_Hydrologie._ — Le Dentilia est faiblement arrosé. On n’y trouve

aucun grand cours d’eau, pas de fleuve, pas de rivière. Nulle

part on ne trouve d’eau courante pendant la saison sèche. Seuls,

quelques marigots forment tout son système hydrologique. A ce point

de vue, on peut le diviser en deux régions bien distinctes, une

région Ouest qui appartient au bassin de la Gambie et une région

Est qui fait partie de celui de la Falémé. La ligne de partage des

eaux qui sépare les bassins de ces deux grands cours d’eau est

peu marquée dans le Dentilia. Elle est à peine indiquée par une

petite série de collines peu élevées et l’on peut dire qu’en

certaines régions les marigots dépendant d’un bassin empiètent

sur l’autre. Je ne serais même pas éloigné de croire qu’en

certains endroits de petits marigots les font communiquer l’un

avec l’autre. Toutefois la ligne de démarcation pourrait être

à peu près déterminée comme il suit. Elle suit une direction

générale Nord-Ouest-Sud-Est et est à peu près dirigée dans le

sens du grand axe de l’ellipse dont le Dentilia a la forme. Au

Nord, elle commence à la mare de Temodalla et se dirige directement

au Sud jusqu’aux environs de Médina-Dentilia. Elle est indiquée

là par une chaîne de hauteurs assez élevées qui se prolonge au

Nord dans le désert de Coulicouna ; à environ cinq kilomètres au

Nord de Médina-Dentilia, elle oblique brusquement vers l’Est et

suit cette orientation pendant environ douze kilomètres. Là, les

collines s’affaissent sensiblement et nous ne trouvons plus que

de légères ondulations du sol. Le Vandioulou-Kô, qui dépend du

bassin de la Gambie, est parallèle à cette ligne pendant quarante

kilomètres. De ce point, elle se dirige au Nord-Est jusqu’aux

environs de Oualia. Elle oblique alors directement au Sud jusqu’à

Bandiciraïla, d’où elle se dirige au Sud-Est pendant trente

kilomètres pour obliquer ensuite vers le Sud et le Sud-Ouest en

passant non loin de Samé entre le Daguiri-Kô, qui appartient à

la Gambie, et le Samakoto-Kô, qui est de la Falémé. Dans tout ce

trajet cette ligne a environ 120 à 130 kilomètres de développement.

Dans la région Est, nous trouvons, dans sa partie Nord, un grand

marigot, le _Séniébouli-Kô_. Sa direction est à peu près

Sud-Nord. Il naît dans les environs de Bandiciraïla, dans le

Dentilia, où, dans la partie ultime de son cours, il s’étale en un

vaste marais. De là, il passe non loin de Diaka-Médina, et, après

avoir traversé la région Ouest du Bafé et le Sirimana dans toute sa

largeur, il se jette dans la Falémé. Il reçoit dans le Dentilia,

à l’ouest, le Marigot de _Sandoundou_, qui reçoit lui-même le

_Sacodofi-Kô_, lequel est formé par les eaux d’un grand nombre de

marigots de peu d’importance, qui arrosent la région Nord-Ouest

de ce pays. Plus au Sud nous trouvons le _Fao-Fao-Kô_, qui passe

à quatre kilomètres au Sud de Dalafi. Dans la même direction et

à trois kilomètres de ce dernier, se trouve le _Badanbali-Kô_. La

route de Dalafi à Diaka-Médina coupe ces deux marigots. A l’est

le Seniébouli-Kô ne reçoit dans le Dentilia qu’un seul marigot de

peu d’importance, le _Sama-Kô_, que l’on trouve à un kilomètre

et demi de Diaka-Médina, sur la route de Faraba.

