4o _Peulhs._ — Les Peulhs du Niocolo ne ressemblent en rien aux

Peulhs du Ouli ou du Sandougou. Ils sont venus du Fouta-Diallon à la

suite des envahisseurs, lorsque le Niocolo fut soumis à l’autorité

de l’almamy. Ils forment un grand nombre de villages situés dans

la partie Sud du pays, et là, ils se livrent plutôt au brigandage

qu’aux travaux des champs.

Le Peulh de Fouta-Diallon est peut être la pire des races

africaines. C’est le voleur de grand chemin et le pillard par

excellence. Musulman enragé, et sous prétexte de religion,

il se livre à toutes les rapines possibles, aussi bien sur ses

coreligionnaires que sur les infidèles. Ils poussent leurs incursions

jusque dans le Tenda, le pays de Gamon et même le Koukodougou. Il

serait grandement temps de mettre fin à tout cela et de protéger

enfin d’une façon plus efficace ceux que, par traités, nous

avons promis de protéger.

Les Peulhs du Niocolo vivent en paix avec les autres populations du

pays, mais, il n’y a pour ainsi dire aucun rapport entre eux. Chacun

reste chez soi. Voici la liste de leurs villages :

_Villages Peulhs du Niocolo :_

Fadiga. Landé.

Marougou. Tiokitian.

Sakoto. Deloum.

Lacourou. Iméré.

Bandofassi. Etiessé.

Itato. Anrabol.

Pataschi. Bokari.

Koudio. Bandé.

Landieni. Saréfitari.

Niompaya.

_Situation et organisation politiques actuelles._ — Le Niocolo,

avons-nous dit, est tributaire du Fouta-Diallon. La conquête de

ce pays par les almamys s’est faite bien aisément et voici dans

quelles circonstances. C’est à l’époque où il n’y avait

encore dans le Niocolo que des Malinkés ; car les autres peuples

sont venus bien après.

Lorsqu’après la mort de Boubou-Malick-Sy, fils de Malick-Sy,

le fondateur de la dynastie Sissibé du Bondou, ce pays fut livré

en proie aux Malinkés du Bambouck ; Maka-Guiba, héritier de son

oncle, fit demander du secours aux almamys du Fouta-Diallon, ses

cousins, pour reconquérir le royaume de Malick-Sy. On comprend

que ceux-ci ne laissèrent pas échapper une si belle occasion de

se livrer quelque peu au pillage. Ils réunirent donc une forte

colonne et se mirent en route pour le Bondou, pillant et ravageant

tout sur leur passage. Ils arrivèrent ainsi dans le Niocolo. Les

guerriers Malinkés voulurent entrer en campagne contre eux, mais

les vieillards calmèrent leur ardeur en leur faisant remarquer

que le Fouta-Diallon était bien près et bien plus fort qu’eux

et qu’ils finiraient toujours par succomber dans une lutte aussi

inégale. Il valait donc mieux ne pas s’exposer à la colère de

l’almamy et se soumettre à son autorité. Chose qui fut faite,

et, depuis cette époque, le Niocolo est tributaire et vassal du

Fouta-Diallon. Les populations qui vinrent s’y établir dans

la suite acceptèrent une situation déjà existante et payèrent

également l’impôt. C’est également à cette époque que des

Peulhs du Fouta-Diallon vinrent s’établir dans le Sud du Niocolo et

y fondèrent les villages dont nous avons donné plus haut la liste.

La véritable autorité dans le pays est donc celle du Fouta-Diallon

et elle s’exerce spécialement pour recueillir l’impôt et

pressurer les populations qui lui sont soumises.

Le chef des Malinkés, qui réside à Dikhoy, ne jouit absolument

d’aucun pouvoir. C’est, du reste, la coutume dans les pays

Malinkés. On vient parfois lui demander son avis dans certaines

contestations entre villages ou entre particuliers ; mais il est

rarement suivi. En résumé, c’est un chef qui n’en a que le nom.

Les autres villages, Peulhs, Sarracolés, Diakankés s’administrent

comme bon leur semble. Chez les Diakankés, le chef de Sillacounda

jouit d’une autorité assez respectée des autres villages ; car

les quatre villages Diakankés sont tous habités par les membres

de la même famille.

En résumé, au point de vue politique, il n’y a réellement

qu’une autorité dans le Niocolo, la volonté de l’almamy de

Timbo. Nous avons dit plus haut comment elle s’exerçait. Sauf la

question de l’impôt, rien n’est réglé. C’est l’anarchie

et le désordre par excellence.

