XXV

Après cette _terreur_, il n'y eut plus de littérature, parce que la

France avait tué ou proscrit tous ses poëtes et tous ses écrivains,

et parce qu'il n'y avait plus ni sang-froid, ni loisir, ni attention

dans les âmes pour ce luxe de l'esprit qu'on appelle les lettres.

Il était sorti seulement de temps en temps des prisons quelques

chants du cygne, quelques plaintes mélodieuses; ces poésies avaient

l'accent des brises de nuit qui traversent les ifs ou les cyprès

des cimetières, elles donnèrent à la langue poétique, et même à la

prose française d'après la révolution, les premières notes de cette

mélancolie tragique, inconnues jusque-là à la langue. C'était une

corde nouvelle, corde trempée de sang et de larmes, que la mort avait

ajoutée à la lyre moderne: cela ressemblait aux voix des pleureuses

qu'on entend de loin en Orient suivre en chantant les cercueils au

bord de la mer derrière les oliviers ou les cyprès des champs des

morts. Mais cela conservait néanmoins quelque chose de grave, de mâle

et d'héroïque qui, tout en pleurant sur sa propre mort, insultait

courageusement aux bourreaux. Les plus fières et les plus touchantes

de ces lamentations de l'échafaud sont _d'André Chénier_, cet Orphée

républicain du Bosphore déchiré pour sa modération par les femmes

thraces de la Terreur.

Écoutez ces dernières ironies du républicain mourant tué par les

démagogues de la Convention, dans la voix d'André Chénier.

Cours familier de Littérature - Volume 02 · 第 94 / 197 题