CHAPITRE III

Le siège de Marmande.--Bravoure du roi de Navarre.--Arrivée de la

députation des Etats.--La trêve de Sainte-Bazeille.--Démêlés de

Henri avec la ville d'Auch.--Réponse de Henri aux députés.--Sa

lettre aux Etats.--Autre députation.--La diplomatie du roi de

Navarre.--L'armée de Monsieur sur la Loire et en Auvergne.--Le

duc de Mayenne en Saintonge.--Mésintelligence entre Henri et

Condé.--Prise de Brouage.--Situation critique des réformés.--Le

maréchal de Damville se sépare d'eux.--La cour leur offre la

paix.--Négociations.--Déclarations de Henri au duc de

Montpensier.--La paix de Bergerac.

Après le succès de La Réole et l'échec de Saint-Macaire, le roi de

Navarre se laissa persuader par Lavardin, un de ses lieutenants,

gouverneur de Villeneuve-sur-Lot, de tenter une entreprise sur

Marmande. Elle offrait quelque péril et ne réussit qu'à demi. Le roi,

pourtant, la jugeait d'importance, car il fit venir de Saintonge La

Noue pour commander le siège.

«La Noue étant venu de Saintonge, dit d'Aubigné, eut charge d'investir

Marmande sur la Garonne, ville en très heureuse assiette, franche de

tous commandements, qui avait un terre-plain naturel revêtu de brique.

Les habitants y avaient commencé six éperons et étaient aguerris par

plusieurs escarmouches légères que le roi de Navarre y avait fait

attaquer, en y passant et repassant. Le jour que La Noue vint pour les

investir, n'ayant que six-vingt chevaux et soixante arquebusiers à

cheval, les battants jettent hors de la ville de six à sept cents

hommes mieux armés que vêtus pour recevoir les premiers qui

s'avanceraient. La Noue, ayant fait mettre pied à terre à ses soixante

arquebusiers, et à quelques autres qui arrivèrent, sur l'heure, de

Tonneins, attira cette multitude à quelque cent cinquante pas et non

plus de la contrescarpe, puis ayant vu qu'il n'y avait pas de haies, à

la main gauche de cette arquebuserie, qui leur pût servir d'avantage,

il appela à lui le lieutenant de Vachonnière (d'Aubigné), lui fit

trier douze salades à sa compagnie; lui donc, avec le gouverneur de

Bazas et son frère, faisant en tout quinze chevaux, défend de mettre

le pistolet à la main, et prend la charge à cette grosse troupe; mais

il n'avait pas reconnu deux fossés creux sans haies, qui l'arrêtèrent

à quatre-vingts pas des ennemis, qui firent beau feu sur l'arrêt,

comme fit aussi la courtine; de là deux blessés s'en retournèrent.

Cependant, le lieutenant de Vachonnière ayant donné à la contrescarpe

et reconnu que par le chemin des hauteurs qui faisaient un éperon, on

pouvait aller mêler, en donne incontinent avis à La Noue, aussitôt

suivi. Cette troupe donc passe dans le fossé de la ville et sort par

celui de l'éperon, quitté d'effroi par ceux qui étaient dessus, pour

aller mêler cette foule d'arquebusiers dont les deux tiers se jetèrent

dans le fossé de l'autre côté de la porte; mais le reste vint

l'arquebuse à la main gauche, et l'épée au poing; avec eux quatre ou

cinq capitaines et sept ou huit sergents firent jouer la pertuisane et

la hallebarde; pourtant, les cavaliers leur firent enfin prendre le

chemin des autres, hormis trente, qui demeurèrent sur la place. La

Noue fit emporter deux de ses morts, ramenant presque tous les siens

blessés, plusieurs de coups d'épée, lui, avec six arquebusades

heureuses, desquelles l'une le blessa derrière l'oreille.

«Le roi de Navarre, arrivé le lendemain avec un mauvais canon, une

coulevrine et deux faucons de Casteljaloux, et de quoi tirer cent

vingt coups, logea ses gens de pied, le premier jour, et, le

lendemain, par l'avis des premiers venus, et pour entreprendre selon

son pouvoir, battit la jambe d'un portail qui soutenait une tour de

briques fort haute, afin que la tour, par sa chute, dégarnissant

l'éperon de devant, on pût donner à tout; celui qui donnait l'avis

demandait trente hommes pour tenir dans un jardin, sur le ventre, et

habilement se jeter dans la ruine, avant qu'il y fît clair; mais

Lavardin s'opposa à cela, disant qu'il savait bien son métier et qu'il

voulait marcher avec tout le gros; la cérémonie donc qu'il y fit fut

cause que, la tour étant tombée, ceux de dedans eurent mis une

barricade dans la ruine, et quatre pipes au-devant des deux petites

pièces qui leur tiraient de Valassens, et Lavardin ayant marché vers

la contrescarpe, vu le passage bouché, fit tourner visage à son

bataillon. Sur cette affaire, arriva le maréchal de Biron...»

