Je suis à Yatéra en pays de connaissance, car en 1889 nous y

avions passé quelques jours, et beaucoup de guerriers du village,

sous la conduite du frère du chef, Cané-Moussa-Sisoko, avaient

fait campagne avec nous dans le Konkodougou et avaient pris part

au combat de Dumbia. Aussi y suis-je très-bien reçu. Il me faut

subir des visites, pendant toute la journée, auxquelles je ne puis

me soustraire, malgré la lassitude extrême qui m’accable. Dans

la soirée, j’expédie un courrier à Guibourya pour y annoncer

mon arrivée pour le lendemain.

_28 janvier._ — La nuit a été très fraîche, il a fait

une forte brise d’ouest. Légère pluie vers quatre heures du

matin. Au lever du jour, ciel couvert et bas. Soleil voilé pendant

deux heures environ, il tombe de temps en temps quelques gouttes de

pluie. Température assez bonne, buée épaisse à l’horizon. Les

préparatifs du départ sont lestement faits et, à six heures

précises, nous nous mettons en route, il fait à peine jour, tant

le ciel est couvert. Nous marchons rapidement ; à 6 h. 30, nous

franchissons un premier contre-fort du Tambaoura et, à 6 h. 50,

nous traversons le marigot de _Sansan-Kô_, dont le lit est formé

de quartz et de sables aurifères. La même roche se trouve sur ses

rives, et quand nous y passâmes, il commençait à s’y élever

quelques huttes de chercheurs. Ce placer est surtout exploité par

les habitants de Yatéra. Dix minutes plus loin et nous sommes au

petit village de Malaoulé.

_Malaoulé_ est un village d’environ 150 habitants. Il est

uniquement habité par les captifs de Cané-Mady, chef de Yatéra :

ils cultivent là ses lougans pendant la saison des pluies et

extraient l’or du Sansan-Kô pendant la saison sèche. Il est situé

dans une petite vallée, comprise entre deux contreforts du Tambaoura.

A 7 h. 30 nous franchissons le contrefort qui limite au Nord cette

petite vallée, et à 8 h. nous sommes à Koudoréah, où nous

faisons une halte d’un quart d’heure.

_Koudoréah_ est un village Malinké de 350 habitants. Inutile de dire

que c’est la quintessence de la malpropreté. Il ne possède pas

de tata extérieur. Les cases du chef sont entourées d’un petit

tata fort mal entretenu, comme tout le village du reste. Koudoréah

est situé sur un plateau rocheux où l’on rencontre par ci par là

quelques ilots de terre végétale. A quelques centaines de mètres

du village, nous arrivons sur la crête du versant Nord de ce plateau

qu’il va falloir descendre. Ce passage nous prend environ trois

quarts d’heure, pendant lesquels nous n’avons marché qu’à

travers les rochers les plus escarpés. Enfin tout se passe sans

incidents et à 9 h. 15 nous sommes à Guibourya.

La route de Yatéra à Guibourya suit une direction Nord et

la distance qui sépare ces deux villages est environ de 13

kilom. 500. Elle est littéralement hérissée d’obstacles et de

difficultés. Je n’en ai jamais rencontré de plus mauvaise. Le

passage du marigot de Sansan-Kô est très facile. Il n’en est pas

de même des contreforts du Tambaoura que l’on a à franchir. A

2 kilom. 1/2 de Yatéra, il faut descendre dans un profond ravin,

par un sentier abrupt, absolument transformé en escaliers. Ce

passage a environ 800 mètres de longueur. A trois kilomètres

de Malaoulé, nous trouvons un second passage aussi difficile. Il

mesure à peu près un kilomètre de longueur. Mais celui qui, de

tous, offre le plus de dangers, surtout pour les animaux, c’est

celui de Koudoréah. Ce n’est qu’une succession de véritables

falaises qu’il faut escalader, des sentiers hérissés de roches

glissantes où on n’avance qu’à grand peine et en prenant mille

précautions. Tout cela est absolument à pic.

Au point de vue géologique, nous avons fort peu d’argiles ; dans

les vallées, presque partout la latérite alterne avec le terrain

ferrugineux. Les collines sont surtout formées de quartz, de roches

et de conglomérats. Mentionnons également quelques grès. Les

schistes font absolument défaut. Pas de trace de terrain ardoisier.

