Le siège de Marmande.--Bravoure du roi de Navarre.--Arrivée de la
députation des Etats.--La trêve de Sainte-Bazeille.--Démêlés de
Henri avec la ville d'Auch.--Réponse de Henri aux députés.--Sa
lettre aux Etats.--Autre députation.--La diplomatie du roi de
Navarre.--L'armée de Monsieur sur la Loire et en Auvergne.--Le
duc de Mayenne en Saintonge.--Mésintelligence entre Henri et
Condé.--Prise de Brouage.--Situation critique des réformés.--Le
maréchal de Damville se sépare d'eux.--La cour leur offre la
paix.--Négociations.--Déclarations de Henri au duc de
Montpensier.--La paix de Bergerac.
Après le succès de La Réole et l'échec de Saint-Macaire, le roi de
Navarre se laissa persuader par Lavardin, un de ses lieutenants,
gouverneur de Villeneuve-sur-Lot, de tenter une entreprise sur
Marmande. Elle offrait quelque péril et ne réussit qu'à demi. Le roi,
pourtant, la jugeait d'importance, car il fit venir de Saintonge La
Noue pour commander le siège.
«La Noue étant venu de Saintonge, dit d'Aubigné, eut charge d'investir
Marmande sur la Garonne, ville en très heureuse assiette, franche de
tous commandements, qui avait un terre-plain naturel revêtu de brique.
Les habitants y avaient commencé six éperons et étaient aguerris par
plusieurs escarmouches légères que le roi de Navarre y avait fait
attaquer, en y passant et repassant. Le jour que La Noue vint pour les
investir, n'ayant que six-vingt chevaux et soixante arquebusiers à
cheval, les battants jettent hors de la ville de six à sept cents
hommes mieux armés que vêtus pour recevoir les premiers qui
s'avanceraient. La Noue, ayant fait mettre pied à terre à ses soixante
arquebusiers, et à quelques autres qui arrivèrent, sur l'heure, de
Tonneins, attira cette multitude à quelque cent cinquante pas et non
plus de la contrescarpe, puis ayant vu qu'il n'y avait pas de haies, à
la main gauche de cette arquebuserie, qui leur pût servir d'avantage,
il appela à lui le lieutenant de Vachonnière (d'Aubigné), lui fit
trier douze salades à sa compagnie; lui donc, avec le gouverneur de
Bazas et son frère, faisant en tout quinze chevaux, défend de mettre
le pistolet à la main, et prend la charge à cette grosse troupe; mais
il n'avait pas reconnu deux fossés creux sans haies, qui l'arrêtèrent
à quatre-vingts pas des ennemis, qui firent beau feu sur l'arrêt,
comme fit aussi la courtine; de là deux blessés s'en retournèrent.
Cependant, le lieutenant de Vachonnière ayant donné à la contrescarpe
et reconnu que par le chemin des hauteurs qui faisaient un éperon, on
pouvait aller mêler, en donne incontinent avis à La Noue, aussitôt
suivi. Cette troupe donc passe dans le fossé de la ville et sort par
celui de l'éperon, quitté d'effroi par ceux qui étaient dessus, pour
aller mêler cette foule d'arquebusiers dont les deux tiers se jetèrent
dans le fossé de l'autre côté de la porte; mais le reste vint
l'arquebuse à la main gauche, et l'épée au poing; avec eux quatre ou
cinq capitaines et sept ou huit sergents firent jouer la pertuisane et
la hallebarde; pourtant, les cavaliers leur firent enfin prendre le
chemin des autres, hormis trente, qui demeurèrent sur la place. La
Noue fit emporter deux de ses morts, ramenant presque tous les siens
blessés, plusieurs de coups d'épée, lui, avec six arquebusades
heureuses, desquelles l'une le blessa derrière l'oreille.
«Le roi de Navarre, arrivé le lendemain avec un mauvais canon, une
coulevrine et deux faucons de Casteljaloux, et de quoi tirer cent
vingt coups, logea ses gens de pied, le premier jour, et, le
lendemain, par l'avis des premiers venus, et pour entreprendre selon
son pouvoir, battit la jambe d'un portail qui soutenait une tour de
briques fort haute, afin que la tour, par sa chute, dégarnissant
l'éperon de devant, on pût donner à tout; celui qui donnait l'avis
demandait trente hommes pour tenir dans un jardin, sur le ventre, et
habilement se jeter dans la ruine, avant qu'il y fît clair; mais
Lavardin s'opposa à cela, disant qu'il savait bien son métier et qu'il
voulait marcher avec tout le gros; la cérémonie donc qu'il y fit fut
cause que, la tour étant tombée, ceux de dedans eurent mis une
barricade dans la ruine, et quatre pipes au-devant des deux petites
pièces qui leur tiraient de Valassens, et Lavardin ayant marché vers
la contrescarpe, vu le passage bouché, fit tourner visage à son
bataillon. Sur cette affaire, arriva le maréchal de Biron...»
