_Perdita sunt bona; Mindarus interiit: urbs strata humi est. Esuriunt

tot quot superfuere vivi; præterea quæ agenda sunt consulito._

Les mots composés d'un très-petit nombre de syllabes doivent être les

premiers dont on s'occupe dans les opérations du déchiffrement. Ils

laissent sans trop de peine les voyelles se révéler, et cette

découverte conduit à celle des consonnes. La connaissance exacte des

principes généraux qui régissent l'orthographe des diverses langues

est le fil qu'il faut suivre dans ces opérations minutieuses.

Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour opérer

le déchiffrement d'un écrit en langue française.

Le signe qui revient le plus souvent, surtout à la fin des mots,

désigne la voyelle _e_.

Cette lettre est la seule qui, à la fin d'un mot, se répète deux fois,

comme dans _désirée_, _fusée_, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le même

signe placé deux fois à la fin d'un mot, il y a toute probabilité que

ce signe représente l'_e_. La voyelle _e_, dans un mot de deux

lettres, est toujours précédée des consonnes _c d j l m n s t_ ou

suivie de celles _n t_.

Indépendamment de l'interjection _o_, qui n'est guère employée dans

une dépêche secrète, il n'y a en français que deux lettres qui,

seules, forment un mot complet. Ces lettres sont _a_ et _y_. Si l'on

trouve un signe isolé dans le texte chiffré, il est à croire qu'il

correspond à une de ces deux lettres.

Dans les mots formés de deux lettres où se trouve la voyelle _a_, elle

précède d'ordinaire les lettres _h_, _i_, _u_, comme dans _ah ai au_,

ou bien elle est après les lettres _l_, _m_, _n_, _s_, _t_, comme dans

_la_, _ma_, _sa_, _ta_.

Des diphthongues, _ai_, _au_, _eu_, _oi_, _ou_, la dernière est celle

qui revient le plus souvent, surtout dans les mots de quatre

syllabes.

Lorsque la lettre _e_ est l'avant-dernière d'un mot, ce mot se termine

d'ordinaire par l'une de ces deux consonnes, _r_ ou _s_.

Lorsque la voyelle est suivie d'une autre voyelle, c'est

habituellement d'un _e_.

Il est rare qu'un mot finisse par les consonnes _b_, _f_, _g_, _h_,

_p_, _q_.

Les mots formés de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de

peine au déchiffreur, lorsque la même lettre s'y trouve deux fois

comme dans _été_, _ici_, _non_, _ses_.

Supposons que vous avez découvert le monosyllabe _le_ et que vous ayez

un autre mot de trois lettres dont les premières sont _l_ et _e_, vous

jugerez que la troisième est un _s_, attendu qu'elle est la seule qui,

dans un mot de trois lettres, puisse aller après le monosyllabe _le_

et former le mot _les_. Dès que vous serez parvenu à connaître ce mot

_les_, si vous trouvez un mot dont les deux premiers signes soient un

_e_ et un _s_, vous en conclurez que le troisième, qui vous est encore

inconnu, doit être la lettre _t_, et que ces trois signes expriment le

mot: _est_.

Ayant découvert la lettre _s_, vous examinerez si elle ne se trouve

pas précéder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la

lettre _e_, que vous connaissez déjà. Alors ce sera nécessairement un

_a_ ou un _i_. Pour vous en assurer, voyez si, dans d'autres endroits,

ce dernier signe ne précède pas, dans un autre mot de deux lettres, la

lettre _l_; en ce cas, vous serez certain que c'est un _i_. Si, au

contraire, dans un autre mot de deux lettres, ce signe suit la lettre

_l_, vous en conclurez qu'il désigne l'_a_.

Lorsque ces premières recherches vous auront révélé six signes ou

lettres, savoir les trois voyelles _a e i_, et les trois consonnes _l

s t_, elles vous conduiront à découvrir des mots composés d'un plus

grand nombre de lettres, tels, par exemple, que le mot _lettre_, où

tout se trouvera connu, excepté la lettre _r_, lettre que dès ce

moment vous pourrez ajouter à celles que vous connaissez déjà. Le mot

_cette_, où tout sera connu excepté la lettre _c_, le mot _ville_ où

la lettre _v_ seule était encore un mystère, se révéleront d'une façon

analogue.

