Mort de Saldagne.
Vous avez vu dans le douzième chapitre de la seconde partie de ce Roman
comme Saldagne etoit demeuré dans un lit, malade de sa chute, dans la
maison du baron d'Arques, à l'appartement de Verville, et ses valets si
ivres dans une hôtellerie d'un bourg distant de deux lieues de la dite
maison, que celui de Verville eut bien de la peine à leur faire
comprendre que la demoiselle s'etoit sauvée, et que l'autre homme que
son maître leur avoit donné la suivoit avec l'autre cheval. Après qu'ils
se furent bien frotté les yeux, et bâillé chacun trois ou quatre fois,
et allongé les bras en s'etirant, ils se mirent en devoir de la
chercher. Ce valet leur fit prendre un chemin par lequel il sçavoit bien
qu'ils ne la trouveroient pas, suivant l'ordre que son maître lui en
avoit donné; aussi ils roulèrent trois jours, au bout desquels ils s'en
retournèrent trouver Saldagne, qui n'etoit pas encore gueri de sa chute,
ni même en etat de quitter le lit, auquel ils dirent que la fille
s'etoit sauvée, mais que l'homme que M. de Verville leur avoit baillé la
suivoit à cheval. Saldagne pensa enrager à la reception de cette
nouvelle, et bien prit à ses valets qu'il etoit au lit et attaché par
une jambe, car s'il eût eté debout, ou s'il eût pu se lever, ils
n'eussent pas seulement essuyé des paroles, comme ils firent, mais il
les auroit roués de coups de bâton, car il pesta si furieusement contre
eux, leur disant toutes les injures imaginables, et se mit si fort en
colère, que son mal augmenta et la fièvre le reprit, en sorte que, quand
le chirurgien vint pour le panser, il apprehenda que la gangrène ne se
mît à sa jambe, tant elle etoit enflammée, et même il y avoit quelque
lividité, ce qui l'obligea d'aller trouver Verville, auquel il conta cet
accident, lequel se douta bien de ce qui l'avoit causé, et qui alla
aussitôt voir Saldagne, pour lui demander la cause de son alteration, ce
qu'il savoit assez, car il avoit eté averti par son valet de tout le
succès de l'affaire; et, l'ayant appris de lui-même, il lui redoubla sa
douleur en lui disant que c'etoit lui qui avoit tramé cette pièce pour
lui eviter la plus mauvaise affaire qui lui pût jamais arriver: «Car,
lui dit-il, vous voyez bien que personne n'a voulu retirer cette fille,
et je vous declare que, si j'ai souffert que ma femme, votre soeur,
l'ait logée ceans, ce n'a eté qu'à dessein de la remettre entre les
mains de son frère et de ses amis. Dites-moi un peu, que seriez-vous
devenu si l'on avoit fait des informations contre vous pour un rapt, qui
est un crime capital et que l'on ne pardonne point[361]? Vous croyez
peut-être que la bassesse de sa naissance et la profession qu'elle fait
vous auroient excusé de cette licence, et en cela vous vous flattez, car
apprenez qu'elle est fille de gentilhomme et de demoiselle, et qu'au
bout vous n'y auriez pas trouvé votre compte. Et après tout, quand les
moyens de la justice auroient manqué, sçachez qu'elle a un frère qui
s'en seroit vengé; car c'est un homme qui a du coeur, et vous l'avez
eprouvé en plusieurs rencontres, ce qui vous devroit obliger à avoir de
l'estime pour lui, plutôt que de le persecuter comme vous faites.