Par suite du traité passé avec le Fouta-Diallon, le Niocolo se

trouve également placé sous le protectorat de la France. Les

habitants du pays voudraient bien nous voir intervenir en leur

faveur contre leurs tyrans, mais il serait difficile de faire

quoi que ce soit pour eux sans se heurter contre l’autorité de

l’almamy. Malgré tout, il est temps qu’une solution intervienne,

car nos caravanes et nos marchands sont littéralement dépouillés

par les droits exorbitants que l’on exige d’eux.

_Rapports du Niocolo avec les pays voisins._ — Bien que le Niocolo

soit tributaire du Fouta-Diallon, bien qu’il fasse partie du

grand empire Peulh, ses habitants ne sont nullement protégés

par les Peulhs, bien au contraire. Ils n’ont du protectorat

que les charges sans en avoir les avantages, et ses villages,

quand ils sont attaqués, ne sont jamais défendus. On ne vient

jamais à leur secours. Aussi, leurs voisins ne se gênent ils

guère avec eux et ils n’ont pas échappé aux attaques des

almamys du Bondou. Aussi, en décembre 1869, sous prétexte que

les gens de Marougoucoto avaient pillé une caravane du Bondou,

ce qui pouvait bien être vrai, Boubakar-Saada, l’almamy, vint

attaquer ce village et s’en empara aisément. La moitié de la

population se sauva et le reste fut emmené en captivité. Quelque

temps après, Boubakar autorisa ceux qui lui avaient échappé à

reconstruire Marougoucoto. Mal lui en prit, car en 1875, ce village

s’étant repeuplé et son tata ayant été solidement reconstruit,

les habitants recommencèrent leurs brigandages et pillèrent sans

merci tous les dioulas et toutes les caravanes venant du Bondou

ou du Galam et qui s’aventuraient à leur portée. L’almamy

Boubakar leur envoya deux de ses meilleurs guerriers pour leur

enjoindre d’avoir à cesser d’harceler sans cesse ses sujets,

et leur déclarer qu’en cas de refus il marcherait immédiatement

contre eux. Le chef du village lui fit répondre que « s’il était

le maître à Sénoudébou, lui il commandait à Marougoucoto, et

que si les gens du Bondou voulaient passer par son village pour se

rendre au Fouta-Diallon, sans payer l’impôt que toutes les autres

caravanes acquittaient sans récriminer, il continuerait à le leur

faire payer de force ». De plus ses émissaires ne furent même pas

autorisés à se reposer dans le village. On ne leur donna même pas

une calebasse d’eau pour se désaltérer et ils furent reconduits

sous bonne escorte jusque sur la rive droite de la Gambie. Cette

façon de procéder, si contraire à toutes les coutumes noires,

équivalait à une déclaration de guerre. Boubakar, à bon droit, le

comprit ainsi et se prépara à aller châtier ces insolents. Il fit

alors appel à ses alliés du Gadiaga, du Kasso et du Logo, réunit

une forte colonne et entra immédiatement en campagne. L’armée

coalisée traversa la Gambie au gué de Tomborocoto et vint tomber

sur Marougoucoto dans les premiers jours d’avril 1875. Mais les

habitants étaient prévenus et se tenaient sur leur garde. Suivant

une tactique assez commune chez les Malinkés, ils n’attendirent

pas l’ennemi à l’abri de leurs murs et s’avancèrent contre

Boubakar pour lui barrer la route. Du gué de Tomborocoto, la

route suit un défilé que dominent de chaque côté des collines

relativement élevées. Elle est de plus littéralement encombrée de

roches qui la rendent difficilement praticable. Embusqués derrière

les rochers et dans la forêt, ils attaquèrent à l’improviste

l’armée coalisée. Malgré une vigoureuse défense, Boubakar fut

obligé de battre en retraite, ses troupes se débandèrent et se

précipitèrent en désordre vers le gué de Dina (c’est ainsi que

les Toucouleurs appellent le gué de Tomborocoto). Poursuivies à

outrance par les guerriers de Marougoucoto et leurs alliés, c’est

à peine si elles purent franchir la Gambie sous le feu des ennemis

embusqués derrière les rochers des collines environnantes. Boubakar

et Ousman Gassy, son fils, ne purent, malgré leurs efforts, arriver

à rallier leurs hommes et furent obligés de s’enfuir à bride

abattue pour échapper aux balles des Malinkés.

