On a des nouvelles de Paris du 16. Le bombardement nocturne
continue.--_Nocturne_ est un raffinement. On veut être sûr que les gens
seront écrasés sous leurs maisons. On assure pourtant que le mal _n'est
pas grand_. Lisez qu'il n'est peut-être pas proportionné à la quantité
de projectiles lancés et à la soif de destruction qui dévore le saint
empereur d'Allemagne; mais il est impossible que Paris résiste longtemps
ainsi, et il est monstrueux que nous le laissions résister, quand nous
savons que nos armées reculent au lieu d'avancer.
Du côté de Bourbaki, l'espoir s'en va complètement malgré de brillants
faits d'armes qui tournent contre nous chaque fois.
20.
Nos généraux ne combattent plus que pour joûter. Ils n'ont pas la
franchise de d'Aurelle de Paladines, qui a osé dire la vérité pour
sauver son armée. Ils craignent qu'on ne les accuse de lâcheté ou de
trahison. La situation est horrible, et elle n'est pas sincère!
Le temps est doux, on souffre moins à Paris; mais les pauvres ont-ils du
charbon pour cuire leurs aliments?--On est surpris qu'ils aient encore
des aliments. Pourquoi donc a-t-on ajourné l'appel au pays il y a trois
mois, sous prétexte que Paris ne pouvait supporter vingt et un jours
d'armistice sans ravitaillement? Le gouvernement ne savait donc pas ce
que Paris possédait de vivres à cette époque? Que de questions on se
fait, qui restent forcément sans réponse!
21.
Tours est pris par les Prussiens.