On trouve encore dans le Dentilia un marigot important qui appartient

au bassin de la Falémé ; c’est le _Daléma-Kô_. Il forme,

dans une partie de son cours, la séparation entre le Dentilia

et le Koukodougou-Sintédougou, et se jette dans la Falémé, un

peu en aval de Faraba. Il reçoit un grand nombre de branches que

l’on traverse en allant de Diaka-Médina à Faraba. Elles n’ont

pas reçu de noms particuliers. Mentionnons enfin, tout-à-fait au

Sud-Est, le _Samakoto-Kô_, qui passe à Samécouta, un peu au nord

du Daléma-Kô, et qui se jette dans la Falémé, non loin du gué

de Komba-N’-Soukou.

La région Ouest du Dentilia est beaucoup plus arrosée. Nous

trouvons, en procédant du Sud au Nord, les marigots suivants :

Le _Kobali-Kô_, qui passe non loin de Kobali dans le Gounianta et

qui, dans la partie moyenne de son cours, forme la limite entre le

Dentilia et le Gounianta.

Le _Daguiri-Kô_, qui passe à Daguiri et naît entre Samé et Balori,

où il n’est qu’un vaste marécage. Il reçoit plusieurs branches,

dont la plus importante passe à Sanela.

Enfin le _Koumountourou-Kô_, le plus important de tous. Il

se forme non loin de Badioula, se dirige d’abord du Sud-Est

au Nord-Ouest jusqu’aux environs des ruines de Soutouto, puis

son cours s’infléchit vers l’Ouest-Sud-Ouest jusqu’à la

Gambie, dans laquelle il se jette à cinq kilomètres en aval de

Sillacounda. Il passe à peu de distance des ruines de Tasiliman. Dans

ce trajet il reçoit, en procédant de l’Ouest à l’Est, au Sud,

le _Niguia-Kô_, qui reçoit lui-même le _Douta-Kô_, et enfin le

Noukou-Kô. Au Nord, nous trouvons une branche importante dont la

direction est franchement Nord-Est et qui reçoit le _Faraba-Kô_

et le _Vandioulou-Kô_.

Ce dernier reçoit le _Samania-Kô_ et le _Bancoroti-Kô_, qui passe

à quelques centaines de mètres à l’Ouest de Médina-Dentilia,

qu’il contourne du Nord-Est au Nord-Ouest en passant par le Sud

du village. Le Vandioulou, dans la partie la plus Est de son cours,

passe à Oualia. Tous ces marigots reçoivent, en outre, un grand

nombre d’autres petits cours d’eau insignifiants qui sont à

sec pendant la belle saison et auxquels les habitants n’ont pas

donné de noms spéciaux.

Dans tous les villages du Dentilia, on ne fait usage que de l’eau

des puits. Elle est très bonne. La nappe d’eau souterraine

se trouve très profondément, à 20 ou 25 mètres suivant les

régions. Les eaux des puits peuvent donc être considérées comme

des eaux d’infiltration, et comme les couches de terrain qu’elles

traversent ne renferment aucun principe nuisible, il en résulte

qu’elles sont excellentes pour tous les usages domestiques.

La plupart des marigots sont complètement desséchés pendant la

belle saison. Seules, les branches principales contiennent un peu

d’eau croupissante. Ils sont rares ceux dans lesquels on trouve

de l’eau courante. Cela se comprend aisément, car ils sont tous

fort éloignés de la source qui les alimente. Mais, pendant la

saison des pluies, ils se remplissent rapidement, débordent et

envahissent les plaines qu’ils arrosent. Dès que les pluies, ont

cessé, ils se vident aussi vite qu’ils s’étaient remplis. Ils

suivent en cela le régime des eaux du fleuve ou de la rivière dont

ils sont tributaires.

