reçoive sur sa rive droite. Il est formé de plusieurs branches
qui viennent du Gounianta et dont la principale passe à environ dix
kilomètres des ruines de Diantoum et à Colongué qui lui a donné
son nom. La direction de son cours est à peu près Est-Ouest. Dans le
Niocolo, il ne reçoit aucun affluent. Il est presque à sec pendant
la saison sèche et forme, pour ainsi dire, dans la première partie
de son cours, un vaste marécage.
Sur la rive gauche, la Gambie reçoit un grand nombre de marigots dont
le cours est, en général, assez restreint et qui, à sec pendant
la belle saison, sont transformés en véritables torrents pendant
l’hivernage. Cela tient à ce qu’ils coulent, pour la plupart,
dans les étroites vallées qui existent entre les montagnes et que,
pendant l’hivernage, ils reçoivent les eaux qui coulent sur le
flanc des collines. Aussi leurs bords sont-ils à pic et leur lit
est-il souvent encombré de roches ; ce qui en rend le passage très
difficile. Nous allons en donner une très succincte description.
En procédant du Nord au Sud, nous trouvons à partir du gué de
Tamborocoto : _Le Niami-Kô_, dont la branche principale passe non
loin de Nassa.
_Le Fangoli-Kô_, dont le lit est encombré de roches qui en rendent
le passage excessivement dangereux. Il reçoit plusieurs affluents
peu importants. Un d’entre eux passe à Niantambouri et un autre
à Sacoto.
_Le Tian-Kô_, qui passe non loin de Marougou.
_Le Falagankoli-Kô_, qui passe à Tacourou.
Le Sili, qui est formé par deux autres petits marigots peu
importants.
_Le Mallalivondia-Kô_, qui passe à Ibeli.
Enfin le _Saguiri-Kô_, qui est formé par deux branches dont l’une
passe à Iméré, et dont l’autre le fait communiquer avec le
Mallalivondia-Kô. Le cours de tous ces marigots a absolument la même
direction générale Est-Ouest. Outre les marigots que nous venons de
citer, il en existe beaucoup d’autres qui ont la même direction et
qui sont si peu importants qu’on ne leur a même pas donné de noms.
_Orographie._ — Au point de vue orographique, le pays de Niocolo
change absolument d’aspect suivant que l’on étudie la région
Est ou la région Ouest.
A l’Ouest, pays de plaines, de marécages, nous ne trouvons que
quelques rares collines peu élevées, le sol est faiblement vallonné
et ne présente, pour ainsi dire, pas de villages dignes d’être
mentionnés. Nous ne citerons que la série de petites collines qui
longent, à deux kilomètres environ, la rive gauche de la Gambie.
A l’Est, au contraire, nous sommes en plein pays de montagnes. Nous
trouvons d’abord sur la rive droite de la Gambie une chaîne de
collines assez élevées qui longe le fleuve à quelques centaines
de mètres parfois, deux kilomètres au plus. Cette chaîne n’est
interrompue que pour donner passage aux marigots qui arrosent cette
partie du Niocolo. Ces collines sont relativement élevées et il en
est qui atteignent jusqu’à 100 et 125 mètres de hauteur. Nous
pourrions dire qu’elles forment la partie Ouest d’une ceinture
de hauteurs qui, passant par le Dentilia, le désert de Coulicouna
et le Bélédougou, entoure un pays inhabité, véritable plateau
rocheux inculte où aucune culture ne peut être tentée. Ces
collines émettent de petits contreforts qui longent les marigots
qui se jettent dans cette partie de la Gambie et qui arrosent les
plaines argileuses du Dentilia.
A l’Ouest de la Gambie, nous avons une série de collines disposées
d’après un certain ordre, qui permet d’en donner une description
méthodique. C’est d’abord au Nord, un massif assez important
aux environs du village de Nana, d’où partent les séries de
collines que l’on trouve aux environs de Tamborocoto, Maroucoto,
Baïsso, Bantaco, Potaranké, Bantata et Sacoto. Ces collines sont
assez élevées, 150m environ, et l’on peut dire qu’elles
forment les derniers contreforts des montagnes du Fouta-Diallon qui
viennent mourir ici sur la rive gauche de la Gambie, après avoir
constitué cette sorte d’arête centrale qui traverse le Kolladé,
le Tamgué et le Sabé.
Outre ce système orographique Nord, nous trouvons, en outre, dans
cette partie du Niocolo, deux chaînes de collines qui, se rattachant
au massif que nous venons de décrire, se dirigent l’une au Sud-Est,
en longeant la rive gauche du fleuve, et l’autre directement au
Sud en formant la ligne de démarcation véritable entre la région
des plaines et la région montagneuse.
