»Les vers arrivèrent à Gênes; mais l'excellent ami, à qui ils étaient

adressés, était déjà parti, et à une distance qui paraissait

inaccessible. Cependant, retenu par les gros tems, il prit terre à

Leghorn, où ces vers lui parvinrent au moment où il allait s'embarquer,

le 24 juillet 1823. Il eut à peine le tems de répondre par une page bien

remplie, que le possesseur a gardée parmi ses plus précieux papiers

comme la plus honorable preuve de la liaison établie. Ce document, déjà

touchant et précieux par lui-même, comme justifiant les plus vives

espérances, a maintenant acquis la plus grande, quoique la plus

douloureuse valeur, par la mort prématurée du sublime écrivain, car il

ajoute une particularité à la douleur généralement excitée par cette

perte dans le monde moral et poétique: nous étions assurés dans

l'espérance qu'après l'accomplissement d'exploits glorieux nous

pourrions saluer en personne le génie supérieur, l'ami si heureusement

acquis, et le plus humain des conquérans. A présent, nous ne pouvons que

nous consoler par la conviction que son pays reviendra enfin de cette

violence d'invectives et de reproches qui a si long-tems régné contre

lui, et comprendra que les scories de l'âge et de l'individu, d'où les

meilleures ames ont à se débarrasser, sont périssables et transitoires,

tandis que la gloire merveilleuse à laquelle il a élevé son pays dans le

siècle présent et pour tous les siècles à venir, sera aussi infinie en

splendeur que les conséquences en sont incalculables. Et l'on ne peut

douter que la nation, qui peut s'enorgueillir de tant de grands noms, le

classera au premier rang de ceux par qui elle a acquis une telle

gloire.»

Voici la réponse de Byron à la communication sus-mentionnée de Goëthe.

LETTRE DXXIV.

A GOETHE.

Leghorn, 24 juillet 1823.

ILLUSTRE POÈTE,

«Je ne puis vous remercier comme vous devriez être remercié par les vers

que mon jeune ami, M. Sterling, m'a envoyés de votre part; et il me

messiérait de prétendre échanger des vers avec celui qui, pendant

cinquante ans, a été le souverain incontesté de la littérature

européenne. Vous accepterez donc mes très-sincères remerciemens en

prose,--et en prose écrite à la hâte: car je suis à présent en route

pour mon second voyage en Grèce, et je suis entouré d'un bruit et d'un

tumulte qui laissent à peine un moment à la gratitude et à l'admiration

pour s'exprimer.

»Je m'embarquai de Gênes, il y a quelques jours, et je fus repoussé par

un coup de vent; depuis, j'ai remis de nouveau à la voile, et suis

abordé ici (à Leghorn) ce matin, pour prendre à bord quelques passagers

grecs pour leur combattante patrie.

»C'est ici que j'ai trouvé vos vers et une lettre de M. Sterling; et je

n'ai pu avoir un plus favorable présage, une plus agréable surprise

qu'un mot de Goëthe écrit de sa propre main.

»Je retourne en Grèce pour voir si j'y puis être de quelque utilité. Si

jamais je reviens, je ferai une visite à Weimar, pour y apporter le

sincère hommage d'un de ces admirateurs que vous avez par millions. J'ai

l'honneur d'être, à toujours et au plus haut degré,

»Votre obligé,»

NOEL BYRON.

Le 24 juillet, Lord Byron mit à la voile de Leghorn, où M. Browne

l'avait rejoint; et après environ dix jours de navigation par le tems le

plus favorable, il jeta l'ancre à Argostoli, principal port de

Céphalonie.

On avait jugé à propos que Lord Byron, afin de prendre d'exactes

informations sur la Grèce, se rendît d'abord à l'une des îles ioniennes,

d'où il pourrait observer et constater la vraie situation des affaires

avant d'aborder au continent. Dans ce but, on lui avait recommandé Zante

ou Céphalonie, et il se détermina pour la dernière île, parce qu'il

connaissait les talens et les sentimens libéraux du colonel Napier,

résident. Sachant néanmoins que dans l'aspect encore incertain de la

politique anglaise extérieure, son arrivée pour une expédition si

ostensiblement consacrée à l'aide de l'insurrection aurait l'effet

d'embarrasser les autorités existantes, il résolut d'adopter une ligne

de conduite qui les compromît ou les offensât le moins possible. C'est

dans cette vue qu'il jugea prudent de ne point débarquer à Argostoli,

mais d'attendre à bord de son navire les informations du gouvernement

grec, pour être à même de déterminer ses mouvemens ultérieurs.

