III

En certains points du Queensland ou Australie occidentale,

principalement au Cap York, et surtout aux environs de l’Albany Pass,

les termitières s’étendent sur près de deux kilomètres qu’elles peuplent

de pyramides symétriques et régulièrement espacées. Elles rappellent

d’immenses champs couverts de ces moyettes dont je viens de parler, les

tombes de la vallée de Josaphat, une fabrique de poteries abandonnée ou

ces étranges alignements de Carnac, en Bretagne, et font l’étonnement

des voyageurs qui, les apercevant du pont du navire, ne peuvent croire

qu’elles soient l’œuvre d’un insecte moins gros qu’une abeille.

En effet, la disproportion entre l’œuvre et l’ouvrier est presque

invraisemblable. Une termitière moyenne, de quatre mètres, par exemple,

mise à l’échelle humaine, nous donnerait un monument haut de six ou sept

cents mètres, c’est-à-dire tel que l’homme n’en a jamais construit.

Il existe, sur d’autres points du globe, des agglomérations analogues,

mais elles tendent à disparaître devant la civilisation qui en utilise

les matériaux, notamment pour la construction des routes et des maisons,

car elles fournissent un ciment incomparable. Le termite avait appris à

se défendre contre tous les animaux, mais il n’avait pas prévu l’homme

d’aujourd’hui. En 1835, l’explorateur Aaran découvrit, au nord du

Paraguay, une de ces confédérations qui avait quatre lieues de

circonférence et où les termitières étaient plantées si dru qu’elles ne

laissaient pas entre elles des intervalles de plus de quinze à vingt

pieds. De loin, elles figuraient une énorme ville bâtie d’innombrables

petites huttes et donnaient au paysage, dit naïvement notre voyageur, un

aspect tout à fait romantique.

Mais les plus grandes termitières se trouvent en Afrique centrale,

notamment dans le Congo belge. Celles qui mesurent six mètres de hauteur

ne sont pas rares; et quelques-unes en ont sept ou huit. A Monpono, une

tombe érigée sur une termitière pareille à une colline, domine la

campagne environnante. Une avenue d’Elisabethville, dans le

Haut-Katanga, nous montre, sectionnée par le passage de la route, une

termitière qui est deux fois plus élevée que le bungalow qui lui fait

face; et pour la construction du chemin de fer de Sakania, il fallut

faire sauter à la dynamite certains de leurs monticules dont les ruines

dépassent la cheminée des locomotives. On trouve encore dans le même

pays des termitières tumuliformes qui, éventrées, ont l’aspect de

véritables maisons à deux ou trois étages dans lesquelles l’homme

pourrait s’installer.

Ces monuments sont d’une solidité telle qu’ils résistent à la chute des

plus grands arbres, si fréquente en ces pays de tornades, et que le gros

bétail, sans les ébranler, les escalade afin de brouter l’herbe qui

croît à leur sommet; car le limon ou plutôt l’espèce de ciment dont ils

sont formés, outre qu’il participe à l’humidité soigneusement entretenue

à l’intérieur de l’édifice, ayant été trituré par l’insecte et ayant

passé par son intestin, est d’une fertilité extraordinaire. Parfois même

il y pousse des arbres que, chose étrange, le termite, qui détruit tout

ce qu’il rencontre, respecte religieusement.

Quel est l’âge de ces édifices? Il est bien difficile de l’évaluer. En

tout cas, leur croissance est très lente et d’une année à l’autre on n’y

voit aucun changement. Autant que s’ils étaient taillés dans la pierre

la plus dure, ils résistent indéfiniment aux pluies diluviennes des

tropiques. De constantes et soigneuses réparations les maintiennent en

bon état, et comme, à moins de catastrophe ou d’épidémie, il n’y a

aucune raison pour qu’une colonie qui renaît sans cesse arrive jamais à

sa fin, il est fort possible que certains de ces monticules remontent à

des temps très anciens. L’entomologiste W. W. Froggatt, qui a exploré un

nombre considérable de termitières, n’en a trouvé qu’une seule

abandonnée, sur laquelle avait passé la mort. Il est vrai qu’un autre

naturaliste, G. F. Hill, estime que dans le Queensland septentrional,

quatre-vingt pour cent des nids du _Drepanotermes Silvestrii_ et de

l’_Hamitermes Perplexus_ sont envahis peu à peu et ensuite occupés d’une

manière permanente, par une fourmi, l’_Iridomyrmex Sanguineus_. Mais

nous reparlerons de la guerre immémoriale des fourmis et des termites.

La vie des termites · 第 13 / 46 题