6 octobre

A force d'être poëte à Boussac, on est très-menteur; on vient nous dire

ce matin que la peste noire est dans la ville, la variole purpurale,

celle qui nous a fait quitter Nohant. On s'informe; la nouvelle fait des

petits. Il y a des cadavres exposés devant toutes les portes; c'est

là,--à deux pas, vous verrez bien!--Maurice ne voit rien, mais il

s'inquiète pour nous et veut partir. Comme nous comptions partir en

effet dimanche, je consens, et je reboucle ma malle; mais Sigismond nous

traite de fous, il interroge le maire et le médecin. Personne n'est mort

depuis huit jours, et aucun cas de variole ne s'est manifesté. Je

défais ma malle, et j'apprends une autre nouvelle tout aussi vraie, mais

plus jolie. La nuit dernière, trois revenants, toujours trois, sont

venus chanter sur le petit pont de planches qui est juste au-dessous de

ma fenêtre, et que je distingue très-bien par une éclaircie des arbres;

ils ont même fait entendre, assure-t-on, une très-belle musique. Et moi

qui n'ai rien vu, rien entendu! J'ai dormi comme une brute, au lieu de

contempler une scène de sabbat par un si beau clair de lune, et dans un

site si bien fait pour attirer les ombres!

Journal d'un voyageur pendant la guerre · 第 19 / 64 题