La flore y est d’une pauvreté remarquable, surtout sur les

plateaux et les montagnes. Elle est un peu plus riche dans les

vallées, mais pas plus variée. Mentionnons particulièrement de

nombreux karités, des lianes à caoutchouc, fromagers, nétés et

quelques caïls cédrats. Les flancs des collines sont, en général,

couverts de bambous.

_Guibourya_, où nous faisons étape, est un village Malinké de

500 habitants environ. C’est le dernier village du Diébédougou,

dans le Nord. Il est construit au milieu d’une vaste plaine que

limite au Nord la chaîne principale du Tambaoura et au Sud le

versant du plateau de Koudoréah. Il est un peu moins sale que

la plupart des villages Malinkés, mais toute sa partie moyenne

est en ruines. De telle sorte qu’il est divisé en deux parties

égales. Il ne reste plus que des vestiges de l’ancien tata qui

l’entourait. Le tata du chef est assez bien entretenu, il en est de

même de deux autres petits tatas particuliers. Il fait une journée

assez agréable comme température, mais triste. Le ciel est couvert,

le soleil voilé. Forte brise d’Ouest. Nous sommes en plein petit

hivernage. Nous ne tarderons pas à avoir quelques pluies.

_Notes sur le Diébédougou._ — Le Diébédougou, que nous venons

de traverser, est l’Etat Malinké le plus important du Bambouck. Il

se compose de deux provinces, le Diébédougou à proprement parler

et le Kouroudougou. Sa superficie est environ de 2500 kilomètres

carrés et il est relativement très peuplé. Il ne comprend pas

moins de 51 villages dont la population forme un total d’environ

18,000 habitants. La densité est à peu près de 7,2 habitants

par kilomètre carré. Dans sa partie Est, qui est traversée par

le Tambaoura, c’est un pays de montagnes, et sa partie ouest, qui

touche à la Falémé, est un pays de plaines. Il est médiocrement

arrosé par des marigots qui sont pour la plupart tributaires de la

Falémé ou du Bafing. Le Tambaoura en cette région forme la ligne

de partage des eaux entre les bassins de ces deux rivières. Voici

la liste de ses villages :

Kassama (résidence du Dangoutakolé. Oundouman.

chef du pays.).

Salingui. Yateria. Betea.

Kolobo. Malaoulé. Batama.

Kéniéko. Bambadigua. Sitakili.

Lagola. Anguira. Koulaya.

Linguékoto. Diakouba. Bokobokoto.

Kobokoto. Kama. Gounganko.

Koudoréah. Faracounda. Mali.

Guibourya. Kouffara. Diomfare.

Diantissa. Dialadiou. Diodan.

Bourama. Sékoto no 1. Kegnoto.

Kembélé. Sékoto no 2. Médina.

Fabakaya. Sékoto no 3. Dembala.

Dialakegui. Sansanko. Sagala.

Guénobanta. Sébédougou. Dabara.

Kénédiguato. Goudofara. Balou.

Yatia. Mouralia. Sekonomata.

La population de ces différents villages est uniquement formée

de Malinkés appartenant à la famille des Sisokos. Il est bien

entendu que nous ne nous occupons là que de la famille à laquelle

appartient le pays. Nous ne parlons nullement des captifs. Les chefs

de village appartiennent tous à cette ancienne famille. Les Sisokos

du Diébédougou descendent, par les femmes, de Noïa-Moussa-Sisoko,

le grand colonisateur du Bambouck. Ils ont donc usurpé un nom qui

ne leur revenait pas de droit. La légende nous apprend, en effet,

que la seule fille qu’eut Moussa se maria avec un Couté, qui en eut

cinq fils qui s’établirent dans le Diébédougou. C’étaient :

_Sountou-Bouri, Sountou-Ali, Kandio, Sila-Maka et Famalé_. Famalé

fut le chef de cette nouvelle colonie et, depuis cette époque,

tous les chefs du Diébédougou prirent le nom de Famalé.