La première chaîne de collines dont nous venons de parler se
détache du massif Nord aux environs de Tamborocoto et vient se
terminer non loin de Kédougou. Elle est interrompue par endroits
pour livrer passage aux marigots qui se jettent dans la Gambie. Le
long de ces marigots, se trouvent de petits contreforts qui vont
rejoindre la chaîne Ouest.
Cette chaîne naît du massif Nord aux environs de Baïsso et se
dirige directement au Sud jusqu’à près de Landuni, où elle
s’épanouit en un nombre assez grand de rameaux secondaires que
l’on trouve aux environs de Saréfitari, Tiokitian et Pataschi.
Outre ces hauteurs principales dont nous venons de parler, on
rencontre encore dans le Niocolo bon nombre de collines isolées
et ne se rattachant à aucun système. En les voyant on se demande
comment elles ont bien pu se former. Parmi celles-ci, nous citerons
particulièrement les collines qui entourent Sacoto, celles d’Itato
et enfin celles que l’on trouve sur la route du Dentilia à quelques
kilomètres de la rive droite de la Gambie.
En résumé, d’après ce que nous venons de dire, il est facile
de conclure que le système orographique du Niocolo forme un tout
bien net et qu’il appartient au grand système du Fouta-Diallon
dont il peut être considéré comme le rejeton ultime.
_Constitution géologique du sol._ — Le Niocolo tout entier
appartient, nous pouvons dire, au point de vue géologique, à
la période secondaire. Sans doute dans sa partie ouest et dans
les vallées de certains marigots, nous trouvons des argiles, des
alluvions de formation plus récente ; mais le sous-sol lui-même
sur lequel elles reposent appartient à la période primaire de
même que l’ossature, le squelette du pays, si nous pouvons nous
exprimer ainsi. C’est à cette époque qu’ont dû émerger et le
Niocolo tout entier et les massifs du Sabé et du Tamgué. Certes,
il n’est guère facile de s’y tromper si on considère combien
les roches sont usées et limées. Issu des soulèvements de la
période secondaire, le Niocolo tout entier a dû être ensuite
recouvert complètement par les eaux lorsque la croûte terrestre
a été assez refroidie pour que les vapeurs contenues dans son
atmosphère puissent se condenser à sa surface. Combien de temps
dura ce déluge et combien de temps le Niocolo resta-t-il submergé,
nul ne le pourrait dire. Mais ce que l’on peut affirmer, c’est
que cette période fut très longue, à en juger par les traces
qu’elle a laissées et qui sont encore évidentes, malgré les
milliers d’années écoulées.
Si nous considérons le sous-sol dont est formé le Niocolo, nous y
trouvons deux sortes de terrains, le terrain ardoisier caractérisé
par des schistes de toutes sortes. C’est le terrain de la région
Ouest et celui d’une partie de la contrée comprise entre les
deux chaînes de collines parallèles dont nous avons parlé plus
haut. C’est aussi le terrain d’une partie des rives et du lit de
la Gambie. On le rencontre enfin aussi dans la plaine qui confine au
Dentilia. En second lieu, nous avons cette sorte de terrain que nous
désignons sous le nom de terrains secondaires et dont les roches
principales et les plus communes sont : des quartz, des grès et des
conglomérats ferrugineux. Les collines de la partie montagneuse en
sont presque uniquement formées.
Si maintenant nous considérons, au contraire, la croûte terrestre,
nous trouverons dans la région Ouest et dans la plaine qui confine
au Dentilia des argiles compactes en couches épaisses, produites par
la désagrégation par les eaux des roches du terrain ardoisier. Par
ci par là à l’Ouest, quelques marécages où l’on peut trouver
des vases et des dépôts alluvionnaires de récente formation.
Dans la partie Est et centrale, nous avons bien en maints endroits des
argiles ; mais c’est la latérite qui domine. Elle est produite par
la désagrégation des roches cristallines qui forment le sous-sol
du terrain secondaire. Les versants des collines sont dépourvus
absolument de terre ou sable quelconque. Tout est entraîné par les
grandes pluies d’hivernage. Sur les plateaux, la roche se montre
à nu partout.