_Orographie._ — L’orographie du Dentilia est des plus

sommaires. Nous n’avons là aucun système bien défini. A peine

quelques collines sillonnent-elles ces plaines arides et incultes

pour la plupart, reliefs peu importants, du reste. A l’Ouest,

cependant, nous trouvons la chaîne de collines qui forme la

limite Est du désert de Caulicouna. Cette chaîne émet des

contre-forts qui longent les marigots qui vont se jeter dans le

Koumountourou-Kô. L’un de ces contre-forts passe même non loin

de Médina-Dentilia, au Nord, et se termine dans la plaine qui

s’étend à l’Est de ce village.

Si le Dentilia n’a pas de système orographique bien déterminé,

il est un fait pourtant constant qu’il est bon de signaler. C’est

le suivant, à savoir que les marigots coulent tous dans des vallées

que bordent de petites collines peu élevées (huit à dix mètres,

au plus) et qui sont parallèles à leur cours. Des villages sont

construits sur de petits monticules et l’on rencontre dans ce

pays comme partout ailleurs dans cette partie de l’Afrique de

ces collines isolées au milieu des plaines, de peu d’étendue

et de peu d’élévation et qui sont absolument indépendantes de

tout système.

La région Ouest est de beaucoup la plus accidentée. Dans les autres

régions, le pays est absolument plat ou ne présente que des reliefs

de terrains sans aucune importance. Ce ne sont, pour ainsi dire,

que de légères ondulations à peine sensibles.

_Constitution géologique du sol._ — Au point de vue géologique,

on peut rattacher à la période secondaire, la formation du sol du

Dentilia tout entier. Les collines que l’on y rencontre dans la

région Ouest ont dû émerger au commencement de cette période. Nul

doute, en effet, que toute cette région n’ait été couverte par

les eaux. Car les roches que l’on y rencontre partout sont usées,

limées et tout indique qu’elles ont été pendant de longues

années submergées et battues par les flots. Quant aux plaines de

la partie centrale ce ne doit être que longtemps, fort longtemps

après qu’elles se sont découvertes. Quant aux rares alluvions

que l’on y rencontre par ci par là, elles sont généralement peu

épaisses et sont surtout formées par le limon que, chaque année,

en se retirant, les eaux déposent sur les bords des marigots. Elles

recouvrent, presque partout, un sous-sol de terrain argileux ou de

terrain ardoisier. Quant à l’humus il fait absolument défaut.

Le sous-sol du Dentilia est formé des mêmes éléments que

celui des pays voisins. Ici du terrain ardoisier, là du terrain

ferrugineux. Les roches que l’on y rencontre sont, du reste,

absolument caractéristiques. Dans les terrains ardoisiers,

ce sont des schistes, ardoisiers et lamelleux surtout, dans les

terrains ferrugineux ce sont des quartz, des grès soit simples,

soit ferrugineux et alors fortement colorés en rouge, et enfin

des conglomérats à gangue silico-argileuse. Ces collines sont

généralement formées de ces deux dernières roches.

La croûte terrestre ne s’est pas non plus sensiblement

modifiée. Les argiles compactes, imperméables, alternent avec

la latérite, mais cette dernière est de beaucoup la moins

fréquente. On ne la trouve qu’autour des villages.

Quant à la distribution des deux sortes de terrain, elle est des

plus simples. Au centre du pays la latérite, c’est la partie

fertile. Tout autour les argiles compactes recouvrant un sous-sol

de terrain ardoisier ou bien un sous-sol formé de grès, quartz

et conglomérats ferrugineux. En maints endroits, la roche émerge

du sol et forme de vastes plateaux absolument arides. La couche

d’argiles est beaucoup plus épaisse au Sud et à l’Est que dans

les autres parties.

Le fond des marigots, vaseux dans la région Ouest, est plutôt

rocheux dans la région Est. Leurs bords sont, en général, argileux

ou couverts de limon, taillés à pic et difficiles à franchir.

