Nous suivons dès lors le bord de la mer en marchant sur les sables et
en admirant de loin en loin des cavernes où les flots vont s'engouffrer
dans les temps d'orage; les cailles de Cérigo, fort appréciées des
chasseurs, sautelaient çà et là sur les rochers voisins, dans les
touffes de sauge aux feuilles cendrées. Parvenus au fond de la baie,
nous avons pu embrasser du regard toute la colline de Palæocastro
couverte de débris, et que dominent encore les tours et les murs
ruinés de l'antique ville de Cythère. L'enceinte en est marquée sur
le penchant tourné vers la mer, et les restes des bâtiments sont
cachés en partie sous le sable marin qu'amoncelle l'embouchure d'une
petite rivière. Il semble que la plus grande partie de la ville ait
disparu peu à peu sous l'effort de la mer croissante, à moins qu'un
tremblement de terre, dont tous ces lieux portent les traces, n'ait
changé l'assiette du terrain. Selon les habitants, lorsque les eaux
sont très-claires, on distingue au fond de la mer les restes de
constructions considérables.
En traversant la petite rivière, on arrive aux anciennes catacombes
pratiquées dans un rocher qui domine les ruines de la ville et où l'on
monte par un sentier taillé dans la pierre. La catastrophe qui apparaît
dans certains détails de cette plage désolée a fendu dans toute sa
hauteur cette roche funéraire et ouvert au grand jour les hypogées
qu'elle renferme. On distingue par l'ouverture les côtés correspondants
de chaque salle séparés comme par prodige; c'est après avoir gravi le
rocher qu'on parvient à descendre dans ces catacombes qui paraissent
avoir été habitées récemment par des pâtres; peut-être ont-elles servi
de refuge pendant les guerres, ou à l'époque de la domination des Turcs.
Le sommet même du rocher est une plate-forme oblongue, bordée et
jonchée de débris qui indiquent la ruine d'une construction beaucoup
plus élevée; sans doute, c'était un temple dominant les sépulcres et
sous l'abri duquel reposaient des cendres pieuses. Dans la première
chambre que l'on rencontre ensuite, on remarque deux sarcophages
taillés dans la pierre et couverts d'une arcade cintrée; les dalles qui
les fermaient et dont on ne voit plus que les débris étaient seules
d'un autre morceau; aux deux côtés, des niches ont été pratiquées dans
le mur, soit pour placer des lampes ou des vases lacrymatoires, soit
encore pour contenir des urnes funéraires. Mais, s'il y avait ici des
urnes, à quoi bon plus loin des cercueils? Il est certain que l'usage
des anciens n'a pas toujours été de brûler les corps, puisque, par
exemple, l'un des Ajax fut enseveli dans la terre; mais, si la coutume
a pu varier selon les temps, comment l'un et l'autre mode aurait-il été
indiqués dans le même monument? Se pourrait-il encore que ce qui nous
semble des tombeaux ne fût que des cuves d'eau lustrale multipliées
pour le service des temples? Le doute est ici permis. L'ornement de
ces chambres paraît avoir été fort simple comme architecture; aucune
sculpture, aucune colonne n'en vient varier l'uniforme construction;
les murs sont taillés carrément, le plafond est plat; seulement, l'on
s'aperçoit que primitivement les parois ont été revêtues d'un mastic où
apparaissent des traces d'anciennes peintures exécutées en rouge et en
noir à la manière des Étrusques.
Des curieux ont déblayé l'entrée d'une salle plus considérable
pratiquée dans le massif de la montagne; elle est vaste, carrée et
entourée de cabinets ou cellules, séparés par des pilastres et qui
peuvent avoir été soit des tombeaux, soit des chapelles; car, selon
bien des gens, cette excavation immense serait la place d'un temple
consacré aux divinités souterraines.