Lorsqu’en 1888, nous avons signé avec le Dentilia le traité qui

place ce pays sous le protectorat de la France, c’est avec le chef

de Médina-Dentilia, agissant en son nom et au nom des autres chefs,

que les signatures ont été échangées. Par analogie sans doute

avec les autres pays, nous avons voulu en faire le chef de tout le

Dentilia. L’article Ier du traité est, en effet, ainsi conçu :

« La France reconnaît pour chef du pays de Dentilia Ansoumané, fils

de Sokona-Ahmadi ». C’est le nom du chef de Médina. Or, veut-on

savoir quel a été le résultat de cette reconnaissance. Lorsque

je suis passé à Médina-Dentilia, je fus très bien reçu par

Ansoumané lui-même. En causant, je lui demandai quel était le chef

du pays ; il me répondit qu’il n’y en avait pas, et c’est

lui-même qui nous a donné les renseignements politiques que nous

venons de relater.

Cependant, au point de vue de la justice, il est d’usage d’en

appeler au chef de village le plus âgé du pays. Ses jugements

sont presque toujours exécutés. Actuellement, c’est le chef de

Dioulafoundou qui jouit de cette prérogative.

En résumé, il y a dans le Dentilia comme un embryon d’organisation

politique, malgré le désordre apparent. C’est une sorte de

république fédérale.

Les Diakankés vivent absolument à part et leurs affaires sont

réglées par leurs chefs et leurs marabouts. Vis-à-vis des

Malinkés, ils ne sont que les locataires de la terre qu’ils

habitent, le sol appartenant aux Damfakas, qui sont les premiers

occupants.

Les habitants du Dentilia ne payent aucun impôt comme redevance de

quelque nature que ce soit, à qui que ce soit.

_Rapports du Dentilia avec les pays voisins._ — Malgré le voisinage

du Niocolo et du Gounianta, qui sont tributaires de Fouta-Djallon,

le Dentilia n’a jamais eu affaire aux colonnes de guerre de ce

puissant empire Peulh. Il s’est rarement mêlé des affaires des

Etats qui l’avoisinent. Depuis quarante ans il n’a pris part

qu’à deux expéditions. En 1861, il prêta main-forte aux gens

de Marougou (Sirimana), que Boubakar-Saada, almamy du Bondou, était

venu attaquer. Marougou se défendit vigoureusement et l’arrivée

du contingent du Dentilia décida de la victoire. Boubakar-Saada

fut complètement battu et obligé de battre en retraite. Il laissa

bon nombre des siens sur le carreau et fut obligé d’abandonner

ses blessés et, parmi eux, un de ses cousins, Ahmady-Sôma, qui

n’échappa aux bandes du Dentilia que grâce aux ténèbres. En

1868, il s’unit de nouveau à Marougou pour tomber sur Mamakono,

dont les guerriers s’étaient joints aux troupes de Boubakar-Saada

dans la précédente campagne. Cette fois-ci, l’almamy du Bondou

remporta une victoire complète sur ses alliés, mais le Dentilia eut

le bon esprit de se retirer à temps de la lutte et de s’entendre

avec le vainqueur. Aussi ne fut-il pas inquiété. Depuis cette

époque, aucune guerre n’est venue troubler ce pays. Aujourd’hui

il vit en bonne intelligence avec la Badon, le Niocolo, le Gounianta

et le Konkodougou. Il n’a jamais de contestations avec eux. Mais

il n’en est pas de même avec le Bélédougou et le Sirimana, au

Nord. Les habitants de ces deux pays, pillards et voleurs fieffés,

mettent souvent à contribution les villages du Dentilia. Ils vont

jusqu’à enlever sous les murs mêmes des tatas des femmes,

des enfants, des captifs et des bœufs. De plus, ils infestent

les routes pendant toute l’année, à tel point qu’un homme

qui s’aventurerait seul dans la brousse, courrait grand risque

d’être fait captif. La situation est telle que les gens du Dentilia

ne peuvent cultiver leurs lougans que le fusil auprès d’eux.

