«Antoine de Bourbon descendait en ligne directe et masculine de
Robert, comte de Clermont, cinquième fils du roi saint Louis.
«Ce Robert épousa Béatrix, fille et héritière de Jeanne de Bourgogne,
baron de Bourbon de par sa femme Agnès, à cause de quoi Robert prit le
nom de Bourbon, non pas toutefois les armes, mais il retint celles de
France.
«Cette sage précaution a beaucoup servi à ses descendants pour se
maintenir dans le rang de princes du sang, qui peut-être se fût perdu,
s'ils n'en eussent pas usé de la sorte.
«Entre les branches puînées qui sont issues de cette branche de
Bourbon, la plus considérable et la plus illustre a été celle de
Vendôme. Elle portait ce nom, parce qu'elle possédait cette grande
terre, qui lui était venue, en 1364, par le mariage de Catherine de
Vendôme, sœur et héritière de Bouchard, dernier comte de Vendôme,
avec Jean de Bourbon, comte de la Marche. Pour lors, elle n'était que
comté; mais elle fut depuis érigée en duché par le roi François Ier,
l'an 1515, en faveur de Charles, qui était deux fois arrière-fils de
Jean et père d'Antoine. Ce Charles eut sept enfants mâles: Louis,
Antoine, François, un autre Louis, Charles, Jean, et un troisième
Louis. Le premier Louis et le second moururent en enfance, Antoine
demeura l'aîné; François, qui fut comte d'Enghien, et gagna la
bataille de Cérisoles, mourut sans être marié; Charles fut cardinal du
titre de Saint-Chrysogone et archevêque de Rouen: c'est lui qu'on
nomme le vieux cardinal de Bourbon; Jean perdit la vie à la bataille
de Saint-Quentin; le troisième Louis s'appela le prince de Condé et
eut des enfants mâles des deux lits: du premier sortirent Henri,
prince de Condé, François, prince de Conti, et Charles, qui fut
cardinal-archevêque de Rouen, après la mort du vieux cardinal de
Bourbon; du second vint Charles, comte de Soissons.
«Or, conclut Hardouin de Péréfixe, il y avait huit générations de mâle
en mâle depuis saint Louis jusqu'à Antoine, qui était duc de Vendôme,
roi de Navarre et père de notre Henri.»
Brantôme a tracé un portrait d'Antoine de Bourbon:
«Il était très bien né, brave et vaillant, car de cette race de
Bourbon il n'y en a point d'autres; belle apparence, belle taille, et
plus haute de beaucoup que celle de tous messieurs ses frères; la
majesté toute pareille, la parole et éloquence très bonne. Il acquit
et laissa après lui une très belle réputation en Picardie et en
Flandre, quand il fut lieutenant du roi et quand il s'en alla, roi de
Navarre, commander en Guienne; car il conserva très bien à ses rois
ces pays, et si en conquêta: de sorte qu'on ne parlait, en cela, que
de M. de Vendôme.
«Mal récompensé pourtant de ses rois, et même du roi Henri, quand il
l'oublia en son traité de paix entre lui et le roi d'Espagne, qu'il ne
se fit aucune mention du recouvrement de son royaume de Navarre d'un
seul petit trait de plume; et certes, il y eut du tort, car ce prince
avait fidèlement servi la couronne de France, pour laquelle soutenir,
au moins les siens, la reine Jeanne était déshéritée, et était aussi
cousine germaine du roi...»
* * * * *
De Thou rapporte que les conseillers de François II, à l'époque de la
conjuration d'Amboise, voulurent faire assassiner Antoine de Bourbon
dans le cabinet même du roi. Le roi de Navarre, informé du complot, ne
laissa pas d'entrer dans le cabinet. «S'ils me tuent, dit-il à un de
ses gentilshommes, prenez ma chemise toute sanglante, portez-la à mon
fils et à ma femme: ils liront dans mon sang ce qu'ils doivent faire
pour me venger.»
Sa droiture et sa respectueuse contenance devant François II firent
échouer le complot.
* * * * *
Ce prince avait, outre les défauts déjà signalés, une honteuse et bien
étrange monomanie,--que quelques écrivains, par une confusion qui
s'explique, ont gratuitement prêtée à son fils Henri IV. Il prenait,
il volait tout ce qui lui convenait! Chaque soir, ses valets de
chambre, en le déshabillant, inspectaient ses poches, et, le
lendemain, ils allaient à la recherche des personnes victimes du vol
royal. (_Pages 24-36._)