Quand vous serez ainsi parvenu à connaître sept ou huit mots, vous

trouverez sans trop de peine les autres, en recherchant quelles sont

les lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont déjà

connues pour en former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par

ce procédé, une clef qui servira à déchiffrer aisément toute la

dépêche.

Disons encore quelques mots à l'égard des principes qu'il s'agit

d'avoir en vue pour divers idiomes européens.

En anglais, l'_e_ est la voyelle qui revient le plus fréquemment;

elle est assez souvent suivie d'un _a_ comme dans _earl_ (comte),

_great_, _reason_. L'_o_ est commun dans les mots formés de deux

lettres; il est maintes fois accompagné du _w_, comme dans _grow_,

_know_, _narrowly_. L'_y_ se rencontre souvent à la fin des mots et

presque jamais au milieu. L'article indéclinable _the_ (le, la, les)

reparaît fréquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve à la fin

des mots, sont _ll_ et _ss_.

En italien, les mots se terminent le plus souvent par une des quatre

voyelles, _a_, _e_, _i_, _o_; l'_u_ est rare en pareil cas. _Che_ est

le plus fréquent des mots composés de trois lettres, et aucun d'eux,

si ce n'est _gli_, n'offre un _l_ pour lettre du milieu.

La langue espagnole présente des mots d'une grande étendue, tels que

_arrepentimiento_, _verdaderamente_. La voyelle _o_ est celle qui est

la plus fréquente; à la fin des mots, elle est souvent accompagnée de

l'_s_, comme dans _nosotros_, _votos_. Au milieu des mots, _u_ est

fréquemment suivi d'un _e_; _vuestro_, _ruego_.

Passons à l'allemand. L'_e_ est la voyelle la plus usitée; elle se

présente fréquemment à l'extrémité des mots de plusieurs syllabes; ils

finissent en _er_, _es_, _en_ ou _et_. L'_n_ est la consonne qui

revient le plus souvent; l'_a_ n'est jamais à la fin d'un mot composé

de trois lettres; la consonne _c_ est toujours liée au _h_ ou au _k_.

Il n'y a qu'un seul mot formé d'une seule lettre, c'est l'exclamation

_o!_ On ne compte que deux mots de quatre lettres qui se terminent en

_enn_, _wenn_ et _denn_. Presque tous les mots de quatre lettres

commencent par une consonne qu'accompagne une voyelle, exemples:

_bald_, _dein_, _doch_, _etwn_, _Hand_.

C. A. Kortum, dans ses _Principes_ (en allemand) _de la science du

déchiffrement des écrits chiffrés en langue allemande_, donne à ce

sujet de très-longs détails qu'il serait très-superflu de placer ici,

et il soumet aux règles qu'il expose deux dépêches chiffrées.

La première ne présente que des lettres:

Efs ekftfo Tabwc efs fsef hkfcu

Fs xbs hftffhopu woe hfmkfcwu....

La seconde est plus compliquée; les lettres sont entremêlées de

chiffres et les mots ne sont pas séparés:

64mf4km134kc4o4kng43e4p m24o4kq25293edk6n4kmm3b13......

En étudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive à

découvrir successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont

connues, elles sont d'un secours pour arriver à connaître les autres.

Les règles pour le déchiffrement, telles qu'elles ont été exposées

par divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins

d'abondance de certaines lettres dans les mots, et sur leur

rapprochement. Afin de dérouter les conjectures, il faut, lorsqu'on

chiffre des dépêches, écrire les mots sans aucune séparation,

entremêler des mots pris dans une langue avec d'autres mots empruntés

à un idiome différent et ne point se conformer scrupuleusement aux

règles de l'orthographe.

En abrégeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois

d'avoir soin de ne pas les dénaturer au point de laisser du doute sur

leur signification; les caractères nuls, intercalés à propos et dont

la non-valeur est inconnue au déchiffreur, peuvent achever de rendre

tous ses efforts infructueux.