L'arrivée d'un homme si célèbre excita naturellement à Argostoli une

vive sensation tant parmi les Grecs que parmi les Anglais; et les

premières entrevues qui eurent lieu entre ces derniers et leur noble

visiteur furent soudain suivies, d'une et d'autre part, de cette sorte

d'agréable surprise, qui devait résulter de préventions réciproques. Ses

compatriotes, qui, d'après les contes exagérés qu'ils avaient entendu si

souvent débiter sur sa misantropie et sur son horreur spéciale pour les

Anglais, s'attendaient à le voir accueillir leurs politesses avec une

froideur hautaine, sinon insultante, trouvèrent au contraire dans toutes

ses manières une franche et joyeuse affabilité, qui, propre à les

charmer en toutes circonstances, fut, dans une attente si opposée,

particulièrement enivrante pour eux;--tandis que lui, de son côté,

encore plus préparé par les préventions qu'il avait long-tems nourries,

à être reçu froidement et avec répugnance par ses compatriotes,

rencontra un accueil tout à-la-fois si cordial et si respectueux, qu'il

en fut non-seulement surpris et flatté, mais encore évidemment ému.

Entre autres politesses qu'il accepta, il y eut un dîner avec les

officiers de la garnison; là, lorsqu'on eut bu à sa santé, il remercia,

dit-on, ses hôtes en disant que, «il était douteux qu'il pût

convenablement exprimer sa gratitude, parce qu'il avait si long-tems

parlé une langue étrangère que c'était avec difficulté qu'il faisait

passer dans la sienne toute la force de son sentiment.»

Ayant dépêché des messagers à Corfou et à Missolonghi pour obtenir des

informations, il résolut, en attendant leur retour, d'employer son tems

en un voyage à Ithaque, île qui n'est séparée de Céphalonie que par un

détroit fort resserré. En allant à Vathi, capitale de l'île, sur

l'invitation du capitaine Knox, résident, qui lui procura toutes les

facilités possibles pour le voyage, il fit une visite à la caverne où,

suivant la tradition, Ulysse déposa les présens des Phéaciens. «Lord

Byron (dit le comte Gamba) monta jusqu'à la grotte, mais l'escarpement

et la hauteur de la montagne l'empêchèrent de parvenir aux ruines du

château. J'éprouvai moi-même beaucoup de difficulté pour y atteindre.

Lord Byron s'assit et se mit à lire dans la grotte, mais il s'endormit.

Je l'éveillai à mon retour, et il me dit que j'avais interrompu les

rêves les plus délicieux qu'il eût eus dans sa vie.»

Quoiqu'il n'eût pas cessé, depuis son premier voyage dans ces régions,

de préférer les charmes sauvages de la nature à toutes les associations

classiques de l'art et de l'histoire, cependant il se joignit avec

intérêt à tous les pélerinages faits aux lieux que la tradition avait

sanctifiés. A la fontaine d'Aréthuse, un des endroits de ce genre qu'il

visita, il trouva pour lui et pour sa compagnie un repas que le

résident avait fait préparer; et à l'École d'Homère,--nom donné à

quelques ruines au-delà de Chioni,--il rencontra un vieil évêque

réfugié, qu'il avait connu en Livadie treize ans auparavant, et avec qui

il conversa de cette époque avec une rapidité et une fraîcheur de

souvenir que la mémoire du vieil évêque ne pouvait suivre qu'avec peine.

Les soi-disant bains de Pénélope n'échappèrent pas non plus à ses

recherches, et «quelque sceptique qu'il fût (dit une dame qui, bientôt

après, suivit ses traces) par rapport à ces localités supposées, il

n'offensait jamais les indigènes par la moindre objection à la réalité

de leurs croyances. Au contraire, sa politesse et sa bienveillance

gagnèrent le respect et l'admiration de tous les Grecs qui le virent; et

l'on ne me parlait de lui qu'avec enthousiasme.»