De la surface du sol à la nappe d’eau souterraine, les couches

des différents terrains sont ainsi disposées : 1o une couche

d’argiles ou de latérite plus au moins épaisse ; 2o Schistes

ou grès, quartz et conglomérats ferrugineux ; 3o Sable quartzeux

et siliceux ; 4o Argiles ; 5o Nappe d’eau souterraine reposant en

général soit sur le sable qui est rare, soit sur des argiles. Il

résulte de cela que les puits dont le fond est de sable donnent,

en toutes saisons, une eau limpide et claire et, au contraire,

ceux dont le fond est argileux ont une eau de couleur blanchâtre

fortement chargée de matières terreuses, pendant la saison des

pluies principalement. Il est facile de les en débarrasser en les

laissant reposer en décantant et, enfin, en filtrant, si toutefois

on a ce qu’il faut à sa disposition.

Du fait que, dans certaines régions, on a trouvé, en certains

endroits, quelques échantillons de roches granitiques, on a cru

devoir en conclure que certaines parties du Soudan appartenaient à

la période primitive. On pourrait le dire du Dentilia également,

car nous avons vu plus haut que nous avions trouvé aux environs de

Médina-Dentilia d’énormes blocs de beau granit gris. La présence

de ces roches dans des terrains qui appartiennent à une période de

formation géologique tout différente de celle à laquelle elles sont

généralement rattachées peut s’expliquer aisément. Il n’y a

pour cela qu’à les examiner attentivement. Elles ne forment pas,

en effet, de bancs réguliers inhérents au sol environnant. Ce ne

sont pas de ces couches rocheuses caractéristiques des terrains

de la période primitive qui s’étendent au loin sous la croûte

terrestre et forment parfois de véritables montagnes. Ce sont des

blocs isolés, plus ou moins volumineux, noyés dans des argiles,

comme nous l’avons remarqué à Irimalo sur la Falémé, ou

bien entourés de toutes parts de grès ou de quartz ou même de

terrain ardoisier, comme cela existe à Médina-Dentilia. De plus,

pas la moindre arête, par la plus petite rugosité. Elles sont, au

contraire, lisses et polies comme si elles sortaient des mains d’un

bon ouvrier. Très glissantes, les chevaux n’y marchent qu’avec

mille précautions. Tout cela nous permet de conclure qu’elles

ont été déposées là par les flots alors que le pays était

encore complètement couvert par les eaux. Ce sont de véritables

blocs erratiques sur lesquels la mer immense qui les a recouverts

pendant des milliers d’années a laissé son empreinte ineffaçable.

_Climatologie._ — Nous n’aurons que quelques mots à ajouter à

ce que nous venons de dire sur l’hydrologie, l’orographie et la

constitution géologique du sol du Dentilia, pour faire connaître

quel doit être son climat. Par sa latitude et sa longitude, ce pays

se place naturellement dans les climats chauds. Le régime de ses

eaux, le peu de profondeur de la nappe souterraine en font un foyer de

paludisme. Et si nous ajoutons que, vu la presque imperméabilité

de son sol, les eaux qui tombent à sa surface n’étant pas

absorbées, finissent par croupir et ne disparaissent que lentement,

par évaporation due à la chaleur solaire, on sera convaincu que

ce pays est peu habitable pour une race humaine autre que celle

qui le possède. Le blanc ne s’y pourrait pas acclimater. Disons,

en plus, que rien ne le protège contre l’action des vents. Son

système orographique est presque nul, aussi est-il exposé, sans

aucune défense, aux vents brûlants d’Est et de Nord-Est pendant

la saison sèche, et, pendant l’hivernage, aux vents humides et

malsains du Sud et du Sud-Ouest. Son climat ne diffère, en un mot,

de celui des autres parties du Soudan qu’en ce que la saison des

pluies y est plus longue que dans les régions septentrionales.

_Flore._ — _Productions du sol._ — _Cultures._ — La Flore

du Dentilia est peu riche, surtout dans les plaines argileuses de

l’Ouest et de l’extrême Est. Ce n’est que dans les terrains

à latérite que la végétation est un peu plus active. Les bords

des marigots sont également très favorisés sous ce rapport.