Le Diébédougou est placé sous le protectorat de la France

et dépend du cercle de Bafoulabé. L’autorité du chef est

vigoureusement contrebalancée par celle du chef de Yatéra,

Cané-Mady-Sisoko, qui réunit autour de lui la plus grande partie

des villages du Diébédougou. Ils vivaient presque en état

d’hostilité ouverte lorsqu’en 1889 le capitaine Quiquandon,

agissant conformément aux ordres de M. le commandant supérieur

du Soudan Français, les réconcilia et fit jurer obéissance à

Famalé par tous les chefs des villages dissidents. Il n’y eut

que le village de Kénioto qui s’y refusa, malgré tout ce que

nous fîmes pour le ramener à de meilleurs sentiments. Il fallut

le bombarder et le brûler. Les habitants s’enfuirent, mais peu

après vinrent à Guénou-Goré dans le Konkodougou faire leur

soumission. Ordre leur fut donné d’aller habiter à Kassama ;

mais l’année suivante ils furent autorisés à reconstruire leur

village. Depuis cette époque, les affaires se sont de nouveau

brouillées et, actuellement, Gané-Mady est regardé, même par

l’autorité française, comme le chef, sinon de droit, mais de fait

d’une partie du Diébédougou. Ainsi c’est lui qui est chargé

de faire rentrer l’impôt des villages qui lui obéissaient

jadis et qui ont recommencé à méconnaître l’autorité de

Famalé. Pour le bien du pays, il serait bon que cet état de

choses fût promptement modifié et que le vrai chef du pays soit

rétabli dans tous ses droits et prérogatives. Je me hâte de

dire que Mané-Mady ne fait rien de contraire au serment qu’il a

prêté et qu’il est le plus humble des sujets de Famalé. Kassama

est la résidence de ce dernier. C’est un gros village où le

docteur Collin, un des premiers explorateurs du Bambouck, s’était

établi en 1887, lorsqu’il est allé prospecter ce pays au point

de vue commercial. Les officiers français y sont très bien vus

et Famalé serait très heureux si nous y établissions un poste

militaire. Pendant le séjour que nous y avons fait en 1889, il a

souvent, devant nous, manifesté ce désir au capitaine Quiquandon,

le chef de notre mission.

_29 Janvier._ — Je quittai Guibourya à 5 h. 45 du matin par

une température très douce. Il a plu une partie de la nuit. A un

kilomètre et demi du village environ, nous traversons le marigot

de Gara-Kô et à 7 h. 45 nous faisons halte au petit village de

Kéniéti, où j’avais promis de m’arrêter.

_Kéniéti_ est un petit village de Malinkés de la famille des

Fofanas. Il n’a pas plus de 150 habitants et fait partie du petit

État de _Diabéli_. Il est construit au pied du Tambaoura, comme,

du reste, tous les villages de cette région, et est démuni de

tata. Seules les cases du chef sont construites dans une petite

enceinte qui est en assez bon état. Le reste du village est

assez mal entretenu. Hier, le chef m’avait envoyé son frère à

Guibourya pour me saluer et m’inviter à aller passer la journée

dans leur village. Je le remerciai et lui promis que, ne pouvant

pas y rester aussi longtemps, je m’y arrêterais en passant. A

peine étions-nous arrivés que ce brave homme vint me saluer et

fit apporter du couscouss pour les hommes. Je les laisse manger et

n’absorbe que deux verres d’un excellent lait. A huit heures

nous nous remettons en marche, après avoir chaudement remercié le

chef de sa bonne réception et lui avoir fait un petit cadeau.

En quittant Kéniéti, nous traversons, à environ un kilomètre du

village, un second village en construction. Ce sont les habitants

du premier qui, se trouvant à l’étroit, s’agrandissent de ce

côté. Une heure après, nous sommes à Guénobanta, où nous ferons

étape aujourd’hui. Un peu avant d’y arriver, on traverse un

petit marigot, le _Yagoudoura-Kô_, sur les bords duquel se trouvent

de belles plantations de tabac.

De Guibourya à Guénobanta, la route ne présente absolument aucune

difficulté. Elle longe tout le temps le flanc Ouest du Tambaoura et

traverse une vallée absolument plane qui s’étend de la montagne

à la Falémé. La direction est Nord et la distance qui sépare

ces deux villages est de 15 kilomètres environ.

Au point de vue géologique, nous n’avons presque partout que de la

latérite. Les argiles ne se montrent qu’aux environs des marigots,

mais en petites bandes fort étroites. Pas de schistes. Par contre

rien que des quartz fortement colorés en rouge par de l’oxyde de

fer. Les roches et conglomérats ferrugineux sont peu abondants. Le

Tambaoura est là uniquement formé de quartz qui sont aurifères

en certains endroits.

