A force d'être poëte à Boussac, on est très-menteur; on vient nous dire
ce matin que la peste noire est dans la ville, la variole purpurale,
celle qui nous a fait quitter Nohant. On s'informe; la nouvelle fait des
petits. Il y a des cadavres exposés devant toutes les portes; c'est
là,--à deux pas, vous verrez bien!--Maurice ne voit rien, mais il
s'inquiète pour nous et veut partir. Comme nous comptions partir en
effet dimanche, je consens, et je reboucle ma malle; mais Sigismond nous
traite de fous, il interroge le maire et le médecin. Personne n'est mort
depuis huit jours, et aucun cas de variole ne s'est manifesté. Je
défais ma malle, et j'apprends une autre nouvelle tout aussi vraie, mais
plus jolie. La nuit dernière, trois revenants, toujours trois, sont
venus chanter sur le petit pont de planches qui est juste au-dessous de
ma fenêtre, et que je distingue très-bien par une éclaircie des arbres;
ils ont même fait entendre, assure-t-on, une très-belle musique. Et moi
qui n'ai rien vu, rien entendu! J'ai dormi comme une brute, au lieu de
contempler une scène de sabbat par un si beau clair de lune, et dans un
site si bien fait pour attirer les ombres!