Ces vues bienfaisantes, qui plus peut-être que l'ambition de la renommée

le guidaient dans son entreprise actuelle, eurent l'occasion de se

déployer durant son court séjour à Ithaque. En apprenant que bon nombre

de pauvres familles s'y étaient réfugiée de Scio, de Patras et d'autres

parties de la Grèce, non-seulement il présenta au commandant trois mille

piastres pour les secourir en général, mais par ses bienfaits

particuliers envers une famille qui avait autrefois vécu à Patras dans

un état d'opulence, il la mit à même de réparer sa fortune et de

recouvrer l'aisance. «La fille aînée (dit la dame que j'ai déjà citée)

devint ensuite maîtresse de l'école formée à Ithaque; elle, sa soeur, et

sa mère, ne parlèrent jamais de Lord Byron sans le plus profond

sentiment de reconnaissance et de regret pour sa mort trop prématurée.»

Après avoir employé environ huit jours dans cette excursion, il était

revenu à bord de _l'Hercule_, quand l'un des messagers qu'il avait

dépêchés, revint avec une lettre du brave Marco Botzari, qui se

préparait dans les montagnes d'Agrafa à cette attaque où il succomba si

glorieusement. Voici les termes dans lesquels cet héroïque chef écrivit

à Lord Byron.

«Votre lettre et celle du vénérable Ignazio m'ont rempli de joie. Votre

excellence est exactement la personne qu'il nous faut. Que rien ne vous

empêche de venir dans cette partie de la Grèce. L'ennemi nous menace

avec des forces nombreuses; mais, avec l'aide de Dieu et de votre

excellence, nous lui opposerons une bonne résistance. J'aurai quelque

chose à faire ce soir contre un corps de six à sept mille Albanais,

campés près d'ici. Après-demain je partirai, avec quelques compagnons

choisis, pour rencontrer votre excellence. Ne perdez pas de tems. Je

vous remercie de la bonne opinion que vous avez de mes concitoyens; Dieu

veuille que vous ne la trouviez pas mal fondée! et je vous remercie

encore davantage pour le soin que vous avez pris d'eux.....

»Croyez moi, etc.»

Dans l'espoir que Lord Byron se rendrait à Missolonghi, ç'avait été

l'intention de Botzari, comme la lettre ci-dessus l'annonce, de laisser

l'armée, et d'aller à la hâte, avec un petit nombre de ses frères

d'armes, recevoir leur noble allié à son débarquement, d'une manière

digne de sa généreuse mission. Mais la lettre ne précéda que de peu

d'heures la mort de Botzari. Celui-ci pénétra, le soir, avec une poignée

de braves, au milieu du camp des ennemis, dont les forces montaient à

huit mille hommes; et, après avoir conduit son héroïque bande sur des

monceaux de morts, il tomba enfin, lui-même, près de la tente du pacha.

Ce que ce brave Souliote dit du soin de Lord Byron pour ses concitoyens

a trait à une action populaire récemment faite par le noble poète à

Céphalonie en prenant à sa solde, pour sa garde, quarante hommes de

cette tribu sans asyle. Mais comme faute d'occupation ils devenaient

turbulens, Byron les renvoya bientôt après, armés et approvisionnés, se

joindre aux défenseurs de Missolonghi, qui était alors assiégée d'un

côté par une armée considérable, et bloqués de l'autre par une escadre

turque. Déjà, dans le dessein de secourir cette place, il avait fait au

gouvernement une offre généreuse, qu'il mentionne ainsi dans une de ses

lettres. «J'ai offert d'avance mille dollars par mois pour le secours de

Missolonghi et pour les Souliotes de Botzari (tué depuis), mais le

gouvernement m'a répondu qu'il désire conférer préalablement avec moi,

ce qui est dire qu'il désire que je dépense mon argent dans un autre

but. Je veillerai à ce que la dépense soit faite pour l'intérêt public,

autrement je n'avancerai pas un para[37]. L'opposition dit qu'on veut me

cajoler; et le parti qui est au pouvoir dit que les autres veulent me

séduire: ainsi j'ai un rôle difficile à jouer entre les deux factions;

mais, je n'ai rien à faire pour les partis, sinon de les réconcilier si

c'est possible.»