La flore est peu variée. Toujours beaucoup, beaucoup de karités

(variété Shée). Les lianes à caoutchouc sont rares. A

signaler encore quelques beaux caïl-cédrats, nétés, baobabs

et fromagers. Les mimosées ont fait leur apparition et en maints

endroits sont fort communes.

_Guénobanta_ est un village de Malinkés Sisokos dont la population

est tout au plus de trois cents habitants. Il est situé au pied

du Tambaoura, sur un petit monticule peu élevé. Il ne possède

pas de mur d’enceinte. Seules, les cases du chef sont entourées

par un petit tata en assez bon état. Il est fort mal entretenu et

cela tient à ce que les habitants sont des Malinkés d’abord, et,

en second lieu, à ce qu’ils passent tout leur temps à chercher

l’or dans les environs. C’est la résidence du chef du Diabéli.

Le Diabéli est un petit Etat Malinké situé aux pieds du

Tambaoura. Il appartient à la famille des Sisokos, qui y forment

quatre villages.

_Guénobanta_ — _Yérala_ — _Niafato_ — _Foutouba_

Outre ces quatre villages Sisokos, il y a encore un village Fobana,

_Kéniéti_, et un village Daniogo, _Linguékotendi_.

La population totale du Diabéli peut être estimée à environ 1,500

habitants. Le chef actuel est un vieillard qui ne jouit d’aucune

autorité sur ses sujets. Il se nomme Tantombo-Famori-Sisoko. Le

Diabéli a été colonisé par deux fils de Moussa-Sisoko, Sambou

et Coubacka. Les Fofanas et les Daniogos ne vinrent s’y établir

que bien après eux. Les premiers sont originaires du Bafing de

Sandénia et les seconds du Soubou de Dioulaguénou. Ce petit État

est également placé sous le protectorat de la France.

_30 janvier._ — Je quittai Guénobanta à 5 h. 20 du matin par

un ciel excessivement couvert. Il fait un vent épouvantable. Peu

après notre départ la pluie se met à tomber en abondance. C’est

une véritable pluie d’hivernage.

A quelques centaines de mètres du village, nous traversons le marigot

de Toulicoto-Kô et, à 6 h. 50, nous arrivons, absolument trempés,

à Yérala.

_Yérala_ est un village Malinké de 250 habitants environ. C’est

le dernier village du Diabéli au Nord. Il est construit au pied du

Tambaoura, et, à l’encontre des autres villages de cette région,

entouré de beaux lougans. Il ne possède pas de tata extérieur et

les cases du chef sont entourées d’une enceinte en fort mauvais

état. Le village est lui-même fort mal entretenu. La pluie et

le vent font rage quand nous y arrivons. Heureusement que nous

trouvons de bonnes cases pour nous abriter et de bous feux pour nous

sécher. Je suis littéralement trempé et je grelotte la fièvre à

outrance. A peine sommes-nous arrivés que le chef du village vient me

saluer et fait apporter une douzaine de calebasses de couscouss pour

mes hommes. Tous se repaissent, je prends deux verres d’excellent

lait, et, la pluie ayant cessé, nous nous remettons en route à 7

h. 40.

Nous arrivons sans encombre à Dialafara à 9 h. 15, après avoir

traversé le _Nété-Kô_, qui forme la limite entre le Diabéli,

et le Tambaoura, et, un peu avant d’arriver à Dialafara, le

Dagoussa-Kô, qui coule au pied du monticule sur lequel s’élève le

village. A mi-chemin nous avions rencontré le fils du chef, que son

père avait envoyé à notre avance. Il fait toujours un vent atroce.

De Guénobanta à Dialafara, la direction générale est Nord et

l’étape n’a pas plus de 17 kilomètres. La route ne présente

absolument aucune difficulté. Elle longe à environ huit cents

mètres le pied du Tambaoura, dans une plaine absolument unie qui ne

présente pas de reliefs de terrain appréciables. Au point de vue

géologique, toujours les mêmes terrains. En quittant Guénobanta, et

après avoir traversé le Toulicoto-Kô, on traverse une vaste plaine

argileuse qui s’étend jusqu’aux environs de Yérala, où la

latérite apparaît. En thèse générale, dans cette région, c’est

au pied du Tambaoura que se trouve la latérite, les plaines qui

s’étendent à l’Ouest sont uniquement formées d’argiles. Peu

après Yérala, nous avons de nouveau les argiles. Nous trouvons un

petit banc de latérite aux environs du Nété-Kô, puis de nouveau

l’argile jusqu’à Dialafara, où reparaît la latérite.