[Note 361: Quelquefois pourtant, surtout quand ces violences étoient
exercées par des personnages puissants contre des femmes de classe
inférieure. (Mém. de Chavagnac, 1699, in-12, p. 100.) Il y a, à cette
époque, bien des faits historiques qui peuvent servir d'excuse et de
justification au grand nombre de rapts, de violences, de meurtres, qu'on
trouve dans le Roman comique, et à la facilité avec laquelle la justice
passe par-dessus. Qu'il me suffise de citer, outre l'enlèvement, par le
père du comte de Chavagnac, de la veuve d'un sieur de Montbrun, celui de
madame de Miramion, dans le bois de Boulogne, aux portes mêmes de Paris,
et son audacieuse séquestration par Bussy au château de Launay, près de
Sens, crime qui, malgré un commencement de poursuites, finit par rester
impuni. (V. Mém. de Bussy, éd. Amst,, 1731, p. 160 et suiv.) Il y avoit
là un reste des habitudes féodales et une dernière trace de l'ancien
respect pour le droit du plus fort et la légitimité de l'épée. C'est
surtout dans Brantôme qu'on peut lire le récit des attentats les plus
fréquents et les plus audacieux commis sur les personnes les plus
illustres, sans que la justice intervînt pour les punir. Ces violences
sembloient admises par les moeurs. Les Mémoires contemporains et les
Historiettes de Tallemant des Réaux pourroient nous fournir à l'appui
plus d'un trait, que leurs narrateurs racontent comme une chose toute
simple, et que nous serions loin de trouver tels aujourd'hui. Vouloit-on
se défaire de Jacques de Lafin, qui avoit révélé au roi le complot du
maréchal de Biron, et de Concini, on les assassinoit en plein jour, sur
un pont, sans qu'on songeât à poursuivre les meurtriers. Saint-Germain
Beaupré faisoit assassiner par son laquais, dans la rue Saint-Antoine,
un gentilhomme nommé Villepréau. D'Harcourt et d'Hocquincourt
proposoient à Anne d'Autriche de la défaire ainsi de Condé. Le chevalier
de Guise ne faisoit pas plus de cérémonies pour passer son épée au
travers du corps, en pleine rue Saint-Honoré, au vieux baron de Luz, à
peu près comme son frère aîné avoit fait pour Saint-Paul; et ce crime
non seulement demeuroit impuni, mais valoit au meurtrier les plus
chaleureuses félicitations des plus grands personnages. (Lett. de Malh.,
1er févr. 1613.) On peut lire les Grands jours d'Auvergne pour avoir une
idée des actes incroyables que se permettoient les gentilshommes
d'alors. La justice, dans ces cas-là, ne demandoit pas mieux que de
faire comme nous le dit l'auteur (ch. 6) à propos de la mort de
Saldagne: «Personne ne se plaignant, d'ailleurs que ceux qui pouvoient
être soupçonnés étoient des principaux gentilshommes de la ville, cela
demeura dans le silence.» Bossuet lui-même, parlant de ceux qui
offroient à Charles II d'assassiner Cromwell, se borne à dire: «Sa
grande âme a dédaigné ces moyens trop bas; il a cru qu'en quelque état
que fussent les rois, il étoit de leur majesté de n'agir que par les
lois ou par les armes.» V. Orais. fun. de la reine d'Anglet., vers la
fin.]
Il est temps de cesser ces vaines poursuites, où vous pourriez à la fin
succomber, car vous sçavez bien que le desespoir fait tout hasarder; il
vaut donc mieux pour vous le laisser en paix.»
Ce discours, qui devoit obliger Saldagne à rentrer en lui-même, ne
servit qu'à lui redoubler sa rage et à lui faire prendre d'etranges
resolutions, qu'il dissimula en presence de Verville, et qu'il tâcha
depuis à executer. Il se depêcha de guerir, et sitôt qu'il fut en etat
de pouvoir monter à cheval il prit congé de Verville, et à même temps il
prit le chemin du Mans, où il croyoit trouver la troupe; mais ayant
appris qu'elle en etoit partie pour aller à Alençon, il se resolut d'y
aller. Il passa par Vivain, où il fit repaître ses gens et trois
coupe-jarrets qu'il avoit pris avec lui[362]. Quand il entra au logis du
Coq-Hardi, où il mit pied à terre, il entendit une grande rumeur:
c'etoient les marchands de toile, qui, etant allés au marché à Beaumont,
s'etoient aperçus du larcin que leur avoit fait la Rancune, et etoient
revenus s'en plaindre à l'hôtesse, qui, en criant bien fort, leur
soutenoit qu'elle n'en etoit pas responsable, puisqu'ils ne lui avoient
pas baillé leurs balles à garder, mais les avoient fait porter dans
leurs chambres; et les marchands repliquoient: «Cela est vrai; mais que
diable aviez-vous affaire d'y mettre coucher ces bateleurs? car, sans
doute, c'est eux qui nous ont volés.--Mais, repartit l'hôtesse,
trouvâtes-vous vos balles crevées, ou les cordes defaites?--Non,
disoient les marchands; et c'est ce qui nous etonne, car elles etoient
nouées comme si nous-mêmes l'eussions fait!--Or, allez vous promener!»
