Qu'est-ce qui dit tout cela en vous? me demande-t-on.
C'est l'intelligence.
Et que vous dit de plus cette intelligence sur sa propre existence?
sur le monde intérieur et sur le monde extérieur dont elle est
enveloppée? sur l'Auteur de cet univers physique et moral? sur sa
nature? sur ses desseins? sur ses lois? sur le passé, le présent
et l'avenir de tous ces êtres, dont vous êtes vous-même un grain
d'être, un atome imperceptible et fugitif, mais un atome pensant,
sentant et jugeant?
Ce qu'elle me dit, le voici: c'est à peu près, en moins magnifique
langue, ce qu'elle disait à notre ancêtre Job.
Rien ne vient de rien; or, voilà des univers de quoi remplir des
milliers de firmaments, des millions de regards et des millions de
pensées comme la mienne; donc il y a un premier être abîme et source
de tout. Il n'y a pas à discuter sur cette existence, mère des
existences; il n'y a qu'à ouvrir les yeux et à étendre la main, ou à
respirer: vous voyez, vous touchez, vous respirer par tous vos sens
matériels ce qu'on appelle un Dieu, c'est-à-dire une cause, et votre
sens intellectuel le conclut avec la même certitude que vos sens
matériels le perçoivent.