Les Peulhs du Tamgué font aussi de fréquentes apparitions dans

le pays et s’y livrent aux mêmes rapines que les Malinkés du

Bélédougou et du Sirimana.

_Rapports du Dentilia avec les autorités Françaises._ —

Le Dentilia tout entier est placé sous le protectorat de la

France depuis le 10 janvier 1888, à la suite d’un traité

conclu entre M. le sous-lieutenant d’infanterie de marine,

Levasseur, représentant le lieutenant-colonel d’infanterie

de marine Galliéni, commandant supérieur du Soudan Français,

et Ansoumané, chef de Médina-Dentilia, agissant au nom de tous

les chefs du pays. Les clauses principales en sont fidèlement

observées. Mais le Dentilia est trop éloigné pour que notre

protectorat s’y fasse sentir d’une façon efficace. De plus,

il est rare que les habitants viennent soumettre leurs affaires

aux autorités françaises dont relève leur pays. Au point de vue

politique, administratif et judiciaire, il relève actuellement du

commandant du cercle de Kayes. Vu son éloignement, il échappe au

contrôle de cet officier. Quoi qu’il en soit, ce que nous pouvons

affirmer, pour en avoir fait l’expérience, c’est que tous les

officiers français y sont bien reçus.

_Le Dentilia au point de vue commercial. Conclusions._ — Le Dentilia

avait autrefois une triste réputation, c’était un véritable

coupe-gorge et les dioulas ne pouvaient s’y aventurer sans être

pillés jusqu’au dernier kola et étaient, de plus, souvent même

roués de coups. Depuis le traité, la situation a changé, et le

commerce s’y fait plus sûrement. Il y a bien encore quelques

vols, mais plus de pillage en règle. Par sa situation, ce pays a

une réelle importance au point de vue commercial. C’est par là

que passent tous les dioulas qui se rendent du Bambouck, en Gambie,

au Niocolo et au Fouta-Djallon. Pour en augmenter la prospérité,

il serait bon de mettre un terme aux pillages des Malinkés

du Bélédougou et du Sirimana, et d’en chasser les Peulhs du

Tamgué. Sans doute, on n’en fera jamais une colonie de rapport,

mais il pourra, à la longue, s’y créer un commerce d’échange

assez important.

* * * * *

CHAPITRE XXV

Départ de Diaka-Médina. — Marche de nuit. — Fuite d’un

porteur. — Rencontre d’une nombreuse caravane. — Le commerce

du sel au Soudan. — Passage de la Falémé. — Description de

la route suivie. — Géologie. — Botanique. — Le Kaki. —

Arrivée à Faraba. — Nous sommes en pays de connaissance. —

Le village, le chef. — Recherche de l’or. — Départ

de Faraba. — A travers le Sintédougou et le Bambouck. —

Sansando. — Dioulafoundoundi. — Soukoutola. — Notes sur le

Sintédougou. — La vallée de Batama. — Mouralia. — Les mines

d’or. — Sékonomata. — Batama. — Ascension de la chaîne

du Tambaoura. — Yatéra. — Malaoulé. — Koudoréah. —

Difficultés de la route. — Guibourya. — Le Diébédougou. —

Kéniéti. — Guénobanta. — Le Diabeli. — Yérala. —

Dialafara. — Le Tambaoura. — Les circoncis et la circoncision

au Soudan. — Orokoto. — Panique des habitants. — Nouvelle

ascension du Tambaoura. — Téba. — Malembou. — Le Natiaga. —

Arrivée à Faidherbe-sur-Galougo. — Le chemin de fer. — Mauvaises

nouvelles. — Arrivée à Boufoulabé. — Cordiale réception.