dit l'hôtesse. Les marchands vouloient repliquer, quand Saldagne jura
qu'il les battroit s'ils menoient plus de bruit. Ces pauvres marchands,
voyant tant de gens, et de si mauvaise mine, furent contraints de faire
silence, et attendirent leur depart pour recommencer leur dispute avec
l'hôtesse.
[Note 362: On voit dans la Relation des grands jours d'Auvergne et
dans beaucoup de tragi-comédies du temps que c'étoit l'usage des
gentilshommes de recourir à des spadassins qu'ils payoient pour leurs
guet-apens. Ce n'étoit pas seulement pour les assassinats qu'ils en
agissoient ainsi, mais pour leurs distributions de coups de bâton et
leurs menues vengeances. Le duc d'Epernon, non content de ses laquais,
avoit ses donneurs d'étrivières gagés.]
Après que Saldagne et ses gens et ses chevaux eurent repu, il prit la
route d'Alençon, où il arriva fort tard. Il ne dormit point de toute la
nuit, qu'il employa à penser aux moyens de se venger sur le Destin de
l'affront qu'il lui avoit fait de lui avoir ravi sa proie; et comme il
etoit fort brutal, il ne prit que des resolutions brutales. Le lendemain
il alla à la comedie avec ses compagnons, qu'il fit passer devant, et
paya pour quatre. Ils n'etoient connus de personne: ainsi il leur fut
facile de passer pour etrangers. Pour lui, il entra le visage couvert de
son manteau et la tête enfoncée dans son chapeau, comme un homme qui ne
veut pas être connu. Il s'assit et assista à la comedie, où il s'ennuya
autant que les autres y eurent de satisfaction, car tous admirèrent
l'Etoile, qui representa ce jour-là la Cleopâtre de la pompeuse tragedie
du grand Pompée, de l'inimitable Corneille. Quand elle fut finie,
Saldagne et ses gens demeurèrent dans le jeu de paume, resolus d'y
attaquer le Destin. Mais cette troupe avoit si fort gagné les bonnes
grâces de toute la noblesse et de tous les honnêtes bourgeois d'Alençon,
que ceux et celles qui la composoient n'alloient point au theâtre ni ne
s'en retournoient point à leur logis qu'avec grand cortège.
Ce jour-là une jeune dame veuve fort galante, qu'on appeloit madame de
Villefleur, convia les comediennes à souper (ce que Saldagne put
facilement entendre). Elles s'en excusèrent civilement, mais, voyant
qu'elle persistoit de si bonne grâce à les en prier, elles lui promirent
d'y aller. Ensuite elles se retirèrent, mais très bien accompagnées, et
notamment de ces gentilshommes qui jouoient à la paume quand le Destin
vint pour louer le tripot, et d'un grand nombre d'autres; ce qui rompit
le mauvais dessein de Saldagne, qui n'osa éclater devant tant d'honnêtes
gens, avec lesquels il n'eût pas trouvé son compte. Mais il s'avisa de
la plus insigne méchanceté que l'on puisse imaginer, qui fut d'enlever
l'Etoile quand elle sortiroit de chez madame de Villefleur, et de tuer
tous ceux qui voudroient s'y opposer, à la faveur de la nuit. Les trois
comediennes y allèrent souper et passer la veillée. Or, comme je vous ai
dejà dit, cette dame étoit jeune et fort galante, ce qui attiroit à sa
maison toute la belle compagnie, qui augmenta ce soir-là à cause des
comediennes. Or Saldagne s'etoit imaginé d'enlever l'Etoile avec autant
de facilité que quand il l'avoit ravie lorsque le valet du Destin la
conduisoit, suivant la maudite invention de la Rappinière. Il prit donc
un fort cheval, qu'il fit tenir par un de ses laquais, lequel il posta à
la porte de la maison de ladite dame de Villefleur, qui etoit située
dans une petite rue proche du Palais, croyant qu'il lui seroit facile de
faire sortir l'Etoile sous quelque prétexte, et la monter promptement
sur le cheval, avec l'aide de ses trois hommes, qui battoient