Dans cette journée, Boubakar perdit environ deux cents hommes,

parmi lesquels un de ses neveux, Sidy-Amady-Salif, de la branche

des Sissibés de Koussan-Almamy, et un des captifs de la couronne

qu’il affectionnait le plus, Saada-Samba-Yassa.

Depuis cette époque, aucune guerre n’a désolé le Niocolo. Les

Malinkés qui l’habitent vivent en paix avec leurs voisins

du Badon. Ils sont, du reste, de la même famille, ce qui

cependant ne serait pas une raison. Il en est de même avec

le Dentilia. D’ailleurs, ils ne se sentent plus assez forts

pour essayer de brigander sur les routes comme ils le faisaient

jadis. Opprimés comme ils le sont par le Fouta-Diallon, ils

ne peuvent plus se permettre quoi que ce soit. Autrefois ils

se livraient à un pillage en règle des caravanes qui passaient

par leur pays. Tomborocoto et Marougoucoto avaient à ce sujet une

réputation universelle au Soudan. Mais depuis quelques années,

depuis que nous nous sommes occupés, bien peu pourtant, de leurs

affaires, les vols ont cessé. Les autorités du Fouta-Diallon y

ont mis bon ordre. Nous avons vu quelles étaient leurs relations

avec les Peulhs du Sud. Je crois bien qu’ils préféreraient les

voir ailleurs que là où ils sont ; mais ils ne peuvent rien dire,

ce sont les maîtres.

Les Diankankés vivent absolument à part et n’ont avec les

Malinkés que les relations qu’un peuple musulman peut avoir avec

un peuple qui ne l’est pas.

Quant aux Sarracolés, ces juifs de l’Afrique, ils sont bien avec

tout le monde, pourvu qu’ils en tirent profit et bénéfices,

si petits qu’ils soient.

Nous avons vu ce que sont les Peulhs, voleurs, pillards, brigands dans

toute l’acception du mot. Il serait temps de leur couper les ailes.

_Rapports du Niocolo avec les autorités françaises._ — Les

rapports du Niocolo avec les autorités françaises sont nuls. Cela

se comprend ; nous ne pouvons avoir avec ce pays que des relations

absolument indirectes. Les Malinkés, Sarracolés, Diakankés nous

verraient avec plaisir intervenir d’une façon plus efficace dans

les affaires de leur pays. Aussi lorsqu’ils voient un représentant

quelconque de l’autorité française, le traitent-ils avec les

plus grands égards.

Quant aux Peulhs, il ne faut pas l’oublier, ce sont des émigrés

du Fouta-Diallon et ils reçoivent le mot d’ordre de ce pays ;

le fait suivant suffira amplement pour prouver quelles sont leurs

façons de penser à notre égard. Me trouvant à Gamon, le chef

vint se plaindre à moi de ce que les Peulhs du Niocolo et du Tamgué

venaient jusque sous les murs du village voler leurs enfants, femmes,

captifs et bœufs. Je lui exprimai mon étonnement de ce fait, car,

lui dis-je, ils savent parfaitement que Gamon est Français. « Ah

bien oui, me répondit-il, ils s’en moquent pas mal et si on les

interroge à ce sujet, ils vous répondent qu’ils ne connaissent pas

ce que c’est. Il n’y a pour eux que des villages Malinkés. Aussi

ne se gênent-ils pas pour venir sur notre territoire continuellement

piller, voler et brigander à outrance ». Pour être convaincu de

la chose, il suffit d’interroger à ce sujet les gens du Tenda, du

Gamon, du Dentilia et même du Koukodougou. Tous s’en sont plaints

à moi et m’ont déclaré que, depuis quelque temps surtout, la

présence de ces brigands-là dans le pays leur rendait la situation

absolument intolérable.