_23 janvier._ — Nuit relativement chaude. Ciel clair et

étoilé. Brise de Nord-Est. Au point du jour, ciel un peu couvert

dans l’Est. Le soleil est un peu voilé à son lever. Température

chaude. Brise de Nord-Est assez forte. Vers huit heures, le ciel

est complètement dégagé. Je réveille mes hommes à une heure

quarante-cinq minutes du matin, car nous allons avoir une grande

étape à faire. Malgré l’heure matinale, les préparatifs

du départ se font rapidement et les porteurs sont réunis à

l’heure dite. Le chef vient me serrer une dernière fois la main

et m’accompagne pendant environ un kilomètre. Il me quitte

quand il voit que je suis dans la bonne route. Il était deux

heures trente minutes quand nous quittâmes Diaka-Médina. La lune

se levait et la température était excessivement fraîche. Aussi

marchons-nous d’une bonne allure pour nous réchauffer. A 2 h. 50,

nous traversons, à environ deux kilomètres du village, le marigot

de Sama-Kô, affluent du Séniébouli-Kô, et quand nous faisons

la première halte, il fait encore une nuit profonde. Un porteur en

profite pour se sauver. Malgré nos recherches, nous ne pouvons le

retrouver. J’aurais été fort embarrassé si je n’en avais pas

eu deux haut le pied. Je puis donc le remplacer sans difficulté et

me remettre en route sans retard. A sept heures, nous traversons le

marigot de Daléma-Kô, qui forme la frontière entre le Dentilia

et le Koukodougou-Sintédougou. Le passage de cet important cours

d’eau est assez délicat, non pas parce qu’il est profond,

mais parce que son lit est encombré de roches excessivement

glissantes. De plus, ses berges sont absolument défoncées par

les nombreux passages d’hippopotames qui sont très nombreux dans

cette région, d’après le dire des hommes de Diaka-Médina qui

m’accompagnent. Nous faisons halte sur les bords de ce marigot et je

puis m’assurer en explorant ses rives pendant un kilomètre environ

en aval du point où nous nous trouvions que, dans cette région,

ses berges sont escarpées et qu’il coule entre deux rangées

d’énormes rochers. Après avoir pris un quart d’heure de repos

nous nous remettons en route, et à onze heures nous sommes sur les

bords de la Falémé, en face de Faraba, où j’ai décidé que

nous allions passer la journée. Un peu avant d’y arriver nous

avions laissé sur notre gauche la route de Dalafi. Le chef de

Diaka-Médina ne m’avait donc pas trompé.

A mi-route environ, j’avais rencontré une caravane de 93 hommes et

femmes dont 79 étaient chargés de pains de beurre de karité. Ils

venaient du Koukodougou et allaient vendre leur karité et leur or

à Mac-Carthy. Les griots marchaient en tête, frappant sur leurs

tam-tams, pinçant de la guitare. Les femmes chantaient à tue-tête

et tout ce monde faisait un vacarme étourdissant. Je remarquai

qu’ils avaient eu la précaution de se munir de leurs marmites

pour pouvoir faire leur cuisine en route. A mon aspect, la caravane

entière s’arrêta et le chef vint me saluer. Entre autres choses,

je lui demandai pourquoi ils n’allaient pas, de préférence,

vendre leurs produits à Bakel, Khayes ou Médine, qui étaient bien

plus rapprochés que Mac-Carthy, il me répondit tout simplement

parce que : « à Mac-Carthy, on nous donne un meilleur prix de nos

marchandises et que les dioulas français essaient toujours de nous

tromper » (_sic_). Ceci n’a pas besoin de commentaires.

En parlant ainsi, mon interlocuteur faisait sans doute allusion à la

déplorable habitude qu’ont ces dioulas du Sénégal et du Soudan de

mélanger le sel avec du sable. Cette fraude est pratiquée sur une si

grande échelle depuis Podor jusqu’au Niger que le sel qui est ainsi

vendu aux indigènes contient parfois 75 % de sable. Ces procédés

sont absolument inconnus en Gambie. A Mac-Carthy notamment, la

Compagnie Française et la Bathurst trading Company, ainsi que leurs

agents de l’intérieur, ne livrent aux indigènes que du sel de

première qualité. Nous pouvons en parler en connaissance de cause ;

car nous nous en sommes servis, pendant la plus grande partie de notre

voyage, aussi bien pour notre cuisine que pour nos échanges. Nous

avons cru devoir insister, un peu longuement peut-être, sur cette

question du sel. Elle est, en effet, capitale au Soudan qui, sous

ce rapport, est fort deshérité. C’est peut-être la matière

d’échange qui, avec les étoffes, donne lieu aux transactions les

plus importantes. Nous estimons qu’il serait bon d’enrayer ces

manœuvres frauduleuses, tout au moins dans nos centres commerciaux,

si nous ne voulons pas voir réduit à néant notre commerce du sel,

et cela à brève échéance. Ce sera le seul moyen de ramener à

nos escales les caravanes de l’intérieur qui s’en écartent de

jour en jour davantage.