D'Aubigné passe sous silence un épisode fort intéressant, que Sully a
noté. Pendant une attaque, le roi ayant fait avancer plusieurs gros
d'arquebusiers pour s'emparer d'un chemin creux et de quelques points
stratégiques, Rosny, à la tête d'un de ces détachements, fut assailli
par des forces triples. Retranchés derrière quelques maisons, mais
cernés de toutes parts, les arquebusiers auraient infailliblement
succombé, si le roi de Navarre, sans prendre même le temps de revêtir
son armure, ne se fût précipité à leur secours. Après les avoir
dégagés, il combattit en personne, jusqu'à ce qu'ils se fussent
emparés des postes désignés.
Avant d'aller donner audience aux députés des Etats, qui l'attendaient
à Agen, Henri convint d'une trêve avec Biron. Le maréchal était à
Sainte-Bazeille, où il discutait les termes de l'accord avec Ségur et
Du Plessy-Mornay.
On raconte que, pendant les pourparlers, Biron prêtait l'oreille aux
détonations de la petite artillerie du roi de Navarre. Tout à coup, le
canon a cessé de se faire entendre: c'est que les boulets manquaient
et que, en outre, le maître artilleur des assiégeants venait d'être
tué. Mais Du Plessis de s'écrier: «Hâtons-nous! la brèche est faite,
et l'on monte à l'assaut». Et Biron, sans défiance, signa le traité,
pour éviter l'effusion du sang. Quoi qu'il en soit de cette anecdote,
un accommodement se fit entre le roi de Navarre et la ville de
Marmande. Il y eut, de la part du prince, un simulacre de prise de
possession, et les Marmandais reconnurent ses droits.
Pendant qu'il était occupé au siège de Marmande et aux négociations
qui suivirent, le roi de Navarre eut quelques démêlés avec la ville
d'Auch. Il avait nommé Antoine de Roquelaure au gouvernement de cette
capitale de l'Armagnac; mais les consuls, prévenus par les lettres de
Henri III, n'agréèrent point Roquelaure, et celui-ci, perdant
patience, n'épargna ni les menaces, ni les mesures de rigueur pour
entrer en possession de sa charge, si bien que les Auscitains, se
raidissant de plus en plus et encouragés par l'amiral de Villars,
poussèrent les sentiments d'hostilité jusqu'à faire entrer dans leurs
murs la compagnie de la Barthe-Giscaro. Henri, retenu par ses affaires
dans l'Agenais, écrivit, à ce sujet, plusieurs lettres, en attendant
l'occasion de faire valoir plus efficacement ses droits: «Vous n'avez
rien à commander sur ce qui m'appartient, disait-il au capitaine
Giscaro... Autrement, où vous vous oublieriez de tant que de
l'entreprendre, vous pouvez penser que je ne suis pas pour le
souffrir sans en avoir ma revanche en quelque temps que ce soit. De
quoi je serais tant marri d'être occasionné que je désirerais toute ma
vie vous faire plaisir en tous les endroits où j'en aurais le
moyen...» Le roi de Navarre et les consuls d'Auch se réconcilièrent,
l'année suivante, lors du séjour des deux reines dans cette ville.
Les députés arrivés à Agen étaient: Pierre de Villars, archevêque de
Vienne en Dauphiné, André de Bourbon, seigneur de Rubempré, Mesnager,
trésorier général de France. Nous avons dit qu'une députation
semblable avait été envoyée au prince de Condé et au maréchal de
Damville. Condé refusa toute audience. Damville, plus politique, reçut
les députés avec courtoisie, mais fut inflexible sur la question
principale, deux religions pouvant coexister, à son sens, puisqu'il
les faisait vivre en paix dans le gouvernement de Languedoc. Henri
tint une conduite analogue. Biron l'avait suivi à Agen pour tâcher de
concilier Catherine de Bourbon aux intérêts de la cour. Il n'était pas
nécessaire d'assiéger Henri pour tirer de lui de bonnes paroles: elles
lui venaient naturellement aux lèvres. Il fit le meilleur accueil aux
députés, s'attendrit au tableau des calamités publiques tracé par
l'archevêque de Vienne, se défendit de toute opiniâtreté en matière de
religion, déclara qu'il restait fidèle à la sienne, parce qu'il la
jugeait bonne, mais qu'il entendait toujours suivre sur ce point les
inspirations de sa conscience. Au surplus, il protestait contre les
mesures de rigueur délibérées à Blois, et déplorait d'avance les
malheurs que de telles résolutions pouvaient attirer sur le pays.
