abandon, anémone.

absence, absinthe.

agitation, sainfoin-oscillant.

aigreur, épine-vinette.

amabilité, jasmin blanc.

amertume, douleur, aloès.

amitié, lierre.

amour, myrte.

amour conjugal, tilleul.

amour maternel, mousse.

audace, mélèze.

austérité, chardon.

beauté capricieuse, rose musquée.

bienfaisance, pomme de terre.

bienveillance, jacinthe.

consolation, perce-neige.

constance, pyramidale bleue.

courage, peuplier noir.

cruauté, ortie.

dédain, oeillet jaune.

délicatesse, bluet.

désespoir, soucis et cyprès.

désir, jonquille.

docilité, jonc des champs.

élégance, acacia rose.

fécondité, rose trémière.

félicité, centaurée.

fierté, amaryllis.

franchise, osier.

frugalité, chicorée.

générosité, oranger.

gentillesse, rose pompon.

haine, basilic.

honte, pivoine.

immortalité, amarante.

indépendance, prunier sauvage.

injustice, houblon.

jeunesse, lilas blanc.

naïveté, argentine.

noirceur, ébénier.

prospérité, hêtre.

prudence, cormier.

puissance, impériale.

pureté, épi de la Vierge.

reconnaissance, agrimoine.

sagesse, mûrier blanc.

silence, rose blanche.

simplicité, fougère.

sommeil du coeur, pavot blanc.

temps, peuplier blanc.

tranquillité, alysse des rochers.

vérité, morelle douce-amère.

vice, ivraie.

volupté, tubéreuse.

§ VI.

Des alphabets factices.

Vigenère, dans son _Traité des chiffres_, Duret, dans son _Trésor des

langues_, et divers autres anciens auteurs ont donné des modèles

d'alphabets attribués à divers personnages célèbres de l'antiquité la

plus reculée; M. Nodier s'exprime à cet égard de la façon suivante:

«Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et même d'Adam ne

sont pas si méprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par là

qu'ils annoncent une grande puissance d'invention, mais seulement

qu'ils remontent à une haute antiquité et qu'ils révèlent en partie le

secret d'une des opérations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce

qui donne du prix aux recueils rares où ces alphabets se rencontrent,

c'est qu'on ne les a jamais reproduits depuis que l'on a fait de la

grammaire positive, parce qu'ils n'appartiennent à aucune langue dont

il soit resté des traditions. Comme débris d'une langue de convention

qui a existé, dont nous avons perdu la clef et qui ne le cédait

peut-être en rien aux langues caractéristiques de Dalgarno, de Wilkins

et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent à notre intelligence avec

un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah.»

Formés de signes aux contours bizarres et aux formes singulières, ces

caractères, qui sont, en général, des transformations de l'alphabet

hébreu, n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune

authenticité. L'alphabet d'Énoch, celui de Moïse et celui de Salomon

sont de pure invention, tout comme celui dont un magicien célèbre,

Honorius le Thébain, se servit, dit-on, pour écrire ses livres de

sorcellerie. Vigenère a conservé les lettres sous lesquelles cet

insigne sorcier (qui n'a jamais existé) dissimulait les arcanes les

plus profonds de la nécromancie. Nous croyons inutile de reproduire

ces signes étranges, auxquels quelques anciens auteurs conseillent de

recourir pour chiffrer, mais dont personne ne fait usage depuis bien

longtemps.

On peut assimiler aux alphabets factices les figures bizarres dont les

recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots inventés à

plaisir et qu'on donnait comme possédant des propriétés surnaturelles

et comme renfermant un sens ignoré du vulgaire. Nous ne nous étendrons

pas sur ce sujet, qui demeure étranger aux idées scientifiques; nous

transcrirons seulement comme échantillon une phrase prise dans un

livre de sortiléges et qui restera sans doute toujours inintelligible:

«Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton

aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch.»

CHAPITRE V.

DU RÔLE DE LA CRYPTOGRAPHIE DANS LA LITTÉRATURE.

§ Ier.

Artifices imaginés pour déguiser des dates.

Il est juste de rapporter à la Cryptographie les artifices qu'ont

employés quelques scribes du moyen âge afin de dissimuler, sous une

forme énigmatique plus ou moins ingénieuse, la date des manuscrits

qu'ils transcrivaient. En voici un exemple que fournit un des

manuscrits français de la Bibliothèque impériale de Paris.

Ce livre fut tout parfait

Eu jueillet, comme trouverez:

Pour le savoir dimynuerez

Ces diverses lignes par trait.

