Mais, reprennent les Italiens aigris par l'exil; mais, disent les
radicaux de la guerre révolutionnaire en France, pourquoi donc
l'armée des Alpes n'est-elle pas descendue en Italie après le revers
de Charles-Albert, pour y prendre le beau rôle de médiateur armé
ou de combattant italien que vous aviez assigné à sa création, et
que vous aviez ajourné à l'heure où le Piémont serait envahi par
l'armée autrichienne?... Hélas! ce n'est pas moi qui vous réponds
ici; c'est une triste date. Le jour où les revers de Charles-Albert
furent pressentis à Paris, l'ordre de marche de l'armée des Alpes fut
préparé sans hésiter par le gouvernement de la république. La fatale
insurrection communiste ou démagogique de juin entraîna la retraite
de ce gouvernement.
Pendant que ce gouvernement combattait dans les rues de Paris
pour le salut de la république et de l'assemblée; pendant qu'il
triomphait par l'armée qu'il avait préparée, par le général qu'il
avait nommé, par ses propres mains, chef et soldat lui-même, offrant
sa vie au feu pour défendre la représentation nationale, cette même
représentation nationale le soupçonnait odieusement d'une complicité
souterraine avec ses ennemis, et lui redemandait en hâte le pouvoir
exécutif pour le décerner à un dictateur aussi patriote, mais pas
plus dévoué que lui à la France.
La fatale coïncidence de la bataille de Paris et de la défaite du
Piémont engloutit tous les plans et tous les rêves dans le même
abîme. Étranger depuis ce jour au gouvernement, j'ignore quelles
furent, à l'égard de l'Italie, les pensées et les nécessités des
gouvernements successifs de la république. Tout ce que je puis
affirmer, c'est que les événements de juin, malgré leur gravité, ne
m'auraient pas empêché de faire descendre en Piémont l'armée des
Alpes. La France civique tout entière était debout et armée pour
défendre sa civilisation, ses familles, ses propriétés, ses foyers,
sa souveraineté représentative contre des poignées de démolisseurs
anéantis dans leur démence. La puissance intérieure de la France
était centuplée; sa puissance militaire était reconstituée depuis
cinq mois d'une réorganisation énergique de ses armées; la France
n'avait pas besoin de cent mille hommes en faction sur les Alpes ou
en Algérie pour se préserver des communistes qui lui font horreur:
l'Italie en avait besoin pour rester l'Italie.