La flore n’a pas changé. Beaucoup de karités, dont quelques-uns

sont énormes. Les caïl-cédrats, fromagers, nétés sont aussi fort

communs. Dans les terrains argileux, beaucoup de mimosées. Peu de

lianes à caoutchouc.

_Dialafara_, où nous faisons étape, est un village Malinké

d’environ 500 habitants. Il tombe littéralement en ruines. C’est

la résidence du chef du petit État de Tambaoura. Il est démuni de

tata extérieur. A l’intérieur, quelques petits tatas appartenant

à des particuliers. Celui qui entoure les cases du chef est

fort mal entretenu. Les lougans qui entourent le village sont

relativement peu étendus, parce que la population ne s’occupe

guère qu’à rechercher l’or dans les environs. C’est, du

reste, la caractéristique de tous les villages dans le voisinage

desquels se trouvent des placers. Ils sont beaucoup plus pauvres

que les autres et la famine y est plus fréquente.

Je suis assez bien logé, malgré tout, sur la place principale du

village, en face l’arbre à palabres qui disparaît littéralement

sous une gigantesque liane Saba.

Le village est construit sur un petit monticule qui s’élève

au pied du Tambaoura et qui domine une plaine où se trouvent de

superbes karités.

Le Tambaoura, dont Dialafara est la capitale, est un petit État

Malinké qui doit son nom à la chaîne de montagnes aux pieds

de laquelle il s’étend. C’est un des pays les plus riches

en or du Bambouck. Il a pour chefs des Sisokos. Mais on y trouve

aussi d’autres familles Malinkées. D’après la légende il

fut d’abord peuplé par des Keitas, des Guétas, des Dabos et des

Tarawarés. Ces quatre familles Malinkées vinrent s’y établir à

peu près à l’époque de la grande migration de Koli-Tengrela. Les

Sisokos ne vinrent que plus tard et soumirent les premiers à

leur autorité. Ils furent conduits à la conquête de ce pays par

_Bandé-Maka_, un des nombreux fils de Moussa-Sisoko. Depuis cette

époque, ils y ont toujours régné en maîtres. Le Tambaoura a été

placé sous le protectorat de la France par le gouverneur Faidherbe,

en 1858. Il fait partie actuellement du cercle de Khayes et acquitte

assez régulièrement l’impôt qui lui est demandé. Il est peu

peuplé et n’a que dix villages qui ne comptent pas plus de 2,500

habitants. En voici les noms par famille :

_1o Villages Sisokos :_ Dialafara, Bouroudela, Kama, Diokéba,

Galadio.

_2o Village Keita :_ Salingui.

_3o Village Guéta :_ Samafaradala.

_4o Village Dabo :_ Dangara.

_5o Villages Tarawarés :_ Boubou, Sokoto.

La densité de la population, dans le Tambaoura, n’est pas plus

de 1,5 habitant par kilomètre carré.

A peine suis-je installé dans ma case, que les frissons que j’avais

éprouvés tout le long de la route ne font qu’augmenter. Je suis

obligé de me coucher aussitôt. Toute la journée, j’ai eu une

forte fièvre, et ce n’est que le soir que, me sentant un peu

mieux, je pus rédiger mes notes. Je suis arrivé à Dialafara un

bien mauvais jour pour un malade. C’est, en effet, aujourd’hui

que rentrent dans leurs familles les jeunes filles qui ont été

circoncises. Aussi, jusqu’à la nuit, ce n’a été dans le

village que chants, cris, beuglements, tam-tams, coups de fusil. Le

soir, j’en avais la tête absolument brisée. De plus, il fait un

véritable temps d’hivernage. Chaleur lourde et orageuse, et pluie

abondante dans la soirée. Elle est venue à temps pour mettre en

fuite le tam-tam et me permettre un peu de reposer pendant la nuit.

La circoncision est, de toutes les mutilations ethniques qui se

pratiquent sur les organes génitaux, la seule qui soit en usage au

Soudan. Elle se pratique presque dans toutes les peuplades sur les

hommes. Toutefois, il nous a été dit qu’elle était inconnue

chez les Bobos, qui habitent dans la boucle du Niger. Nous tenons

ce détail de notre excellent et malheureux ami, le Dr Crozat, qui,

après Binger, visita cette curieuse peuplade. Dans tout le Soudan, la

femme y est également soumise, sauf cependant chez les Ouolofs. Nous

allons décrire la façon dont se pratique cette opération chez

les deux sexes, en exposant en même temps les fêtes, pratiques

religieuses, coutumes, etc., etc., qui l’accompagnent chez les

différents peuples du Soudan.

