Quant à la possibilité d'une décadence finale pour un siècle,
pour une nation, pour une langue, pour une littérature, je ne nie
nullement cette possibilité en principe. Si je la niais, l'histoire
du genre humain tout entier serait là devant moi, comme elle est là
devant les progressistes indéfinis, pour me donner le triste démenti
des réalités aux imaginations. Nous ne marchons dans le passé que
sur la cendre des langues mortes avec leurs chefs-d'oeuvre et sur
les cadavres des littératures. Le monde entier n'est composé que de
deux mots: PROGRÈS et DÉCADENCE. L'erreur des optimistes est de n'en
lire qu'un, PROGRÈS; l'erreur des pessimistes est de n'en lire qu'un,
DÉCADENCE. Lisons-les tous les deux, nous serons dans le vrai de
l'histoire et de la destinée du genre humain, en littérature comme en
politique.