Il n'a jamais été fait usage de ce chiffre, et il est demeuré dans le

domaine des théories imaginées à plaisir. En le perfectionnant, en

évitant les erreurs qu'avait commises Hermann et qui mirent

l'interprète sur la voie de sa découverte, on pourrait encore obtenir,

sinon un chiffre radicalement inexpugnable (le mot _impossible_ ne

doit pas être admis en cryptographie), du moins on en aurait un qui

présenterait les difficultés les plus formidables; mais une pareille

méthode resterait toujours un simple objet de curiosité, car elle

serait trop compliquée pour que la diplomatie en fît usage.

§ XVIII.

De l'emploi des notes de musique.

Ce système de cryptographie repose sur le même principe que celui

dont la description se trouve dans la IXe section de ce chapitre. Vous

décrivez sur un carré de carton un cadran divisé en vingt-quatre

parties égales, et dans chacune d'elles vous transcrivez une des

lettres de l'alphabet. Un autre cadran mobile, sur un point central et

concentrique au premier, est divisé de même en un pareil nombre de

parties égales. Il est réglé circulairement, comme un papier de

musique. Vous marquez, dans chacune de ces divisions, des notes du

musique différentes les unes des autres. Vous n'oublierez pas de

tracer les trois clefs de la musique dans l'intérieur du cadran, et

autour de ses divisions les divers chiffres dont les compositeurs font

usage pour exprimer les divers temps ou mesures.

Vous fixez une des divisions quelconques du cadran extérieur, de

manière qu'elle se trouve vis-à-vis de celle du cadran intérieur:

chaque lettre du premier cadran répond à une note placée sur le

second.

Prenez ensuite une feuille de papier réglé tel que celui dont on fait

usage pour noter la musique; et, après avoir disposé vos deux cadrans,

placez, en tête de la première ligne de votre dépêche, celle des trois

clefs qui correspond aux mesures indiquées; ceci sert de règle à votre

correspondant, afin qu'il dispose de la même façon, avant

d'entreprendre le déchiffrement, le cadran qu'il a devant lui.

Transcrivez sur le papier réglé la note qui, sur le cadran intérieur,

répond aux lettres dont sont composés les mots de l'avis qu'il s'agit

de transmettre. Votre correspondant, instruit, par la clef de la

musique et par le chiffre qui désigne la mesure, de l'arrangement

qu'il doit donner à ses cadrans, substituera, en place de chaque note,

la consonne ou voyelle qui lui correspond.

En changeant de clef à plusieurs reprises, on rend le déchiffrement

plus difficile pour les personnes qui n'ont pas le cadran

cryptographique. Changer de clef, c'est disposer le cadran de façon

qu'une des trois clefs de la musique réponde à un temps ou mouvement

différent; ce qui peut s'effectuer à plusieurs reprises dans la même

lettre et ce qu'on indique de la manière ci-dessus signalée.

CHAPITRE IV.

DES DIVERSES SORTES D'ÉCRITURE ET DES DIFFÉRENTS LANGAGES DE

CONVENTION QUI SE RATTACHENT À LA CORRESPONDANCE OCCULTE.

§ Ier.

Okygraphie.

M. H. Blanc, sous-chef du bureau de l'instruction publique à la

préfecture de la Seine, a proposé une écriture chiffrée de son

invention, dans un livre intitulé:

_Okygraphie, ou l'art de fixer par écrit tous les sons de la parole

avec autant de facilité, de promptitude et de clarté que la bouche

les exprime. Nouvelle méthode applicable à tous les idiomes,

présentant des moyens aussi vastes, aussi sûrs que nouveaux

d'entretenir une correspondance secrète dont les chiffres seront

absolument indéchiffrables._ Paris, 1802, _in_-12.

Les signes qu'emploie cette méthode sont beaucoup plus simples que

ceux de l'alphabet ordinaire. Ils se réduisent à trois: _i_, _c_,

[Signe]. On les écrit sur du papier réglé dans le genre de celui qui

sert à la musique, mais avec la différence que les lignes rangées à

côté les unes des autres sont au nombre de quatre seulement. Les trois

signes indiquent leur signification, de même que les notes de musique,

d'après la position qui leur est assignée sur les lignes, et, pour

chaque signe, cette position peut se combiner de huit manières

différentes. On obtient ainsi les vingt-quatre lettres de l'alphabet,

qu'on simplifie d'ailleurs en écrivant les mots tels qu'ils se

prononcent.

