XIII

Ce que je vais faire ici est très-hardi: c'est pour ainsi dire la

confession générale, non de ma vie, mais de mon âme. Mais à quoi

sert la parole écrite, si ce n'est à révéler sa pensée? À quoi sert

d'avoir vécu, si ce n'est à recueillir une philosophie pour ce monde

et pour l'autre? Je dis donc comme Job: JE PARLERAI!

Mon âme est, comme la vôtre, une mystérieuse trinité, composée

de trois facultés distinctes et évidemment immatérielles,

l'INTELLIGENCE, le SENTIMENT et la CONSCIENCE.

L'intelligence comprend et pense.

Le sentiment aime ou abhorre.

La conscience juge et gouverne.

L'intelligence seule est une faculté froide, qui, semblable au regard

de notre oeil matériel, voit le feu sans s'embraser. Il n'y a point

de mérite dans l'intelligence seule; il n'y a qu'un don: elle n'est

pas libre de voir ou de ne pas voir, elle est pour ainsi dire fatale;

elle est un miroir, elle réfléchit forcément la création que Dieu

lui présente à regarder. L'intelligence est de sa nature immobile;

elle resterait pendant l'éternité tout entière à contempler l'infini

sans faire un mouvement, si une autre faculté ne lui imprimait pas ce

mouvement ou cette activité.

Le sentiment est une faculté motrice de l'âme. Par son attrait

instinctif et forcé vers le beau, par son aversion également

instinctive et forcée du laid, elle imprime une impulsion en tout

sens à l'âme; elle la contraint à haïr ou à aimer, à rechercher ou à

fuir; elle lui donne ces impulsions sublimes sans lesquelles l'âme

n'aurait ni sentiment de sa vie, ni action sur elle-même, que nous

appelons les _passions_. Sans la victoire de l'âme sur ses passions,

ou sans sa défaite, l'âme serait privée de ce qui fait sa principale

grandeur: la MORALITÉ.

La conscience est une faculté innée, chargée par le Créateur de juger

et de gouverner l'âme. C'est de cet équilibre entre l'intelligence et

le sentiment, équilibre rompu sans cesse par la passion, rétabli sans

cesse par la conscience, que résulte la moralité ou l'immoralité, la

force ou la faiblesse, le crime ou la vertu, en d'autres termes le

mérite ou le péché de l'âme.

Cours familier de Littérature - Volume 02 · 第 188 / 197 题