.....................................................[38]

Sachant que pour juger mûrement de l'état des partis, il faut se tenir

hors de leur tourbillon; et prévoyant d'après l'impatience même des

différens chefs qui le courtisaient à l'envi pour l'attirer chacun à

soi, quel risque il courrait en se liant avec l'un plutôt qu'avec

l'autre, il résolut de stationner encore quelque tems à Céphalonie, et

d'y mettre à profit les facilités données par la position pour

recueillir des informations sur l'état réel des affaires, et pour

constater de quel côté sa présence et son argent seraient le plus

profitables. Durant les six semaines qui s'étaient écoulées depuis son

arrivée à Céphalonie, il avait vécu de la façon la moins confortable,

avec du porc et de la volaille, à bord de son navire. Mais, dès qu'il

eut pris la résolution de prolonger son séjour, il se décida à prendre

une demeure à terre; et, par amour de la retraite, il s'établit dans un

petit village, appelé Metaxata, à environ sept milles d'Argostoli, et

continua à y résider durant le reste de son séjour dans l'île.

[Note 37: Petite pièce de monnaie turque. (_Note du Trad._)]

[Note 38: Nous passons une longue dissertation de Moore sur l'état

de la Grèce. (_Note du Trad._)]

Avant ce changement de résidence, il avait député M. Hamilton Browne et

M. Trelawney au gouvernement existant de Grèce, avec une lettre où il

exposait ses vues et celles du comité qu'il représentait; et il n'y

avait pas un mois qu'il s'était retiré à Metaxata, quand il reçut des

nouvelles de ces messieurs. Le tableau qu'ils lui envoyèrent de l'état

du pays ne fit que confirmer les idées qu'il avait déjà;--incapacité et

égoïsme à la tête des affaires, désorganisation dans tout l'ensemble du

corps politique, mais, en même tems, force vivace au coeur de la nation,

et moyens puissans de résistance. Il ne put manquer d'être frappé de

cette étroite ressemblance de famille avec l'ancienne population du

pays:--ce grand peuple, au milieu même de ses interminables dissentions

intérieures, ayant toujours été prêt à faire face de concert contre

l'ennemi.

Les agens de sa seigneurie avaient été bien et dûment accueillis par le

gouvernement, qui désirait beaucoup que Lord Byron se rendît en Morée

sans délai; et des lettres pressantes, écrites dans ce but tant par le

pouvoir législatif que par le pouvoir exécutif, accompagnèrent celles de

MM. Browne et Trelawney. Mais Byron était résolu à ne bouger qu'en tems

opportun; car plus il avait pénétré dans la connaissance des intrigues

grecques, plus il avait eu à s'applaudir de sa prudence à ne pas

s'engager dans le labyrinthe sans être auparavant prémuni contre la

déception par les renseignemens qu'il était en train de recueillir.

Pour donner aussi brièvement que possible une idée de ce conflit

d'appels, qui, des divers théâtres de l'insurrection, parvinrent à Byron

dans sa retraite, il suffira de dire que, d'une part, Metaxa, gouverneur

de Missolonghi, le suppliait vivement d'accourir au secours de cette

place, que les Turcs bloquaient alors par terre et par mer; que d'autre

part, le premier des chefs militaires, Colocotroni, ne le pressait pas

moins instamment de se présenter au prochain congrès de Salamine, où les

affaires du pays devaient être réglées sous la dictée de ces sauvages

guerriers;--et qu'enfin, en même tems, d'un autre côté, le grand

adversaire de ces chefs militaires, Mavrocordato, tâchait, avec plus

d'instances et d'habileté que personne, de lui inspirer ses propres

vues, et le suppliait de venir à Hydra, où il venait d'être obligé de se

retirer.

