Ai-je eu tort d'être républicain conservateur? les républicains d'un
autre tempérament le disent; mais enfin j'étais ce que j'étais. On ne
se fait ni sa nature, ni sa conviction, ni sa conscience: à tort ou à
raison, j'étais républicain conservateur.
Si j'avais été autre chose, il n'y avait rien de si rationnel et
de si aisé que de laisser le feu de la France prendre, par le seul
courant du vent qui soufflait, à l'univers. D'une combustion générale
il serait sorti ce qui pouvait, un monceau de cendre étouffé sous
une pluie de sang, et foulé bientôt après aux pieds par une tyrannie
militaire. Les républicains auraient été, aux yeux de l'avenir, les
incendiaires du vieux monde. Triste titre à l'estime et à l'amour des
peuples incendiés, et livrés, après l'oeuvre des Érostrates, à la
merci des Marius du Nord ou du Midi!
Dans ce système, le premier cri de la république devait être: Aux
armes! Deux couplets ajoutés à la _Marseillaise_, l'un contre les
classes supérieures, l'autre contre les propriétés, auraient fait
l'affaire. La France soulevée de son lit aurait débordé de ses
frontières comme de ses lois, et malheur au monde!