Bascle de Lagrèze a consacré à Catherine de Bourbon un des plus
intéressants chapitres du _Château de Pau_. Nous en détachons les
lignes suivantes:
«En l'absence de Henri, qui poursuivait au loin ses aventureuses et
nobles destinées, _sa très chère et très aimée sœur, Madame la
princesse de Navarre, régente et lieutenante-générale_, résidait au
château de Pau et s'occupait de la douce mission de faire le bonheur
des Béarnais.
«Elle avait partagé avec son frère les tendresses d'une mère dévouée,
et reçu comme lui une éducation sérieuse. Dans une sombre allée du
parc royal, la reine Jeanne avait fait bâtir un petit castel qu'elle
nommait «Castel-Béziat», charmante expression du pays qui devrait se
traduire par _château chéri comme un enfant gâté_. Catherine y fut
élevée. Le silence et la solitude ne conviennent-ils pas mieux pour
l'éducation d'une jeune fille que les bruits de fêtes et d'intrigues
dont retentissent les palais des rois?
«Jeanne d'Albret, s'adressant à son fils dans son testament, «lui
recommande expressément la tutelle et défense de Madame Catherine sa
sœur». Henri aimait trop sa sœur pour ne pas se conformer au vœu de
sa mère. Il se hâta d'obtenir pour elle la liberté de rentrer en
Béarn, où la ramena Madame de Tignonville, sa gouvernante. C'est dans
le palais de Pau que cette noble princesse, d'un esprit supérieur,
d'un savoir prodigieux, s'occupa des affaires du pays, consacrant ses
loisirs à la culture des arts, à la poésie et à la musique. Elle
jouait très bien du luth et chantait encore mieux.
«Elle était aussi bonne que spirituelle. Son frère et elle s'aimaient
comme s'étaient aimés Marguerite de Valois et François Ier. Plusieurs
lettres de Henri IV prouvent bien tout l'attachement qu'il lui
portait. Il lui écrivait un jour: «La racine de mon amitié sera
toujours verte pour vous, ma chère sœur». Dans une de ses lettres au
roi de France, notre Henri s'excuse d'avoir tout quitté pour accourir
à Pau, parce qu'il avait appris que sa sœur était malade.
«Catherine semblait être née pour régner; si elle ne régna pas de
droit, elle gouverna de fait nos contrées. Elle remplaçait son frère
absent. Elle administrait ses Etats sous le titre de régente, et
jamais administration plus douce ne fut plus prospère. Le feu des
guerres de religion et les horreurs des discordes civiles qui
désolaient la France, n'atteignirent pas le Béarn, et si quelques
difficultés surgirent, elle sut les conjurer, en faisant appel à
l'affection que lui portait le peuple.
«Catherine restait à Pau sans se marier. Cependant jamais princesse ne
se vit recherchée par un plus grand nombre de prétendants. Palma Cayet
en a fait la récapitulation détaillée et complète; parmi eux figurent
Monsieur, depuis duc d'Alençon, le duc de Lorraine (qui fut plus tard
beau-père de Catherine), Philippe roi d'Espagne, le duc de Savoie, le
roi d'Ecosse, le duc d'Anhalt, le duc de Montpensier, le comte de
Soissons.
«C'est ce dernier prince qui avait inspiré une passion profonde à la
sœur de Henri IV, dont le cœur était aussi aimant que celui de son
frère. Le comte de Soissons, après avoir plu d'abord au roi de
Navarre, encourut sa disgrâce pour toujours. Henri, dont le caractère
était ouvert et loyal, ne pouvait souffrir le comte, toujours sérieux
et dissimulé. Il l'accusait aussi d'avoir aspiré à se faire subroger à
sa place, avec l'aide du pape, de l'Espagne et de la Ligue.
«Rien ne put changer les sentiments de Catherine. Durant vingt-cinq
ans elle conserva son premier amour. Elle repoussait tous les
prétendants, et attendait. Dans sa douce mélancolie, elle ne laissa
jamais échapper une plainte, et semblait se complaire dans sa
lointaine espérance.
«Lorsque notre Henri, ce parvenu légitime, fut enfin tranquillement
assis sur le trône de France, il appela Catherine auprès de lui,
désireux de lui faire oublier, par un mariage convenable, celui dont
il avait empêché la réalisation.
«Catherine fut obligée de quitter Pau pour aller rejoindre son frère.
La nouvelle de son départ jeta l'alarme dans le cœur des Béarnais.
Ils comprenaient la perte immense qu'ils allaient faire. C'était leur
dernière princesse qui allait leur être ravie. C'était leur
protectrice, leur orgueil et leur amour, qui allait abandonner le
château, à jamais déshérité de ses maîtres et de ses rois.
«Henri IV entoura sa sœur unique de soins et d'affection, autant que
d'égards et d'honneurs. Elle avait partagé toutes ses idées, il voulut
lui faire partager ses nouvelles croyances. Catherine était douée
d'une trop grande fermeté de caractère pour abandonner facilement sa
nouvelle religion: cependant elle consentit à se faire instruire pour
plaire au roi. Elle se décida enfin à un mariage tardif. Les archives
du château ont conservé _les pactes de mariage d'entre haut et
puissant prince Henry duc de Lorraine, et Madame Catherine, princesse
de France et de Navarre, sœur unique du roi_, 1598. C'est le 31
janvier 1599 que le mariage fut célébré. En 1604, Catherine, qui
n'avait pas revu sa ville de Pau, mourut à l'âge de 46 ans, précédant
de six années son frère dans la tombe.» (_Page 167.--Le renvoi porte
XVIII par erreur._)