II

On remarque chez les abeilles des mesures politiques et économiques tout

aussi surprenantes. Je ne les rappellerai pas ici; mais n’oublions pas

que chez les fourmis elles sont parfois plus étonnantes encore. Tout le

monde sait que les _Lasius Flavus_, nos petites fourmis jaunes, par

exemple, parquent dans leurs souterrains et abritent dans de véritables

étables des troupeaux d’Aphides qui émettent une rosée sucrée qu’elles

vont traire comme nous trayons nos vaches et nos chèvres. D’autres, les

_Formica sanguinea_, partent en guerre afin de faire des razzias

d’esclaves. De leur côté, les _Polyergus Rufescens_ ne confient qu’à

leurs serfs le soin d’élever leurs larves, tandis que les _Anergates_ ne

travaillent plus et sont nourris par des colonies de _Tetramorium

Cespitum_ réduites en captivité. Je ne citerai que pour mémoire les

fourmis fongicoles de l’Amérique tropicale qui creusent des tunnels

rectilignes parfois longs de plus de cent mètres et forment, en coupant

des feuilles en tout petits morceaux, un terreau sur lequel elles font

naître et cultivent, par un procédé qui est leur secret, un champignon

si particulier qu’on n’a jamais réussi à l’obtenir ailleurs. Citons

encore certaines espèces d’Afrique et d’Australie, où l’on voit des

ouvrières spécialisées ne plus jamais quitter le nid, s’y suspendre par

les pattes et, faute d’autres récipients, devenir des réservoirs, des

citernes, des pots à miel vivants, au ventre élastique, sphérique,

énorme, où l’on dégorge la récolte et que l’on pompe quand on a faim.

Est-il nécessaire d’ajouter que tout ceci, que l’on pourrait

indéfiniment prolonger, ne repose plus sur des on-dit plus ou moins

légendaires, mais sur de minutieuses observations scientifiques?

La vie des termites · 第 29 / 46 题