Le passage de la Falémé se fit sans aucun accident. Je la traversai

en pirogue, et les porteurs et les animaux la passèrent à gué un

peu plus bas.

La route de Diaka-Médina à Faraba présente deux grosses

difficultés ; le passage du Daléma-Kô et celui de la Falémé. Le

Daléma-Kô, au point où on le traverse, est à sec à cette époque

de l’année ; mais son passage n’en est pas moins rendu difficile

par les roches glissantes qui obstruent son lit. Il peut avoir environ

vingt mètres de largeur. Le passage de la Falémé au gué est assez

facile, mais ce gué n’existe que pendant la saison sèche, de

janvier à juin. Le passage en pirogue offre plus de difficultés,

surtout pour embarquer ; car les bords sont absolument à pic,

et je n’ai pas besoin de dire que les noirs ne font rien pour

améliorer l’embarcadère. Aussi faut-il se livrer à une véritable

gymnastique, peu facile pour ceux qui n’y sont pas habitués.

La nature du terrain de Diaka-Médina à Faraba est peu variée. A

quelques centaines de mètres du premier village, la latérite

cesse brusquement, et, à partir de ce point jusqu’à environ

trois kilomètres de la Falémé, nous ne trouvons plus que des

argiles compactes qui recouvrent un sous-sol de quartz, grès et

conglomérats ferrugineux. A trois kilomètres de la Falémé, la

latérite réapparaît et se continue jusqu’à la rivière. La rive

droite est, au contraire, formée de terrain ardoisier que recouvre

une épaisse couche de sables et d’argiles qui s’avance fort

peu dans les terres. Les sables des rives de la Falémé à Faraba,

et particulièrement ceux de la rive droite, contiennent une assez

forte proportion d’or en paillettes, qui fait l’objet d’une

exploitation dont nous parlerons plus loin.

La végétation est, dans toute cette région, d’une pauvreté

rare, sauf sur les bords de la Falémé. Jamais je n’ai trouvé

pays plus deshérité sous ce rapport. C’est la brousse des

steppes Soudaniennes dans toute l’acception du mot. Les Karités

disparaissent à peu de distance de Diaka-Médina. Nous ne les

retrouvons plus et encore très rares qu’à environ 6 kilom. de la

Falémé. Les lianes à caoutchouc ont également disparu, et dans

tout ce trajet je n’ai rencontré d’intéressant à mentionner

que quelques rares échantillons de ce végétal que les indigènes

désignent sous le nom de _Kaki_.

_Le Kaki_ (_Diospyros mespiliformis_ Hochst), de la famille des

Ebénacées, est un arbre de taille moyenne à feuilles alternes,

fleurs axillaires, fruits charnus comestibles. Il croît de

préférence sur le sommet des collines et est assez rare dans tout

le Soudan. C’est ce végétal que nous désignons généralement

sous le nom de « _faux ébénier_ ». Son bois est compact,

excessivement serré. Lorsqu’il est poli, il est impossible d’y

découvrir traces de fibres. Le cœur est noir, le plus souvent

marqué de lignes fauves. C’est ce qui lui a fait donner le nom

d’Ébène. Mais il est rare de rencontrer des échantillons sans

défaut, et fréquemment, il est veiné de blanc. Très cassant,

surtout quand il est sec, les indigènes ne s’en servent guère

qu’aux environs de nos postes. Ils en fabriquent des cannes qu’ils

vendent aux Européens. En certains cas, il pourrait remplacer

l’ébène dont il est loin toutefois d’avoir le brillant.

