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Un autre génie autrement créateur traversa une ou deux fois ma route;

j'aurais bien voulu l'arrêter, mais c'était moins un homme qu'un

esprit. On n'avait de lui que des apparitions. C'était Balzac.

Je l'aperçus pour la première fois chez madame Émile de Girardin, à

un de ces _petits couverts_ de rois sans sujets qu'elle rassemblait

à sa table. Là s'asseyaient Hugo; Alexandre Dumas, égal à tout ce

qu'il tente; Balzac, trop peu apprécié pendant qu'il vivait, et

qui cachait, comme le premier Brutus, son génie à peine soupçonné

sous un gros rire d'enfant; Eugène Sue; Jules Janin, après Diderot

le seul critique lyrique, mais mille fois plus sensé, plus poëte

et plus improvisateur que Diderot; Ponsard, qui retrouvait le

neuf dans l'antique; Théophile Gautier, Cabarrus, Morpurgo, le

charmant d'Orsay, dont les grâces d'esprit surpassaient celles de

la figure, et qui employait toute une vie à demander grâce pour

un jour de jeunesse; moi-même, enfin, silencieux au bruit de ces

esprits entrechoqués dans de doux entretiens. C'est au comte d'Orsay

que j'adressai récemment ces vers presque inédits sur un buste de

moi qu'il avait sculpté à mon insu et dont il m'avait envoyé un

exemplaire en bronze.

Cours familier de Littérature - Volume 02 · 第 127 / 197 题