On remarque chez les abeilles des mesures politiques et économiques tout
aussi surprenantes. Je ne les rappellerai pas ici; mais n’oublions pas
que chez les fourmis elles sont parfois plus étonnantes encore. Tout le
monde sait que les _Lasius Flavus_, nos petites fourmis jaunes, par
exemple, parquent dans leurs souterrains et abritent dans de véritables
étables des troupeaux d’Aphides qui émettent une rosée sucrée qu’elles
vont traire comme nous trayons nos vaches et nos chèvres. D’autres, les
_Formica sanguinea_, partent en guerre afin de faire des razzias
d’esclaves. De leur côté, les _Polyergus Rufescens_ ne confient qu’à
leurs serfs le soin d’élever leurs larves, tandis que les _Anergates_ ne
travaillent plus et sont nourris par des colonies de _Tetramorium
Cespitum_ réduites en captivité. Je ne citerai que pour mémoire les
fourmis fongicoles de l’Amérique tropicale qui creusent des tunnels
rectilignes parfois longs de plus de cent mètres et forment, en coupant
des feuilles en tout petits morceaux, un terreau sur lequel elles font
naître et cultivent, par un procédé qui est leur secret, un champignon
si particulier qu’on n’a jamais réussi à l’obtenir ailleurs. Citons
encore certaines espèces d’Afrique et d’Australie, où l’on voit des
ouvrières spécialisées ne plus jamais quitter le nid, s’y suspendre par
les pattes et, faute d’autres récipients, devenir des réservoirs, des
citernes, des pots à miel vivants, au ventre élastique, sphérique,
énorme, où l’on dégorge la récolte et que l’on pompe quand on a faim.
Est-il nécessaire d’ajouter que tout ceci, que l’on pourrait
indéfiniment prolonger, ne repose plus sur des on-dit plus ou moins
légendaires, mais sur de minutieuses observations scientifiques?