_Le Niocolo au point de vue commercial._ — _Conclusions._ —

Le Niocolo, par sa situation géographique, a, au point de vue

commercial, une importance énorme au Soudan. C’est, en effet, par

le Niocolo que passent la plupart des routes qui mènent du Bambouck,

du Bondou, du Tenda, du Ouli, etc., etc., au Fouta-Diallon, routes

qui, par conséquent, font communiquer nos comptoirs du Sénégal avec

ce grand pays. De plus, c’est dans le Niocolo à Kédougou surtout

que les dioulas du Nord viennent faire leurs achats de kolas. On

peut dire, à ce point de vue, que Kédougou est l’entrepôt

de tout le commerce du Nord avec le Fouta-Diallon. Les almamys

l’ont bien compris, aussi celui qui règne actuellement vient-il

d’établir à Sakoto une sorte de douane à l’usage des dioulas

spécialement. Qu’ils aillent au Fouta-Diallon ou qu’ils en

reviennent, il faut payer à l’entrée comme à la sortie, et les

droits ne sont pas minimes. Ainsi c’est une pièce de guinée par

charge d’âne et une demi-pièce par charge d’homme, soit environ

20 francs et 10 francs. C’est le fils lui-même de l’almamy qui

dirige ce service de trésorerie. Je n’ai pas besoin de dire qu’il

en profite pour pressurer le pays d’une façon épouvantable.

Comme on le voit, l’importance commerciale du Niocolo est

capitale. On devrait s’occuper un peu plus de cette question

que nous ne l’avons fait jusqu’à ce jour. Ce qu’il importe

surtout pour favoriser le commerce, c’est de supprimer toutes ces

douanes et de réprimer le brigandage. Pour arriver à ce résultat,

il n’y a qu’un moyen, je le répète, mettre définitivement la

main sur le Fouta-Diallon.

* * * * *

[Illustration : _Dentilia_]

CHAPITRE XXIII

Départ de Laminia. — Souhaits de bon voyage. — Pratique

religieuse à ce sujet. — De Laminia à Médina. — Dentilia. —

Route suivie. — Extraction du fer. — Hauts-fourneaux. —

Description de la route. — Géologie. — Botanique. — Le

_Diabé_. — La _Fève de Calabar_. — Arrivée à Médina. —

Dentilia. — Le pavillon tricolore. — Belle réception. —

Orchestre original. — Description du village. — En route pour

Saraia. — Route suivie. — Bembou. — Badioula. — Description

de la route. — Géologie. — Botanique. — Les _ficus_. —

Le _Séno_. — Les _Strophanthus_. — Arrivée à Saraia. —

Le village. — Un mariage chez les Malinkés. — Départ pour

Dalafi. — Beaux lougans. — Le Caoutchouc. — Arrivée à

Dalafi. — Mensonges des habitants. — Respect des Indigènes pour

les bœufs blancs. — En route pour Diaka. — Médina. — Route

suivie. — L’Anacarde. — Cordiale réception.

_20 Janvier 1892._ — La nuit que nous passâmes à Laminia

fut relativement chaude. Le vent du Nord-Est n’a pas cessé de

souffler. Ciel clair et étoilé. Au réveil pas le moindre nuage. Le

soleil se lève brillant. Brise de Nord-Est. Température chaude. Pas

de rosée. Nous avons une longue étape à faire. Aussi je réveille

mon monde dès deux heures et demie du matin. Malgré l’heure

matinale les préparatifs du départ se font très rapidement. Les

porteurs sont réunis à l’heure dite, et, par un beau clair de

lune, nous nous mettons en route à trois heures du matin.

Le chef et les principaux notables n’ont pas voulu me laisser

partir sans venir me serrer la main et sans me souhaiter un bon

voyage. Même ceux de Sillacounda sont restés passer la nuit

à Lamina pour me saluer encore au moment où j’allais les

quitter. Tous me remercièrent sincèrement du petit cadeau que

je leur fis. J’aurais bien voulu leur donner davantage pour

les défrayer un peu des dépenses qu’ils avaient faites pour

me recevoir ; mais ma pacotille commençait singulièrement à

s’épuiser et il me fallait songer aussi à la longue route qui

me restait à faire avant d’arriver dans un de nos postes où

je pourrais me ravitailler. Car, dans ce pays, pour être bien vu,

il faut donner, toujours donner.

Ce n’est, en effet, que par la force ou par force cadeaux que

l’on peut conserver son prestige dans ces régions. Un chef doit

être puissant ou généreux. Voyageant sans escorte, il me fallait

donc, pour me faire respecter, puiser sans cesse dans mes modestes

provisions. « Les cadeaux entretiennent l’amitié », disons-nous

en France. Nulle part, plus qu’au Soudan, ce proverbe n’a été

plus vrai.

