XXVII

Bientôt après je passai quelques heures mémorables pour moi

dans l'intimité de M. de Serres, le véritable Démosthène de la

Restauration, si la Providence lui avait laissé poursuivre sa

carrière oratoire.

J'étais alors secrétaire d'ambassade de France à Naples. M. de

Serres, tombé du ministère, venait de recevoir pour retraite cette

ambassade. Je fus chargé de l'initier aux événements de la révolution

de Naples et de Piémont qu'il allait avoir à manier. Je trouvai en

lui, comme toujours, la simplicité dans la vraie grandeur. J'étais

fier d'entendre dans la confidence du coin du feu cette âme qui

venait de remplir la tribune et l'Europe entière de sa voix. Il était

brisé par la lutte. Sa poitrine haletante et les gouttes de sueur qui

suintaient sur ses tempes, quoique colorées d'une maladive fraîcheur,

me donnaient le pressentiment d'une courte vie. Je déjeunai avec

lui après la conférence. Il partit et ne revint plus. Victime de

l'éloquence, ses accents lui survivront. Il n'y en eut jamais de si

enflammés, depuis Vergniaud, à la tribune française. Il brûlait parce

qu'il était brûlé; son feu était sans mélange d'éléments humains. Il

voulait l'honnêteté et la liberté affermies l'une par l'autre sur les

ruines de son pays dans les Bourbons régénérés par le sang de Louis

XVI. Cette pensée de son âge mûr était alors celle de ma jeunesse. Il

mourut à l'oeuvre. L'oeuvre a péri avec l'ouvrier. Le temps a couru.

Cours familier de Littérature - Volume 02 · 第 122 / 197 题