Telle était ma pensée sur l'Italie. Je sais qu'elle paraîtra une
offense aux Italiens, qui professaient à contre-temps une unité sans
lien, et une émancipation sans émancipateurs. Il ne s'agissait pas
de flatter l'Italie, mais de la sauver. Je ne l'ai pas flattée, je
ne l'ai pas provoquée aux soulèvements intempestifs de 1848; j'en
atteste ses ambassadeurs et ses patriotes de cette époque! Qu'ils
disent si je n'ai pas plutôt fait mes efforts loyaux pour détourner
le roi Charles-Albert de son agression, où je pressentais sa perte?
Qu'ils se souviennent de mon mot trop significatif à la tribune;
TOUTES LES CANTATES NE SONT PAS DES MARSEILLAISES! Je dis avec la
même sincérité aujourd'hui ma pensée à ce grand peuple: mûr pour
l'indépendance, mûr pour la liberté, mûr pour l'éloquence, mûr pour
le génie, il ne l'est pas pour les armes. La liberté lui mettait
ces armes dans la main, mais il lui fallait un peuple soldat et
vétéran de gloire comme la France pour lui en apprendre l'usage.
On improvise la liberté, on n'improvise pas les armées qui la
défendent. Or il faut des armées autour du berceau d'une liberté
qui vient de naître. Que l'avenir me démente si j'ai tort, mais que
les patriotes sérieux de l'Italie ne m'accusent pas! Ma pensée de
prudence et de temporisation pour eux était plus italienne que celle
de Charles-Albert; elle est la même encore aujourd'hui, mais pour
d'autres causes.