XXIII

Mais, reprennent les Italiens aigris par l'exil; mais, disent les

radicaux de la guerre révolutionnaire en France, pourquoi donc

l'armée des Alpes n'est-elle pas descendue en Italie après le revers

de Charles-Albert, pour y prendre le beau rôle de médiateur armé

ou de combattant italien que vous aviez assigné à sa création, et

que vous aviez ajourné à l'heure où le Piémont serait envahi par

l'armée autrichienne?... Hélas! ce n'est pas moi qui vous réponds

ici; c'est une triste date. Le jour où les revers de Charles-Albert

furent pressentis à Paris, l'ordre de marche de l'armée des Alpes fut

préparé sans hésiter par le gouvernement de la république. La fatale

insurrection communiste ou démagogique de juin entraîna la retraite

de ce gouvernement.

Pendant que ce gouvernement combattait dans les rues de Paris

pour le salut de la république et de l'assemblée; pendant qu'il

triomphait par l'armée qu'il avait préparée, par le général qu'il

avait nommé, par ses propres mains, chef et soldat lui-même, offrant

sa vie au feu pour défendre la représentation nationale, cette même

représentation nationale le soupçonnait odieusement d'une complicité

souterraine avec ses ennemis, et lui redemandait en hâte le pouvoir

exécutif pour le décerner à un dictateur aussi patriote, mais pas

plus dévoué que lui à la France.

La fatale coïncidence de la bataille de Paris et de la défaite du

Piémont engloutit tous les plans et tous les rêves dans le même

abîme. Étranger depuis ce jour au gouvernement, j'ignore quelles

furent, à l'égard de l'Italie, les pensées et les nécessités des

gouvernements successifs de la république. Tout ce que je puis

affirmer, c'est que les événements de juin, malgré leur gravité, ne

m'auraient pas empêché de faire descendre en Piémont l'armée des

Alpes. La France civique tout entière était debout et armée pour

défendre sa civilisation, ses familles, ses propriétés, ses foyers,

sa souveraineté représentative contre des poignées de démolisseurs

anéantis dans leur démence. La puissance intérieure de la France

était centuplée; sa puissance militaire était reconstituée depuis

cinq mois d'une réorganisation énergique de ses armées; la France

n'avait pas besoin de cent mille hommes en faction sur les Alpes ou

en Algérie pour se préserver des communistes qui lui font horreur:

l'Italie en avait besoin pour rester l'Italie.

Cours familier de Littérature - Volume 02 · 第 25 / 197 题