J’arrivai à Faraba vers onze heures et demie, quand je me fus

bien assuré que tout mon personnel avait franchi sans accident

la Falémé. Nous étions là en plein pays de connaissance,

j’avais déjà visité ce village en 1889, et bien des habitants

dès notre arrivée nous reconnurent Almoudo et moi et vinrent me

saluer. Je n’ai pas besoin de dire que je fus excessivement bien

reçu. Dès que je fus installé dans une case bien propre, le chef

vint me faire visite avec ses principaux notables. C’était le

même qu’en 1889. Il me souhaite la bienvenue, me dit que dans

son village je suis chez moi et que je puis rester me reposer chez

lui tant je voudrai, qu’il ne nous laissera manquer de rien, ni

mes hommes ni moi. Immédiatement après qu’il m’eût quitté,

ce vieux brave homme m’envoya du lait, des œufs, du couscouss,

en un mot, tout ce dont je pouvais avoir besoin. De plus, il fit

abattre un beau bœuf dont il m’envoya la viande pour « mon

déjeûner ». Je la fis distribuer entre mes hommes et les gens

du village au grand étonnement des habitants, qui n’étaient pas

habitués à pareille aubaine. Naturellement je fis porter au chef

ce qui lui revenait, un quartier de devant.

La journée se passa sans incidents. Tout le monde se reposa des

fatigues de la longue étape du matin. Dans la soirée, j’envoyai

un courrier à Sansando, où réside le chef du Sintédougou, pour

lui annoncer ma visite pour le lendemain. Au moment où, la nuit

tombante, j’allais me mettre au lit, un homme du village vint me

saluer et me demanda à me servir de guide le lendemain pour me rendre

à Sansando. Je ne refusai pas son offre, surtout quand il m’eut

dit que c’était lui qui nous avait servi de guide deux ans avant

pour aller de Faraba à Irimalo, et que nous lui avions donné un

boubou blanc. Je compris son empressement et tout le désir qu’il

avait de m’être utile. Le contraire m’eût étonné, car je

savais depuis longtemps qu’au Soudan, on ne fait rien pour rien,

surtout quand c’est pour nous. Je lui promis, en conséquence,

que je ne serais pas moins généreux que ne l’avait été, dans

la circonstance qu’il venait si adroitement de me rappeler, mon

ami le capitaine Quiquandon, chef de notre mission.

Faraba est un village Malinké dont la population peut s’élever

à environ 650 habitants. Lorsque nous l’avons visité en 1889, il

était complètement en ruines et n’avait pas plus d’une centaine

d’habitants. Il a réellement prospéré depuis cette époque. Les

cases ainsi que le tata du chef ont été reconstruits. De même

du reste que l’enceinte extérieure qui, de loin, nous a parue

bien entretenue. Intérieurement, c’est le village Malinké,

par excellence, sale, dégoûtant, puant. Sa population est presque

uniquement formée de Sisokos. Il est situé à environ deux cents

mètres en amont du gué de la Falémé qui porte son nom, et

sur la rive droite de cette rivière. Son chef nous est absolument

dévoué. Ses habitants cultivent pendant l’hivernage leurs lougans,

et, pendant la saison sèche, se livrent à la récolte de l’or

en lavant les sables de la Falémé, qui en contiennent en quantité

relativement considérable. C’est peut-être, après Mouralia, dans

le Diébédougou, le point où l’on en extrait le plus. Faraba est,

en outre, un lieu de passage très fréquenté par les dioulas qui

viennent du Koukodougou, du Bambouck et se rendent dans le Dentilia,

le Niocolo et le Fouta-Diallon. Il y en avait plusieurs dans le

village qui sont venus me saluer dès qu’ils eurent appris mon

arrivée. Dans cette saison ils y séjournent toujours pendant

plusieurs semaines, afin de pouvoir acheter sur place l’or qui se

récolte et vont ensuite le revendre à Khayes, Bakel et Médine.