D'Aubigné passe sous silence un épisode fort intéressant, que Sully a

noté. Pendant une attaque, le roi ayant fait avancer plusieurs gros

d'arquebusiers pour s'emparer d'un chemin creux et de quelques points

stratégiques, Rosny, à la tête d'un de ces détachements, fut assailli

par des forces triples. Retranchés derrière quelques maisons, mais

cernés de toutes parts, les arquebusiers auraient infailliblement

succombé, si le roi de Navarre, sans prendre même le temps de revêtir

son armure, ne se fût précipité à leur secours. Après les avoir

dégagés, il combattit en personne, jusqu'à ce qu'ils se fussent

emparés des postes désignés.

Avant d'aller donner audience aux députés des Etats, qui l'attendaient

à Agen, Henri convint d'une trêve avec Biron. Le maréchal était à

Sainte-Bazeille, où il discutait les termes de l'accord avec Ségur et

Du Plessy-Mornay.

On raconte que, pendant les pourparlers, Biron prêtait l'oreille aux

détonations de la petite artillerie du roi de Navarre. Tout à coup, le

canon a cessé de se faire entendre: c'est que les boulets manquaient

et que, en outre, le maître artilleur des assiégeants venait d'être

tué. Mais Du Plessis de s'écrier: «Hâtons-nous! la brèche est faite,

et l'on monte à l'assaut». Et Biron, sans défiance, signa le traité,

pour éviter l'effusion du sang. Quoi qu'il en soit de cette anecdote,

un accommodement se fit entre le roi de Navarre et la ville de

Marmande. Il y eut, de la part du prince, un simulacre de prise de

possession, et les Marmandais reconnurent ses droits.

Pendant qu'il était occupé au siège de Marmande et aux négociations

qui suivirent, le roi de Navarre eut quelques démêlés avec la ville

d'Auch. Il avait nommé Antoine de Roquelaure au gouvernement de cette

capitale de l'Armagnac; mais les consuls, prévenus par les lettres de

Henri III, n'agréèrent point Roquelaure, et celui-ci, perdant

patience, n'épargna ni les menaces, ni les mesures de rigueur pour

entrer en possession de sa charge, si bien que les Auscitains, se

raidissant de plus en plus et encouragés par l'amiral de Villars,

poussèrent les sentiments d'hostilité jusqu'à faire entrer dans leurs

murs la compagnie de la Barthe-Giscaro. Henri, retenu par ses affaires

dans l'Agenais, écrivit, à ce sujet, plusieurs lettres, en attendant

l'occasion de faire valoir plus efficacement ses droits: «Vous n'avez

rien à commander sur ce qui m'appartient, disait-il au capitaine

Giscaro... Autrement, où vous vous oublieriez de tant que de

l'entreprendre, vous pouvez penser que je ne suis pas pour le

souffrir sans en avoir ma revanche en quelque temps que ce soit. De

quoi je serais tant marri d'être occasionné que je désirerais toute ma

vie vous faire plaisir en tous les endroits où j'en aurais le

moyen...» Le roi de Navarre et les consuls d'Auch se réconcilièrent,

l'année suivante, lors du séjour des deux reines dans cette ville.

Les députés arrivés à Agen étaient: Pierre de Villars, archevêque de

Vienne en Dauphiné, André de Bourbon, seigneur de Rubempré, Mesnager,

trésorier général de France. Nous avons dit qu'une députation

semblable avait été envoyée au prince de Condé et au maréchal de

Damville. Condé refusa toute audience. Damville, plus politique, reçut

les députés avec courtoisie, mais fut inflexible sur la question

principale, deux religions pouvant coexister, à son sens, puisqu'il

les faisait vivre en paix dans le gouvernement de Languedoc. Henri

tint une conduite analogue. Biron l'avait suivi à Agen pour tâcher de

concilier Catherine de Bourbon aux intérêts de la cour. Il n'était pas

nécessaire d'assiéger Henri pour tirer de lui de bonnes paroles: elles

lui venaient naturellement aux lèvres. Il fit le meilleur accueil aux

députés, s'attendrit au tableau des calamités publiques tracé par

l'archevêque de Vienne, se défendit de toute opiniâtreté en matière de

religion, déclara qu'il restait fidèle à la sienne, parce qu'il la

jugeait bonne, mais qu'il entendait toujours suivre sur ce point les

inspirations de sa conscience. Au surplus, il protestait contre les

mesures de rigueur délibérées à Blois, et déplorait d'avance les

malheurs que de telles résolutions pouvaient attirer sur le pays.