Le karité, qui est très rare dans les plaines de terrain argileux,

est, au contraire, très abondant dans les terrains ferrugineux et à

latérite. Nous en avons vu dans la plaine de Médina-Dentilia qui

atteignaient des dimensions fort respectables. Beaucoup étaient en

fleurs. Il y aurait là une source énorme de richesse pour le pays ;

mais il faudrait avoir affaire à d’autres gens qu’à des Noirs

et surtout à des Malinkés. D’une façon générale, on peut dire

que ce végétal est très abondant dans les régions qu’il habite.

Les lianes à caoutchouc (_Vahea_), qui manquent absolument dans

la région Ouest, sont très abondantes dans le reste du pays

et surtout le long des marigots. On les trouve également sur les

plateaux rocheux et ferrugineux. Mais elles sont moins développées

dans ces sortes de terrains que dans le limon qui couvre les bords

des marigots.

Mentionnons encore quelques palmiers le long des cours d’eau,

quelques caïl-cédrats et surtout une énorme quantité de fromagers

un peu partout. Quand nous y sommes passés, au mois de janvier, ils

étaient en fleurs. Les Légumineuses sont assez rares. Nous avons

remarqué cependant quelques nétés et quelques mimosées. Ces

dernières se rencontrent surtout dans les plaines désertes et

incultes de l’Est et de l’Ouest. Le gommier y est inconnu.

On peut dire que, dans le Dentilia, tout ce qui était cultivable est

cultivé. Partout où le sol a permis de faire un lougan, le noir

l’a fait. Mais c’est surtout autour des villages qu’ils sont

nombreux et bien entretenus. Tout ce qui entre dans l’alimentation

du noir y est cultivé, mil, arachides, maïs, etc., etc. Peu de riz,

le terrain n’étant pas propice à la culture de ce végétal,

mais, par contre, de beaux champs de coton et d’indigo. Autour

des villages se trouvent de nombreux jardinets entretenus avec soin

et où les femmes et les enfants cultivent des oignons et du tabac,

dont les Malinkés sont, nous le savons, très friands.

Les lougans sont cultivés en sillons quand la quantité de terre

végétale le permet ou bien en petits monticules d’environ 40

centimètres de diamètre. Toutes ces précautions sont prises pour

permettre aux eaux de séjourner plus longtemps autour des semis. Ils

sont parfaitement entretenus et on n’y voit aucune mauvaise

herbe. Aussi les récoltes sont-elles toujours fort abondantes.

_Faune. Animaux domestiques._ — La Faune du Dentilia diffère

peu de celle des autres pays du Soudan. Ce sont toujours les mêmes

animaux. Parmi les carnassiers, le lion, la panthère, la hyène,

le lynx, le chat-tigre. Les animaux non nuisibles sont représentés

par les antilopes de toutes variétés, biches, gazelles, bœufs

sauvages, etc., etc. Enfin, dans les régions de l’Est et de

l’Ouest, on rencontre encore l’hippopotame et l’éléphant. Ce

dernier commence à y devenir fort rare. Le sanglier, par contre,

y est très commun. Les pintades et les perdrix grises y sont très

nombreuses et leur chair est excessivement savoureuse.

Les Malinkés du Dentilia sont de grands éleveurs de bestiaux et

chaque village possède un troupeau de bœufs fort nombreux. On y

trouve les deux espèces, la grande et la petite ; mais la première y

est plus commune que la seconde. Citons encore les moutons, chèvres

et poulets, qui abondent dans tous les villages.

