XVIII

Ce n'était pas ce que je voulais pour la république nouvelle.

Je voulais qu'elle montrât une fois à l'Europe qu'il y avait

compatibilité complète entre la France libre et les puissances

géographiques voisines, respectées dans leurs frontières comme dans

leur indépendance.

L'inviolabilité mutuelle est la base de paix sur laquelle repose le

monde. Violer cette base, ce n'était pas seulement une iniquité,

c'était la guerre, c'était le meurtre en masse, c'était le sang

humain jeté au hasard et à pleine main sur la terre d'Europe! Et de

quel droit? Du droit d'une opinion, d'un système, d'une fantaisie,

d'une vanité, d'une boutade de Danton (et encore Danton lui-même ne

proclamait que la guerre défensive et traitait avec la Prusse).

J'avoue ma faiblesse. Ma conscience d'homme timoré devant Dieu

répugnait à ce jeu de sang humain dont l'enjeu est la vie de ses

créatures. Qu'on me méprise, mais qu'on m'absolve! J'écartais la

guerre offensive de la république comme un crime envers l'humanité et

envers Dieu; je n'acceptais dans mes pensées pour la république que

la guerre défensive et patriotique. C'est ce scrupule de conscience

seul qui me fit faire le manifeste à l'Europe.

Scrupule, dira-t-on! Je ne le nie pas, mais quelquefois un scrupule

de conscience est la plus habile politique. Souvenez-vous de ce

qui se passa. Les ligues des cours furent désarmées de tout droit

d'agression contre la république; les peuples, respectés et rassurés

sur leur territoire, passèrent du côté de nos principes, et la

diplomatie française fut l'arbitre du monde en six semaines de temps,

sans avoir violenté une nation ni brûlé une amorce.

Cours familier de Littérature - Volume 02 · 第 20 / 197 题