III

Les noms poétiques des Francs.

Le nom qu’un peuple porte dans l’histoire n’est, d’ordinaire, qu’un des

nombreux vocables sous lesquels il a été désigné dans l’origine. Une

série de circonstances fortuites, presque toujours oubliées, ont fait

prévaloir ce nom sur les autres, qui, mis hors d’usage, se réfugient

dans la langue poétique, ou ne survivent que dans le parler de certaines

régions. Il n’est pas sans intérêt d’aller chercher dans les sous-sols

de l’histoire les traces de ces noms qui n’ont pas servi: ils ont

toujours quelque chose à nous apprendre.

Remarquons d’abord la portée du nom de Franc. Nous n’en connaissons au

juste ni le sens ni la date exacte, et il est peu probable que nous

serons jamais plus savants. Nous voyons seulement que ce nom est la

désignation collective de tout un ensemble de peuples germaniques du

Bas-Rhin, et qu’à partir du milieu du IIIe siècle il se substitue

insensiblement, pour chacun de ces peuples, à son nom spécifique.

Saliens, Ripuaires, Sicambres, Bructères, Chamaves, Chattes,

Ampsivariens[785] et autres ne se font plus appeler que Francs. On sait

d’ailleurs que les Chamaves sont déjà signalés comme Francs sur la carte

de Peutinger. Franc est comme un titre d’honneur. Plus tard, quand

Clovis conquerra la Gaule, les Gallo-Romains revendiqueront à leur tour

ce nom illustre, qui finira par rayonner sur la Gaule et sur la

Germanie, en attendant qu’il devienne, dans le Levant, la désignation

commune de tous les Occidentaux. A côté de ce nom, les Francs en ont

porté plusieurs autres que nous allons examiner.

[785] Le passage principal sur les diverses peuplades qualifiées de

franques au IVe siècle est celui de Sulpice Alexandre dans Greg.

Tur. II, 9.

§ 1.

Histoire poétique des Mérovingiens · 第 51 / 108 题