III

Si l’attaque se prolonge, les soldats entrent en fureur et émettent un

son clair, vibrant et plus rapide que le tic-tac d’une montre, qu’on

entend à plusieurs mètres de distance. Un sifflement y répond de

l’intérieur du nid. Cette sorte de chant de guerre ou d’hymne de la

colère, produit par les heurts de la tête contre le ciment et la

friction de la base de l’occiput contre le corselet, est rythmé très

nettement et reprend de minute en minute.

Parfois, malgré l’héroïque défense, il arrive qu’un certain nombre de

fourmis parviennent à s’introduire dans la citadelle. On fait alors la

part du feu. Les soldats contiennent de leur mieux l’envahisseur,

cependant qu’à l’arrière les ouvriers murent en hâte les débouchés de

tous les couloirs. Les guerriers sont sacrifiés mais l’ennemi est

forclos. C’est ainsi qu’on trouve certains monticules où termites et

fourmis paraissent cohabiter et vivre en bonne intelligence. En réalité,

les fourmis n’en occupent qu’une partie qu’on leur a définitivement

abandonnée, sans qu’elles puissent pénétrer au cœur de la place.

Généralement l’attaque, qui n’aboutit que fort rarement à la prise

totale de la citadelle, se termine par la razzia des parties conquises.

Chaque fourmi, dit H. Prell qui a observé ces combats dans l’Usambara

(Afrique orientale allemande), fait une demi-douzaine de prisonniers

qui, mutilés, se débattent faiblement sur le sol; après quoi, chacun des

maraudeurs ramasse trois ou quatre termites qu’il emporte; les colonnes

se reforment et rentrent dans leur repaire.

L’armée des fourmis observées avait dix centimètres de large sur un

mètre cinquante de long. Elle émettait en marche une stridulation

continuelle.

L’agression repoussée, les soldats demeurent quelque temps sur la

brèche, puis regagnent leur poste ou rentrent dans leurs casernes. Après

quoi reparaissent les ouvriers qui avaient fui au premier signal du

danger, conformément à une stricte et judicieuse distribution ou

division du travail qui place d’un côté l’héroïsme et de l’autre la

main-d’œuvre. Ils se mettent incontinent à réparer les dégâts avec une

rapidité fantastique, chacun apportant sa boulette d’excrément. Au bout

d’une heure, constate le Dr Tragardh, une ouverture de la grandeur de la

paume d’une main est fermée; et T. J. Savage nous apprend qu’ayant un

soir saccagé une termitière, il vit le lendemain matin tout remis en

état et recouvert d’une nouvelle couche de ciment. Cette rapidité est

pour eux une question de vie ou de mort, car la moindre brèche est un

appel à des ennemis sans nombre et, fatalement, la fin de la colonie.

La vie des termites · 第 19 / 46 题