Les Francs ont été appelés aussi, pendant le haut moyen âge, les
Mérovingiens, tout comme les princes de leur dynastie. (V. ci-dessus p.
155, n. [235] les textes de Hariulf, de Roricon et du Beowulf, auxquels
il faut joindre ceux, moins explicites il est vrai, de la _Lex
Bajuvariorum_ et du _Miracula Agili_. Je reproduis également celui de
Hincmar, _Vita Remigii_ dans Bouquet III, p. 273: Plurimis temporibus
degerunt sub Clodione et Meroveo rege utili, a cujus celeberrimo nomine
Franci vocati sunt Merovingi.) Ce nom n’a rien qui doive étonner. La
désinence _ing_ servait dans les langues germaniques à désigner non
seulement le fils de quelqu’un, mais en général quiconque dépendait de
lui et vivait sous son autorité. Pour un chef barbare, il n’y avait
aucune différence entre ses enfants et ses hommes; tous lui
appartenaient. De même, pour le vieux Romain, le mot de _puer_ désignait
à la fois son fils et son esclave, et sa _familia_ comprenait tout ce
qui dépendait de lui, peu importe à quel titre. On peut dire que tous
les peuples germaniques dont le nom se termine en _ingi_ le doivent à
quelque héros national, historique ou non, dont ils se sont proclamés
ainsi les fidèles. La plupart toutefois sont aujourd’hui indéchiffrables
parce que leur origine remonte dans la nuit des temps; ceux qui sont de
formation plus récente nous permettent de comprendre les autres. C’est
ainsi que les Francs appelaient _Gundobadingi_ les Burgondes à cause de
leur roi Gundobad; c’est ainsi que plus tard, au IXe siècle, quand les
fils de Louis le Débonnaire se partagèrent l’Empire, les peuples de
langue allemande appelèrent les sujets de Lothaire _Lotharingen_ (d’où
Lothringen par contraction) et ceux de Charles _Kerlingen_. Bien plus,
les pays habités par ces deux peuples prirent le même nom, et si la
France ne l’a pas gardé, en revanche la Lorraine est encore aujourd’hui
le pays du peuple de Lothaire[788].
[788] Remarquez que le mot _Lotharingia_ vient directement du
germanique Lotharingi et signifie le pays habité par le peuple de
Lothaire, et qu’il ne dérive nullement d’un _Lotharii regnum_ qui
n’a rien formé du tout. Les écrivains français disaient en latin
_Lotharia_ pour le pays et _Lotharienses_ pour ses habitants.
Cet usage a été universel: dans la vie privée également il s’est fait
sentir, et toutes les localités dont le nom se termine en _ingen_
(_ange_ en Lorraine française) en rendent témoignage. Ces noms en effet
désignent les domaines des personnages dont le nom forme le radical de
ces vocables géographiques. Toute l’Allemagne est jonchée, si je puis
ainsi parler, de désignations qui rappellent, par la manière dont elles
sont formées, l’époque où tout le peuple franc s’appelait les
Mérovingiens. Merovicus itaque iste, écrit le vieux Roricon, a quo
Franci et prius Merovinci vocati sunt, propter utilitatem videlicet et
prudentiam illius, in tantam venerationem apud Francos est habitus, _ut
quasi communis pater ab omnibus coleretur_ (Bouquet III, p. 4). Il était
écrit que les Francs ne garderaient pas ce nom, non plus que celui de
Karolingiens (Kerlingen) qu’ils ont porté au IXe siècle, et qui, lui
aussi, n’a pu tenir devant l’illustre appellation de Francs.
§ 3.