Après cette _terreur_, il n'y eut plus de littérature, parce que la
France avait tué ou proscrit tous ses poëtes et tous ses écrivains,
et parce qu'il n'y avait plus ni sang-froid, ni loisir, ni attention
dans les âmes pour ce luxe de l'esprit qu'on appelle les lettres.
Il était sorti seulement de temps en temps des prisons quelques
chants du cygne, quelques plaintes mélodieuses; ces poésies avaient
l'accent des brises de nuit qui traversent les ifs ou les cyprès
des cimetières, elles donnèrent à la langue poétique, et même à la
prose française d'après la révolution, les premières notes de cette
mélancolie tragique, inconnues jusque-là à la langue. C'était une
corde nouvelle, corde trempée de sang et de larmes, que la mort avait
ajoutée à la lyre moderne: cela ressemblait aux voix des pleureuses
qu'on entend de loin en Orient suivre en chantant les cercueils au
bord de la mer derrière les oliviers ou les cyprès des champs des
morts. Mais cela conservait néanmoins quelque chose de grave, de mâle
et d'héroïque qui, tout en pleurant sur sa propre mort, insultait
courageusement aux bourreaux. Les plus fières et les plus touchantes
de ces lamentations de l'échafaud sont _d'André Chénier_, cet Orphée
républicain du Bosphore déchiré pour sa modération par les femmes
thraces de la Terreur.
Écoutez ces dernières ironies du républicain mourant tué par les
démagogues de la Convention, dans la voix d'André Chénier.