Voilà ce que j'ai voulu pour l'Italie; voilà ce que j'ai fait à son
insu pour elle; voilà ce que la destinée contraire a décidé d'elle
et de moi dans les journées de juin 1848. Ce n'est pas seulement la
France qui a saigné dans ces journées, c'est l'Italie qui y a péri.
Pleurons ensemble sur la démence de ces meurtriers de la liberté et
d'eux-mêmes, mais ne nous accusons pas, l'Italie et nous! Nous sommes
innocents; c'est le sort qui est coupable.
Si j'avais été Italien de sang comme je le suis de coeur, aurais-je
pu concevoir pour l'Italie une pensée plus filiale? aurais-je
pu lui rouvrir inoffensivement pour les autres puissances, et
plus légitimement pour elle-même, une plus belle perspective de
renaissance nationale, politique et littéraire? Je laisse à la
réflexion et à la conscience à prononcer.