XVII

Ai-je eu tort d'être républicain conservateur? les républicains d'un

autre tempérament le disent; mais enfin j'étais ce que j'étais. On ne

se fait ni sa nature, ni sa conviction, ni sa conscience: à tort ou à

raison, j'étais républicain conservateur.

Si j'avais été autre chose, il n'y avait rien de si rationnel et

de si aisé que de laisser le feu de la France prendre, par le seul

courant du vent qui soufflait, à l'univers. D'une combustion générale

il serait sorti ce qui pouvait, un monceau de cendre étouffé sous

une pluie de sang, et foulé bientôt après aux pieds par une tyrannie

militaire. Les républicains auraient été, aux yeux de l'avenir, les

incendiaires du vieux monde. Triste titre à l'estime et à l'amour des

peuples incendiés, et livrés, après l'oeuvre des Érostrates, à la

merci des Marius du Nord ou du Midi!

Dans ce système, le premier cri de la république devait être: Aux

armes! Deux couplets ajoutés à la _Marseillaise_, l'un contre les

classes supérieures, l'autre contre les propriétés, auraient fait

l'affaire. La France soulevée de son lit aurait débordé de ses

frontières comme de ses lois, et malheur au monde!

Cours familier de Littérature - Volume 02 · 第 19 / 197 题