_Populations. Ethnographie._ — La population du Dentilia, sauf trois

villages, est uniquement formée de Malinkés : les Diakankés y sont

peu nombreux. D’après la tradition, il a été colonisé par une

seule famille, les Damfakas. Venus du Manding dans le Bambouck, lors

de la seconde grande migration Malinkée, avec Noïa-Moussa-Sisoko,

ils se fixèrent d’abord dans le Bambougou et de là émigrèrent

dans le Dentilia qu’ils peuplèrent peu à peu. La légende dit

qu’étant allés un jour à la chasse aux bœufs et aux éléphants,

plusieurs guerriers de cette famille avaient poursuivi à travers

le Diébédougou, le Bafé et le Sirimana, un troupeau de ces gros

animaux. Ils avaient traversé la Falémé aux environs du petit

village de Kolia et étaient arrivés ainsi au centre du Dentilia

alors complètement inhabité. Captivés par la fertilité relative

du terrain et surtout par sa situation isolée qui leur permettrait

d’échapper aux envahisseurs qui continuaient à venir de l’Est,

ils étaient revenus par le Konkodougou dans leur pays et avaient

entraîné à leur suite toute leur famille, malgré tout ce

qu’avait pu faire Moussa-Sisoko pour les retenir. On dit même que

celui-ci, voulant les retenir de force, avait saisi par l’oreille

le chef des Damfakas, mais que ce dernier, ne voulant plus habiter

le Bambougou et désirant à toutes forces s’affranchir de toute

domination, fit un mouvement si brusque pour se délivrer des mains

de Moussa, que son oreille resta entre les doigts de ce dernier. Ce

que voyant, tous les membres de la famille s’enfuirent avec leur

chef, et, guidés par leurs chasseurs, arrivèrent dans ce Dentilia,

sans encombre, où ils se fixèrent. Depuis cette époque, on chante

dans presque tous les tam-tams, pour perpétuer le souvenir de ce

fait, une sorte de complainte dont les premiers mots sont : « Tu ne

t’en iras pas, je te tiens par l’oreille ». Je n’ai jamais pu

obtenir la traduction du reste. Cette légende m’a été racontée

dans le Bambouck par un vieux griot de Nanifara (Bambougou).

Du jour où ils sont venus l’habiter, les Damfakas n’ont pas

quitté le Dentilia. Il leur a toujours appartenu et ils l’ont

toujours dirigé. Les uns sont musulmans et les autres non. Mais

il est facile de constater combien la religion du prophète y fait

chaque année de rapides progrès. Aujourd’hui, buveurs de dolo et

marabouts sont à peu près en nombre égal ; mais ce jour n’est

pas éloigné où tous feront salam.

Peu après leur installation, on ne tarda pas à apprendre dans le

Bambouck combien la nouvelle colonie était prospère et quelle

sécurité y régnait. Aussi, bon nombre de familles malinkées

quittèrent elles le Bambouck pour venir habiter avec les Damfakas ;

c’est ainsi que nous trouvons dans le Dentilia des Cissés et des

Camaras qui sont musulmans, des Dabos et même des Sisokos qui ne le

sont pas. Ils n’ont pas formé de villages spéciaux, et habitent

avec les Damfakas avec lesquels, par des unions fréquentes, ils

finiront par se confondre.

A quelle époque l’islamisme fit-il sa première apparition dans ce

pays, nous ne saurions le dire ? Tout porte à croire cependant que

cette date est encore très récente, car leur religion est encore

mélangée de pratiques et de superstitions que nous retrouvons

vivaces chez les Malinkés qui ne se sont pas encore convertis.

La population entière du Dentilia est d’environ neuf mille

habitants. Ce pays, comme on le voit, est relativement peu habité,

mais si l’on ne tient compte que de la partie où s’élèvent les

villages, la population y est au contraire très dense. Relativement

à sa superficie totale, il n’y aurait que deux habitants par

kilomètre carré. Mais la partie habitée n’ayant, à peu près,

que 1,200 kilomètres carrés de superficie, la population y aurait

une densité de 7 habitants par kilomètre. Voici la liste des

villages Malinkés du Dentilia :

_Villages Malinkés du Dentilia._

Médina-Dentilia. Dioulafoundou.