Vous prandrez la teste d'un moyne,

De deux cordeliers, d'un chanoyne;

Et puis un () party en dux.

Vous lairrez la teste Jhesus,

Sainct Jehan, sainct Jacques et Jacob,

Et prendrez un X à cop.

Puis adjoustez en ceste ryme

Ung [Gl.] prince en algorithme:

Si congnoistrez qu'il fut parfait

Le XXIIIe jueillet.

On voit que l'auteur indique, par les initiales de plusieurs mots, des

lettres ayant une valeur numérique en chiffres romains, pour former

par leur réunion l'année de l'achèvement de sa transcription. Il s'est

plu à présenter cette indication d'une manière énigmatique par un jeu

assez goûté de son temps.

La tête d'un _Moyne_, (M) mille.

Y ajouter celles de deux _Cordeliers_ et d'un _Chanoine_, (CCC) trois

cents.

Puis, un O partagé en deux, (CC) deux cents.

Laisser de côté les têtes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct

Jacques et de Jacob (4 à soustraire).

Prendre ensuite un X (10).

La difficulté consiste à savoir ce que signifie _ung N prise en

algorithme_. Ce dernier mot, évidemment altéré pour les besoins de la

rime, est _algorisme_, _algorismus_, que le dictionnaire de Du Cange

explique par _arithmetica_, _numerandi ars_. La lettre qu'il s'agit de

considérer numériquement est un N, lettre qui ne joue point en latin

le rôle d'un chiffre. D'après la forme que lui donne le manuscrit, on

voit qu'elle joue, peut se décomposer en un V et un I, ce qui donne en

chiffres: VI (six). Maintenant, en additionnant ces différents

nombres, 1000, 300, 200, 10 et 6, puis en retranchant 4, on trouve

1512.

Une date semblable, composée par le chanoine Charles de Bovelle, est

citée dans la Notice de M. du Sommerard _sur l'hôtel de Cluny_.

D'un mouton et de cinq chevaux M. CCCCC

Toutes les têtes prendrez,

Et à icelles sans nuls travaux

La queue d'un veau vous joindrez, V

Et au bout adjouterez

Tous les quatre pieds d'une chatte: IIII

Rassemblez, et vous apprendrez

L'an de ma façon et ma date.

-----------------

M. CCCCC. V. IIII

(1509)

Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la propriété exclusive

des copistes antérieurs à l'invention de la typographie; quelques

volumes imprimés au quinzième siècle offrent des particularités du

même genre; mentionnons-en deux exemples:

Le _Doctrinal du temps présent_, de Pierre Michault, imprimé à Bruges,

par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur:

Un treppier et quatre croissans

Par six croix auec sy nains faire.

Vous feront estre congnoissans,

Sans faillir, de mon miliaire.

Ce quatrain indique l'année 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III.

Un petit volume très-rare, le _Passe-temps et le Songe du triste_,

publié à Lyon, s'annonce comme ayant été mis au jour:

L'an de trois croix, cinq croissans, ung trépier.

Ce qui signifie 1530, les figures étant rangées de droite à gauche:

XXX. CCCCC. M.

§ II.

Des artifices employés par quelques auteurs pour déguiser leurs

noms.

Il a été de mode parmi certains auteurs du seizième siècle de déguiser

leurs noms sous une devise qui les couvrait du manteau d'une anagramme

plus ou moins ingénieuse, plus ou moins exacte.

Le _Formulaire fort récréatif de tous contratz_... fait par Bredin,

Lyon, 1594.

Les mots _Bonté ny soit_, sont en guise de signature à la fin de

l'avis au lecteur; on croit y reconnaître le nom anagrammatisé de

l'auteur: _Benoist (du) Troncy_.

Noël du Fail, auteur de deux écrits dont les anciennes éditions sont

vivement recherchées des bibliophiles (les _Propos rustiques_ et les

_Baliverneries d'Eutrapel_), cacha son nom sous l'anagramme de _Léon

Ladulfi_; Nicolas Denisot, conteur et poëte contemporain d'Henri II,

donna ses écrits sous la signature du _comte d'Alsinois_. Le chevalier

de Cailly, dont les spirituelles épigrammes ont reparu dans la jolie

_Collection des petits classiques françois_ (1825, 9 vol. in-16),

n'eut guère l'intention de se dérober sérieusement aux regards du

public lorsqu'il se présenta sous le nom d'_Aceilly_.