l'estrade[363] dans la grande place, pour la mener après où il lui
plairoit. Enfin il se repaissoit de ses vaines chimères et tenoit dejà
la proie en imagination; mais il arriva qu'un homme d'eglise (qui
n'etoit pas de ceux qui font scrupule de tout et bien souvent de rien,
car il frequentoit les honorables compagnies et aimoit si fort la
comedie qu'il faisoit connoissance avec tous les comediens qui venoient
à Alençon[364], et l'avoit fait fort etroitement avec ceux de notre
illustre troupe[365]) alloit veiller ce soir-là chez madame de
Villefleur, et ayant aperçu un laquais (qu'il ne connoissoit point, non
plus que la livrée qu'il portoit) tenant un cheval par la bride, et
l'ayant enquis à qui il etoit et ce qu'il faisoit là, et si son maître
etoit dans la maison, et ayant trouvé beaucoup d'obscurité en ses
reponses, il monta à la salle où etoit la compagnie, à laquelle il
raconta ce qu'il avoit vu, et qu'il avoit ouï marcher des personnes à
l'entrée de la petite rue. Le Destin, qui avoit observé cet homme qui se
cachoit le visage de son manteau, et qui avoit toujours l'imagination
frappée de Saldagne, ne douta point que ce ne fût lui; pourtant il n'en
avoit rien dit à personne, mais il avoit mené tous ses compagnons chez
madame de Villefleur, pour faire escorte aux demoiselles qui y
veilloient. Mais ayant appris de la bouche de l'ecclésiastique ce que
vous venez d'ouïr, il fut confirmé dans la croyance que c'etoit Saldagne
qui vouloit hasarder un second enlèvement de sa chère l'Etoile. L'on
consulta ce que l'on devoit faire, et l'on conclut que l'on attendroit
l'evenement, et que, si personne ne paroissoit devant l'heure de la
retraite l'on sortiroit avec toute la précaution que l'on peut prendre
en pareilles occasions. Mais l'on ne demeura pas longtemps qu'un homme
inconnu entra et demanda mademoiselle de l'Etoile, à laquelle il dit
qu'une demoiselle de ses amies lui vouloit dire un mot à la rue, et
qu'elle la prioit de descendre pour un moment. L'on jugea alors que
c'etoit par ce moyen que Saldagne vouloit reussir à son dessein, ce qui
obligea tous ceux de la compagnie à se mettre en état de le bien
recevoir. L'on ne trouva pas bon qu'aucune des comediennes descendît,
mais l'on fit avancer une des femmes de chambre de madame de Villefleur,
que Saldagne saisit aussitôt, croyant que ce fût l'Etoile[366]. Mais il
fut bien etonné quand il se trouva investi d'un grand nombre d'hommes
armés, car il en etoit passé une partie par une porte qui est sur la
grande place, et les autres par la porte ordinaire. Mais comme il
n'avoit du jugement qu'autant qu'un brutal en peut avoir, et sans
considerer si ses gens etoient joints à lui, il tira un coup de pistolet
dont un des comediens fut blessé legèrement, mais qui fut suivi d'une
demi-douzaine qu'on dechargea sur lui. Ses gens, qui ouïrent le bruit,
au lieu de s'approcher pour le secourir, firent comme font ordinairement
ces canailles que l'on emploie pour assassiner quelqu'un, qui s'enfuient
quand ils trouvent de la resistance; autant en firent les compagnons de
Saldagne, qui etoit tombé, car il avoit un coup de pistolet à la tête et
deux dans le corps. L'on apporta de la lumière pour le regarder, mais
personne ne le connut que les comediens et comediennes, qui assurèrent
que c'etoit Saldagne. On le crut mort, quoiqu'il ne le fût pas, ce qui
fut cause que l'on aida à son laquais à le mettre de travers sur son
cheval; il le mena à son logis, où on lui reconnut encore quelque signe
de vie, ce qui obligea l'hôte à le faire panser; mais ce fut
inutilement, car il mourut le lendemain.
