«Hier, nous avons peu avancé en cinq heures de voyage, parce que les
eaux ont baissé et que nous échouons à tout instant.
«Aujourd’hui j’ai donné le signal du départ dès les premières lueurs du
jour, car je suis persuadé que si le fleuve continue à baisser, nous
serons exposés à de grands dangers. La viande sèche et salée est
épuisée, et comme nous avons consommé notre dernier morceau de sel avant
d’atteindre la source, nous n’avons absolument plus rien avec quoi
assaisonner les haricots et la farine de manioc moisie, les seuls
aliments qui nous restent. Le peu de biscuits que j’ai trouvé dans la
chalana _Gastao_, quand le 5 de ce mois, avant l’attaque des sauvages,
j’ai passé la revue des vivres, a été par moi offert à la Commission
péruvienne qui n’est pas, comme nous, habituée à la farine de manioc.
«Actuellement, nous nous trouvons dans une véritable pénurie: On ne peut
pêcher à cause de la violence du courant, la chasse est entravée par les
indigènes et nous avons mangé notre dernier morceau de viande à notre
dîner d’aujourd’hui!... Quelle triste perspective lorsqu’on a devant soi
près de 2,000 kilomètres à parcourir!