Cette passion de littérature et ce culte pour les grands esprits
vivants ou morts ne s'amortit pas en moi pendant le long voyage
d'Italie que je fis avant l'âge. J'avais vécu seul à Rome avec
les livres pendant tout un hiver. Aymon de Virieu me rejoignit à
Naples au printemps. On a pu voir, dans mon épisode si répandu de
_Graziella_, que même dans les premiers frémissements de mon âme, au
premier souffle d'une passion presque enfantine, la littérature et
l'amour se confondaient presque indissolublement en moi, que nous
avions toujours un poëte ou un historien dans notre barque, et que
nous lisions Tacite ou Paul et Virginie le soir sous les figuiers de
la maison du pêcheur de l'île, à la lueur de la lampe de la belle
enfant d'Ischia.