Aussi bien que les députés, le roi de Navarre savait que les

ambassades et les discours seraient impuissants à établir la paix dont

chacun se disait partisan. Néanmoins, après avoir fait entendre aux

envoyés des Etats les déclarations les plus conciliantes, il adressa

aux Etats eux-mêmes, en date du 1er février, une lettre destinée à

prouver sa bonne volonté, et surtout à dégager sa responsabilité dans

les éventualités prochaines. Il disait à «MM. les gens assemblés pour

les Etats à Blois:--Je vous remercie très affectionnément de ce qu'il

vous a plu envoyer devers moi, et même des personnages de toute

qualité émérite, lesquels j'ai vus et ouïs très volontiers, comme je

recevrai toujours, avec toute affection et respect, tout ce qui

viendra de la part d'une si honorable compagnie; ayant un extrême

regret de ce que je n'ai pu m'y trouver et vous montrer en personne en

quelle estime j'ai et tiens une telle assemblée...»--Après cet exorde

insinuant, il ajoutait: «Mais le succès et l'événement d'une si haute

entreprise tendant à la restauration de ce royaume dépend, à mon avis,

de ce que requériez et conseilliez le roi touchant la paix. Si vos

requêtes et vos conseils tendent à la conserver, il vous sera aisé

d'obtenir toute bonne provision à toutes vos plaintes, remontrances et

doléances, et de faire exécuter et entretenir de point en point, et,

par ce moyen, de recueillir vous-mêmes et transmettre à la postérité

le fruit de vos bons avis et bons conseils...»

Jamais prince français n'en appela au glaive aussi souvent que Henri,

et, par un étrange contraste, ne fit autant que lui de sacrifices à la

paix. Déconcertée d'abord par les violents refus de Condé et les

résistances plus mesurées mais fermes du roi de Navarre et de

Damville, la cour revint à la charge par une députation spéciale et

qu'on supposait, avec raison, capable d'obtenir de Henri tout ce qu'il

pouvait accorder. «Le duc de Montpensier et le sieur de Biron furent

de nouveau envoyés au roi de Navarre et le firent consentir à modifier

l'édit de pacification. Le duc, à son retour, ayant fait part aux

Etats de sa négociation, le Tiers-Etat présenta une requête au roi,

pour le supplier de faire de nouvelles réflexions là-dessus. Mais

enfin, après bien des délibérations et des souplesses, on s'en tint à

la première requête des Etats, qui avaient d'abord demandé qu'on ne

souffrît l'exercice d'aucune religion en France différente de la

catholique; et l'on n'eut nul égard à la clause que plusieurs avaient

voulu que l'on y insérât, savoir: qu'il fallait que la chose fût

ainsi, pourvu qu'elle se pût faire sans qu'on en vînt à la guerre. La

Ligue fut autorisée, après qu'elle eut été signée par le roi même, par

Monsieur, par la plupart des princes et seigneurs catholiques, qui

s'étaient rendus aux Etats, et cela contre l'avis du duc de

Montpensier, du maréchal de Cossé, de Biron et de quelques autres. La

formule en fut envoyée dans les provinces aux gouverneurs et aux

villes, dont quelques-unes, et Amiens entre autres, s'excusèrent

d'entrer dans la Ligue. Ainsi finirent les Etats, au commencement de

mars, ajoute le Père Daniel, sans autre effet que la signature de la

Ligue; car on n'y conclut rien de particulier pour la réformation de

l'Etat, et même on n'y fournit rien au roi pour l'entretien de la

guerre qu'il allait entreprendre. Il eut recours au clergé, qui lui

donna quelque secours. Il tira encore de l'argent de la création de

quelques nouvelles charges, et se prépara à commencer au plus tôt la

guerre.»

