Bien que marchant très-lentement dans la terreur de ce que j'allais
voir et dire, je fus en quelques pas à la porte du petit palais sur
l'Arno.
Ce qu'on appelle _palais_ dans cette langue qui grandit tout ce
qu'elle prononce, n'était qu'une petite maison sans cour ni jardin,
composée d'un rez-de-chaussée et d'un demi-étage, dont la façade,
sans aucune architecture, ouvrait par quelques fenêtres basses et
closes sur le quai étroit de l'Arno. Les persiennes de la chambre
du poëte, fermées depuis sa mort, donnaient à la maison un air de
mystère et de deuil qui imprimait une certaine terreur; je croyais
encore entrer dans un sépulcre.
Je frappai le marteau d'une porte élevée de deux marches au-dessus
du quai. La porte s'ouvrit, et je me trouvai tout balbutiant en face
d'un serviteur vêtu de noir, dans un petit corridor qui conduisait
à un escalier tournant. La comtesse était sortie pour aller, comme
c'est l'usage de tous les soirs à Florence, se promener en calèche
découverte, avec quelques abbés de sa société, sous les belles ombres
des _Cacines_, ce parc de Florence. Je remis ma lettre au valet de
chambre, et je rentrai dans mon hôtellerie, très-heureux au fond
d'avoir ajourné ma présentation à cette reine d'Angleterre, mais bien
plus imposante à mes yeux pour avoir été la reine du coeur du poëte.