En combinant les signes de l'Okygraphie, en se mettant d'accord à

l'avance sur le sens qu'il faut attacher à chacun d'eux placé de telle

ou telle manière, en ayant recours aux non-valeurs et aux divers

stratagèmes bien connus des cryptographes, on peut arriver sans peine

à former un chiffre dont le mystère restera complétement impénétrable.

M. Blanc donne, par exemple, huit alphabets divers qu'il a formés

selon sa méthode, laquelle est susceptible d'en fournir une quantité

infinie.

L'attention de M. de Talleyrand, alors ministre des affaires

étrangères, fut appelée sur l'avantage qu'offrirait l'Okygraphie pour

la correspondance secrète des ambassades; M. Blanc nous fait savoir

qu'il reçut une lettre très-flatteuse signée de Son Excellence; cette

lettre rendait justice au mérite de l'Okygraphie, mais elle ajoutait

que, dans les bureaux et dans les légations, on était habitué, de

longue date, à des méthodes qui paraissaient satisfaisantes, et qu'il

n'y avait guère moyen d'y introduire l'emploi de procédés tout

nouveaux.

§ II.

Pasigraphie.

Ce mot se compose de deux mots grecs, [Grec: pasi], _à tous_, [Grec:

graphô], _j'écris_. Écrire même à ceux dont on ignore la langue, au

moyen d'une écriture qui soit l'image de la pensée que chacun rend par

différentes syllabes, c'est ce qu'on nomme _Pasigraphie_.

Deux personnes, appartenant à deux pays différents et à deux langues

différentes, ne savent chacune que leur idiome; elles apprennent à le

pasigraphier; dès lors, ce que l'une écrit dans sa langue, l'autre

l'entend dans la sienne. Adaptez cette méthode à plusieurs langues, le

même écrit, le même imprimé sera lu en autant de langues, comme les

chiffres de l'arithmétique, les signes de la chimie et les notes de la

musique sont également intelligibles pour tout le monde, de Cadix à

Stockholm, de Boston à Calcutta.

M. de Maimieux est un des auteurs qui se sont le plus occupés de

Pasigraphie; dans le procédé qu'il emploie, il fait usage de douze

caractères; nous les reproduisons ici:

[Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.].

Il serait très-long et d'un faible intérêt d'expliquer ici comment,

grâce à l'emploi de ces signes, il y aurait moyen de créer une

écriture universelle qui serait entendue de tous les peuples. M. de

Maimieux exprime lui-même en ces termes l'idée qui sert de base à sa

méthode.

«Le principal fondement de l'art pasigraphique est dans le moyen de

substituer le signe de la place des mots aux syllabes dont toutes les

langues composent leurs mots. Ces syllabes diffèrent d'un idiome à

l'autre, par l'effet de conventions locales qu'un étranger ne peut

connaître qu'après beaucoup d'études et un long usage. Chaque mot

présente des particularités qu'il faut savoir pour bien posséder une

langue, soumise, d'ailleurs, à des règles très-nombreuses, peu fixes,

souvent contradictoires et noyées dans un océan d'exceptions. La place

du mot pasigraphié demeurant la même pour tous les peuples, ceux-ci

s'entendent facilement, puisque les signes de la place du mot, devenus

le corps du mot, restent les mêmes, de quelques lettres que soit formé

le mot placé dans la ligne, si d'ailleurs la méthode est réduite à

douze signes qui n'éprouvent aucune exception.»

