a dit plus tard La Fontaine, dans les Deux Coqs (liv. 7, f. 12).]
[Note 196: Bravoure est mis ici pour braverie, dans le sens de
mauvaise gloire, recherche dans la parure, etc.]
[Note 197: Ch. Sorel introduit de même dans Francion un opérateur
qui se fait passer pour Italien, quoiqu'il soit Normand (liv. 10).
C'étoit une imposture assez en usage parmi les charlatans, pour se
donner plus de prestige auprès du populaire. Du reste, suivant Calepin
et le Dictionnaire de Furetière, ceux-ci venoient originairement
d'Italie, et, toujours suivant eux, le nom même de charlatan dérivoit,
par l'italien ceretano, de celui de Coeretum, bourg proche de Spolète,
d'où étoient sortis les premiers de ces opérateurs qui eussent couru les
villes de France. Un des plus célèbres étoit Caretti, dont parle La
Bruyère (De quelques usages) sous le nom de Carro-Carri: «L'émulation de
cet homme, dit-il, a peuplé le monde de noms en O et en I, noms
vénérables qui en imposent aux malades et aux maladies.» On voit que ce
passage et le nom créé par La Bruyère s'appliquent parfaitement ici.]
[Note 198: Théodote... s'approche de vous, et il vous dit à
l'oreille: «Voilà un beau temps, voilà un grand dégel.» (Car. de La
Bruyère, De la cour.)]
[Note 199: C'étoit une composition qui servoit de remède ou de
préservatif contre les poisons. Est-il besoin d'ajouter que le nom de
cet antidote, dont on peut voir la recette dans les vieux livres de
pharmacie, vient de Mithridate, le grand roi de Pont? On étendoit
souvent ce terme à toutes les drogues vendues par les opérateurs et les
charlatans.]
[Note 200: Mettre souvent du linge blanc étoit en effet un luxe peu
usité alors, même parmi des personnes de plus haute condition que la
Rancune. Dans son Epître à madame de Hautefort (1651), Scarron dit des
demoiselles les plus distinguées du Mans,
Que sur elles blanche chemise
N'est point que de mois en mois mise,
Et qu'elles prennent seulement
Le linge blanc pour l'ornement.
Il semble que la propreté ne fût pas la vertu dominante de la belle
société, non plus que du peuple, au XVIIe siècle. Tallemant dit de
plusieurs des plus hauts personnages du temps, comme un grand éloge,
qu'ils étoient fort propres. Il dit de madame de Sablé: «Elle est
toujours sur son lit, faite comme quatre oeufs, et le lit est propre
comme la dame.» «L'on peut, lit-on dans une pièce curieuse qui s'adresse
aux dandys de 1644, aller quelquefois chez les baigneurs, pour avoir le
corps net, et tous les jours l'on prendra la peine de se laver les mains
avec le pain d'amende. Il faut aussi se faire laver le visage presque
aussi souvent» (Lois de la galanterie). V. les Stances de Voiture à une
demoiselle qui avoit les manches de sa chemise retroussées et sales.]
Ce jour-là, les comediens avoient eté retenus pour representer une
comedie chez un des plus riches bourgeois de la ville, qui faisoit un
grand festin et donnoit le bal aux noces d'une demoiselle de ses
parentes dont il etoit tuteur. L'assemblée se faisoit dans une maison
des plus belles du pays, qu'il avoit quelque part à une lieue de la
ville, je n'ai pas bien sçu de quel côté. Le decorateur des comediens et
un menuisier y etoient allés dès le matin pour dresser un théâtre. Toute
la troupe s'y en alla en deux carrosses, et partit du Mans sur les deux
heures du matin, pour arriver à l'heure du dîner où ils devoient jouer
la comedie. L'Espagnole dona Inezilla fut de la partie, aux prières des
comediennes et de la Rancune. Ragotin, qui en fut averti, alla attendre
le carrosse en une hôtellerie qui etoit au bout du faubourg, et attacha
un beau cheval qu'il avoit emprunté aux grilles d'une salle basse qui
repondoit sur la rue. A peine se mettoit-il à table pour dîner qu'on
l'avertit que les carrosses approchoient. Il vola à son cheval sur les
ailes de son amour, une grande epée à son côté et une carabine en
bandoulière. Il n'a jamais voulu declarer pourquoi il alloit à une noce
avec une si grande munition d'armes offensives, et la Rancune même, son
cher confident, ne l'a pu sçavoir. Quand il eut detaché la bride de son
cheval, les carrosses se trouvèrent si près de lui qu'il n'eut pas le
temps de chercher de l'avantage pour s'eriger en petit saint George.
Comme il n'etoit pas fort bon ecuyer et qu'il ne s'etoit pas preparé à
montrer sa disposition devant tant de monde, il s'en acquitta de fort
mauvaise grâce, le cheval etant aussi haut de jambes qu'il en etoit
court. Il se guinda pourtant vaillamment sur l'etrier, et porta la jambe
droite de l'autre côté de la selle; mais les sangles, qui etoient un peu
lâches, nuisirent beaucoup au petit homme: car la selle tourna sur le
cheval quand il pensa monter dessus. Tout alloit pourtant assez bien
jusque là; mais la maudite carabine qu'il portoit en bandoulière et qui
lui pendoit au col comme un collier, s'etoit mise malheureusement entre
ses jambes sans qu'il s'en aperçût, tellement qu'il s'en falloit
beaucoup que son cul ne touchât au siège de la selle, qui n'etoit pas
fort rase, et que la carabine traversoit depuis le pommeau jusqu'à la
croupière. Ainsi il ne se trouva pas à son aise et ne put pas seulement
toucher les etriers du bout des pieds. Là-dessus, les eperons qui
armoient ses jambes courtes se firent sentir au cheval en un endroit où
jamais eperon n'avoit touché. Cela le fit partir plus gaîment qu'il
n'etoit necessaire à un petit homme qui ne posoit que sur une carabine.
Il serra les jambes; le cheval leva le derrière, et Ragotin, suivant la
pente naturelle des corps pesans, se trouva sur le col du cheval et s'y
froissa le nez, le cheval ayant levé la tête pour une furieuse saccade
que l'imprudent lui donna; mais, pensant reparer sa faute, il lui rendit
la bride. Le cheval en sauta, ce qui fit franchir au cul du patient
toute l'etendue de la selle et le mit sur la croupe, toujours la
carabine entre les jambes. Le cheval, qui n'etoit pas accoutumé d'y
porter quelque chose, fit une croupade[201] qui remit Ragotin en selle.
Le mechant ecuyer resserra les jambes, et le cheval releva le cul encore
plus fort, et alors le malheureux se trouva le pommeau entre les fesses,
où nous le laisserons comme sur un pivot pour nous reposer un peu: car,
sur mon honneur, cette description m'a plus coûté que tout le reste du
livre, et encore n'en suis-je pas trop bien satisfait.
[Note 201: «Terme de manége. C'est un saut plus relevé que la
courbette, et qui tient le devant et le derrière du cheval en une égale
hauteur, en sorte qu'il trousse ses jambes de derrière sous le ventre,
sans allonger ni montrer ses fers.» (Dict. de Fur.)]