Après de telles explosions de raison et de génie, les esprits
s'affaissent. Un peuple ne vit pas plus longtemps qu'un poëte sur le
trépied. L'Assemblée Législative, d'où les orateurs de l'Assemblée
Constituante s'étaient exclus eux-mêmes, abaissa de cent coudées le
niveau de la littérature politique. Une nation n'a pas deux têtes:
quand elle se décapite, il ne reste que le tronc. La médiocrité,
l'envie, le verbiage, l'émulation de popularité des favoris du
peuple, remplacèrent la majesté grandiose des orateurs politiques
et des philosophes. La littérature s'éteignit dans la poussière et
au vent des factions les plus mesquines. La France, hier si grande
d'idées, de coeur et de langue, ne fut plus que l'ombre d'elle-même.
Il en est toujours ainsi des assemblées qui suivent la première
assemblée sortie d'une grande révolution. Pourquoi? parce que c'est
l'enthousiasme qui nomme la première, et parce que c'est le dégoût
qui nomme la seconde. Il y a, dans toutes les choses humaines et
surtout dans les révolutions, une part d'illusion et une part de
déception inévitables. Les généreuses illusions sont toutes brûlantes
au premier moment dans l'âme du peuple; elles animent les premiers
orateurs qui sortent du sein de ce peuple; elles élèvent un instant
ce peuple au-dessus de lui-même. C'est l'heure de l'inspiration. La
nation est plus grande que nature; les obstacles disparaissent, on ne
voit que le but, on ne proclame que des principes; ils sont vrais et
divins comme les théories: on ne foule pas la terre, on marche sur
les nues. C'est la belle destinée des assemblées constituantes.