Il serait facile de multiplier pareils exemples; nous signalerons

Ancillon, signant du nom de _Ollincan_ son _Traité des eunuques_; nous

mentionnerons Amelot de La Houssaye, d'Orléans, qui ne déguise guère

la paternité de ses pesants commentaires sur Tacite, en les donnant

comme l'oeuvre du sieur _de La Mothes Josseval d'Aronsel_; nous

retrouverions dans Philippe Alcripe, sieur de Neri, auteur d'un

recueil facétieux devenu rare (la _Nouvelle Fabrique des excellens

traits de vérité_), le nom de Philippe Le Picar, sieur de Rien; nous

ne saurions surtout oublier l'immortel auteur du _Gargantua_ et du

_Pantagruel_, maître François Rabelais, qui a changé son nom en celui

d'_Alcofribas Nasier_.

Les plus impénétrables de ces pseudonymes sont peut-être ceux que des

membres d'académies italiennes se décernèrent, obéissant ainsi à une

mode qui dura un instant pendant le siècle dernier. On ne se

douterait qu'_Euforbo Melesigenio_ désigne Calazo; c'est sous le nom

d'_Eritisco Pilenejo_ que Pagnini livra aux presses élégantes de

Bodoni sa traduction d'Anacréon.

Un pauvre comédien qui termina ses jours par une mort volontaire,

Caron, auteur et éditeur de livrets facétieux, recherchés des

bibliomanes, s'amusait à avoir recours à l'artifice peu mystérieux de

la disposition rétrograde des mots. Il donna un de ses écrits comme

l'oeuvre du bonze _Esiab-luc_ et comme ayant été imprimé à

_Emeluogna_.

Un moine italien, François Columna, auteur d'un roman bizarre et

obscur dont les anciennes éditions sont vivement recherchées à cause

des figures sur bois qui les embellissent, a caché son nom et le

secret de son coeur dans une phrase qu'on retrouve, en écrivant, à la

suite les unes des autres, les lettres initiales de chacun des

chapitres de cet ouvrage:

POLIAM FRATER FRANCISCUS ADAMAVIT.

L'auteur d'un de ces romans de chevalerie qui firent tourner la tête à

Don Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est également

servi d'un acrostiche du même genre; il l'a consigné dans des stances

placées au commencement du premier volume et dont voici

l'interprétation: _Luis Hurtado, autor, al lector da salud._

Un petit poëme de la fin du quinzième siècle, le _Messagier damours_,

révèle par un acrostiche placé dans les huit derniers vers le nom de

l'auteur, Pilvelin.

§ III.

De l'emploi que divers littérateurs ont fait de la Cryptographie.

Quelques écrivains ont eu recours aux procédés de la Cryptographie,

afin de dérober aux profanes le sens de certains passages de leurs

écrits qu'il leur convenait de couvrir des ombres du mystère; nous

pouvons en citer plusieurs exemples.

Un poëte du seizième siècle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve

qui rappelle parfois celle de Regnier, Marc Papillon, sieur de

Lasphrise, a placé, dans ses _Oeuvres poétiques_ (Paris, 1599), une

tirade assez libre qu'il ne nous convient pas de transcrire en entier

et dont voici le début:

_Sel semad ed al ruoc te seuqleuq sertua erocne_

_Tois enud elliv gruob uo egalliv._

Il est facile de reconnaître que l'artifice consiste ici en ce que

chaque mot doit être lu de droite à gauche.

«Les dames de la cour et quelques autres encore,» etc.

Nous trouvons, dans le même volume, un sonnet en langue inconnue; il

commence ainsi:

Cerdis zerom deronty toulpinié

Pareis hurlin linor orifieux.

Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes énigmatiques

aux heureux désoeuvrés qui ont assez de temps pour donner des heures à

l'étude des écrits du sieur de Lasphrise et assez de solidité de

jugement pour apprécier tout ce que renferme d'utile et d'intéressant

un pareil emploi des facultés intellectuelles.

Un poëte latin du seizième siècle, Jean de Cysinge, plus connu sous le

nom de Janus Pannonius, offre des particularités semblables. En

feuilletant l'édition de ses _Poemata_ (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8º),

nous avons remarqué que l'épigramme 276 du Ier livre (tom. I, p. 577),

_in meretricem lascivam_, est en partie chiffrée;

Le second vers est exprimé sous cette forme:

Conserui et dxoop nfouxmb delituit.

et le dernier:

Expecta nondum, Lucia, efgxuxk.