Les signes de la Pasigraphie peuvent être employés dans l'écriture en

chiffres. Parmi les écrivains qui se sont occupés du problème de la

langue universelle, les uns, comme M. de Maimieux, ne font usage que

d'un petit nombre de caractères; d'autres (Becker, notamment, dans sa

_Notitia linguæ universalis_) ont recours à une foule de signes qui

rappellent un peu les notes tironiennes et qui se composent de lignes

droites ou courbes, combinées de diverses manières et de façon que

chaque signe exprime un mot et une idée. L'emploi d'un pareil système

serait évidemment entouré de difficultés multipliées; l'application à

la Cryptographie de signes aussi peu connus n'offrirait que de bien

minces avantages; aussi, dans la pratique, n'a-t-on jamais songé à y

recourir.

§ III.

Hiéroglyphes.

Nous ne saurions oublier ici divers symboles, dont l'antiquité fit

usage, afin d'énoncer des préceptes, des leçons, des faits qui

demeuraient lettre close pour le vulgaire et dont l'érudition moderne

s'efforce de retrouver la clef perdue depuis bien des siècles.

Parmi les différents systèmes d'écriture mis en usage dans le but

d'exprimer ces idées qui restaient un mystère pour les non initiés,

les fameux hiéroglyphes de l'ancienne Égypte tiennent le premier rang.

Diodore de Sicile, au livre III de sa _Bibliothèque historique_, parle

des caractères hiéroglyphiques employés par les Égyptiens. Après avoir

dit que ces caractères offrent à nos yeux des animaux de tout genre,

des parties du corps humain, des ustensiles, des instruments,

principalement ceux dont font usage les artisans, il expose dans les

termes suivants les motifs qui leur ont fait donner ces formes: «Ce

n'est point, en effet, par l'assemblage des syllabes que chez eux

l'écriture exprime le discours, mais c'est au moyen de la figure des

objets retracés et par une interprétation métaphorique basée sur

l'exercice de la mémoire.»

Le témoignage de cet historien grec est confirmé par celui d'un

historien latin: Ammien Marcellin constate que, «chez les anciens

Égyptiens, chaque lettre représentait un mot et quelquefois même une

phrase entière.»

Vers la fin du second siècle, saint Clément d'Alexandrie, parlant des

voiles mystérieux dont on s'est plu souvent à entourer la science pour

n'en permettre l'abord qu'aux initiés, observe qu'on ne pouvait

atteindre que par des degrés successifs le terme le plus élevé de

l'instruction, qui était la science des hiéroglyphes.

Trois sortes d'écritures ont été connues des anciens Égyptiens. Les

hiéroglyphes, qui représentent fidèlement des objets de la nature et

des produits de l'art, ont été regardés comme symboliques; Champollion

a fini par ne plus voir, dans ces signes, que des caractères

idéographiques; et, sans entrer ici dans une discussion qui aurait le

double tort d'être très-longue et de nous éloigner beaucoup du sujet

que nous avons en vue, nous ferons remarquer que, quel que soit

l'éclat des ingénieuses découvertes du savant illustre que nous venons

de nommer, les théories qu'il a formulées soulèvent encore, hors de la

France surtout, de vives objections de la part d'érudits fort

distingués.

L'écriture _hiératique_ ou sacerdotale est regardée comme une

tachygraphie des hiéroglyphes, et les signes vulgaires ou

_démotiques_, comme une abréviation des hiératiques.

La fameuse inscription de Thèbes, la seule dont l'explication soit

parvenue jusqu'à nous, exprimait, par les hiéroglyphes d'un enfant,

d'un vieillard, d'un vautour, d'un poisson, d'un hippopotame, la

sentence suivante: «Vous qui naissez et qui devez mourir, sachez que

l'Éternel déteste l'impureté.»

Voici en quels termes M. Champollion Figeac, le frère du célèbre

créateur des études égyptiennes, résume les notions les plus

généralement reçues au sujet des hiéroglyphes: «L'écriture

hiéroglyphique, proprement dite, se compose de signes représentant des

objets du monde physique, animaux, plantes, arbres, figures de

géométrie, etc.; le tracé est parfois simplement linéaire; quelquefois

il est entièrement terminé et même colorié. Le nombre de ces signes

est d'environ huit cents.

