place ce pays sous le protectorat de la France, c’est avec le chef
de Médina-Dentilia, agissant en son nom et au nom des autres chefs,
que les signatures ont été échangées. Par analogie sans doute
avec les autres pays, nous avons voulu en faire le chef de tout le
Dentilia. L’article Ier du traité est, en effet, ainsi conçu :
« La France reconnaît pour chef du pays de Dentilia Ansoumané, fils
de Sokona-Ahmadi ». C’est le nom du chef de Médina. Or, veut-on
savoir quel a été le résultat de cette reconnaissance. Lorsque
je suis passé à Médina-Dentilia, je fus très bien reçu par
Ansoumané lui-même. En causant, je lui demandai quel était le chef
du pays ; il me répondit qu’il n’y en avait pas, et c’est
lui-même qui nous a donné les renseignements politiques que nous
venons de relater.
Cependant, au point de vue de la justice, il est d’usage d’en
appeler au chef de village le plus âgé du pays. Ses jugements
sont presque toujours exécutés. Actuellement, c’est le chef de
Dioulafoundou qui jouit de cette prérogative.
En résumé, il y a dans le Dentilia comme un embryon d’organisation
politique, malgré le désordre apparent. C’est une sorte de
république fédérale.
Les Diakankés vivent absolument à part et leurs affaires sont
réglées par leurs chefs et leurs marabouts. Vis-à-vis des
Malinkés, ils ne sont que les locataires de la terre qu’ils
habitent, le sol appartenant aux Damfakas, qui sont les premiers
occupants.
Les habitants du Dentilia ne payent aucun impôt comme redevance de
quelque nature que ce soit, à qui que ce soit.
_Rapports du Dentilia avec les pays voisins._ — Malgré le voisinage
du Niocolo et du Gounianta, qui sont tributaires de Fouta-Djallon,
le Dentilia n’a jamais eu affaire aux colonnes de guerre de ce
puissant empire Peulh. Il s’est rarement mêlé des affaires des
Etats qui l’avoisinent. Depuis quarante ans il n’a pris part
qu’à deux expéditions. En 1861, il prêta main-forte aux gens
de Marougou (Sirimana), que Boubakar-Saada, almamy du Bondou, était
venu attaquer. Marougou se défendit vigoureusement et l’arrivée
du contingent du Dentilia décida de la victoire. Boubakar-Saada
fut complètement battu et obligé de battre en retraite. Il laissa
bon nombre des siens sur le carreau et fut obligé d’abandonner
ses blessés et, parmi eux, un de ses cousins, Ahmady-Sôma, qui
n’échappa aux bandes du Dentilia que grâce aux ténèbres. En
1868, il s’unit de nouveau à Marougou pour tomber sur Mamakono,
dont les guerriers s’étaient joints aux troupes de Boubakar-Saada
dans la précédente campagne. Cette fois-ci, l’almamy du Bondou
remporta une victoire complète sur ses alliés, mais le Dentilia eut
le bon esprit de se retirer à temps de la lutte et de s’entendre
avec le vainqueur. Aussi ne fut-il pas inquiété. Depuis cette
époque, aucune guerre n’est venue troubler ce pays. Aujourd’hui
il vit en bonne intelligence avec la Badon, le Niocolo, le Gounianta
et le Konkodougou. Il n’a jamais de contestations avec eux. Mais
il n’en est pas de même avec le Bélédougou et le Sirimana, au
Nord. Les habitants de ces deux pays, pillards et voleurs fieffés,
mettent souvent à contribution les villages du Dentilia. Ils vont
jusqu’à enlever sous les murs mêmes des tatas des femmes,
des enfants, des captifs et des bœufs. De plus, ils infestent
les routes pendant toute l’année, à tel point qu’un homme
qui s’aventurerait seul dans la brousse, courrait grand risque
d’être fait captif. La situation est telle que les gens du Dentilia
ne peuvent cultiver leurs lougans que le fusil auprès d’eux.
Les Peulhs du Tamgué font aussi de fréquentes apparitions dans
le pays et s’y livrent aux mêmes rapines que les Malinkés du
Bélédougou et du Sirimana.