La _Biographie universelle_, dans l'article consacré au trop célèbre

marquis de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laissés par cet

écrivain qui poussa l'immoralité jusqu'à la démence, il se trouvait un

volumineux journal de sa captivité à la Bastille, écrit, en grande

partie, en chiffres dont il avait seul la clef.

Nous rencontrons deux ou trois pages _chiffrées_ dans une composition

spirituelle et piquante sortie de la plume d'un des romanciers les

plus féconds et les plus en vogue du dix-neuvième siècle. Ouvrez la

_Physiologie du mariage_, par M. de Balzac; cherchez dans la

Méditation XXV le paragraphe intitulé: _des Religions et de la

Confession considérées dans leur rapport avec le mariage_, vous y

lirez ce qui suit:

«La Bruyère a dit très-spirituellement: C'est trop contre un mari, que

la dévotion et la galanterie; une femme devrait opter.»

«L'auteur pense que La Bruyère s'est trompé. En effet:

«Lsuotru e-ne_d_tnim dbreaus jive_c_ udnt let_t_ em_r_nu eaCmetss

esosi ost pfsaoiylao tt demon sleuiod pne nr unsmneuj eeus_g_

ienqseuedro_t_e_a_pt...»

Nous nous garderons bien d'insérer ici en entier cette longue

citation, et nous convenons franchement que nous n'avons pas cherché à

trouver la clef du système cryptographique inventé par le joyeux

physiologiste. Quelques-uns des nombreux lecteurs de la _Physiologie

du mariage_ ont sans doute été plus intrépides et plus heureux que

nous.

Terminons en mentionnant une autre particularité dans le genre de

celles que nous signalons ici.

Les _Oeuvres poétiques_ du sieur de La Charnais, gentilhomme

nivernois, renferment 118 énigmes, dont une table, en deux pages,

donne la clef. Cette table est gravée à l'envers, en sorte que, pour

la lire, il faut avoir recours à un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu

le soin de donner dans sa préface cette explication à ses lecteurs.

C'est une singularité dont il serait sans doute difficile de trouver

d'autres exemples.

Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et

d'originalité[7], a, dans un de ses récits, le _Scarabée d'or_ (_the

Gold-Bug_), raconté comment un homme, doué d'une intelligence

pénétrante et chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor

considérable enfoui par des pirates dans un coin reculé de la

Louisiane, trésor dont le gîte était indiqué par une série de chiffres

sur un vieux morceau de parchemin que le hasard plaça sous ses yeux

habitués à voir juste et loin. Voici quelle était la première ligne de

cet écrit:

53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 +

8 § 60 [Gl.] 85; 1 + (;1. + * 8)

[Note 7: Consultez une notice intéressante insérée dans la _Revue des

Deux-Mondes_, octobre 1846.

«Autant de récits, autant d'énigmes sous diverses formes et avec des

costumes divers. Poésie, invention, effets de style, enchaînement du

drame, tout est subordonné à une bizarre préoccupation qui semble ne

connaître qu'une faculté inspiratoire, celle du raisonnement; qu'une

muse, la logique. L'auteur s'occupe de juger, de classer les

probabilités; et il emploie pour ceci cet instinct, cette sagacité

particulière à l'homme, plus ou moins sûre chez l'un que chez l'autre,

et qui varie de puissance comme de but, suivant les aptitudes et le

métier de chacun.»]

En examinant quels étaient les signes qui revenaient le plus souvent

et quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant que le

caractère 8 se présentait 33 fois,

; 26 fois,

4 19 fois,

+) 16 fois;

en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus

dans la composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des

juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut

pénétré. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages

de M. Poë comment s'accomplit ce tour de force.

CHAPITRE VI.

DES LIVRES À CLEF.

Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans

lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre

artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu

sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait

sous ses yeux.

Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la

religion et la décence, forment presque toujours la catégorie où

rentrent les livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns.

Les _Princesses malabares_: ce livre irréligieux, attribué à

Lenglet-Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse

indication d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici

une partie:

_Mison_ (Simon), saint Pierre; _Tuotalic_, catholique; _Rasoni_,

raison; _Roligine_, Religion; _Ema_, âme; _Chéterine_, chrétienne;

_Gélise_, église; _Vaddi_, David, etc. On voit que l'auteur a eu

recours au plus vulgaire et au plus facile de tous les moyens de

déguisement, à l'anagramme, procédé bien candide et bien naïf, puisque

les éléments du mot se présentent d'eux-mêmes à qui prend la peine de

les chercher. À côté du livre que nous venons d'indiquer, plaçons:

Les _Aventures de Pomponius_ (par Labadie), _Rome_ (Hollande), 1725.