«L'écriture hiératique est une véritable _tachygraphie_ de la

précédente. Comme les signes hiéroglyphiques ne pouvaient être

convenablement tracés que par des personnes exercées dans l'art du

dessin, on créa un système d'écriture abrégée dont les signes étaient

d'une exécution facile, système qui n'eut d'ailleurs rien

d'arbitraire. Chaque signe hiératique fut un abrégé du signe

hiéroglyphique; au lieu de la figure entière du lion couché, par

exemple, on traça l'esquisse d'une partie de son corps, et cet abrégé

du lion conserva, dans l'écriture, la même valeur que la figure

entière.»

Dans des pays très-éloignés des rives du Nil, on trouve une écriture

hiéroglyphique, qui offre, à certains égards, des analogies

remarquables avec les procédés des Égyptiens. Les Mexicains, avant la

conquête des Espagnols, avaient également recours à des figures

d'hommes, d'animaux, etc., pour énoncer leurs idées.

Les noms des villes de Meacuilxochitl, Quauhtinchan et Tchuilojocan

signifient _cinq fleurs_, _maison de l'aigle_ et _lieu des miroirs_.

Pour indiquer ces trois villes, on peignait une fleur placée sur cinq

points, une maison de laquelle sortait la tête d'un aigle, et un

miroir d'obsidienne.

Divers manuscrits hiéroglyphiques mexicains ont échappé à la

destruction, et ils figurent parmi les objets les plus précieux que

possèdent les grandes bibliothèques de l'Europe. M. de Humboldt en a

copié quelques pages dans son bel ouvrage intitulé: _Vue des

Cordillères_ (Paris, 1819, 2 vol. in-8º). Une magnifique publication

spéciale, faite aux frais d'un riche Anglais, a reproduit tout ce qui

subsiste en ce genre. Voir les _Antiquities of Mexico comprising

fac-similes of ancient mexican paintings and hieroglyphics, by lord

Kingsborough_ (London, 1831, 9 vol. in-fol.). Cet ouvrage a coûté à

son auteur plus de 25,000 livres sterling (un million). Il en est

rendu compte dans le _Bulletin des Sciences historiques_, publié par

M. de Férussac, t. XVII, p. 63, et dans la _Revue encyclopédique_, t.

XLIX, p. 148.

Ce n'était pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours

à pareilles images.

Les indigènes de la Virginie avaient des peintures appelées

_Sagkokok_, qui représentaient, par des caractères symboliques, les

événements qui s'étaient accomplis dans l'espace de soixante ans;

c'étaient de grandes roues divisées en soixante rayons ou en autant de

parties égales. Lederer (_Journal des Savants_, 1681, p. 75) rapporte

avoir vu dans le village de Pommacomck un de ces cycles

hiéroglyphiques, dans lequel l'époque de l'arrivée des blancs sur les

côtes de la Virginie était marquée par la figure d'un cygne vomissant

du feu, pour indiquer à la fois la valeur des Européens, leur arrivée

par eau et le mal que leurs armes à feu avaient fait aux hommes

rouges.

§ IV.

Langage au moyen des gestes.

Le langage au moyen des gestes peut être regardé comme formant l'une

des branches de la Cryptographie; il permet à celui qui l'emploie de

faire connaître ses idées d'une manière qui échappe aux personnes qui

ne sont pas au fait de pareils secrets. Les anciens connaissaient cet

art. Un écrivain grec, Nicolas de Smyrne, a laissé un petit traité,

intitulé: _De numerorum notatione per gestum digitorum_ (Paris, 1614,

in-8º); cet opuscule est devenu très-rare, mais il a été réimprimé

dans des recueils publiés par Possin et par Fabricius, et plus

récemment dans les _Eclogæ physicæ_ de Schneider. Les Romains

portèrent au plus haut degré les ressources de la pantomime, et l'on

trouve, chez Pétrone, l'expression de _manus loquaces_.

Au huitième siècle, Bède le Vénérable, célèbre religieux anglais que

l'estime publique a placé presque au rang des Pères de l'Église,

écrivit un traité _De loquela per gestum digitorum_, traité qui est

compris dans le volumineux recueil de ses oeuvres[6].

