Les assemblées législatives sont l'expression de cette part de
déception, de réaction, de difficultés et de découragement, qui,
chez les peuples mobiles et impatients, comme nous, marquent le
lendemain des grandes émotions nationales. On ne reconnaît plus le
peuple de la veille: exagération ou défaillance, c'est le nom de ces
secondes assemblées. Pourquoi encore? C'est que les premières sont
élues en enthousiasme, et que les secondes sont élues en haine de la
révolution accomplie.
C'est ce que nous avons vu en 1791, c'est ce que nous avons vu en
1849, c'est ce que nous reverrons toujours. L'assemblée constituante
de 1848 n'avait pas reçu du temps et de la Providence les grandes
nécessités d'initiation et de promulgation de principes de
l'assemblée constituante de 1790, mais elle en avait le courage, le
patriotisme, la haute raison, la vertu publique, souvent l'éloquence.
Ce fut la plus probe, la plus honnête, la plus impartiale, la plus
dévouée de nos assemblées nationales. Son rôle était de sauver la
France en constituant une démocratie sans crime. Ce rôle, elle en
avait accompli la moitié quand elle fit, en abdiquant avant l'heure,
la généreuse faute de se retirer devant d'autres élections.
L'assemblée législative de 1849, nommée comme nous l'avons dit
en exagération ou en haine de la démocratie, fut ainsi la perte
de la république. La fausse montagne, volcan sans flamme et sans
lave, n'eut que les bruits creux du tremblement de terre sur un
sol qui ne voulait pas trembler. Elle fit les gestes de la terreur
sans en avoir ni la colère dans le coeur ni le glaive dans la
main. Cette pseudo-terreur de paroles, puérile plagiat de la
Convention, n'intimida personne et servit de prétexte aux ennemis
de la démocratie constituée; ils prirent la société tremblante sous
leur égide, ils lui montrèrent du doigt les faux terroristes comme
les Spartiates montraient aux enfants les ilotes ivres pour les
dégoûter de l'ivresse. Les sociétés ont un tel instinct d'ordre et de
conservation, qu'en les menant au bord de l'anarchie on est sûr de
les faire reculer dans le despotisme. Un homme qui se noie saisit le
fer rouge; une société qui a peur d'être pillée ou égorgée, saisit la
lame du sabre ou les pointes des baïonnettes. Tout est bon, même la
force brutale, à une nation effarée par la terreur.
Trois ou quatre rêveurs, enivrés d'utopies antisociales, vinrent
achever la terreur des esprits faibles en lançant des axiomes contre
la propriété dans un pays où la propriété est la religion du sol. Les
uns proposèrent aux hommes le communisme des brutes; les autres, la
multiplication du salaire par la suppression du capital d'où coule
tout salaire; les autres, l'égalité du salaire forcée entre les
travailleurs et les paresseux; les autres enfin, l'anéantissement
de la monnaie, cette invention presque divine de la civilisation,
cette langue universelle du commerce, et le retour à la barbarie de
l'échange en nature sous le nom de banque du peuple. Ces délires
très-individuels de quelques sectaires sans sectateurs, parurent
des partis menaçants quand ce n'était que des jeux d'esprit sans
idée, des puérilités ou des débauches de chimères. Il n'y avait qu'à
rire: on frémit, tout fut perdu; la démocratie avait laissé parler
les fous, on la crut folle elle-même. Ainsi périt la seconde de nos
assemblées législatives. Mais revenons à la première déjà remplacée
par la _Convention_, et voyons son influence sur la littérature
française.