Aussi bien que les députés, le roi de Navarre savait que les
ambassades et les discours seraient impuissants à établir la paix dont
chacun se disait partisan. Néanmoins, après avoir fait entendre aux
envoyés des Etats les déclarations les plus conciliantes, il adressa
aux Etats eux-mêmes, en date du 1er février, une lettre destinée à
prouver sa bonne volonté, et surtout à dégager sa responsabilité dans
les éventualités prochaines. Il disait à «MM. les gens assemblés pour
les Etats à Blois:--Je vous remercie très affectionnément de ce qu'il
vous a plu envoyer devers moi, et même des personnages de toute
qualité émérite, lesquels j'ai vus et ouïs très volontiers, comme je
recevrai toujours, avec toute affection et respect, tout ce qui
viendra de la part d'une si honorable compagnie; ayant un extrême
regret de ce que je n'ai pu m'y trouver et vous montrer en personne en
quelle estime j'ai et tiens une telle assemblée...»--Après cet exorde
insinuant, il ajoutait: «Mais le succès et l'événement d'une si haute
entreprise tendant à la restauration de ce royaume dépend, à mon avis,
de ce que requériez et conseilliez le roi touchant la paix. Si vos
requêtes et vos conseils tendent à la conserver, il vous sera aisé
d'obtenir toute bonne provision à toutes vos plaintes, remontrances et
doléances, et de faire exécuter et entretenir de point en point, et,
par ce moyen, de recueillir vous-mêmes et transmettre à la postérité
le fruit de vos bons avis et bons conseils...»
Jamais prince français n'en appela au glaive aussi souvent que Henri,
et, par un étrange contraste, ne fit autant que lui de sacrifices à la
paix. Déconcertée d'abord par les violents refus de Condé et les
résistances plus mesurées mais fermes du roi de Navarre et de
Damville, la cour revint à la charge par une députation spéciale et
qu'on supposait, avec raison, capable d'obtenir de Henri tout ce qu'il
pouvait accorder. «Le duc de Montpensier et le sieur de Biron furent
de nouveau envoyés au roi de Navarre et le firent consentir à modifier
l'édit de pacification. Le duc, à son retour, ayant fait part aux
Etats de sa négociation, le Tiers-Etat présenta une requête au roi,
pour le supplier de faire de nouvelles réflexions là-dessus. Mais
enfin, après bien des délibérations et des souplesses, on s'en tint à
la première requête des Etats, qui avaient d'abord demandé qu'on ne
souffrît l'exercice d'aucune religion en France différente de la
catholique; et l'on n'eut nul égard à la clause que plusieurs avaient
voulu que l'on y insérât, savoir: qu'il fallait que la chose fût
ainsi, pourvu qu'elle se pût faire sans qu'on en vînt à la guerre. La
Ligue fut autorisée, après qu'elle eut été signée par le roi même, par
Monsieur, par la plupart des princes et seigneurs catholiques, qui
s'étaient rendus aux Etats, et cela contre l'avis du duc de
Montpensier, du maréchal de Cossé, de Biron et de quelques autres. La
formule en fut envoyée dans les provinces aux gouverneurs et aux
villes, dont quelques-unes, et Amiens entre autres, s'excusèrent
d'entrer dans la Ligue. Ainsi finirent les Etats, au commencement de
mars, ajoute le Père Daniel, sans autre effet que la signature de la
Ligue; car on n'y conclut rien de particulier pour la réformation de
l'Etat, et même on n'y fournit rien au roi pour l'entretien de la
guerre qu'il allait entreprendre. Il eut recours au clergé, qui lui
donna quelque secours. Il tira encore de l'argent de la création de
quelques nouvelles charges, et se prépara à commencer au plus tôt la
guerre.»