[Note 363: C'est-à-dire qui se tenoient aux aguets et alloient à la
découverte.]
[Note 364: Cela n'étoit pas alors fort rare ni extraordinaire.
Racine, dans l'Abrégé de l'histoire de Port-Royal (1re partie), rapporte
un mot du fameux partisan Jean de Werth (prisonnier de 1638 à 1642), qui
s'étonnoit de voir en France les saints en prison et les évêques à la
comédie. Renaudot nous apprend de même que les ecclésiastiques, aussi
bien que les hommes du monde, assistèrent en foule à l'Andromède de
Corneille (Gaz. de France, 1650). L'abbé de Marolles raconte, dans ses
Mémoires, que les cardinaux, le nonce apostolique et les prélats les
plus pieux assistoient aux ballets de la cour (Neuvième discours sur les
ballets); qu'on y préparoit des places pour les abbés, les confesseurs
et les aumôniers de Richelieu, et qu'après la représentation de Mirame,
on vit l'évêque de Chartres, Valançay, «le maréchal de camp comique»,
descendre de dessus le théâtre pour présenter la collation à la reine.
Ce fut le même prélat qui fut l'ordonnateur du ballet de la Félicité, à
l'hôtel de Richelieu. Cospéan lui-même, le saint évêque de Lisieux, ne
reculoit pas devant ce divertissement profane, et le cardinal de Retz
rapporte dans ses Mémoires qu'il accepta un jour, sans la moindre
difficulté, la proposition que lui firent mesdames de Choisy et de
Vendôme de lui donner la comédie dans la maison de l'archevêque de
Paris, à Saint-Cloud. Fléchier raconte, dans la Relation des grands
jours d'Auvergne, que, sous l'épiscopat de Joachim d'Estaing, à
Clermont, on voyoit, après le sermon ou l'office, les chanoines «courir
aux comédies avec des dames». Lui-même déclare qu'il n'est pas ennemi
juré de ces divertissements. D'après Tallemant, la femme du lieutenant
criminel Tardieu se fit un jour conduire par l'évêque de Rennes à
l'hôtel de Bourgogne, pour y voir l'Oedipe de Corneille. Quand deux
cardinaux, Richelieu et Mazarin, favorisoient particulièrement ce genre
de spectacle, les évêques mondains et les abbés beaux esprits, comme il
n'en manquoit pas, devoient se croire suffisamment autorisés à les
fréquenter.]
[Note 365: Plusieurs troupes comiques se donnoient ainsi le nom
d'illustres. Le théâtre sur lequel Molière commença à jouer, sous la
direction des Béjart (1645), s'intituloit l'illustre théâtre.]
[Note 366: On lit une anecdote historique tout à fait analogue dans
les Lettres de Malherbe à Peiresc (4 juillet 1614).]
Son corps fut porté en son pays, où il fut reçu par ses soeurs et leurs
maris. Elles le pleurèrent par contenance, mais dans leur coeur elles
furent très aises de sa mort; et j'oserois croire que madame de
Saint-Far eût bien voulu que son brutal de mari eût eu un pareil sort,
et il le devoit avoir à cause de la sympathie; pourtant je ne voudrois
pas faire de jugement temeraire. La justice se mit en devoir de faire
quelques formalités; mais n'ayant trouvé personne et personne ne se
plaignant, d'ailleurs que ceux qui pouvoient être soupçonnés etoient des
principaux gentilshommes de la ville, cela demeura dans le silence. Les
comediennes furent conduites à leur logis, où elles apprirent le
lendemain la mort de Saldagne, dont elles se rejouirent fort, etant
alors en assurance; car partout elles n'avoient que des amis, et partout
ce seul ennemi, car il les suivoit partout.