Au moment où nous allions nous mettre en route, je vis un des

marabouts du village s’avancer vers Almoudo et lui adresser une

question en lui prenant les deux mains. Mon interprète répondit

affirmativement, et ce disant présenta au marabout ses deux mains

ouvertes, la paume tournée en haut et se touchant par leur bord

interne. Le marabout les prit dans les siennes et marmotta quelques

paroles en crachant plusieurs fois et légèrement sur la paume. Quand

il eut terminé, celui-ci se les passa sur la figure à plusieurs

reprises en répétant : « merci, merci. » Je lui demandai ce que

signifiait cette pratique. Il me répondit alors que ce marabout

était renommé dans tout le pays pour sa sainteté et qu’il venait

de faire une prière pour que nous fassions un bon voyage. « Nous

pouvons être assurés, ajouta-t-il, maintenant qu’il ne nous

arrivera rien de fâcheux pendant la route, car, lorsqu’un grand

marabout donne une prière comme cela à un homme, tous les compagnons

de celui-ci en profitent, car il est alors l’ami d’Allah. C’est

ce qu’il y a de plus que le meilleur. » Je ferai remarquer que

mon interprète était un Bambara qui, s’il ne faisait pas Salam,

observait du moins toutes les autres prescriptions du Coran. C’est

encore là une preuve indiscutable de la grande vénération que,

même les peuples du Soudan qui ne la pratiquent pas, ont pour la

religion du prophète.

Munis de ce précieux viatique, nous nous mîmes en route

pleins de sécurité sur l’issue de notre voyage. Les porteurs

marchent bien. A un quart d’heure du village, nous traversons

le Daguiri-Kô. Les uns en pirogue et les autres à gué. Ce

marigot est peu large et peu profond en cette saison. Les berges

sont cependant à pic et, pendant l’hivernage quand ses eaux ont

été gonflées par les pluies, sa largeur peut être d’environ de

50 à 60 mètres et sa profondeur de 10 à 12 mètres. L’endroit

où il coupe la route de Laminia à Médina-Dentilia est situé à

environ trois cents mètres de la Gambie que l’on peut apercevoir,

du reste, du haut des berges du marigot. Nous traversons, à peu de

distance du Daguiri-Kô, deux de ses affluents. Successivement,

il nous faut franchir le Diguia-Kô, le Douta-Kô, affluents

de Koumountourou-Kô. Nous laissons sur la droite la route de

Dioulafoundou et, à six kilomètres de là, nous arrivons aux ruines

de _Tasiliman_, où nous faisons la halte.

_Tasiliman_ devait être un village qui, à en juger par ses

ruines, devait avoir environ 450 ou 500 habitants. Il était

situé sur un petit monticule qui s’élève à un kilomètre

du Koumountourou-Kô. Sa population l’abandonna à la suite

d’un incendie qui dévora toutes ses cases, et alla habiter à

Médina-Dentilia et à Dioulafoundou. Le sol est cependant très

fertile aux alentours. Les habitants des villages voisins y ont

fait de beaux lougans de mil, et toute la plaine qui l’entoure

est parsemée de superbes karités. Il existe encore au milieu des

ruines du village plusieurs puits qui donnent une eau délicieuse

et qui, pendant la saison des cultures, sont bien entretenus par

les cultivateurs qui viennent s’installer là pour surveiller

leurs champs. Non loin de l’ancien village existent, en effet,

quelques cases et quelques greniers à mil que gardent une ou deux

familles de captifs.

La traversée du Koumountourou-Kô est assez difficile, bien que

ce marigot ne soit pas très large et qu’à cette époque de

l’année il soit presque complètement à sec. Mais ses berges

sont excessivement élevées et à pic. Aussi faut-il prendre

mille précautions pour descendre dans le lit et remonter sur la

berge opposée. De plus, le fond est couvert de débris végétaux

et encombré de racines qu’il faut avoir soin de faire éviter

aux animaux.

A quelques kilomètres du Koumountourou-Kô, nous traversons

successivement le plus important de ses affluents, le Samania-Kô,

et non loin de ce dernier le Bancoroti-Kô, qu’il reçoit et qui

coule au pied du petit monticule sur lequel s’élève le village

de Médina-Dentilia.

A peu de distance de là nous laissons sur la gauche huit ou dix

fours à extraire le fer, et qui étaient éteints quand nous y

sommes passés.