_Rapports du Dentilia avec les autorités Françaises._ —
Le Dentilia tout entier est placé sous le protectorat de la
France depuis le 10 janvier 1888, à la suite d’un traité
conclu entre M. le sous-lieutenant d’infanterie de marine,
Levasseur, représentant le lieutenant-colonel d’infanterie
de marine Galliéni, commandant supérieur du Soudan Français,
et Ansoumané, chef de Médina-Dentilia, agissant au nom de tous
les chefs du pays. Les clauses principales en sont fidèlement
observées. Mais le Dentilia est trop éloigné pour que notre
protectorat s’y fasse sentir d’une façon efficace. De plus,
il est rare que les habitants viennent soumettre leurs affaires
aux autorités françaises dont relève leur pays. Au point de vue
politique, administratif et judiciaire, il relève actuellement du
commandant du cercle de Kayes. Vu son éloignement, il échappe au
contrôle de cet officier. Quoi qu’il en soit, ce que nous pouvons
affirmer, pour en avoir fait l’expérience, c’est que tous les
officiers français y sont bien reçus.
_Le Dentilia au point de vue commercial. Conclusions._ — Le Dentilia
avait autrefois une triste réputation, c’était un véritable
coupe-gorge et les dioulas ne pouvaient s’y aventurer sans être
pillés jusqu’au dernier kola et étaient, de plus, souvent même
roués de coups. Depuis le traité, la situation a changé, et le
commerce s’y fait plus sûrement. Il y a bien encore quelques
vols, mais plus de pillage en règle. Par sa situation, ce pays a
une réelle importance au point de vue commercial. C’est par là
que passent tous les dioulas qui se rendent du Bambouck, en Gambie,
au Niocolo et au Fouta-Djallon. Pour en augmenter la prospérité,
il serait bon de mettre un terme aux pillages des Malinkés
du Bélédougou et du Sirimana, et d’en chasser les Peulhs du
Tamgué. Sans doute, on n’en fera jamais une colonie de rapport,
mais il pourra, à la longue, s’y créer un commerce d’échange
assez important.
* * * * *
CHAPITRE XXV
Départ de Diaka-Médina. — Marche de nuit. — Fuite d’un
porteur. — Rencontre d’une nombreuse caravane. — Le commerce
du sel au Soudan. — Passage de la Falémé. — Description de
la route suivie. — Géologie. — Botanique. — Le Kaki. —
Arrivée à Faraba. — Nous sommes en pays de connaissance. —
Le village, le chef. — Recherche de l’or. — Départ
de Faraba. — A travers le Sintédougou et le Bambouck. —
Sansando. — Dioulafoundoundi. — Soukoutola. — Notes sur le
Sintédougou. — La vallée de Batama. — Mouralia. — Les mines
d’or. — Sékonomata. — Batama. — Ascension de la chaîne
du Tambaoura. — Yatéra. — Malaoulé. — Koudoréah. —
Difficultés de la route. — Guibourya. — Le Diébédougou. —
Kéniéti. — Guénobanta. — Le Diabeli. — Yérala. —
Dialafara. — Le Tambaoura. — Les circoncis et la circoncision
au Soudan. — Orokoto. — Panique des habitants. — Nouvelle
ascension du Tambaoura. — Téba. — Malembou. — Le Natiaga. —
Arrivée à Faidherbe-sur-Galougo. — Le chemin de fer. — Mauvaises
nouvelles. — Arrivée à Boufoulabé. — Cordiale réception.