Tout en laissant voir son goût pour la paix, le roi de Navarre
travaillait à se fortifier, soit en vue de la rendre meilleure pour
lui, quand elle viendrait en discussion, soit en prévision de luttes
futures et probables. Il avait, depuis quelque temps, des conseillers
et des négociateurs en quête de ressources et d'alliances: la tâche
était ardue, mais Du Plessis-Mornay et Ségur s'y employèrent avec tant
d'ardeur, qu'ils en arrivèrent, dans la suite, à agiter une partie de
l'Europe en faveur de leur cause. En attendant ces grands résultats,
la diplomatie naissante du roi de Navarre contribua, dans une notable
mesure, à la formation d'une contre-ligue entre les calvinistes
français, Elisabeth d'Angleterre, les rois de Suède et de Danemark,
les Suisses et les princes protestants d'Allemagne. Cette association,
dont les bases furent jetées au mois de février 1577, se perpétua et
s'accentua dans les années suivantes; la correspondance du roi de
Navarre nous en fera connaître, de temps en temps, les projets un peu
vagues et les actes souvent indécis. L'existence de la contre-ligue
n'eut pour effet, dès le début, que d'irriter la cour de France et de
hâter les préparatifs de la guerre qu'elle avait résolu de faire aux
huguenots et à leurs alliés. Au moment où le prince de Condé partait
pour une expédition incohérente aux Sables-d'Olonne, Henri III mit sur
pied deux armées, qui prirent sur-le-champ l'offensive: l'une occupa
le Poitou et la Saintonge, sous le commandement du duc de Mayenne;
l'autre, sous les ordres de Monsieur, duc d'Alençon et d'Anjou,
remonta le cours de la Loire. Les premiers coups furent portés par
Monsieur. Il entra, le 1er mars 1577, par composition, dans La
Charité, et, de là, il marcha vers Issoire, en Auvergne; après un
siège de trois semaines, un sanglant assaut mit, le 12 juin, cette
place au pouvoir de l'armée royale, qui s'y livra à toutes les fureurs
de la guerre. Là se bornèrent les exploits du duc d'Anjou. La campagne
de Mayenne fut plus longue et non moins heureuse. Après avoir fait
lever le siège de Saintes au prince de Condé, qui ne réussissait nulle
part, il prit Tonnay-Charente et Marans, inquiéta La Rochelle et
entreprit le siège de Brouage. Ce port, héroïquement défendu pendant
deux mois, comptait sur un double secours; celui de mer ne put lui
parvenir, surveillé et constamment repoussé par Lansac de
Saint-Gelais; Condé, en mésintelligence avec le roi de Navarre, ne
sut pas faire arriver le secours de terre. Brouage se rendit le 28
août.
Il ne tint pas au roi de Navarre que les événements ne prissent une
meilleure tournure. Quoiqu'il eût beaucoup de peine à défendre ses
intérêts en Guienne et en Gascogne, il tenta des efforts pour aller
s'opposer aux succès de Mayenne; mais les entreprises du prince de
Condé, qui tendait de plus en plus à faire bande à part, n'inspiraient
qu'une médiocre confiance aux partisans de Henri, surtout aux
catholiques. Ils étaient d'ailleurs fort occupés dans leurs propres
foyers, où ils avaient à compter avec les troupes de Villars. Henri se
multipliait: en personne ou par ses lieutenants, il était toujours en
campagne, si bien que l'histoire a dû renoncer à l'ordre
chronologique, pour la plupart des faits de guerre auxquels nous
faisons allusion[21]. Le roi n'en essaya pas moins de réunir des
forces pour défendre la cause commune. Plusieurs lettres de ce prince,
datées des mois de juin et de juillet, révèlent son projet de se
joindre aux troupes calvinistes, dont Mayenne devait finir par
triompher. Ce projet avorta, et nous n'en avons guère d'autres traces
que quelques ordres d'acheminement sur Bergerac, et six lignes de
d'Aubigné sur un mouvement du roi de Navarre, «qui allait passer la
Garonne avec ce qu'il pouvait ramasser, pour tendre vers Bergerac, où
il faisait aussi acheminer les forces du Quercy et du Limousin, pour
venir à la conjoincture du prince de Condé, du duc de Rohan, du
vicomte de Turenne, du comte de La Rochefoucaud, tous mandés pour
faire un rendez-vous à Bergerac.» D'Aubigné ajoute que «ce dessein
tira en longueur, pour les violentes occupations du prince de Condé et
la besogne qu'on lui tendait en Saintonge».
[21] Appendice: XV.