_1o Circoncision chez l’homme._ — Chez tous les Soudanais,

à quelques détails insignifiants près, c’est le même mode de

procéder. L’opération se fait vers l’âge de 14 à 17 ans.

Le matin du jour où les patients doivent être opérés, on les

conduit au bain. Dans une grande calebasse remplie d’eau, on

plonge des gris-gris réservés pour cette circonstance et qui ont,

paraît-il, des vertus spéciales, comme, par exemple, de donner

force et vigueur aux enfants et de leur donner, dans la suite,

une nombreuse lignée. Chacun des enfants vient alors procéder à

ses ablutions intimes avec cette eau. Puis, sous la garde d’un

surveillant nommé à cet effet, ils sont conduits au lieu où

doit être pratiquée l’opération ; pendant le temps que met la

cicatrisation à se faire, trois ou quatre hommes sont désignés

par les anciens du village pour surveiller les opérés et pour se

bien assurer qu’ils se livrent bien aux coutumes et pratiques en

usage en cette circonstance. Ces surveillants doivent, bien entendu,

être des circonscis.

L’appareil opératoire est des plus simples. Un couteau bien

effilé, de la ficelle, de l’eau dans une calebasse, des chiffons

et du sable. Au Soudan, ce sont généralement les forgerons qui

procèdent à l’opération aussi bien chez les peuples musulmans

que chez ceux qui ne le sont pas. Chez les Ouolofs et les Maures,

ce sont plutôt les marabouts qui opèrent. Voici comment on

procède. Le patient se place, assis à cheval sur un mortier à

couscouss de façon à avoir le périnée reposant sur le corps

même du mortier. Chez les Bambaras et les Malinkés, au lieu du

mortier, on se sert d’une simple bille de bois. Le résultat est le

même. Le mortier est surtout employé chez les peuples d’origine

Peulhe. La verge reposant bien sur le mortier ou le morceau de bois,

le prépuce est attiré fortement en avant. Tout ce qui dépasse

le gland est solidement ligoté à plusieurs tours. C’est un

des temps les plus douloureux de l’opération ; un aide en est

chargé. Puis ceci fait, la verge est maintenue solidement appuyée

sur le mortier ou le morceau de bois et l’opérateur d’un coup sec

sectionne le tout, ficelle et prépuce. Ce temps de l’opération

est absolument indolore. La plaie opératoire est ensuite lavée à

grande eau. Très douloureuse cette aspersion. La quantité de sang

qui s’écoule est absolument insignifiante. On procède alors au

pansement. Oh ! il n’est pas long : du sable fin, quelques chiffons

et tout est dit. Le pansement est refait chaque jour.

Cette opération, bien que douloureuse, se fait sans que l’on

entende un cri de la part des patients. Il y aurait déshonneur à

se plaindre. De plus, ils sont persuadés que s’ils criaient, ils

mourraient dans le courant de l’année, aussi sont-ils tous d’une

impassibilité remarquable et ne bronchent-ils pas en présence de

l’instrument du supplice.

Que deviennent les lambeaux de chair ainsi excisés ? En aucune

circonstance, ils ne sont jetés aux ordures. Les uns les enterrent,

les autres les mangent. D’autres enfin, et ce sont les plus

nombreux, les conservent précieusement, les font sécher et s’en

font des gris-gris qui jouissent de propriétés miraculeuses.

Dès que tous ont été opérés, ils sont revêtus d’un long boubou

bleu muni dans le dos d’une grande poche, et coiffés d’un bonnet

pointu haut d’environ 35 à 40 centimètres. Cela leur donne l’air

le plus bizarre qu’on puisse voir. Ils ressemblent au médecin

malgré lui. Le boubou ample et très étoffé est destiné à éviter

les frottements que ne manquerait pas d’occasionner le pantalon. La

grande poche qu’il présente, est destinée à recevoir le produit

de leurs quêtes ou de leurs rapines ; car les circoncis, pendant

tout le temps que met la cicatrisation à se faire, ont le droit de

prendre tout ce qui, en fait de victuailles, leur tombe sous la main.

Dans la Haute-Gambie · 第 51 / 54 段