[Note 6: Tome 1er de l'édition de Cologne, 1688, 8 vol. in-folio. Bède

s'appuie sur l'autorité de Plutarque, de Pline, d'Apulée, de Juvénal,

pour prouver que l'art dont il s'occupe d'énoncer les règles était

connu des anciens.]

Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle façon Panurge

fit _quinault l'Angloys qui arguoyt par signes_.

D'après un mémoire d'H. Dunbar, inséré dans les Actes de la _Société

philosophique de l'Amérique du Nord_, il se rencontre, parmi les

nombreuses tribus indiennes répandues le long du Mississipi, des

individus qui savent tirer un parti admirable des ressources de la

pantomime pour exprimer leurs idées. Malgré la diversité des langues

en usage chez ces peuplades belliqueuses, ils n'ont jamais besoin

d'interprètes, et ils réussissent toujours à se faire comprendre sans

avoir à prononcer un seul mot, tant leurs gestes, exécutés d'après un

système universellement adopté, sont pleins d'énergie, de netteté et

d'à-propos.

Nous sortirions des limites de notre sujet, si nous parlions ici du

langage manuel en usage parmi les sourds-muets. Nous nous contenterons

de mentionner un alphabet qu'on peut appeler _alphabet facial_.

M. Bertin, dans son _Système universel et complet de sténographie_

(Paris, an XII), fait connaître un alphabet de son invention, d'après

lequel la position des doigts sur le visage sert à transmettre tout

ce qu'on veut faire savoir. Il laisse de côté les voyelles isolées _o_

et _u_, et il exprime par un même signe les lettres telles que _g_ et

_j_, _q_ et _k_, qui donnent des sons à peu près identiques.

_Lettres_. _Traits physionomiques_.

b Doigt placé diagonalement sous l'oeil droit et en

regard du nez.

d » sur le coin droit de la bouche.

FV » sur le coin gauche.

GJ » sur la joue gauche.

h » au sommet de la tête.

KQ » sur la lèvre supérieure.

l » placé diagonalement sur l'oeil gauche.

m » sur la bouche.

n » sur la lèvre inférieure.

p » sur la fossette du menton.

r Bouche ouverte.

s Doigt couché horizontalement sur l'intervalle des

lèvres.

t » sur le nez.

x » au cou.

y » à l'intervalle des sourcils.

on » au front.

ou » perpendiculairement sous l'oreille droite.

oui Doigt horizontalement près de l'oreille gauche.

au » à l'aile droite du nez.

eu » au sourcil droit.

ai » à l'aile gauche du nez.

a » au sourcil gauche.

i » à la tempe droite.

e » à la tempe gauche.

le, la, les, » placé verticalement devant la figure.

_nom d'homme_, main ouverte.

_fin de mot_, doigt fermé.

_fin de phrase_, main fermée.

_numération sténographique_, emploi du pouce au

lieu du doigt.

On emploie deux doigts à la fois pour exprimer une lettre qui se

répète.

Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts à la fois,

en ayant soin de convenir que le pouce est la première, et l'index la

seconde.

Vigenère a fait très-succinctement mention de cette méthode, lorsqu'il

dit un mot en passant de «l'entreparler tacitement par les doigts en

les élevant ou les plaquant sur la bouche ou sur l'un des yeux.»

§ V.

Langage des fleurs.

C'est dans les sérails que l'art ingénieux de correspondre avec des

fleurs a pris naissance; il fait partie des moeurs orientales. «Les

Chinois, dit un écrivain ingénieux, ont un alphabet composé

entièrement avec des plantes et des racines; on lit encore sur les

rochers de l'Égypte les anciennes conquêtes de ces peuples exprimées

avec des végétaux étrangers. Ce langage est donc aussi vieux que le

monde, mais il ne saurait vieillir, car chaque printemps en renouvelle

les caractères, et cependant la liberté de nos moeurs l'a relégué

parmi les amusements des harems. Les belles odalisques s'en servent

souvent pour se venger du tyran qui outrage et méprise leurs charmes;

une simple tige de muguet, jetée comme par hasard, va apprendre à un

jeune icoglan que la sultane favorite, fatiguée d'un amour tyrannique,

veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincère. Si on lui

renvoie une rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose

à ses projets, mais une tulipe au coeur noir et aux pétales enflammés

lui donne l'assurance que ses désirs sont compris et partagés; cette

ingénieuse correspondance, qui ne peut jamais ni trahir ni dévoiler un

secret, répand tout à coup la vie, le mouvement et l'intérêt dans ces

tristes lieux qu'habitent ordinairement l'indolence et l'ennui.»

