Promenade à Chissac, c'est le domaine de Sigismond, dans un pays
charmant. Prés, collines et torrents. La face du mont Barlot, opposée à
celle que nous voyons de Boussac, ferme l'horizon. Nous suivons les
déchirures d'un petit torrent perdu sous les arbres, et nous faisons une
bonne pause sous des noyers couverts de mésanges affairées et jaseuses
que nous ne dérangeons pas de leurs occupations. Ce serait un jour de
bonheur, si l'on pouvait être heureux à présent. Est-ce qu'on le sera
encore? Il me semble qu'on ne le sera plus; on aura perdu trop
d'enfants, trop d'amis!--Et puis on s'aperçoit qu'on pense à tout le
monde comme à soi-même, que tout nous est famille dans cette pauvre
France désolée et brisée!
Les nouvelles sont meilleures ce soir. Le Midi s'apaise, et sur le
théâtre de la guerre on agit, on se défend. Et puis le temps a changé,
les idées sont moins sombres. J'ai vu, à coup sur, de la pluie pour
demain dans les nuages, que j'arrive à très-bien connaître dans cette
immensité de ciel déployée autour de nous. L'air était souple et doux
tantôt; à présent, un vent furieux s'élève: c'est le vent d'ouest. Il
nous détend et nous porte à l'espérance.