_23 janvier._ — Nuit relativement chaude. Ciel clair et
étoilé. Brise de Nord-Est. Au point du jour, ciel un peu couvert
dans l’Est. Le soleil est un peu voilé à son lever. Température
chaude. Brise de Nord-Est assez forte. Vers huit heures, le ciel
est complètement dégagé. Je réveille mes hommes à une heure
quarante-cinq minutes du matin, car nous allons avoir une grande
étape à faire. Malgré l’heure matinale, les préparatifs
du départ se font rapidement et les porteurs sont réunis à
l’heure dite. Le chef vient me serrer une dernière fois la main
et m’accompagne pendant environ un kilomètre. Il me quitte
quand il voit que je suis dans la bonne route. Il était deux
heures trente minutes quand nous quittâmes Diaka-Médina. La lune
se levait et la température était excessivement fraîche. Aussi
marchons-nous d’une bonne allure pour nous réchauffer. A 2 h. 50,
nous traversons, à environ deux kilomètres du village, le marigot
de Sama-Kô, affluent du Séniébouli-Kô, et quand nous faisons
la première halte, il fait encore une nuit profonde. Un porteur en
profite pour se sauver. Malgré nos recherches, nous ne pouvons le
retrouver. J’aurais été fort embarrassé si je n’en avais pas
eu deux haut le pied. Je puis donc le remplacer sans difficulté et
me remettre en route sans retard. A sept heures, nous traversons le
marigot de Daléma-Kô, qui forme la frontière entre le Dentilia
et le Koukodougou-Sintédougou. Le passage de cet important cours
d’eau est assez délicat, non pas parce qu’il est profond,
mais parce que son lit est encombré de roches excessivement
glissantes. De plus, ses berges sont absolument défoncées par
les nombreux passages d’hippopotames qui sont très nombreux dans
cette région, d’après le dire des hommes de Diaka-Médina qui
m’accompagnent. Nous faisons halte sur les bords de ce marigot et je
puis m’assurer en explorant ses rives pendant un kilomètre environ
en aval du point où nous nous trouvions que, dans cette région,
ses berges sont escarpées et qu’il coule entre deux rangées
d’énormes rochers. Après avoir pris un quart d’heure de repos
nous nous remettons en route, et à onze heures nous sommes sur les
bords de la Falémé, en face de Faraba, où j’ai décidé que
nous allions passer la journée. Un peu avant d’y arriver nous
avions laissé sur notre gauche la route de Dalafi. Le chef de
Diaka-Médina ne m’avait donc pas trompé.
A mi-route environ, j’avais rencontré une caravane de 93 hommes et
femmes dont 79 étaient chargés de pains de beurre de karité. Ils
venaient du Koukodougou et allaient vendre leur karité et leur or
à Mac-Carthy. Les griots marchaient en tête, frappant sur leurs
tam-tams, pinçant de la guitare. Les femmes chantaient à tue-tête
et tout ce monde faisait un vacarme étourdissant. Je remarquai
qu’ils avaient eu la précaution de se munir de leurs marmites
pour pouvoir faire leur cuisine en route. A mon aspect, la caravane
entière s’arrêta et le chef vint me saluer. Entre autres choses,
je lui demandai pourquoi ils n’allaient pas, de préférence,
vendre leurs produits à Bakel, Khayes ou Médine, qui étaient bien
plus rapprochés que Mac-Carthy, il me répondit tout simplement
parce que : « à Mac-Carthy, on nous donne un meilleur prix de nos
marchandises et que les dioulas français essaient toujours de nous
tromper » (_sic_). Ceci n’a pas besoin de commentaires.
En parlant ainsi, mon interlocuteur faisait sans doute allusion à la
déplorable habitude qu’ont ces dioulas du Sénégal et du Soudan de
mélanger le sel avec du sable. Cette fraude est pratiquée sur une si
grande échelle depuis Podor jusqu’au Niger que le sel qui est ainsi
vendu aux indigènes contient parfois 75 % de sable. Ces procédés
sont absolument inconnus en Gambie. A Mac-Carthy notamment, la
Compagnie Française et la Bathurst trading Company, ainsi que leurs
agents de l’intérieur, ne livrent aux indigènes que du sel de
première qualité. Nous pouvons en parler en connaissance de cause ;
car nous nous en sommes servis, pendant la plus grande partie de notre
voyage, aussi bien pour notre cuisine que pour nos échanges. Nous
avons cru devoir insister, un peu longuement peut-être, sur cette
question du sel. Elle est, en effet, capitale au Soudan qui, sous
ce rapport, est fort deshérité. C’est peut-être la matière
d’échange qui, avec les étoffes, donne lieu aux transactions les
plus importantes. Nous estimons qu’il serait bon d’enrayer ces
manœuvres frauduleuses, tout au moins dans nos centres commerciaux,
si nous ne voulons pas voir réduit à néant notre commerce du sel,
et cela à brève échéance. Ce sera le seul moyen de ramener à
nos escales les caravanes de l’intérieur qui s’en écartent de
jour en jour davantage.
