière princesse qui allait leur être ravie. C'était leur

protectrice, leur orgueil et leur amour, qui allait abandonner le

château, à jamais déshérité de ses maîtres et de ses rois.

«Henri IV entoura sa sœur unique de soins et d'affection, autant que

d'égards et d'honneurs. Elle avait partagé toutes ses idées, il voulut

lui faire partager ses nouvelles croyances. Catherine était douée

d'une trop grande fermeté de caractère pour abandonner facilement sa

nouvelle religion: cependant elle consentit à se faire instruire pour

plaire au roi. Elle se décida enfin à un mariage tardif. Les archives

du château ont conservé _les pactes de mariage d'entre haut et

puissant prince Henry duc de Lorraine, et Madame Catherine, princesse

de France et de Navarre, sœur unique du roi_, 1598. C'est le 31

janvier 1599 que le mariage fut célébré. En 1604, Catherine, qui

n'avait pas revu sa ville de Pau, mourut à l'âge de 46 ans, précédant

de six années son frère dans la tombe.» (_Page 167.--Le renvoi porte

XVIII par erreur._)

Henri IV en Gascogne (1553-1589) · 第 72 / 129 题