La profondeur à laquelle se trouve la nappe d’eau souterraine
varie considérablement. Très éloignée de la surface dans la
région des montagnes, elle est à quelques mètres seulement dans
la plaine orientale et dans la région Ouest. Dans toute la région
montagneuse, on ne se sert que de l’eau de puits pour tous les
usages domestiques. Cette eau est délicieuse, cela se comprendra
facilement si on réfléchit qu’elle a filtré à travers une
épaisseur considérable de terrains ne contenant aucuns principes
nuisibles.
_Climatologie._ — D’après ce que nous venons de dire, on
comprendra aisément que le climat du Niocolo soit modifié par les
dispositions orographiques et la nature du terrain que nous avons
décrites plus haut. Sans doute le Niocolo appartient aux climats
tropicaux, par excellence ; mais nous croyons qu’il ne doit pas
être aussi insalubre. Nous sommes restés trop peu de temps dans
cet intéressant pays pour donner ici une appréciation sérieuse
et fondée sur des observations minutieuses. Nous ne pouvons donc
émettre que de simples hypothèses qui découlent des principes
généraux mêmes de climatologie.
La direction des collines de la partie Est met la portion centrale
du Niocolo à l’abri des vents brûlants qui viennent de cette
région, de même que les collines de la région Ouest l’abritent
pendant l’hivernage contre les vents humides du Sud-Ouest. Ces
simples dispositions orographiques suffisent pour tempérer
singulièrement l’insalubrité du pays et le climat sous lequel il
se trouve. D’autre part, l’orientation des vallées leur permet de
recevoir directement la brise de Nord et de Nord-Est, ainsi que celles
de Sud et de Sud-Est. Il en résulte évidemment que la température
doit y être relativement moins élevée que dans les autres régions
qui sont directement exposées aux vents brûlants de l’Est.
Quant à l’action de la masse d’eau souterraine sur la salubrité
du pays, nous croyons que, vu son extrême profondeur, elle est de
peu d’importance. Sans doute, dans les plaines argileuses et sur
les bords du fleuve et des marigots, nous trouvons des marécages
et des eaux croupissantes, mais nous croyons que le desséchement
se faisant très rapidement, leur action nocive est de peu de durée.
Tout autre est le climat de la région Ouest ; là nous avons le
climat chaud, par excellence, et tout ce qu’il faut pour que le
pays soit d’une insalubrité remarquable. L’altitude est peu
élevée. Tous les vents s’y font sentir et particulièrement le
vent de Sud-Ouest. Les marais y sont nombreux et le desséchement
n’y est jamais complet. Enfin la croûte terrestre, presque
uniquement formée d’argiles imperméables, laisse s’amonceler
et croupir à sa surface les eaux de l’hivernage. De plus, la masse
d’eau souterraine y est à une minime profondeur et il en résulte
une humidité extrême. Chaleur et humidité sont, on le sait, les
deux éléments climatériques qui favorisent le plus l’éclosion
des miasmes palustres. En résumé, nous estimons qu’il serait
bon de faire de ce pays, au point de vue climatologique, une étude
complète. On pourrait s’assurer ainsi qu’il jouit peut-être
d’un climat plus sain ou plutôt moins malsain que celui des
autres régions de cette partie de l’Afrique. D’après ce que
nous venons de dire, cette hypothèse paraît vraisemblable.
_Flore._ — _Productions du sol._ — _Cultures._ — La flore du
Niocolo diffère peu de celle des autres parties du Soudan. Pauvre
sur les collines, la végétation n’est réellement riche que sur
les bords du fleuve et des marigots. Là nous trouvons les grands
végétaux qui caractérisent les régions des rivières du Sud :
caïl-cédrats, fromagers, baobabs, Légumineuses de toutes sortes et
absolument gigantesques. Mais il existe dans le Niocolo tout entier,
du moins dans les régions Est et centrales, deux végétaux qui
méritent une mention particulière. Le Karité (_Butyrospermum
Parkii_) y est partout excessivement commun et ses deux variétés,
Shée et Mana, s’y rencontrent. La première y est cependant plus
fréquente. Les habitants tirent de la noix une assez grande quantité
de beurre qu’ils vont vendre à Yabouteguenda et à Mac-Carthy.
On trouve ce végétal partout, dans le Niocolo ; mais c’est
surtout aux environs de Sillacounda, Diengui, Dikhoy qu’il est
particulièrement abondant. Toute la plaine de Sillacounda en est
littéralement couverte et nous y en avons vu des échantillons qui
atteignaient des proportions fort respectables. Le karité, dans
cette région du moins, ne pousse pas en forêts compactes. Les pieds
sont distants les uns des autres d’environ soixante mètres. Nous
croyons que, trop rapprochés, ils se développeraient moins
vigoureusement. Il y aurait là matière à créer une véritable
richesse agricole, forestière et commerciale pour le pays. Mais
il faudrait que ceux qui s’en occuperaient fissent tout par
eux-mêmes : car jamais on n’arrivera à faire cultiver par le
noir aucun autre végétal que ceux qui sont susceptibles de lui
donner un rendement immédiat. On n’arrivera jamais à lui faire
semer une seule graine de karité.