Badioula. Nafadgi.

Sekoto. Sita-counda.

Sekoto-Kokaba. Dalafi.

Saraïa. Diacorea.

Bandiciraïla. Barbri-Médina.

Sanela. Gondoko.

Barocoumbaïa. Baïtillaë.

Binéa. Diabérécoto.

Bembou. Bani-Bani.

Samé. Daloto.

Outre ces village Malinkés, il existe encore dans le Dentilia trois

autres villages qui sont habités par des Diakankés venus du Bondou,

chassés par les exactions des Almamys. Ce sont :

_Samécouta._ — _Balalori._ — _Diaka-Médina._

Les villages Malinkés du Dentilia n’ont pas l’aspect que

présentent les autres villages de cette race. Ils sont plus propres

et mieux entretenus. Le mode de construction des habitations et

des tatas est le même. Nous l’avons décrit plus haut. Nous n’y

reviendrons pas. Quant à l’intérieur des villages, il est toujours

et dans tous d’une saleté repoussante. Les rues sont couvertes

d’immondices de toute nature et, seuls, les chiens sont chargés

du service de la voirie.

Le Malinké, buveur de dolo, est là ce qu’il est partout ailleurs,

sale, puant, dégoûtant, suant la vermine, vantard, pillard,

paresseux et ivrogne fieffé.

Tout autre est le Malinké musulman ; il est un peu plus policé. Il

est plus propre et ne boit jamais, du moins en public. Il ne vaut

certes pas mieux que ses congénères. Il est comme lui vantard

et paresseux. Par contre, il est beaucoup plus brave. Mais il est

supérieurement hypocrite et sait cacher ses défauts sous des dehors

plus séduisants et moins repoussants.

Les villages Diakankés sont tous ouverts et démunis de tatas. Ils

sont un peu plus propres que les villages Malinkés et les cases en

ruines y sont moins communes. Leurs habitants y vivent tranquilles,

cultivant leurs lougans, élevant leurs troupeaux et pratiquant en

paix leur religion. Les Diakankés sont tous musulmans fanatiques. Ils

sont excessivement hospitaliers, comme tous les noirs, du reste, en

général. Contrairement aux Malinkés, ils se livrent rarement au

pillage des dioulas et des caravanes qui viennent se reposer chez eux.

_Situation et organisation politiques._ — Il n’y a pas dans

le Dentilia de chef du pays, de Massa, comme dans les autres Etats

Malinkés dont nous avons fait l’histoire plus haut. Chaque village

règle ses affaires comme bon lui semble, sans que personne ait

à s’en occuper en quoi que ce soit. Le chef du village est, en

principe, omnipotent, mais, en fait, il ne jouit absolument d’aucune

autorité, comme cela a lieu dans tous les villages Malinkés. Les

vieillards et les chefs de case forment auprès de lui une sorte de

conseil, dont il peut parfaitement ne pas suivre les avis. Mais de

tous les habitants du village, celui qui a le plus d’influence

auprès du chef est son griot. Le forgeron jouit bien de quelques

prérogatives aussi, mais moins que le griot. Celui-ci donne son avis

dans toutes les affaires publiques et souvent même dans les affaires

privées du chef, et il est rare qu’il ne soit pas suivi. Il peut

tout dire et tout faire, certain d’avance d’être pardonné.

Malgré ce désordre apparent, il n’y a guère de contestations

de village à village. Cela tient à ce que les chefs sont tous de

la même famille, et que tout se règle à l’amiable. Lorsqu’il

s’agit de faire une expédition de guerre quelconque, ce qui est

excessivement rare, je me hâte de le reconnaître, chaque village

fournit son contingent qui est commandé par son chef ou par un

guerrier que celui-ci a désigné. Nous n’avons pas besoin de dire

que c’est la confusion à son plus haut degré.

Dans la Haute-Gambie · 第 48 / 54 段