C'est pour avoir négligé pareilles précautions, et pour s'être

bornées à l'emploi de caractères mystérieux et de chiffres rangés dans

l'ordre habituel et orthographique des mots, que des personnes qui

croyaient avoir parfaitement déguisé leur pensée ont été tout étonnées

de voir que leur secret n'en était pas un.

Voici un fait de ce genre.

M. Decremps, auteur de la _Magie blanche dévoilée_, se vantait de

parvenir promptement à percer les mystères les plus difficiles. Afin

de l'éprouver, un de ses amis lui adressa un jour quelques lignes

qu'il avait écrites en caractères dont il avait fait choix. M.

Decremps, en étudiant le retour plus ou moins fréquent de ces

caractères, en cherchant de quelle façon ils se montraient groupés

entre eux, reconnut qu'ils représentaient les diverses lettres de

l'alphabet; il trouva successivement qu'un oiseau exprimait la lettre

_a_; que l'_e_ était rendu par une tête vue de profil, et l'_i_ par la

figure d'un verre à patte. Muni de cette clef, il découvrit bien vite

qu'on lui avait adressé copie de quelques vers d'une traduction d'une

des odes d'Anacréon, et il causa à son ami l'étonnement le plus vif,

en prouvant que ce que ce dernier avait cru parfaitement caché était

dévoilé.

CHAPITRE VIII.

DES ÉCRITURES OCCULTES.

On donne le nom d'_encre de sympathie_ aux substances dont on fait

usage, qui ne laissent point de traces sur le papier et qui

apparaissent derechef, lorsqu'elles sont soumises à l'action de divers

procédés.

Lorsqu'on veut avoir recours à un pareil moyen, il faut faire

attention à ce que la dépêche ostensible ne mentionne rien qui puisse

donner lieu à quelque soupçon. Le papier doit conserver sa couleur et

son éclat habituels. Les phrases tracées à l'encre ordinaire doivent

être conçues de manière que le lecteur, sous les yeux de qui elles

tomberaient, n'ait aucune raison de croire qu'elles n'expriment pas

réellement la pensée de l'écrivain et qu'elles n'appartiennent pas à

une correspondance sérieuse. On tracera sur les marges, entre les

lignes ou sur le côté du feuillet demeuré blanc, ce que l'on veut

communiquer en secret.

Il importe que les passages écrits en encre sympathique demeurent

invisibles jusqu'à l'accomplissement des procédés qui doivent les

rendre au jour; il faut qu'après l'application de ces procédés ils

puissent être lus nettement et sans difficulté.

On convient d'un signe quelconque qui, placé soit sur l'adresse, soit

dans le corps de la lettre, indique, à celui qui la reçoit, qu'il y a

des passages tracés en encre de sympathie. Nous n'avons pas besoin

d'ajouter que ce signe doit être mis de manière à échapper aisément

aux regards des curieux et à n'offrir aucune importance apparente.

Il est des caractères qui reparaissent, lorsqu'on répand sur eux

quelque poudre.

On peut tracer sur le papier une écriture invisible de ce genre, avec

tous les sucs glutineux et non colorés des plantes ou des fruits, ou

bien avec de la bière, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses.

On laisse sécher ce qu'on a écrit. Pour le rendre visible, on frotte

la feuille de papier avec une poudre très-fine et de couleur foncée;

du charbon pilé extrêmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse,

peuvent servir à cet usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont

été tracées et elle la fait revivre.

Diverses écritures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au grand

jour.

L'extrait de saturne, étendu d'eau, donne une écriture invisible qui

apparaît et devient noirâtre, lorsqu'elle est livrée à l'action de

l'air. On obtient un résultat semblable avec de l'argent dissous dans

de l'acide nitrique; les caractères tracés avec pareil liquide

deviennent verdâtres, lorsqu'ils sont exposés à l'air; placés de

manière à recevoir les rayons du soleil, ils se montrent d'un noir

rougeâtre.

On peut aussi se servir de substances qui reparaissent, lorsque le

papier est fortement échauffé.

Ce qui est écrit avec du lait devient rougeâtre;

Avec du jus de cerise, verdâtre;

Avec du jus d'oignon, noirâtre;

Avec du jus de citron, brun;

Le vinaigre donne une couleur rouge pâle;

Le lait, une couleur rousse, ainsi que l'acide vitriolique affaibli

dans une certaine quantité d'eau.

Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont été employés

avec plus ou moins de succès dans la composition d'encre de sympathie

de différents genres. On a découvert des substances bonnes pour former

des caractères qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier

auquel on les a confiés est légèrement mouillé ou lorsqu'il est plongé

dans l'eau. Écrivez avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le

papier dont vous vous êtes servi et présentez-le au jour: vous

distinguerez très-bien ce qui était invisiblement écrit; les

caractères seront beaucoup plus obscurs que le reste du papier, et il

leur faudra bien plus de temps pour s'imbiber.

En écrivant avec un liquide formé d'une portion d'eau-forte et de

trois portions d'eau, on obtient des caractères qui ne paraissent

pas, lorsque le papier est plongé dans l'eau; à mesure qu'il sèche,

ils disparaissent. Ils pourront devenir visibles une seconde et même

une troisième fois.

Il est aussi des écritures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les

humecte avec un liquide approprié. C'est ainsi qu'une dissolution de

vitriol ou de couperose donne des caractères qui se montrent à l'oeil,

lorsqu'on frotte le papier avec une éponge imbibée d'un liquide, dont

voici la composition: noix de galle concassées et mises dans de l'eau

ou du vin blanc. On obtient le même résultat, en plaçant cette

écriture invisible entre deux papiers légèrement imbibés de cette

dernière dissolution; il faut que le tout soit enfermé et serré dans

un livre pendant quelques moments.

Un procédé assez ingénieux consiste à masquer l'écriture invisible au

moyen d'autres caractères que l'on trace dessus en se servant d'une

encre formée de paille d'avoine brûlée et délayée dans de l'eau. Quant

on passe l'éponge, cette écriture disparaît et laisse voir à la place

celle qui était invisible.

L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une écriture,

qui, une fois séchée, ne paraît plus; afin de la rendre visible, il

suffit d'imbiber le papier de jus de citron ou de verjus, et alors

elle paraîtra d'un blanc de lait qui ressortira sur la blancheur du

papier.

Des caractères tracés avec du bleu de Prusse paraîtront d'un bleu

éclatant, si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert.

Une dissolution d'or fin dans de l'eau végétale, coupée avec de l'eau

pure, fournit une encre sympathique qui disparaît en séchant,

lorsqu'on veille à tenir le papier renfermé et à le soustraire à

l'influence du grand air. Ces mêmes caractères, exposés au soleil,

reparaîtront au bout d'une heure ou deux.

Disons, une fois pour toutes, que, dans l'écriture occulte, il faut

employer des plumes neuves et affectées à cet usage spécial.

Les anciens auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie n'ont point

oublié les procédés que nous indiquons. Vigenère explique longuement

qu'il faut «escrire avec de l'alun brûlé, ou du sel ammoniac, ou du

camphre, destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist à pair du

papier, qu'il faut tremper puis après dans de l'eau qui le rend noir

et l'escriture demeure blanche, ou le chauffer devant le feu, tant que

le papier roussisse et l'encre s'offusque; le mesme faict le jus

d'oignon et l'eau encore toute simple. Si l'on trasse quelque chose

sur le bras, un autre endroit du corps, avec du laict ou de l'urine,

en jectant de la cendre dessus, elle y adhère et monstre ce qui y aura

été desseigné. Le sel ammoniac, resouls à part soy à la cave ou autre

lieu humide, si on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc;

frottez le papier avec du coton trempé en eau distillée de vitriol ou

de couperose: l'escriture apparoistra noire.

«Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un oeuf, avec

la pointe d'un tranche-plume bien affilé, par laquelle on fourre

dedans de petits billets de papier escris des deux costez, de la

largeur de l'ouverture, non plus grande que de petit doigt et y en

peult assez tenir. Puis, on la replastre avec de la craye ou ceruse,

et de la chaulx vive empastées avec de la glaise. Si qu'il seroit bien

malaisé d'y rien remarquer ne connoistre, quand bien mesme on les

aurait fait durcir et peller, car cela demeure enclos en leur

substance, sans que rien paroisse dehors.

«Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun bruslé,

destrempé en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout

deviendra blanc. On brusle d'autre part de la paille de froment qu'on

estend en un linge, sur quoy on passe de l'eau tiedde par tant de fois

qu'elle ait emporté toute la noirceur de la paille: puis, on escrit de

cette encre, sur l'escriture blanche dessusdite, ce qu'on ne veut pas

tenir secret: et pour lire ce qui est caché, s'effaçant ce qui

apparoit manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie où l'on aye fait

tremper des noix de galle concassées grossièrement, tant que

l'eau-de-vie en ait attiré et embeu la teinture avec du coton mouillé

dedans; l'escriture apparente s'esvanouira et l'occulte viendra à se

descouvrir, noire comme est la commune. En quoy il y a certain secret

qu'il ne m'a pas semblé devoir divulguer, non plus que d'une autre

manière d'encre qui s'efface d'elle-mesme en quinze jours ou trois

sepmaines, composée de pierre de touche, sablon d'Estampes, sang de

pigeon, noix de galle et autres ingrediens, mesme de l'huille de

tartre avec laquelle il fault destremper le tout, y adjoustant un peu

d'encre affoiblie avecques de l'eau.»

De son côté, Porta indique ce qu'il appelle une manière très-simple

d'écrire sur la peau en caractères ineffaçables: c'est avec de

l'eau-forte imprégnée de cantharides; ou, si l'on veut que l'écriture

ne soit visible que pendant quelques jours, il faut employer, pour

écrire sur la peau, une dissolution d'argent ou de cuivre dans de

l'eau-forte, et cette opération peut se faire sur un homme endormi,

sans qu'il le sache.

Résumons les autres détails dans lesquels cet auteur et ses émules

entrent à l'égard du sujet qui nous occupe.

L'écriture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en

passant par-dessus de la décoction de noix de galle. Le sel ammoniac,

avec la chaux ou le savon, donne à l'écriture une couleur blanche.

Après avoir critiqué l'antique secret des tablettes enduites de cire,

Porta indique les procédés suivants: Écrivez avec de la graisse de

bouc sur du marbre; les lettres, en séchant, deviennent invisibles;

plongez le marbre dans le vinaigre, elles reparaissent sur-le-champ.

Imprimez sur un bois tendre, tel que celui de tilleul, de peuplier ou

autre, des caractères, à la profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce

bois à la presse jusqu'à ce que le creux ait entièrement disparu et

qu'on ne voie plus de traces de lettres; celui à qui vous enverrez ce

morceau de bois lira l'écriture en le plongeant dans l'eau.

Enduisez un oeuf de cire; écrivez dessus, de manière à pénétrer

jusqu'à la coquille sans l'endommager; tenez l'oeuf pendant une nuit

dans une dissolution d'argent par l'acide nitreux; ensuite, enlevez la

cire, écaillez l'oeuf et mettez la coquille entre votre oeil et la

lumière, les lettres paraissent plus transparentes et très-lisibles.

La même chose a lieu en écrivant avec du jus de citron, qui amollit la

coquille de l'oeuf: faites durcir un oeuf, enduisez-le de cire, gravez

sur la cire des lettres qui laissent la coquille à découvert; mettez

l'oeuf dans une liqueur faite avec des noix de galle et de l'alun

broyés ensemble; ensuite passez-le dans de fort vinaigre: les

caractères pénétreront plus avant; ôtez la coquille, et vous verrez

sur le blanc de l'oeuf de belles lettres couleur de safran.

Écritures que l'eau rend visibles: Qu'on écrive avec du jus de

citron, ou de coing, ou d'oignon, ou tout autre suc acide; quand ces

lettres sont sèches, on n'aperçoit rien; écrivez, entre les lignes,

avec de l'encre, des choses indifférentes, afin de dérouter tout

soupçon. En approchant la lettre du feu, l'écriture cachée devient

lisible. Broyez du sel ammoniac, mêlez-le dans l'eau, écrivez avec

cette liqueur: l'écriture paraîtra de la même couleur que le papier;

approchez-le du feu, les lettres paraîtront noires. Si l'on écrit avec

du jus de cerises, l'écriture paraîtra verte au feu.