Ce récit allégorique, dirigé contre le régent (Philippe d'Orléans) et

ses favoris, présente aussi des noms cachés sous le voile de

l'anagramme: _Relosan_, Orléans; _Lauges_, Gaules; _Cilopang_,

Polignac; _Judosb_, Dubois; _Nedoc_, Condé; _Xeamu_, Meaux.

Dans les _Veillées du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de

la vertueuse princesse Oribelle_, par Rétif de la Bretonne, tous les

noms sont travestis: Rousseau devient _Assuero_, et Voltaire

_Iratlove_.

N'oublions pas les _Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone_

(par de Querlon), 1740. Une clef imprimée se trouve dans un très-petit

nombre d'exemplaires de cette satire lancée contre la cour de Louis

XV; M. Nodier l'a reproduite dans ses _Mélanges extraits d'une petite

bibliothèque_, où il a également placé la clef d'une _nouvelle_ de

Brémond qui met en scène, sous des noms déguisés, le roi d'Angleterre

Charles II et ses favorites: _Hattigé, ou les Amours du roi de

Tamaran_, Cologne, 1676.

Les _Amours de Zéokinizul, roi des Korfirans_, présentent un mystère

qu'il est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme

d'elle-même: Louis XV, roi des Français.

Indiquons encore:

Les _Visites_, par mademoiselle de Kéralio, Paris, 1792, in-8.

_Voyage du Vallon tranquille_ (par Charpentier), réimprimé en 1796

avec des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Léger et Adry.

_Histoire de la princesse de Paphlagonie_, par mademoiselle de

Montpensier.

_Paris, Histoire véridique, anecdotique, morale et poétique_, avec la

clef, par Chevrier, La Haye, 1767.

_Galerie des États généraux_ (par Mirabeau, de Luchet, etc.).

Ne laissons pas échapper, dans cette énumération rapide et

nécessairement fort incomplète, un ouvrage célèbre, le _Cymbalum

mundi_, de Bonaventure Des Periers.

M. Nodier s'est fort occupé de cet écrit, qu'il qualifie de

«production bizarre et hardie, petit chef-d'oeuvre d'esprit et de

raillerie, modèle presque inimitable de style dans le genre familier

et badin, et l'un des plus précieux monuments de la charmante

littérature du seizième siècle.»

Le _Grand Dictionnaire historique des Précieuses_, par Somaize, 1661,

n'offre qu'une énigme perpétuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe.

Vogt, dans son _Catalogus librorum rariorum_, mentionne un recueil de

poésies, d'une bizarre mysticité, imprimé en 1738 et qui fut défendu.

Les noms y sont anagrammatisés; _Madaavemania_ est l'âme (_anima_)

d'Adam et d'Ève qui délivre Sirchtus (_Christus_); _Rifeluc_ est

Lucifer; _Moscos_ désigne _Cosmos_, le Monde, etc.

Nous nous garderons bien de tout citer en ce genre; aussi

laisserons-nous de côté un fastidieux roman du chevalier de Mouhy,

intitulé les _Mille et une Faveurs_, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette

longue narration, les noms des personnages sont déguisés sous le voile

de l'anagramme, se présentant sous un aspect fort bizarre, tels que

Croselivesgol, Tofmenie, Onveexpic, Lodeorbarli, Coufartoc, Senacso,

Sanistinva, Netosniss, Fonternouesa, Tanitbadan, Veoldafitular; en les

décomposant on y trouve des mots très-propres à inspirer le plus

juste effroi au chaste lecteur.

CHAPITRE VII.

DU DÉCHIFFREMENT.

Il faut de la patience et de la sagacité pour arriver à la lecture

d'une dépêche chiffrée qui a été interceptée.

Cette tâche peut offrir les plus graves difficultés, lorsqu'on ignore

dans quelle langue est écrite la dépêche saisie; ou bien lorsque, pour

l'écrire, il a été formé un mélange de divers idiomes; lorsqu'on a

fait emploi de plusieurs alphabets; lorsque les non-valeurs sont

nombreuses et réparties avec intelligence; lorsque les mêmes

syllabes, les mêmes mots, les mêmes noms, se trouvent exprimés par des

signes différents; lorsque les mots sont écrits à la suite les uns des

autres sans séparation, ou lorsqu'ils sont séparés, non comme ils

devaient l'être selon les règles grammaticales, mais d'une façon

arbitraire qui déroute l'observateur.

