Si l’attaque se prolonge, les soldats entrent en fureur et émettent un
son clair, vibrant et plus rapide que le tic-tac d’une montre, qu’on
entend à plusieurs mètres de distance. Un sifflement y répond de
l’intérieur du nid. Cette sorte de chant de guerre ou d’hymne de la
colère, produit par les heurts de la tête contre le ciment et la
friction de la base de l’occiput contre le corselet, est rythmé très
nettement et reprend de minute en minute.
Parfois, malgré l’héroïque défense, il arrive qu’un certain nombre de
fourmis parviennent à s’introduire dans la citadelle. On fait alors la
part du feu. Les soldats contiennent de leur mieux l’envahisseur,
cependant qu’à l’arrière les ouvriers murent en hâte les débouchés de
tous les couloirs. Les guerriers sont sacrifiés mais l’ennemi est
forclos. C’est ainsi qu’on trouve certains monticules où termites et
fourmis paraissent cohabiter et vivre en bonne intelligence. En réalité,
les fourmis n’en occupent qu’une partie qu’on leur a définitivement
abandonnée, sans qu’elles puissent pénétrer au cœur de la place.
Généralement l’attaque, qui n’aboutit que fort rarement à la prise
totale de la citadelle, se termine par la razzia des parties conquises.
Chaque fourmi, dit H. Prell qui a observé ces combats dans l’Usambara
(Afrique orientale allemande), fait une demi-douzaine de prisonniers
qui, mutilés, se débattent faiblement sur le sol; après quoi, chacun des
maraudeurs ramasse trois ou quatre termites qu’il emporte; les colonnes
se reforment et rentrent dans leur repaire.
L’armée des fourmis observées avait dix centimètres de large sur un
mètre cinquante de long. Elle émettait en marche une stridulation
continuelle.
L’agression repoussée, les soldats demeurent quelque temps sur la
brèche, puis regagnent leur poste ou rentrent dans leurs casernes. Après
quoi reparaissent les ouvriers qui avaient fui au premier signal du
danger, conformément à une stricte et judicieuse distribution ou
division du travail qui place d’un côté l’héroïsme et de l’autre la
main-d’œuvre. Ils se mettent incontinent à réparer les dégâts avec une
rapidité fantastique, chacun apportant sa boulette d’excrément. Au bout
d’une heure, constate le Dr Tragardh, une ouverture de la grandeur de la
paume d’une main est fermée; et T. J. Savage nous apprend qu’ayant un
soir saccagé une termitière, il vit le lendemain matin tout remis en
état et recouvert d’une nouvelle couche de ciment. Cette rapidité est
pour eux une question de vie ou de mort, car la moindre brèche est un
appel à des ennemis sans nombre et, fatalement, la fin de la colonie.