Dans un pareil langage, la rose signifie une jeune fille: blanche,

elle indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidélité.

Un oeillet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les variétés

d'espèce de la fleur, caractérisent cet homme au physique comme au

moral.

L'étoilée exprime l'idée de père ou de mère; si la fleur est rouge,

les parents sont indulgents et bons; si elle est violette, ils sont

rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.

Indiquons le sens attaché à d'autres fleurs:

oreille-d'ours, soeur ou frère.

pensée, veuf ou veuve.

renoncule, soldat.

camomille, médecin.

tubéreuse, supérieur.

fleur d'oranger, richesse.

violette, patrie.

amarante, jour.

pavot, nuit.

cresson, promenade.

jasmin d'Espagne, visite.

marguerite, demande.

pied-d'alouette, voyage.

jasmin, jardin.

myrte, épouser.

romarin, pleurer, s'affliger.

anémone, se réjouir.

basilic, pleurer, s'affliger.

menthe, craindre.

muguet, innocent, bon.

lierre, éternel.

giroflée rouge, aujourd'hui.

» blanche, demain, l'avenir.

» violette, hier, jadis, le passé.

narcisse, je, moi.

ortie, fidèle.

géranium, navire, voyage par mer.

primevère, la mort.

D'après les règles de cette langue ingénieuse, lorsqu'un jeune

habitant de Constantinople ou de Smyrne veut faire parvenir ce

message:

«J'irai te rendre visite, chère amie, demain matin de bonne heure dans

le jardin, avec mon frère, homme de bien et distingué, qui t'aime,

belle jeune fille, et qui veut t'épouser.»

Il envoie les fleurs suivantes avec des numéros d'ordre: Narcisse,

jasmin d'Espagne, réséda, hyacinthe bleue, giroflée blanche,

tournesol, jasmin, marjolaine, oreille-d'ours, oeillet d'un brun

sombre, chèvre-feuille, rose rouge, deux myosotis, myrte.

Le moyen âge n'ignora point la signification symbolique donnée aux

diverses fleurs; parmi différents exemples que nous pourrions citer,

nous nous bornerons à mentionner un petit vocabulaire que renferme un

manuscrit conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles; nous en

reproduisons fidèlement le style suranné:

giroflée rouge, beaulté.

giroflée blanche, amour chaste.

marjolaine grosse, mensonge.

marjolaine menue, bonté.

thym, persévérance.

thym coupé, vous parviendrez.

fleur de thym, à vous me donne.

laitue, bonnes nouvelles.

lys, foi.

rose blanche, j'ay bon vouloir.

bouton de rose blanche, je vous ayme.

rose rouge, largesse.

bouton de rose rouge, angoisse.

rose musquette, je vous refuse.

rose de province, soyez secret.

rose doublée de rose occasion.

musquette,

rosmarin, congé.

rosmarin coppé au boult, amour sans fin.

violette jaune, contentement.

violette de mars blanche, bon espoir.

violette de mars bleue, douleur.

violette d'oultremer, patience.

violette d'hiver, temps perdu.

ortie, trahison.

chanvre, défiance.

genêt, adresse.

fleur de genêt, pour amour j'endure.

buglosse, légèreté.

bourache, reproche.

lavandre, travers.

saulge grosse, entreprise.

saulge menue, chasteté.

ysope, amertume.

liere, ingratitude.

piment, douleur.

pavost, prison.

Un écrivain moderne, se basant sur les considérations de la botanique

ou sur les récits de la mythologie, a composé un dictionnaire du

langage des fleurs, pour écrire un billet; transcrivons-en une partie,

en faisant remarquer toutefois que plusieurs de ces significations

sont très-contestables.

La Cryptographie, ou, l'art d'écrire en chiffres · 第 5 / 8 段