Après les négociations relatives au traité de Fleix, Monsieur, duc
d'Anjou et d'Alençon, «fut reçu à Bordeaux, dit l'abbé O'Reilly dans
son _Histoire_, avec une pompe extraordinaire». Le lendemain de son
arrivée, il se rendit au parlement avec le maréchal de Biron et y fut
longuement harangué et complimenté. Trois jours après, il y eut une
grande procession d'actions de grâce, à laquelle assistaient «toutes
les autorités de la ville, tous les fonctionnaires publics, les
paroisses avec leur croix, la musique de Saint-André et de
Saint-Seurin, l'archevêque portant le Saint-Sacrement, suivi des
évêques de Bazas et de Dax; le duc d'Anjou, la reine Marguerite
donnant le bras au grand sénéchal; tous les seigneurs et dames de la
suite...»
* * * * *
On a remarqué avec raison, dit l'auteur du _Château de Pau_, que tout
ce qu'il y a de grand et d'élevé dans le caractère de Henri s'associe
naturellement, et par un mélange piquant, à des traits d'une
familiarité d'autant plus précieuse à recueillir, qu'elle est le
vivant témoignage d'un cœur paternel et d'une sincérité pleine de
candeur. Cette familiarité s'explique aussi par les mœurs béarnaises
et par les habitudes que le roi avait contractées sous le toit de son
aïeul. Il aimait à «se faire petit avec les petits».
On a fait des volumes rien qu'avec les récits des aventures auxquelles
nous faisons allusion. Voici une anecdote caractéristique entre
toutes, empruntée à la _Notice sur Nérac_ de M. de Villeneuve-Bargemont:
«Le duc d'Anjou, pendant le séjour qu'il fit à Nérac après la paix de
Fleix, étant sorti pour aller parcourir les promenades qui ornent la
ville, rentre fort mécontent de n'avoir été salué par personne et se
plaint amèrement à son beau-frère de cette incivilité, qui était si
contraire à tout le bien qu'il lui avait dit de ses sujets. «Je ne
conçois rien à cela, dit Henri; mais, ventre saint-gris! venez avec
moi, nous éclaircirons la chose.» En effet, dès qu'ils paraissent, la
foule se presse autour d'eux. La joie, l'affection, le respect se
peignent sur tous les visages. Henri frappe sur l'épaule de l'un,
demande à l'autre des nouvelles de sa femme et de ses enfants, serre
la main à celui-ci, fait un salut à celui-là, adresse quelques paroles
honnêtes à tous, et rentre au château avec un cortège nombreux. «Eh
bien! dit-il au duc d'Anjou, vous avais-je rien dit de trop sur
l'honnêteté de mes braves bourgeois de Nérac?--Parbleu! je le crois
bien: c'est vous qui leur faites presque toujours les avances...--Oh!
par ma foi! mon frère, entre Gascons nous ne tirons jamais à la courte
paille. Personne ne calcule avec moi, et je ne calcule avec personne;
nous vivons à la bonne franquette, et l'amitié se mêle à toutes nos
actions.»
«Qui n'a relu avec bonheur, ajoute Bascle de Lagrèze, les touchantes
histoires du bon roi entrant incognito dans une chaumière, dans une
hôtellerie, pour surprendre dans la bouche du peuple la vérité qu'on
pouvait avoir intérêt à ne pas laisser pénétrer jusqu'à lui?» (_Page
158._)