XVII

Après de telles explosions de raison et de génie, les esprits

s'affaissent. Un peuple ne vit pas plus longtemps qu'un poëte sur le

trépied. L'Assemblée Législative, d'où les orateurs de l'Assemblée

Constituante s'étaient exclus eux-mêmes, abaissa de cent coudées le

niveau de la littérature politique. Une nation n'a pas deux têtes:

quand elle se décapite, il ne reste que le tronc. La médiocrité,

l'envie, le verbiage, l'émulation de popularité des favoris du

peuple, remplacèrent la majesté grandiose des orateurs politiques

et des philosophes. La littérature s'éteignit dans la poussière et

au vent des factions les plus mesquines. La France, hier si grande

d'idées, de coeur et de langue, ne fut plus que l'ombre d'elle-même.

Il en est toujours ainsi des assemblées qui suivent la première

assemblée sortie d'une grande révolution. Pourquoi? parce que c'est

l'enthousiasme qui nomme la première, et parce que c'est le dégoût

qui nomme la seconde. Il y a, dans toutes les choses humaines et

surtout dans les révolutions, une part d'illusion et une part de

déception inévitables. Les généreuses illusions sont toutes brûlantes

au premier moment dans l'âme du peuple; elles animent les premiers

orateurs qui sortent du sein de ce peuple; elles élèvent un instant

ce peuple au-dessus de lui-même. C'est l'heure de l'inspiration. La

nation est plus grande que nature; les obstacles disparaissent, on ne

voit que le but, on ne proclame que des principes; ils sont vrais et

divins comme les théories: on ne foule pas la terre, on marche sur

les nues. C'est la belle destinée des assemblées constituantes.

Cours familier de Littérature - Volume 02 · 第 86 / 197 题