Il est aussi des écritures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de

l'eau seule. Ce que l'on écrit avec une dissolution d'alun devient

invisible, en séchant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau

pour faire revivre l'écriture. Une lettre écrite sur du papier avec

une eau de vitriol distillée ne devient visible qu'en plongeant le

papier dans une infusion de noix de galle avec du verjus ou du vin,

On broie aussi de la litharge que l'on met dans du vinaigre mêlé

d'eau; on passe la décoction à la chausse, et on la met à part; on

trace ensuite, sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute

autre matière, avec du jus de citron, des caractères, qui, étant secs,

n'ont aucune apparence d'écriture; en passant par-dessus de l'eau de

litharge, les caractères paraissent blancs comme du lait.

Rabelais dont l'érudition encyclopédique touchait à toutes sortes de

sujets, n'a point oublié les divers procédés de l'écriture occulte; il

fait mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie à Pantagruel,

lettre qui renfermait un anneau d'or, mais dans laquelle il ne se

trouvait rien d'écrit. Panurge s'efforce de découvrir le sens de cette

missive, disant que «la feuille de papier estoyt escripte, mais

l'estoyt par telle subtilité que l'on n'y voyoit point d'escripture.

«Il la mist auprès du feu pour veoir si l'escripture estoyt faicte

avec du sel ammoniac détrempé en eaue. Puys, la mist dedans l'eaue

pour sçavoir si la lettre estoyt escripte du suc de tithymale. Puys,

la monstra à la chandelle, si elle estoyt point escripte du jus

d'oignons blancz.

«Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle

estoyt point escripte de lexif de figuier. Puys, en frotta une part de

laict de femme alaictant sa fille première née, pour veoir si elle

estoyt poinct escripte de sang de rabettes. Puys, en frotta un coing

de cendres d'ung nid d'arondelles, pour veoir si elle estoyt escripte

de rosée qu'on trouve dans les pommes d'alicacahut. Puys, en frotta

ung aultre bout de la sanie des aureilles, pour veoir si elle estoyt

escripte du fiel de corbeau. Puys, la trempa en vinaigre, pour veoir

si elle estoit escripte de laict d'espurge. Puys, la graissa d'axunge

de souris chaulves, pour veoir si elle estoit escripte avec sperme de

baleine, qu'on appelle ambre gris. Puys, la myst tout doulcement dans

un bassin d'eau fraische et soubdain la tira, pour veoir si elle

estoyt escripte avec alun de plume.»

Rabelais cite, à l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois

auteurs auxquels la Cryptographie serait redevable d'importants

travaux: «Messere Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la

manière de lire les lettres non apparentes; Zoroaster, dans son traité

_peri grammaton acriton_, et Calphurnius Bassus, _de litteris

illegibilibus_.»

Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout à fait

inconnus; il faut donc assigner à l'imagination de maître François le

mérite de les avoir créés.

BIBLIOGRAPHIE

Il nous reste à signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux

diverses branches de l'Art d'écrire par chiffres; nous ne prétendons

pas offrir une liste absolument complète; c'est un but qu'on ne

saurait jamais se flatter d'atteindre, mais nous espérons du moins ne

pas avoir oublié d'écrits d'une importance réelle. Nous avons adopté

l'ordre alphabétique comme étant celui qui facilite le mieux les

recherches.

_Anweisung zum Dechiffriren, oder die Kunst verborgene Schriften

aufzuloesen_, Helmstadt, 1755, in-8.

BACO (Franc. de Verulamio). _De dignitate et augmentis scientiarum_,

lib. VI, c. I. Voir ses _Opera omnia_. Francof., 1665, folio, pag.

147-151.

BECHERUS (J. J.). _Character pro notitia linguarum universali,

invenium steganographicum hactenus inauditum_, etc. Francofurti, 1661,

in-8.

BEGUELIN. _Mémoire sur la découverte des lois d'un chiffre de feu le

professeur Hermann, proposé comme absolument indéchiffrable_. _Voy._

Mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de

Berlin, tom. XIV (1765) pag. 369-389.

BELOT. _L'Oeuvre des oeuvres ou le plus parfait des sciences

stéganographiques_, Paris, 1623, in-8.

La Cryptographie, ou, l'art d'écrire en chiffres · 第 7 / 8 段