Les affaires des calvinistes allaient donc aussi mal que possible: ils
ne comptaient que des échecs, depuis l'entrée en campagne des deux
armées royales, et leur peu d'entente rendait leur situation encore
plus précaire. Condé visait ouvertement à l'indépendance, sinon à la
prééminence; le maréchal de Damville, voyant son alliance avec les
huguenots de son gouvernement porter des fruits de rébellion, servir
des desseins qui tendaient à créer de petites républiques au sein du
royaume, s'était séparé du parti, dès le mois de mai. Enfin, le roi de
France semblait n'avoir devant lui que des adversaires déjà vaincus
ou à la veille de l'être; et ce fut pourtant à ce moment que les idées
de paix reprirent faveur à la cour.
«Après tout, dit le Père Daniel, quoique le roi n'eût pu déclarer avec
plus d'éclat qu'il avait fait dans les Etats, la résolution où il
était de pousser les huguenots et de ne plus souffrir désormais, dans
son royaume, l'exercice de la religion calviniste, on vit bientôt son
ardeur se ralentir à cet égard; il écouta les avis du duc de
Montpensier et de quelques autres du Conseil qui le portaient à la
paix et lui faisaient envisager la ruine entière de son royaume dans
la continuation de la guerre. Ce duc négociait toujours avec le roi de
Navarre et était secondé des sieurs de Biron et de Villeroi, qui
trouvaient ce prince toujours fort disposé à la paix, mais ferme et
inébranlable sur l'article de l'exercice public de la religion
protestante dans le royaume, quoiqu'il ne refusât pas d'admettre
quelque tempérament dans l'édit de pacification.» Les déclarations
suivantes, adressées par Henri au duc de Montpensier, pendant la
conférence de Bergerac, marquaient bien ses vues conciliantes: «... Je
veux vous témoigner, et à toute cette bonne compagnie, que je désire
tant la paix et repos de ce royaume, que je sais bien que, pour la
conservation et la tranquillité publique, il y a des choses qui ont
été accordées à ceux de la religion par l'édit de pacification
dernier, qui ne peuvent pas sortir leur effet et doivent être
diminuées et retranchées. Et, pour cette occasion, je ne fauldrai, à
la prochaine assemblée qui se doit faire à Montauban, de le
remontrer... Voulant bien vous assurer de rechef que je désire tant la
paix et repos de ma patrie que je ferai mentir ceux qui m'ont voulu
calomnier..., offrant de m'en aller et me bannir pour dix ans de la
France..., si l'on pense que mon absence puisse servir pour apaiser
les troubles qui ont eu cours jusques ici...» Les intentions du roi de
Navarre ne rencontrèrent aucune opposition chez son cousin. «Le prince
de Condé, après la prise de Brouage par le duc de Mayenne, voyait tous
les jours ses troupes se débander. Il était mal satisfait des
Rochelais, qui ne s'accordaient point entre eux, les uns souhaitant la
paix, et les autres s'y opposant, et tous ou la plupart, refusant de
lui accorder l'autorité qu'il souhaitait prendre dans leur ville et
qu'il se croyait nécessaire pour bien conduire la guerre. Ainsi, on se
rapprocha insensiblement, on convint d'une trêve, au commencement de
septembre: elle fut suivie de la paix que le roi signa à Poitiers, et
le roi de Navarre, à Bergerac, et puis, d'un nouvel édit de
pacification différent du dernier seulement, en ce qu'il donnait un
peu moins d'étendue à l'exercice public du calvinisme, et que les
places de sûreté n'étaient pas tout à fait les mêmes que celles que le
roi avait accordées aux calvinistes par le précédent édit; car on leur
donna Montpellier au lieu de Beaucaire, et Issoire, qui avait été
prise, ne leur fut pas rendue.
«Le roi de Navarre conclut cette paix, sans consulter le duc Casimir,
qui s'en tint fort offensé... Pour ce qui est du prince de Condé, il
en eut tant de joie, que le courrier qui lui en vint apporter la
nouvelle à La Rochelle (d'autres disent à Saint-Jean-d'Angély) étant
arrivé la nuit, il la fit publier sur-le-champ aux flambeaux. Les
calvinistes du Languedoc, toujours en défiance de la cour, eurent plus
de peine à la recevoir; mais Jean de Montluc, évêque de Valence, y
ayant été envoyé par le roi, quelque temps après, ramena les esprits.
Le maréchal de Damville, que la cour avait recommencé de regagner par
la maréchale sa femme, accepta aussi la paix et la fit accepter dans
les endroits où il était le maître.»