XXII.

Après les négociations relatives au traité de Fleix, Monsieur, duc

d'Anjou et d'Alençon, «fut reçu à Bordeaux, dit l'abbé O'Reilly dans

son _Histoire_, avec une pompe extraordinaire». Le lendemain de son

arrivée, il se rendit au parlement avec le maréchal de Biron et y fut

longuement harangué et complimenté. Trois jours après, il y eut une

grande procession d'actions de grâce, à laquelle assistaient «toutes

les autorités de la ville, tous les fonctionnaires publics, les

paroisses avec leur croix, la musique de Saint-André et de

Saint-Seurin, l'archevêque portant le Saint-Sacrement, suivi des

évêques de Bazas et de Dax; le duc d'Anjou, la reine Marguerite

donnant le bras au grand sénéchal; tous les seigneurs et dames de la

suite...»

* * * * *

On a remarqué avec raison, dit l'auteur du _Château de Pau_, que tout

ce qu'il y a de grand et d'élevé dans le caractère de Henri s'associe

naturellement, et par un mélange piquant, à des traits d'une

familiarité d'autant plus précieuse à recueillir, qu'elle est le

vivant témoignage d'un cœur paternel et d'une sincérité pleine de

candeur. Cette familiarité s'explique aussi par les mœurs béarnaises

et par les habitudes que le roi avait contractées sous le toit de son

aïeul. Il aimait à «se faire petit avec les petits».

On a fait des volumes rien qu'avec les récits des aventures auxquelles

nous faisons allusion. Voici une anecdote caractéristique entre

toutes, empruntée à la _Notice sur Nérac_ de M. de Villeneuve-Bargemont:

«Le duc d'Anjou, pendant le séjour qu'il fit à Nérac après la paix de

Fleix, étant sorti pour aller parcourir les promenades qui ornent la

ville, rentre fort mécontent de n'avoir été salué par personne et se

plaint amèrement à son beau-frère de cette incivilité, qui était si

contraire à tout le bien qu'il lui avait dit de ses sujets. «Je ne

conçois rien à cela, dit Henri; mais, ventre saint-gris! venez avec

moi, nous éclaircirons la chose.» En effet, dès qu'ils paraissent, la

foule se presse autour d'eux. La joie, l'affection, le respect se

peignent sur tous les visages. Henri frappe sur l'épaule de l'un,

demande à l'autre des nouvelles de sa femme et de ses enfants, serre

la main à celui-ci, fait un salut à celui-là, adresse quelques paroles

honnêtes à tous, et rentre au château avec un cortège nombreux. «Eh

bien! dit-il au duc d'Anjou, vous avais-je rien dit de trop sur

l'honnêteté de mes braves bourgeois de Nérac?--Parbleu! je le crois

bien: c'est vous qui leur faites presque toujours les avances...--Oh!

par ma foi! mon frère, entre Gascons nous ne tirons jamais à la courte

paille. Personne ne calcule avec moi, et je ne calcule avec personne;

nous vivons à la bonne franquette, et l'amitié se mêle à toutes nos

actions.»

«Qui n'a relu avec bonheur, ajoute Bascle de Lagrèze, les touchantes

histoires du bon roi entrant incognito dans une chaumière, dans une

hôtellerie, pour surprendre dans la bouche du peuple la vérité qu'on

pouvait avoir intérêt à ne pas laisser pénétrer jusqu'à lui?» (_Page

158._)

Henri IV en Gascogne (1553-1589) · 第 71 / 129 题