La simple nouvelle de l'arrivée d'un noble anglais, qui, n'ayant

contracté d'engagemans avec aucun parti, laissait à tous l'espoir de son

alliance, et que la rumeur publique munissait d'autant d'argent que

l'imagination de la pauvreté se plaisait à lui en attribuer, suffisait

par elle-même, sans compter les droits plus puissans du nom de Byron,

pour attirer toutes les pensées. «Il est plus aisé, dit le comte Gamba,

de concevoir que de raconter les divers moyens employés pour l'engager

dans une faction ou dans l'autre; lettres, messagers, intrigues,

récriminations,--oui, les agens de chaque parti déployaient tout leur

art pour rabaisser le parti opposé.» Le comte ajoute une circonstance

qui jette une vive lumière sur un trait particulier du caractère du

noble poète.--«Il s'occupait à découvrir la vérité, toute cachée qu'elle

était sous ces intrigues, et s'amusait à confronter les agens des

différentes factions.» Durant toutes ces occupations, il continua son

train de vie simple et uniforme,--se levant, toutefois, de bonne heure,

pour la dépêche des affaires, ce qui montra combien il était capable de

vaincre même une longue habitude en cas de besoin. Quoique très-occupé,

il était, à toute heure, accessible aux visiteurs; et la facilité avec

laquelle il se laissait importuner par les gens les plus stupides, ne

peut être mise en doute, puisque, m'a-t-on dit, un des officiers de la

garnison, homme incapable de comprendre autre chose en Byron que sa

bonté, avait coutume de dire, quand son tems lui pesait:--«Je crois que

je sortirai à cheval et que j'aurai une petite causerie avec Lord

Byron.»

Mais l'homme dont les visites parurent faire le plus de plaisir à Byron,

tant pour l'intérêt du sujet principal de la conversation que pour les

occasions de plaisanteries fournies par les singularités du visiteur,

fut un médecin, nommé Kennedy, qui, par un profond sentiment de la

valeur de la religion pour lui-même, s'était chargé de la bienveillante

tâche de communiquer sa lumière aux autres. Voici quelle fut l'origine

de leurs premières relations. Le docteur Kennedy avait entrepris de

convertir à une ferme croyance dans le christianisme quelques amis un

peu sceptiques, alors à Argostoli. Ayant entendu parler de la réunion

qui devait avoir lieu dans ce but, Lord Byron demanda à y être admis, en

disant à la personne par qui il faisait faire cette demande: «Vous savez

que je suis regardé comme une bête noire,--et pourtant, après tout, je

ne suis pas si noir que le monde pense.» Il avait promis de convaincre

le docteur Kennedy, que «quoiqu'il manquât peut-être de foi, il avait au

moins de la patience.» Mais entendre une leçon de plusieurs heures,--de

douze au moins,--sans interruption (telle était la stipulation), fut une

épreuve au-dessus de ses forces: et, peu après le commencement de

l'homélie, il commença, comme le docteur nous en informe, à donner des

signes évidens du désir d'échanger le rôle d'auditeur pour celui

d'orateur. Néanmoins, il y eut dans toute sa conduite, comme auditeur et

comme causeur, tant de courtoisie, de candeur, et de docilité sincère à

l'instruction, qu'il inspira au bon docteur le désir, sinon l'espoir de

son salut; et quoiqu'il ne reparût plus à ces réunions théologiques,

cependant ses conférences, sur le même sujet, avec le docteur Kennedy

seul, furent assez fréquentes durant le reste de son séjour à

Céphalonie.

.................................................

Je vais maintenant insérer, avec les remarques nécessaires,

quelques-unes des lettres, soit officielles, soit particulières, que sa

seigneurie écrivit durant son séjour à Céphalonie, et d'où le lecteur

puisera, d'une manière plus intéressante que par l'intermède d'une

narration, la connaissance des événemens qui se passaient alors en

Grèce, et celle des vues et des sentimens que ces événemens inspiraient

à Lord Byron.

Il écrivit souvent à madame Guiccioli, mais brièvement, et pour la

première fois, en anglais; ajoutant toujours quelques lignes pour elle

dans les lettres de son frère Piétro. Voici, par exemple:

7 octobre.

«Piétro vous a dit toutes les nouvelles de l'île,--nos tremblemens de

terre, notre politique et notre séjour actuel dans un joli village.

Comme ses opinions sur les Grecs sont presque semblables aux miennes, je

n'ai besoin de rien vous dire à ce sujet. J'ai fait une folie de venir

ici; mais, puisque m'y voilà, je dois voir ce qu'il faut faire.»

--Octobre.

