XVIII

Les assemblées législatives sont l'expression de cette part de

déception, de réaction, de difficultés et de découragement, qui,

chez les peuples mobiles et impatients, comme nous, marquent le

lendemain des grandes émotions nationales. On ne reconnaît plus le

peuple de la veille: exagération ou défaillance, c'est le nom de ces

secondes assemblées. Pourquoi encore? C'est que les premières sont

élues en enthousiasme, et que les secondes sont élues en haine de la

révolution accomplie.

C'est ce que nous avons vu en 1791, c'est ce que nous avons vu en

1849, c'est ce que nous reverrons toujours. L'assemblée constituante

de 1848 n'avait pas reçu du temps et de la Providence les grandes

nécessités d'initiation et de promulgation de principes de

l'assemblée constituante de 1790, mais elle en avait le courage, le

patriotisme, la haute raison, la vertu publique, souvent l'éloquence.

Ce fut la plus probe, la plus honnête, la plus impartiale, la plus

dévouée de nos assemblées nationales. Son rôle était de sauver la

France en constituant une démocratie sans crime. Ce rôle, elle en

avait accompli la moitié quand elle fit, en abdiquant avant l'heure,

la généreuse faute de se retirer devant d'autres élections.

L'assemblée législative de 1849, nommée comme nous l'avons dit

en exagération ou en haine de la démocratie, fut ainsi la perte

de la république. La fausse montagne, volcan sans flamme et sans

lave, n'eut que les bruits creux du tremblement de terre sur un

sol qui ne voulait pas trembler. Elle fit les gestes de la terreur

sans en avoir ni la colère dans le coeur ni le glaive dans la

main. Cette pseudo-terreur de paroles, puérile plagiat de la

Convention, n'intimida personne et servit de prétexte aux ennemis

de la démocratie constituée; ils prirent la société tremblante sous

leur égide, ils lui montrèrent du doigt les faux terroristes comme

les Spartiates montraient aux enfants les ilotes ivres pour les

dégoûter de l'ivresse. Les sociétés ont un tel instinct d'ordre et de

conservation, qu'en les menant au bord de l'anarchie on est sûr de

les faire reculer dans le despotisme. Un homme qui se noie saisit le

fer rouge; une société qui a peur d'être pillée ou égorgée, saisit la

lame du sabre ou les pointes des baïonnettes. Tout est bon, même la

force brutale, à une nation effarée par la terreur.

Trois ou quatre rêveurs, enivrés d'utopies antisociales, vinrent

achever la terreur des esprits faibles en lançant des axiomes contre

la propriété dans un pays où la propriété est la religion du sol. Les

uns proposèrent aux hommes le communisme des brutes; les autres, la

multiplication du salaire par la suppression du capital d'où coule

tout salaire; les autres, l'égalité du salaire forcée entre les

travailleurs et les paresseux; les autres enfin, l'anéantissement

de la monnaie, cette invention presque divine de la civilisation,

cette langue universelle du commerce, et le retour à la barbarie de

l'échange en nature sous le nom de banque du peuple. Ces délires

très-individuels de quelques sectaires sans sectateurs, parurent

des partis menaçants quand ce n'était que des jeux d'esprit sans

idée, des puérilités ou des débauches de chimères. Il n'y avait qu'à

rire: on frémit, tout fut perdu; la démocratie avait laissé parler

les fous, on la crut folle elle-même. Ainsi périt la seconde de nos

assemblées législatives. Mais revenons à la première déjà remplacée

par la _Convention_, et voyons son influence sur la littérature

française.

Cours familier de Littérature - Volume 02 · 第 87 / 197 题