Le passage de la Falémé se fit sans aucun accident. Je la traversai
en pirogue, et les porteurs et les animaux la passèrent à gué un
peu plus bas.
La route de Diaka-Médina à Faraba présente deux grosses
difficultés ; le passage du Daléma-Kô et celui de la Falémé. Le
Daléma-Kô, au point où on le traverse, est à sec à cette époque
de l’année ; mais son passage n’en est pas moins rendu difficile
par les roches glissantes qui obstruent son lit. Il peut avoir environ
vingt mètres de largeur. Le passage de la Falémé au gué est assez
facile, mais ce gué n’existe que pendant la saison sèche, de
janvier à juin. Le passage en pirogue offre plus de difficultés,
surtout pour embarquer ; car les bords sont absolument à pic,
et je n’ai pas besoin de dire que les noirs ne font rien pour
améliorer l’embarcadère. Aussi faut-il se livrer à une véritable
gymnastique, peu facile pour ceux qui n’y sont pas habitués.
La nature du terrain de Diaka-Médina à Faraba est peu variée. A
quelques centaines de mètres du premier village, la latérite
cesse brusquement, et, à partir de ce point jusqu’à environ
trois kilomètres de la Falémé, nous ne trouvons plus que des
argiles compactes qui recouvrent un sous-sol de quartz, grès et
conglomérats ferrugineux. A trois kilomètres de la Falémé, la
latérite réapparaît et se continue jusqu’à la rivière. La rive
droite est, au contraire, formée de terrain ardoisier que recouvre
une épaisse couche de sables et d’argiles qui s’avance fort
peu dans les terres. Les sables des rives de la Falémé à Faraba,
et particulièrement ceux de la rive droite, contiennent une assez
forte proportion d’or en paillettes, qui fait l’objet d’une
exploitation dont nous parlerons plus loin.
La végétation est, dans toute cette région, d’une pauvreté
rare, sauf sur les bords de la Falémé. Jamais je n’ai trouvé
pays plus deshérité sous ce rapport. C’est la brousse des
steppes Soudaniennes dans toute l’acception du mot. Les Karités
disparaissent à peu de distance de Diaka-Médina. Nous ne les
retrouvons plus et encore très rares qu’à environ 6 kilom. de la
Falémé. Les lianes à caoutchouc ont également disparu, et dans
tout ce trajet je n’ai rencontré d’intéressant à mentionner
que quelques rares échantillons de ce végétal que les indigènes
désignent sous le nom de _Kaki_.
_Le Kaki_ (_Diospyros mespiliformis_ Hochst), de la famille des
Ebénacées, est un arbre de taille moyenne à feuilles alternes,
fleurs axillaires, fruits charnus comestibles. Il croît de
préférence sur le sommet des collines et est assez rare dans tout
le Soudan. C’est ce végétal que nous désignons généralement
sous le nom de « _faux ébénier_ ». Son bois est compact,
excessivement serré. Lorsqu’il est poli, il est impossible d’y
découvrir traces de fibres. Le cœur est noir, le plus souvent
marqué de lignes fauves. C’est ce qui lui a fait donner le nom
d’Ébène. Mais il est rare de rencontrer des échantillons sans
défaut, et fréquemment, il est veiné de blanc. Très cassant,
surtout quand il est sec, les indigènes ne s’en servent guère
qu’aux environs de nos postes. Ils en fabriquent des cannes qu’ils
vendent aux Européens. En certains cas, il pourrait remplacer
l’ébène dont il est loin toutefois d’avoir le brillant.
