Mais peut-on louer en conscience et en humanité une assemblée
qui gouvernait à coups de hache, comme si le meurtre était un
gouvernement? Peut-on même l'excuser sur la prétendue nécessité du
crime en grande politique? Le crime est précisément l'inverse de
toute politique; car toute politique n'est que la morale divine
appliquée par la grande conscience des hommes d'État au gouvernement
des nations: le crime au contraire n'est que l'immoralité humaine
appliquée par l'impuissance ou par la perversité de la fausse
conscience des ambitions au succès de leur cause ou de leur
fanatisme. Le crime n'est que le sophisme de la politique; c'est
la morale qui en est la vérité. Les Machiavel, les Robespierre,
les Danton ne sont au fond que des dupes qui ont mis leur génie à
la torture pour chercher dans le crime ce que Dieu a caché dans la
conscience et dans la vertu. La suprême habileté politique, c'est
la suprême innocence. L'histoire finira peut-être par apprendre
aux hommes d'État ce simple axiome qui les fait sourire de pitié
aujourd'hui.