CHAPITRE XII

Examen de la caverne.--Une trouvaille agréable.--Fatigue

inaccoutumée.--Traces effacées.

Hélène fut sur pied dès les premiers rayons du soleil qui illuminèrent

le berceau de verdure. Pour ne pas réveiller son père, elle sortit avec

précaution et se dirigea vers le lac, où elle se rafraîchit la figure.

Au retour, trouvant son père debout, elle courut à lui et lui offrit de

goûter au raisin succulent qu'elle venait de cueillir, mais il refusa et

demanda seulement un peu d'eau.

--Je pense, fit-il, qu'il vaut mieux nous rendre ensemble de l'autre

côté du lac. Tu me feras part de tout ce que tu apercevras et nous

déciderons sur place ce qu'il y aurait à faire. Mais je veux d'abord

visiter la caverne mystérieuse. Conduis-moi là-bas.

Après s'être réconfortés avec un déjeuner frugal, le père et la fille se

dirigèrent vers la caverne.

Là, Hélène lui décrivit en détail la forme des chiffres, gravés à

l'entrée ainsi que la situation exacte de l'endroit.

Après quelque temps de réflexion, le vieillard finit par se convaincre

qu'en ce moment l'île était inhabitée.

--Les traces, trouvées par toi, témoignent avec évidence que, dans des

temps très éloignés, un malheureux a demeuré ici, un malheureux que le

sort avait jeté dans cette île déserte, fit-il en terminant.

Hélène fit entrer son père dans la caverne et lui remit la lunette et la

flûte. Le vieux marin tâta et mesura longuement ces objets.

--Ce sont des instruments très anciens, dit-il finalement en rendant à

sa fille la lunette. Je me rappelle en avoir vu de pareils dans ma

jeunesse.

Il approcha la flûte de ses lèvres et en tira des sons amples et

agréables.

--Quel bel instrument, fit-il. Il me servira de distraction dans mes

moments de tristesse, et occupera mes loisirs.

--Oui, oui, papa, ajouta Hélène. Et quand je m'en irai dans la forêt, tu

pourras, toujours à l'aide de cet instrument, me rappeler auprès de toi.

C'est une agréable trouvaille.

--Mais il est temps, mon enfant, de continuer notre route, interrompit

le vieillard: autrement, nous ne pourrons visiter grand'chose avant le

soir.

--Permets-moi seulement de voir d'abord où se jette ce petit ruisseau et

s'il ne coule pas vers l'endroit où se trouvent nos effets. Repose-toi

ici, en attendant. Il y fait si bon et si frais.

--Va, ma petite, fit le vieillard, mais reviens promptement.

Quelque temps après, Hélène atteignait la cataracte, d'où les eaux du

ruisseau, en mugissant et en écumant, se précipitaient sur les rochers

du bord. D'un côté de la cataracte s'ouvrait un sentier pratiqué par la

nature même, et qui descendait jusque sur le rivage.

En suivant le courant du ruisseau, Hélène arriva bientôt à un endroit où

il se partageait en deux bras, dont le plus grand se jetait directement

dans la mer; tandis que l'autre, tournant de côté, coulait tout

doucement, en serpentant entre les rochers, jusqu'au point où ils

avaient abordé. Non loin de là gisaient les effets sauvés par elle.

Hélène se mit à marcher le long du rivage et, soudain, s'arrêta,

stupéfaite, devant des rochers où se trouvaient accrochés presque tous

les objets et vêtements emportés, quelque temps auparavant, par les

torrents des montagnes dans la mer.

Craignant que la marée ou la tempête ne la privât de nouveau de ces

trésors, elle les ramassa et les porta plus haut, vers le pied de la

montagne. Par surcroît de précaution, elle les attacha même à un arbre

avec des lianes solides, qui remplaçaient parfaitement les cordes.

Ce travail inaccoutumé fatiguait beaucoup Hélène, de sorte qu'elle se

voyait obligée de s'arrêter souvent, pour reprendre haleine. Mais aussi

avec quel plaisir s'assit-elle pour se reposer, une fois sa tâche finie!

De retour dans le berceau, elle trouva son père endormi: il était assis

près de la table, la tête appuyée contre le mur.

De peur de le déranger, elle se dirigea tout doucement vers la sortie.

Mais ce bruit léger réveilla le vieillard.

--Est-ce qu'il y a longtemps que tu es revenue? demanda-t-il étonné.

Pourquoi ne m'as-tu pas éveillé?

--Ton sommeil paraissait si doux, et tu as tant besoin de repos! Nous

avons beaucoup à marcher aujourd'hui.

Pour toute réponse, le vieillard embrassa avec reconnaissance sa fille,

si remplie de sollicitude pour lui.

Ils descendirent dans la vallée et se dirigèrent, en longeant le lac,

vers le bois mystérieux.

Là, Hélène, à sa vive surprise, aperçut une grande quantité d'arbres,

disposés dans un ordre remarquable.

--La plupart des arbres, dit-elle à son père, sont ordonnés en rangées

symétriques, qui ont évidemment été plantées par une main d'homme. Les

uns sont couverts de beaux fruits savoureux, d'autres sont encore en

fleur!...

--Ne vois-tu pas à proximité une habitation quelconque? demanda

précipitamment le vieillard, en l'interrompant.

--Non, papa, mais il y a ici beaucoup de jolis berceaux. Allons les

visiter.

--Attends, mon enfant, explorons d'abord ce bois, puis nous jetterons un

coup d'oeil dans les berceaux.

Hélène conduisit son père plus loin en lui décrivant, avec les détails

les plus minutieux, tout ce qu'ils rencontraient. Enfin elle déboucha

sur une clairière: au milieu se trouvait un champ, couvert d'une

végétation épaisse.

En s'approchant davantage, Hélène reconnut quelques-unes des plantes.

--Papa, papa, s'écria-t-elle soudain, figure-toi,... dans ce champ, au

milieu d'une foule de mauvaises herbes, il y a des tiges de maïs et des

haricots... Mais comme ce champ paraît négligé!

--C'est une nouvelle preuve que nous nous trouvons seuls dans l'île! fit

observer le vieux marin.

Enfin ils arrivèrent à l'extrémité du bois et se trouvèrent devant une

montagne élevée et escarpée.

--Nous sommes en face d'un édifice bizarre! murmura craintivement

Hélène, en s'arrêtant tout d'un coup.

--N'aie pas peur, lui dit le vieillard pour la rassurer, conduis-moi.

--C'est, je crois, une grotte, dit Hélène quand ils se furent avancés.

Le toit léger de l'entrée s'appuie contre le roc perpendiculaire, et il

est soutenu par quatre colonnes. Il y a aussi une inscription au-dessus

de la grotte, seulement il est difficile de la lire à cette distance.

Hélène s'approcha encore plus de la grotte.

--«Albert Neuville, 1729», lut-elle enfin, déchiffrant avec peine

l'inscription à demi effacée par le temps. C'est la même date, père, qui

est gravée à l'entrée de la caverne auprès de la cataracte,

ajouta-t-elle en jetant un regard investigateur autour d'elle. Plus

loin, là-bas, appuyés contre la paroi de la montagne, je vois encore

plusieurs édifices semblables. Apparemment ce n'est pas un seul homme

qui a vécu ici, mais plusieurs.

--Conduis-moi, mon enfant, à la grotte la plus voisine. Je veux me

reposer un peu. Mais ne me quitte pas!

[Illustration: Hélène lut l'inscription.]

La nouvelle Robinsonnette: Aventures d'une fillette sur une île déserte · 第 14 / 38 题