J’arrivai à Faraba vers onze heures et demie, quand je me fus
bien assuré que tout mon personnel avait franchi sans accident
la Falémé. Nous étions là en plein pays de connaissance,
j’avais déjà visité ce village en 1889, et bien des habitants
dès notre arrivée nous reconnurent Almoudo et moi et vinrent me
saluer. Je n’ai pas besoin de dire que je fus excessivement bien
reçu. Dès que je fus installé dans une case bien propre, le chef
vint me faire visite avec ses principaux notables. C’était le
même qu’en 1889. Il me souhaite la bienvenue, me dit que dans
son village je suis chez moi et que je puis rester me reposer chez
lui tant je voudrai, qu’il ne nous laissera manquer de rien, ni
mes hommes ni moi. Immédiatement après qu’il m’eût quitté,
ce vieux brave homme m’envoya du lait, des œufs, du couscouss,
en un mot, tout ce dont je pouvais avoir besoin. De plus, il fit
abattre un beau bœuf dont il m’envoya la viande pour « mon
déjeûner ». Je la fis distribuer entre mes hommes et les gens
du village au grand étonnement des habitants, qui n’étaient pas
habitués à pareille aubaine. Naturellement je fis porter au chef
ce qui lui revenait, un quartier de devant.
La journée se passa sans incidents. Tout le monde se reposa des
fatigues de la longue étape du matin. Dans la soirée, j’envoyai
un courrier à Sansando, où réside le chef du Sintédougou, pour
lui annoncer ma visite pour le lendemain. Au moment où, la nuit
tombante, j’allais me mettre au lit, un homme du village vint me
saluer et me demanda à me servir de guide le lendemain pour me rendre
à Sansando. Je ne refusai pas son offre, surtout quand il m’eut
dit que c’était lui qui nous avait servi de guide deux ans avant
pour aller de Faraba à Irimalo, et que nous lui avions donné un
boubou blanc. Je compris son empressement et tout le désir qu’il
avait de m’être utile. Le contraire m’eût étonné, car je
savais depuis longtemps qu’au Soudan, on ne fait rien pour rien,
surtout quand c’est pour nous. Je lui promis, en conséquence,
que je ne serais pas moins généreux que ne l’avait été, dans
la circonstance qu’il venait si adroitement de me rappeler, mon
ami le capitaine Quiquandon, chef de notre mission.
Faraba est un village Malinké dont la population peut s’élever
à environ 650 habitants. Lorsque nous l’avons visité en 1889, il
était complètement en ruines et n’avait pas plus d’une centaine
d’habitants. Il a réellement prospéré depuis cette époque. Les
cases ainsi que le tata du chef ont été reconstruits. De même
du reste que l’enceinte extérieure qui, de loin, nous a parue
bien entretenue. Intérieurement, c’est le village Malinké,
par excellence, sale, dégoûtant, puant. Sa population est presque
uniquement formée de Sisokos. Il est situé à environ deux cents
mètres en amont du gué de la Falémé qui porte son nom, et
sur la rive droite de cette rivière. Son chef nous est absolument
dévoué. Ses habitants cultivent pendant l’hivernage leurs lougans,
et, pendant la saison sèche, se livrent à la récolte de l’or
en lavant les sables de la Falémé, qui en contiennent en quantité
relativement considérable. C’est peut-être, après Mouralia, dans
le Diébédougou, le point où l’on en extrait le plus. Faraba est,
en outre, un lieu de passage très fréquenté par les dioulas qui
viennent du Koukodougou, du Bambouck et se rendent dans le Dentilia,
le Niocolo et le Fouta-Diallon. Il y en avait plusieurs dans le
village qui sont venus me saluer dès qu’ils eurent appris mon
arrivée. Dans cette saison ils y séjournent toujours pendant
plusieurs semaines, afin de pouvoir acheter sur place l’or qui se
récolte et vont ensuite le revendre à Khayes, Bakel et Médine.