Le déchiffreur doit être très-versé dans tous les procédés de la

Cryptographie; s'il n'a lui-même souvent chiffré des dépêches, s'il ne

connaît à fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amusé à

vouloir inventer des procédés nouveaux, s'il n'a fait de toutes les

combinaisons cryptographiques une étude sérieuse et patiente, il

échouera dans toutes ses tentatives, quand il se verra en présence

d'un chiffre difficile.

La première chose à faire est de dresser le catalogue des caractères

qui composent le chiffre et de noter combien chacun est répété de

fois. Ceci fait, on examine leurs combinaisons; on tourne, on

retourne, on dispose de toute façon ces caractères, jusqu'à ce que des

conjectures se présentent avec vraisemblance sur l'attribution de tel

ou tel caractère à telle ou telle lettre.

Pour arriver à ce but, il faut que la plupart des caractères se

trouvent plus d'une fois dans le chiffre; si l'écrit est fort court,

si une même lettre est désignée par des caractères différents, les

difficultés deviennent de plus en plus sérieuses:

Nous allons emprunter à un écrivain hollandais judicieux, à

S'Gravesand, un exemple relatif à un chiffre écrit en latin.

A B C

----- --- ----

abcdefghikf:lmkgnekdgeihekf:

D E F

----- ----- ----

bceeficlah fcgfg inebh fbhic eikf:

G H I K

-------- ----- ------

fmfpimfhiabc qilcb eieacgbfbe bg

L M

----- ---

pigbgrbkdghikf: smkhitefm.

Les barres, les lettres majuscules A, B, les signes de ponctuation ne

font pas partie du chiffre; nous les avons ajoutés afin de faciliter

l'explication: Ce chiffre donne:

14 f 3 d

14 i 2 b

12 b 2 n

11 e 2 p

10 g 1 o

9 c 1 q

8 h 1 r

8 k 1 s

5 m 1 t

4 a

Enfin, il y a en tout dix-neuf caractères, dont cinq seulement une

fois.

Je vois d'abord que _h i k f_ se trouvent en deux endroits (B, M); que

_i k f_ se trouvent en un seul (F); enfin, que _h e k f_ (C) et _h i k

f_ (B, M) ont du rapport entre eux.

D'où l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de

mots, ce qu'on indique par les deux points:

Dans le latin, il est ordinaire de trouver des mots où des quatre

dernières lettres les seules antépénultièmes diffèrent; lesquelles, en

ce cas, sont habituellement des voyelles, comme dans _amant_,

_legunt_, _docent_, etc.; donc _i_, _e_ sont probablement des

voyelles.

Puisque _f m f_ (voyez G) est le commencement d'un mot, on peut

raisonnablement conjecturer que _m_ ou _f_ est voyelle, car un mot n'a

jamais trois consonnes de suite, dont deux soient les mêmes, et il est

probable que c'est _f_ puisque _f_ se trouve quatorze fois et _m_

seulement cinq; donc _m_ est consonne.

De là allant à K ou _g b f b c b g_, on voit que, puisque _f_ est

voyelle, _b_ sera consonne dans le _b f b_, par les mêmes raisons que

ci-dessus; donc _c_ sera voyelle, à cause de _b c h_.

Dans L ou _g b g r b_, _b_ est consonne; _r_ sera consonne, parce

qu'il n'y a qu'un _r_ dans tout l'écrit; donc _g_ est voyelle.

Dans D ou _f c g f g_, il y aurait donc un mot ou une partie de mots

en cinq voyelles, mais la chose est impossible. Il n'y a point de mot

latin qui présente cette particularité; on se tromperait donc en

prenant _f c g_, pour voyelles; donc ce n'est pas _f_, mais _m_ qui

est voyelle, et _f_ consonne; donc _b_ est voyelle (voyez K). Dans cet

endroit K, on a la voyelle _b_ trois fois, séparée seulement par une

lettre; or on trouve dans le latin des mots où pareille circonstance

se rencontre, tels que _edere_, _legere_, _munere_, _si tibi_, etc.,

et comme c'est la voyelle _e_ qui est le plus fréquemment dans ce cas,

il faut en conclure que _b_ correspond probablement à l'_e_, et _i_ à

_r_.

En opérant successivement de semblable manière sur toute la phrase

chiffrée, on finit par en découvrir le sens, et on trouve que le

chiffre que nous avons reproduit, doit se traduire de la manière

suivante:

La Cryptographie, ou, l'art d'écrire en chiffres · 第 6 / 8 段