_21 janvier._ — En 1889, nous étions passés, pour nous rendre

à Faraba, par Kéniéba et Sanougou ; connaissant donc cette

route, je me résolus cette fois à prendre celle de Sansando,

Dioulafoundoundi et Soukoutola. J’aurais ainsi visité tout le

Sintédougou. Donc, à 4 h. 15 du matin, nous nous mîmes en route

pour Sansando. Mon guide d’hier soir n’a eu garde d’être en

retard. Je crois même qu’il a couché non loin de la case où je

suis logé pour ne pas manquer l’heure du départ. Il est debout

le premier et organise lui-même le convoi. A environ un kilomètre

et demi de Faraba nous traversons le marigot de Senkouli-Kô, sur

les bords duquel se terminent les lougans du village. A six heures,

nous franchissons celui de Bokkolongo-Kô. A sept heures cinquante

minutes celui de Kelengo-Kô, à huit heures vingt-cinq celui de

Doudé-Kô et enfin à huit heures cinquante nous sommes à Sansando,

but de l’étape. La route s’est faite rapidement et les porteurs

ont très bien marché.

L’aspect du pays que nous traversons a complètement changé,

nous sommes en plein pays de montagnes, et de temps en temps nous

voyons enfin de larges horizons qui nous changent des mornes plaines

du Dentilia.

La route de Faraba à Sansando est loin d’être belle. Elle

présente de réels obstacles. C’est tout d’abord le Senkouli-Kô

que l’on a à traverser à un kilomètre et demi du village

environ. L’endroit où on le passe est absolument impraticable

pour les animaux et il nous faut aller plus loin pour trouver un

meilleur gué. A partir de ce point, la route traverse une plaine

qui ne présente aucun obstacle ; mais peu après, il faut franchir

des collines relativement élevées, par de véritables sentiers

de chèvres encombrés de roches qui rendent la route pénible pour

les hommes et les animaux. Le passage du marigot de Bokkolengo-Kô

ne présente pas de difficultés sérieuses. Il n’en est pas de

même de celui de Kelengo-Kô, dont le lit est profondément vaseux

et les bords à pic, couverts de roches ferrugineuses qui y forment

de véritables escaliers. Enfin, malgré ses bords glissants,

le Doudé-Kô se franchit assez facilement. En résumé, route

plutôt mauvaise que bonne. Au point de vue géologique, toujours

les mêmes terrains. La latérite cesse brusquement au marigot de

Senkouli-Kô, et à partir de là nous n’avons que des argiles dans

les plaines et des conglomérats ferrugineux sur les collines. La

latérite reparaît à environ un kilomètre du village de Sansando

et le monticule sur lequel il est construit n’est formé que de ce

terrain. — Au point de vue botanique, végétation d’une pauvreté

rare. Quelques karités rachitiques par ci par là, quelques fromagers

et de rares échantillons de lianes à gutta le long des marigots,

partout ailleurs la brousse dans tout ce qu’elle a de triste et

de désespérant.

_Sansando_, où nous faisons étape, est un petit village de

250 habitants environ. Sa population est uniquement formée de

Malinkés de la famille des Sisokos. C’est la résidence de

_Diourouba-Sisoko_, le chef du Sintédougou. Il habitait autrefois

Dioulafoundoundi, mais il quitta dernièrement ce village pour se

fixer à Sansando, où le sol est plus fertile.

Sansando est un village de peu d’importance. Il est presque

uniquement formé par les cases de la famille du chef et par celles

de ses captifs. Il est situé sur un petit monticule qui domine

une plaine de peu d’étendue, qui s’étend au pied d’un des

contreforts de la chaîne du Tambaoura qui traverse le Bambouck

du Nord au Sud, et que l’on aperçoit à l’horizon. Ce village

est complètement ouvert. Seules, les cases du chef sont entourées

d’un tata élevé et bien entretenu. Sansando est assez propre.

Le chef, Diourouba-Sisoko, est un vieillard d’environ 70 ans. Il me

reçut à merveille et me logea très bien dans une belle case située

au centre du village. Je m’y trouvai si bien que je décidai de

rester un jour de plus à Sansando ; car, après les fatigues que nous

avions éprouvées depuis Badon, nous avions tous besoin de repos.

De Faraba à Sansando la route suit une direction Est-Nord-Est, et

la distance qui sépare ces deux villages est d’environ dix-neuf

kilomètres.

Dans la Haute-Gambie · 第 49 / 54 段