On a été jusqu'à innocenter, que dis-je? jusqu'à glorifier les
membres de la Convention d'avoir suivi comme un vil troupeau les
proscripteurs du comité de _salut public_, et d'avoir, les yeux
fermés, donné leurs signatures de confiance ou de complaisance sur
ces listes de proscriptions qui décimaient tous les matins la
vieillesse et la jeunesse, l'infirmité, l'imbécillité, l'enfance, le
pêle-mêle de la contre-révolution, de la révolution.
J'avoue que ma raison s'est toujours soulevée en moi contre cette
amnistie en masse, jetée comme un manteau, non sur les proscrits,
mais sur les proscripteurs. «De deux choses l'une, me suis-je
toujours dit à moi-même: ou ces membres en masse de la Convention
qui signaient de complaisance les arrêts de mort de tant de milliers
d'innocents étaient dans leur coeur complices des proscriptions, et
alors ils étaient aussi criminels que leur comité de proscription; ou
ces hommes n'étaient pas complices dans leur coeur de ces immolations
en masse, et alors ils étaient donc les plus lâches des juges, des
législateurs et des hommes, puisqu'ils concédaient ces milliers
de têtes aux proscripteurs, de peur d'exposer leur propre tête,
en disant oui par leur signature ou par leur silence, quand leur
conscience disait non?»
Complice de meurtre, ou complaisante de l'échafaud, quel dilemme pour
la Convention? Elle n'en sortira pas quand la vraie postérité sera
levée pour cette assemblée tragique. Elle n'est pas encore levée. La
conscience de la France est encore intimidée, ou muette, ou captée;
mais le temps lui déliera les lèvres.