II

Les entomologistes, s’en rapportant aux géologues, conjecturent que la

civilisation des termites, qu’on appelle vulgairement fourmis blanches,

bien qu’elles soient d’un blanc fort douteux, précède de cent millions

d’années l’apparition de l’homme sur notre planète. Ces conjectures sont

difficilement contrôlables. Du reste, comme il arrive fréquemment, les

savants ne sont pas d’accord. Les uns, N. Holmgren, par exemple, les

rattachant aux Protoblattoïdes qui s’éteignent dans le Permien, les

reculent ainsi dans la nuit sans mesure et sans fond de la fin du

Primaire. D’autres les trouvent dans le Lias d’Angleterre, d’Allemagne

et de Suisse, c’est-à-dire dans le secondaire; d’autres, enfin, ne les

découvrent que dans l’Éocène supérieur, c’est-à-dire dans le Tertiaire.

On en a identifié cent cinquante espèces incrustées dans l’ambre

fossile. Quoi qu’il en soit, les termites remontent certainement à

quelques millions d’années, ce qui est déjà satisfaisant.

Cette civilisation, la plus ancienne que l’on connaisse, est la plus

curieuse, la plus complexe, la plus intelligente et, en un sens, la plus

logique, la mieux adaptée aux difficultés de l’existence qui, avant la

nôtre, se soit manifestée sur ce globe. A plusieurs points de vue,

encore que féroce, sinistre et souvent répugnante, elle est supérieure à

celle des abeilles, des fourmis et de l’homme même.

La vie des termites · 第 8 / 46 题