La littérature consacrée aux termites est loin d’être aussi riche que
celle qui s’est accumulée autour des abeilles et des fourmis. Le premier
entomologiste qui s’en soit sérieusement occupé est J.-G. Koënig qui
vécut longtemps aux Indes, à Tranquebar, dans le district de Madras où
il eut le loisir de les étudier. Il mourut en 1785. Vint ensuite Henry
Smeathmann qui est avec Hermann Hagen le véritable père de la
termitologie. Son célèbre mémoire sur certains termites africains, paru
en 1781, renferme un véritable trésor d’observations et
d’interprétations où ont puisé, sans l’épuiser, tous ceux qui se sont
occupés de l’insecte et les travaux de ses successeurs, notamment ceux
de G.-B. Haviland et de T.-J. Savage en ont presque toujours confirmé
l’exactitude. Quant à Hermann Hagen, de Königsberg, en 1855, il donne à
la _Linnea Entomologica_ de Berlin une monographie méthodique et
complète où il analyse avec la précision, la minutie et la conscience
qu’il faut bien reconnaître que les Allemands apportent à ce genre de
travaux, tout ce qu’on a écrit sur les termites depuis l’Inde et
l’Égypte anciennes jusqu’à nos jours. On y trouve résumées et critiquées
des centaines d’observations faites par tous les voyageurs qui les ont
étudiés en Asie, en Afrique, en Amérique et en Australie.
Parmi les travaux plus récents, citons avant tout ceux de Grassi et
Sandias qui fixèrent la micrologie du termite et, les premiers,
soupçonnèrent le rôle étonnant de certains protozoaires dans l’intestin
de l’insecte, de Charles Lespès qui nous parle d’un petit termite
européen qu’il appelle, peut-être à tort, le termite lucifuge, de Fritz
Müller, de Filippo Silvestri qui s’occupe des termites sud-américains,
de Y. Sjöstedt qui s’intéresse aux termites africains et fait avant tout
œuvre de classificateur, de W.-W. Froggatt qui, avec le naturaliste W.
Saville-Kent, épuise à peu près tout ce qu’on peut dire sur les termites
australiens, de E. Hegh qui s’attache spécialement aux termites du
Congo; et qui, continuant le travail de Hagen et le prolongeant jusqu’en
1922, dans un ouvrage remarquable, très complet et abondamment illustré,
résume presque tout ce qu’on savait à cette date sur l’insecte dont nous
nous occupons. Nous avons encore Wasmann, A. Imms, Nils Holmgren, le
grand termitologue suédois; K. Escherich, un entomologiste allemand qui,
notamment, sur les termites de l’Érythrée, a fait des études extrêmement
curieuses; et enfin, pour ne pas citer inutilement tous les noms que
nous retrouverons dans la bibliographie, L.-R. Cleveland qui, dans les
magnifiques laboratoires de l’Université d’Harvard, poursuit depuis des
années, sur les protozoaires de l’intestin de nos Xylophages, des
expériences et des études qui comptent parmi les plus patientes, les
plus sagaces de la biologie contemporaine. N’oublions pas non plus les
intéressantes monographies de E. Bugnion que j’aurai plus d’une fois
l’occasion de citer; et renvoyons, pour le surplus, à la bibliographie
qui se trouve à la fin de ce livre.
Cette littérature, bien qu’elle ne soit pas comparable à celle qu’on a
consacrée aux hyménoptères, suffit néanmoins à fixer les grandes lignes
d’une organisation politique, économique et sociale, en d’autres termes
d’une destinée qui préfigure peut-être, du train dont nous allons et si
nous ne réagissons pas avant qu’il soit trop tard, celle qui nous
attend. Il est possible que nous y trouvions quelques indications
intéressantes et de profitables leçons. Sans en excepter les abeilles et
les fourmis, en ce moment il n’y a pas, je le répète, sur cette terre,
d’être vivant qui soit tout ensemble aussi loin et aussi près de nous,
aussi misérablement, aussi admirablement, aussi fraternellement humain.
Nos utopistes vont chercher, aux limites où l’imagination se décompose,
des modèles de sociétés futures, alors que nous en avons sous les yeux
qui sont probablement aussi fantastiques, aussi invraisemblables, et qui
sait, aussi prophétiques que ceux que nous pourrions trouver dans Mars,
Vénus ou Jupiter.