«Nous sommes encore à Céphalonie; nous attendons des nouvelles plus

exactes et plus précises; car tout est contradiction et discussion dans

les rapports que nous recueillons sur l'état des Grecs. Je remplirai le

but de la mission que j'ai reçue du comité, puis je reviendrai en

Italie. Car il ne me paraît pas probable que, comme individu, je puisse

être utile aux Grecs;--du moins aucun étranger ne l'a encore été, et

probablement ne le sera pas non plus à présent.»

29 octobre.

«Soyez sûre que le moment où je vous rejoindrai me sera aussi agréable

qu'aucune autre époque de nos souvenirs. Il n'y a rien ici d'assez

attrayant pour partager mon attention; mais je dois servir la cause

grecque, et par honneur et par inclination. MM. Browne et Trelawney sont

en Morée, où ils ont été très-bien reçus; et tous les deux m'écrivent

avec les plus belles espérances. Je suis désireux de savoir comment

l'affaire espagnole sera terminée, parce que je pense qu'elle peut avoir

de l'influence sur la lutte grecque. Je désire que l'une et l'autre

affaire s'arrangent favorablement, afin que je puisse retourner en

Italie, et vous conter nos aventures, ou plutôt celles de Piétro, dont

quelques-unes sont assez amusantes, ainsi que les incidens de nos

voyages et traversées. J'en réserve le récit, dans l'espérance que nous

en pourrons rire ensemble sous peu.»

LETTRE DXXV.

A M. BOWRING.

29 novembre 1823.

«Cette lettre vous sera présentée par M. Hamilton Browne, qui précède ou

accompagne les députés grecs. Il est tout à-la-fois capable et désireux

de rendre service à la cause, et de donner des informations au comité.

Il a déjà été fort utile sous ce double rapport, du moins à ma

connaissance. Lord Archibald Hamilton, dont il est parent, ajoutera une

recommandation plus puissante que la mienne.

»Corinthe est prise, et l'on dit qu'une escadre turque a été battue dans

l'Archipel. Le progrès extérieur des Grecs est considérable, mais leurs

dissentions intérieures continuent toujours. A mon arrivée au siége du

gouvernement, je m'efforcerai d'apaiser ou d'éteindre ces querelles

domestiques;--mais ce n'est pas une tâche facile. Je suis resté ici

jusqu'à présent, en partie dans l'attente de l'escadre destinée à

secourir Missolonghi, et du détachement de M. Parry, et en partie pour

recevoir de Malte ou de Zante la somme de quatre mille livres sterling

que j'ai avancée pour le paiement de l'escadre attendue. Les billets se

négocient, et seront bientôt soldés, comme ils l'eussent été

immédiatement sur toute autre place; mais les misérables négocians

ioniens ont peu d'argent, et pas trop de crédit, et montrent d'ailleurs

une réserve politique à cette occasion: car, quoique j'eusse des lettres

de M. Webb (une des plus fortes maisons de la Méditerranée) et de M.

Ransom, il n'y a moyen de traiter à des conditions raisonnables qu'avec

les négocians anglais. Ceux-ci se sont montrés tout à-la-fois capables

et zélés,--et intègres comme d'ordinaire[39].

Le colonel Stanhope est arrivé, et partira immédiatement. Il peut être

assuré de ma coopération dans tous ses efforts; mais d'après tout ce que

je sais, la formation d'une brigade sera à présent extrêmement

difficile, pour ne pas même dire plus. Quant à la réception des

étrangers,--ou du moins des officiers étrangers,--je vous renvoie à un

passage de la dernière lettre du prince Mavrocordato, dont copie est

jointe au paquet que j'ai envoyé aux députés. C'est mon intention

d'aller par mer à Napoli de Romanie aussitôt que j'aurai arrangé cette

affaire pour les Grecs:--je me dispose à faire l'avance de deux cent

mille piastres pour leur flotte.

[Note 39: Les négocians anglais, dont parle Lord Byron, sont MM.

Barff et Hancock de Zante, dont la conduite, non-seulement envers Lord

Byron, mais durant toute la lutte grecque, a été continuellement pleine

de zèle et de désintéressement. (_Note de Moore_.)]

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 13 Comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 7 / 23 段