VI--PALÆOCASTRO

Nous suivons dès lors le bord de la mer en marchant sur les sables et

en admirant de loin en loin des cavernes où les flots vont s'engouffrer

dans les temps d'orage; les cailles de Cérigo, fort appréciées des

chasseurs, sautelaient çà et là sur les rochers voisins, dans les

touffes de sauge aux feuilles cendrées. Parvenus au fond de la baie,

nous avons pu embrasser du regard toute la colline de Palæocastro

couverte de débris, et que dominent encore les tours et les murs

ruinés de l'antique ville de Cythère. L'enceinte en est marquée sur

le penchant tourné vers la mer, et les restes des bâtiments sont

cachés en partie sous le sable marin qu'amoncelle l'embouchure d'une

petite rivière. Il semble que la plus grande partie de la ville ait

disparu peu à peu sous l'effort de la mer croissante, à moins qu'un

tremblement de terre, dont tous ces lieux portent les traces, n'ait

changé l'assiette du terrain. Selon les habitants, lorsque les eaux

sont très-claires, on distingue au fond de la mer les restes de

constructions considérables.

En traversant la petite rivière, on arrive aux anciennes catacombes

pratiquées dans un rocher qui domine les ruines de la ville et où l'on

monte par un sentier taillé dans la pierre. La catastrophe qui apparaît

dans certains détails de cette plage désolée a fendu dans toute sa

hauteur cette roche funéraire et ouvert au grand jour les hypogées

qu'elle renferme. On distingue par l'ouverture les côtés correspondants

de chaque salle séparés comme par prodige; c'est après avoir gravi le

rocher qu'on parvient à descendre dans ces catacombes qui paraissent

avoir été habitées récemment par des pâtres; peut-être ont-elles servi

de refuge pendant les guerres, ou à l'époque de la domination des Turcs.

Le sommet même du rocher est une plate-forme oblongue, bordée et

jonchée de débris qui indiquent la ruine d'une construction beaucoup

plus élevée; sans doute, c'était un temple dominant les sépulcres et

sous l'abri duquel reposaient des cendres pieuses. Dans la première

chambre que l'on rencontre ensuite, on remarque deux sarcophages

taillés dans la pierre et couverts d'une arcade cintrée; les dalles qui

les fermaient et dont on ne voit plus que les débris étaient seules

d'un autre morceau; aux deux côtés, des niches ont été pratiquées dans

le mur, soit pour placer des lampes ou des vases lacrymatoires, soit

encore pour contenir des urnes funéraires. Mais, s'il y avait ici des

urnes, à quoi bon plus loin des cercueils? Il est certain que l'usage

des anciens n'a pas toujours été de brûler les corps, puisque, par

exemple, l'un des Ajax fut enseveli dans la terre; mais, si la coutume

a pu varier selon les temps, comment l'un et l'autre mode aurait-il été

indiqués dans le même monument? Se pourrait-il encore que ce qui nous

semble des tombeaux ne fût que des cuves d'eau lustrale multipliées

pour le service des temples? Le doute est ici permis. L'ornement de

ces chambres paraît avoir été fort simple comme architecture; aucune

sculpture, aucune colonne n'en vient varier l'uniforme construction;

les murs sont taillés carrément, le plafond est plat; seulement, l'on

s'aperçoit que primitivement les parois ont été revêtues d'un mastic où

apparaissent des traces d'anciennes peintures exécutées en rouge et en

noir à la manière des Étrusques.

Des curieux ont déblayé l'entrée d'une salle plus considérable

pratiquée dans le massif de la montagne; elle est vaste, carrée et

entourée de cabinets ou cellules, séparés par des pilastres et qui

peuvent avoir été soit des tombeaux, soit des chapelles; car, selon

bien des gens, cette excavation immense serait la place d'un temple

consacré aux divinités souterraines.

Voyage en Orient, Volume 1: Les femmes de Caire; Druses et Maronites · 第 17 / 146 题