_21 janvier._ — En 1889, nous étions passés, pour nous rendre
à Faraba, par Kéniéba et Sanougou ; connaissant donc cette
route, je me résolus cette fois à prendre celle de Sansando,
Dioulafoundoundi et Soukoutola. J’aurais ainsi visité tout le
Sintédougou. Donc, à 4 h. 15 du matin, nous nous mîmes en route
pour Sansando. Mon guide d’hier soir n’a eu garde d’être en
retard. Je crois même qu’il a couché non loin de la case où je
suis logé pour ne pas manquer l’heure du départ. Il est debout
le premier et organise lui-même le convoi. A environ un kilomètre
et demi de Faraba nous traversons le marigot de Senkouli-Kô, sur
les bords duquel se terminent les lougans du village. A six heures,
nous franchissons celui de Bokkolongo-Kô. A sept heures cinquante
minutes celui de Kelengo-Kô, à huit heures vingt-cinq celui de
Doudé-Kô et enfin à huit heures cinquante nous sommes à Sansando,
but de l’étape. La route s’est faite rapidement et les porteurs
ont très bien marché.
L’aspect du pays que nous traversons a complètement changé,
nous sommes en plein pays de montagnes, et de temps en temps nous
voyons enfin de larges horizons qui nous changent des mornes plaines
du Dentilia.
La route de Faraba à Sansando est loin d’être belle. Elle
présente de réels obstacles. C’est tout d’abord le Senkouli-Kô
que l’on a à traverser à un kilomètre et demi du village
environ. L’endroit où on le passe est absolument impraticable
pour les animaux et il nous faut aller plus loin pour trouver un
meilleur gué. A partir de ce point, la route traverse une plaine
qui ne présente aucun obstacle ; mais peu après, il faut franchir
des collines relativement élevées, par de véritables sentiers
de chèvres encombrés de roches qui rendent la route pénible pour
les hommes et les animaux. Le passage du marigot de Bokkolengo-Kô
ne présente pas de difficultés sérieuses. Il n’en est pas de
même de celui de Kelengo-Kô, dont le lit est profondément vaseux
et les bords à pic, couverts de roches ferrugineuses qui y forment
de véritables escaliers. Enfin, malgré ses bords glissants,
le Doudé-Kô se franchit assez facilement. En résumé, route
plutôt mauvaise que bonne. Au point de vue géologique, toujours
les mêmes terrains. La latérite cesse brusquement au marigot de
Senkouli-Kô, et à partir de là nous n’avons que des argiles dans
les plaines et des conglomérats ferrugineux sur les collines. La
latérite reparaît à environ un kilomètre du village de Sansando
et le monticule sur lequel il est construit n’est formé que de ce
terrain. — Au point de vue botanique, végétation d’une pauvreté
rare. Quelques karités rachitiques par ci par là, quelques fromagers
et de rares échantillons de lianes à gutta le long des marigots,
partout ailleurs la brousse dans tout ce qu’elle a de triste et
de désespérant.
_Sansando_, où nous faisons étape, est un petit village de
250 habitants environ. Sa population est uniquement formée de
Malinkés de la famille des Sisokos. C’est la résidence de
_Diourouba-Sisoko_, le chef du Sintédougou. Il habitait autrefois
Dioulafoundoundi, mais il quitta dernièrement ce village pour se
fixer à Sansando, où le sol est plus fertile.
Sansando est un village de peu d’importance. Il est presque
uniquement formé par les cases de la famille du chef et par celles
de ses captifs. Il est situé sur un petit monticule qui domine
une plaine de peu d’étendue, qui s’étend au pied d’un des
contreforts de la chaîne du Tambaoura qui traverse le Bambouck
du Nord au Sud, et que l’on aperçoit à l’horizon. Ce village
est complètement ouvert. Seules, les cases du chef sont entourées
d’un tata élevé et bien entretenu. Sansando est assez propre.
Le chef, Diourouba-Sisoko, est un vieillard d’environ 70 ans. Il me
reçut à merveille et me logea très bien dans une belle case située
au centre du village. Je m’y trouvai si bien que je décidai de
rester un jour de plus à Sansando ; car, après les fatigues que nous
avions éprouvées depuis Badon, nous avions tous besoin de repos.
De Faraba à Sansando la route suit une direction Est-Nord-Est, et
la distance qui sépare ces deux villages est d’environ dix-neuf
kilomètres.