Le minerai de fer est excessivement commun au Soudan. On peut dire

d’une façon générale qu’il n’y existe pas de roche qui n’en

contienne en plus ou moins grande quantité. Mais ce sont surtout les

quartz et les grès qui sont les plus riches. Le fer magnétique est

assez rare. On ne le trouve guère que dans le pays de Ségou. Ce

métal existe plutôt à l’état d’oxydes unis à de la silice

et à de l’argile. Les quartz et les grès ferrugineux forment

des conglomérats parfois énormes qui sont agglutinés entre eux

par de l’argile. Enfin on trouve encore parfois de petits cailloux

roulés qui contiennent une si grande quantité de ce métal que les

indigènes s’en servent parfois comme balles de fusil. Certains

minerais des environs de Dioulafoundou dans le Bambouck contiennent

à peu près 35 % de fer absolument pur. Malgré leurs richesses,

il sera de longtemps impossible de les exploiter, vu le bas prix de

ce métal en Europe. Il ne sera jamais l’objet d’un commerce

d’importation et, pour l’utiliser, il faudrait l’extraire

sur place et l’écouler dans le pays. Encore l’exploitation

ne sera-t-elle jamais rémunératrice, vu le prix élevé de la

main d’œuvre. Il sera toujours moins onéreux de faire venir

d’Europe la quantité de métal dont nous pourrons avoir besoin

dans nos ateliers.

Les indigènes extraient eux-mêmes le métal dont ils ont

besoin pour fabriquer leurs couteaux, sabres et leurs instruments

de culture. Toutefois depuis notre installation au Soudan, ils

préfèrent de beaucoup s’approvisionner sur nos marchés et il faut

aller assez loin dans l’intérieur pour y voir encore fonctionner

leurs hauts-fourneaux. Nous avons pu en voir de nombreux échantillons

dans les différents voyages que nous avons faits au Soudan dans le

Bélédougou, le Niocolo, le Bambouck, le Konkodougou, etc., etc.

Les fourneaux sont généralement construits non loin de la mine

d’où on extrait le minerai. Ce minerai est cassé en petits

fragments d’environ quatre à cinq centimètres cubes et amoncelé

en tas auprès des fours.

Ces fours sont construits en argiles compactes. Leur hauteur est

environ de trois mètres et leur circonférence d’un mètre

cinquante. Leur forme est à peu près cylindrique ; à fleur de

terre trois ou quatre ouvertures ou évents sont ménagées avec

soin et sont munies de tuyaux auxquels s’adaptent des soufflets

que les ouvriers manœuvrent à la main. Une ouverture plus grande

que les autres, et fermée pendant que dure la fonte, communique par

un conduit en argile à une sorte de réservoir en pisé destiné à

recevoir le fer quand l’opération est terminée. Pour l’obtenir

on empile dans le fourneau par couches superposées le minerai et le

charbon. Ce dernier est excellent et donne une chaleur suffisante. On

le fabrique surtout avec le bois du caïl-cédrat, du vène et du

gonakié. Quand le four est chargé, on l’allume par la base et

on souffle vigoureusement de façon à accélérer le plus possible

la combustion. La cheminée est, de plus, construite pour donner un

vigoureux tirage. Aussi l’opération se fait-elle en peu de temps

quand le feu est bien allumé. Lorsqu’on juge que la fusion est

complète, on débouche l’ouverture dont nous avons parlé plus

haut et le métal coule dans le réservoir ménagé à cet effet,

et où on le laisse refroidir. Le fer ainsi obtenu n’est pas de

la fonte et il a toutes les qualités du fer absolument pur. Les

forgerons seuls pratiquent ce métier avec leur famille, et c’est

à eux qu’incombe le soin de fabriquer tous les objets dont les

noirs se servent pour leurs travaux agricoles. Couteaux, haches,

pioches, ainsi que sabres et poignards sont fabriqués avec ce fer

qu’ils travaillent au marteau et à l’enclume après l’avoir

fait rougir au charbon de bois dont ils entretiennent la combustion

avec des soufflets en peaux de boucs et qui sont manœuvrés par leurs

aides. Chaque habitant du village qui a besoin de leurs services

leur paye une certaine redevance proportionnée à l’importance

des commandes.

A dix heures vingt minutes, nous arrivâmes enfin à Médina-Dentilia,

par une chaleur très supportable tempérée par une bonne brise

de Nord-Est.

De Laminia à Médina-Dentilia, la route suit à peu près une

direction générale Est, et la distance parcourue est environ de

32 kil. 500 m. Elle ne présente, pour ainsi dire, pas de grandes

difficultés. Seul, le passage du Daguiri-Kô et du Koumountourou-Kô

nous a un peu retardé.

Dans la Haute-Gambie · 第 44 / 54 段