III

Pour revenir à nos insectes, ayons soin d’ajouter que l’observation de

la fourmilière est un peu moins aisée que celle de la ruche et que celle

de la termitière, où tout est voué aux ténèbres, est encore plus

difficile. La question qui nous occupe est néanmoins plus importante

qu’elle n’en a l’air; car si nous connaissions mieux l’instinct des

insectes, ses limites et ses rapports avec l’intelligence et l’_Anima

mundi_, nous apprendrions peut-être à connaître, les données étant

identiques, l’instinct de nos organes où se cachent vraisemblablement

presque tous les secrets de la vie et de la mort.

Nous n’examinerons pas ici les diverses hypothèses émises au sujet de

l’instinct. Les plus savants s’en tirent par des mots techniques qui,

regardés de près, ne disent rien du tout. Ce ne sont qu’«impulsions

inconscientes, automatismes instinctifs», «dispositions psychiques

innées, résultant d’une longue période d’adaptation, attachées aux

cellules du cerveau, gravées dans la substance nerveuse comme une sorte

de mémoire, ces dispositions désignées sous le nom d’instinct seraient

transmises d’une génération à l’autre selon les lois de l’hérédité à la

manière des dynamismes vitaux en général», «habitudes héréditaires,

raisonnement automatisé», affirment les plus clairs et les plus

raisonnables; car j’en pourrais citer d’autres qui comme Richard Semon,

un Allemand, expliquent tout par «des engrammes de la mnème

individuelle, comprenant aussi leurs ecphories».

Ils admettent presque tous, ne pouvant guère faire autrement, que la

plupart des instincts ont à l’origine un acte raisonné et conscient,

mais pourquoi s’obstinent-ils à transformer en actes automatiques tout

ce qui suit ce premier acte raisonné? S’il y en a eu un, il est tout

naturel qu’il y en ait plusieurs, et c’est tout ou rien.

Je ne m’arrêterai pas davantage à l’hypothèse de Bergson pour qui

l’instinct ne fait que continuer le travail par lequel la vie organise

la nature, ce qui est une vérité évidente ou une tautologie, car la vie

et la nature sont au fond les deux noms de la même inconnue; mais cette

vérité trop évidente, dans les développements que lui donne l’auteur de

«Matière et Mémoire» et de l’«Évolution Créatrice», est souvent

agréable.

La vie des termites · 第 41 / 46 题