Tout en laissant voir son goût pour la paix, le roi de Navarre

travaillait à se fortifier, soit en vue de la rendre meilleure pour

lui, quand elle viendrait en discussion, soit en prévision de luttes

futures et probables. Il avait, depuis quelque temps, des conseillers

et des négociateurs en quête de ressources et d'alliances: la tâche

était ardue, mais Du Plessis-Mornay et Ségur s'y employèrent avec tant

d'ardeur, qu'ils en arrivèrent, dans la suite, à agiter une partie de

l'Europe en faveur de leur cause. En attendant ces grands résultats,

la diplomatie naissante du roi de Navarre contribua, dans une notable

mesure, à la formation d'une contre-ligue entre les calvinistes

français, Elisabeth d'Angleterre, les rois de Suède et de Danemark,

les Suisses et les princes protestants d'Allemagne. Cette association,

dont les bases furent jetées au mois de février 1577, se perpétua et

s'accentua dans les années suivantes; la correspondance du roi de

Navarre nous en fera connaître, de temps en temps, les projets un peu

vagues et les actes souvent indécis. L'existence de la contre-ligue

n'eut pour effet, dès le début, que d'irriter la cour de France et de

hâter les préparatifs de la guerre qu'elle avait résolu de faire aux

huguenots et à leurs alliés. Au moment où le prince de Condé partait

pour une expédition incohérente aux Sables-d'Olonne, Henri III mit sur

pied deux armées, qui prirent sur-le-champ l'offensive: l'une occupa

le Poitou et la Saintonge, sous le commandement du duc de Mayenne;

l'autre, sous les ordres de Monsieur, duc d'Alençon et d'Anjou,

remonta le cours de la Loire. Les premiers coups furent portés par

Monsieur. Il entra, le 1er mars 1577, par composition, dans La

Charité, et, de là, il marcha vers Issoire, en Auvergne; après un

siège de trois semaines, un sanglant assaut mit, le 12 juin, cette

place au pouvoir de l'armée royale, qui s'y livra à toutes les fureurs

de la guerre. Là se bornèrent les exploits du duc d'Anjou. La campagne

de Mayenne fut plus longue et non moins heureuse. Après avoir fait

lever le siège de Saintes au prince de Condé, qui ne réussissait nulle

part, il prit Tonnay-Charente et Marans, inquiéta La Rochelle et

entreprit le siège de Brouage. Ce port, héroïquement défendu pendant

deux mois, comptait sur un double secours; celui de mer ne put lui

parvenir, surveillé et constamment repoussé par Lansac de

Saint-Gelais; Condé, en mésintelligence avec le roi de Navarre, ne

sut pas faire arriver le secours de terre. Brouage se rendit le 28

août.

Il ne tint pas au roi de Navarre que les événements ne prissent une

meilleure tournure. Quoiqu'il eût beaucoup de peine à défendre ses

intérêts en Guienne et en Gascogne, il tenta des efforts pour aller

s'opposer aux succès de Mayenne; mais les entreprises du prince de

Condé, qui tendait de plus en plus à faire bande à part, n'inspiraient

qu'une médiocre confiance aux partisans de Henri, surtout aux

catholiques. Ils étaient d'ailleurs fort occupés dans leurs propres

foyers, où ils avaient à compter avec les troupes de Villars. Henri se

multipliait: en personne ou par ses lieutenants, il était toujours en

campagne, si bien que l'histoire a dû renoncer à l'ordre

chronologique, pour la plupart des faits de guerre auxquels nous

faisons allusion[21]. Le roi n'en essaya pas moins de réunir des

forces pour défendre la cause commune. Plusieurs lettres de ce prince,

datées des mois de juin et de juillet, révèlent son projet de se

joindre aux troupes calvinistes, dont Mayenne devait finir par

triompher. Ce projet avorta, et nous n'en avons guère d'autres traces

que quelques ordres d'acheminement sur Bergerac, et six lignes de

d'Aubigné sur un mouvement du roi de Navarre, «qui allait passer la

Garonne avec ce qu'il pouvait ramasser, pour tendre vers Bergerac, où

il faisait aussi acheminer les forces du Quercy et du Limousin, pour

venir à la conjoincture du prince de Condé, du duc de Rohan, du

vicomte de Turenne, du comte de La Rochefoucaud, tous mandés pour

faire un rendez-vous à Bergerac.» D'Aubigné ajoute que «ce dessein

tira en longueur, pour les violentes occupations du prince de Condé et

la besogne qu'on lui tendait en Saintonge».

[21] Appendice: XV.

Les affaires des calvinistes allaient donc aussi mal que possible: ils

ne comptaient que des échecs, depuis l'entrée en campagne des deux

armées royales, et leur peu d'entente rendait leur situation encore

plus précaire. Condé visait ouvertement à l'indépendance, sinon à la

prééminence; le maréchal de Damville, voyant son alliance avec les

huguenots de son gouvernement porter des fruits de rébellion, servir

des desseins qui tendaient à créer de petites républiques au sein du

royaume, s'était séparé du parti, dès le mois de mai. Enfin, le roi de

France semblait n'avoir devant lui que des adversaires déjà vaincus

ou à la veille de l'être; et ce fut pourtant à ce moment que les idées

de paix reprirent faveur à la cour.

«Après tout, dit le Père Daniel, quoique le roi n'eût pu déclarer avec

plus d'éclat qu'il avait fait dans les Etats, la résolution où il

était de pousser les huguenots et de ne plus souffrir désormais, dans

son royaume, l'exercice de la religion calviniste, on vit bientôt son

ardeur se ralentir à cet égard; il écouta les avis du duc de

Montpensier et de quelques autres du Conseil qui le portaient à la

paix et lui faisaient envisager la ruine entière de son royaume dans

la continuation de la guerre. Ce duc négociait toujours avec le roi de

Navarre et était secondé des sieurs de Biron et de Villeroi, qui

trouvaient ce prince toujours fort disposé à la paix, mais ferme et

inébranlable sur l'article de l'exercice public de la religion

protestante dans le royaume, quoiqu'il ne refusât pas d'admettre

quelque tempérament dans l'édit de pacification.» Les déclarations

suivantes, adressées par Henri au duc de Montpensier, pendant la

conférence de Bergerac, marquaient bien ses vues conciliantes: «... Je

veux vous témoigner, et à toute cette bonne compagnie, que je désire

tant la paix et repos de ce royaume, que je sais bien que, pour la

conservation et la tranquillité publique, il y a des choses qui ont

été accordées à ceux de la religion par l'édit de pacification

dernier, qui ne peuvent pas sortir leur effet et doivent être

diminuées et retranchées. Et, pour cette occasion, je ne fauldrai, à

la prochaine assemblée qui se doit faire à Montauban, de le

remontrer... Voulant bien vous assurer de rechef que je désire tant la

paix et repos de ma patrie que je ferai mentir ceux qui m'ont voulu

calomnier..., offrant de m'en aller et me bannir pour dix ans de la

France..., si l'on pense que mon absence puisse servir pour apaiser

les troubles qui ont eu cours jusques ici...» Les intentions du roi de

Navarre ne rencontrèrent aucune opposition chez son cousin. «Le prince

de Condé, après la prise de Brouage par le duc de Mayenne, voyait tous

les jours ses troupes se débander. Il était mal satisfait des

Rochelais, qui ne s'accordaient point entre eux, les uns souhaitant la

paix, et les autres s'y opposant, et tous ou la plupart, refusant de

lui accorder l'autorité qu'il souhaitait prendre dans leur ville et

qu'il se croyait nécessaire pour bien conduire la guerre. Ainsi, on se

rapprocha insensiblement, on convint d'une trêve, au commencement de

septembre: elle fut suivie de la paix que le roi signa à Poitiers, et

le roi de Navarre, à Bergerac, et puis, d'un nouvel édit de

pacification différent du dernier seulement, en ce qu'il donnait un

peu moins d'étendue à l'exercice public du calvinisme, et que les

places de sûreté n'étaient pas tout à fait les mêmes que celles que le

roi avait accordées aux calvinistes par le précédent édit; car on leur

donna Montpellier au lieu de Beaucaire, et Issoire, qui avait été

prise, ne leur fut pas rendue.

«Le roi de Navarre conclut cette paix, sans consulter le duc Casimir,

qui s'en tint fort offensé... Pour ce qui est du prince de Condé, il

en eut tant de joie, que le courrier qui lui en vint apporter la

nouvelle à La Rochelle (d'autres disent à Saint-Jean-d'Angély) étant

arrivé la nuit, il la fit publier sur-le-champ aux flambeaux. Les

calvinistes du Languedoc, toujours en défiance de la cour, eurent plus

de peine à la recevoir; mais Jean de Montluc, évêque de Valence, y

ayant été envoyé par le roi, quelque temps après, ramena les esprits.

Le maréchal de Damville, que la cour avait recommencé de regagner par

la maréchale sa femme, accepta aussi la paix et la fit accepter dans

les endroits où il était le maître.»

Henri IV en Gascogne (1553-1589) · 第 26 / 129 题