Les lianes à caoutchouc Saba (Bambara), et Laré (Peulh), sont
aussi excessivement communes dans le Niocolo. On les trouve un
peu partout, mais c’est surtout sur les bords du fleuve et des
marigots qu’elles sont réellement abondantes. Elles y atteignent
des proportions énormes, mais je doute que jamais un noir quelconque
récolte un gramme de latex de Laré, quels que soient les moyens
que l’on emploie et les arguments qu’on fasse valoir pour leur
conseiller ce léger travail. Ce végétal serait également très
facile à multiplier dans d’énormes proportions, mais, je le
répète, on n’obtiendra jamais rien de l’indigène en dehors
de ce qui sort de la routine.
Les cultures sont très riches dans le Niocolo, surtout dans les
pays habités par les Diakankés : Diengui, Sillacounda, Samécouta,
Laminia. Sous ce rapport les Malinkés commencent à se remuer un
peu. Quant aux Peulhs, ils sont loin de ressembler à leurs frères
du Ouli et du Sandougou. Ils délaissent volontiers la pioche pour
prendre le fusil et aller détrousser les caravanes ou voler des
captifs aux alentours des villages Malinkés.
Le mil, maïs, coton, arachides, tabac, etc., etc., en un mot toutes
les plantes que l’on cultive au Soudan se voient dans les lougans
du Niocolo. Les habitants font de grands et beaux lougans et, pendant
toute l’année, ils ne manquent jamais de mil. Leurs procédés
de culture sont à peu de chose près les mêmes qu’ailleurs,
mais les lougans sont plus soignés. J’ai remarqué que pour les
champs de mil, ils ne se contentaient pas seulement de gratter la
terre et d’y enfouir la semence à une petite profondeur. Ils font
de véritables sillons. Ce qui permet aux eaux de séjourner plus
longtemps autour du mil. Aussi celui-ci y atteint-il des proportions
inconnues ailleurs. Autour des villages, surtout chez les Malinkés,
se trouvent de petits jardinets où sont cultivés, avec grand soin,
oignons, tabac, oseille, etc., etc. C’est surtout aux femmes
qu’incombe cette besogne.
_Faune. Animaux domestiques._ — La faune est peu variée. Parmi
les animaux nuisibles, citons le lion, assez rare, la panthère, le
lynx, le chat-tigre, et, dans la Gambie, le caïman. L’hippopotame
abonde surtout dans les marigots de la région Ouest. C’est
là aussi la région qu’habite l’éléphant, qui est assez
commun. Toutes les variétés d’antilopes, biches, gazelles
y sont représentées en grand nombre. Le bœuf sauvage s’y
rencontre aussi fréquemment. Tous les habitants du Niocolo se
livrent à l’élevage des bœufs, moutons et chèvres. Mais
ceux qui, de beaucoup, possèdent les plus beaux troupeaux, sont
les Diakankés. Samécouta, Sillacounda, Laminia possèdent chacun
plusieurs centaines de têtes de bétail. Les bœufs y sont assez gros
et leur viande est excessivement savoureuse. Le lait des vaches, très
riche en principes gras, est également excellent. Les moutons et
les chèvres y prospèrent à merveille, et ils ne sont pas étiques
comme cela se voit dans presque tout le reste du Soudan. Citons pour
mémoire les poulets, très nombreux partout. C’est toujours la
même volaille décharnée que l’on rencontre partout en Afrique, et
qui n’a rien à envier à ses congénères de l’Opéra-Comique. Il
y a peu de chevaux dans le Niocolo. D’après les renseignements que
j’ai eus à ce sujet, le climat leur serait contraire et ils n’y
vivraient pas. Les ânes, petits et vigoureux, y sont très communs,
et les dioulas s’en servent pour le transport de leurs marchandises.
_Populations. Ethnographie._ — Le Niocolo est, relativement à
son étendue, très peuplé, surtout dans sa partie centrale. Il
n’y a qu’un seul village sur la rive droite de la Gambie,
Laminia (village Diakanké). La partie Ouest est à peu près
inhabitée. On n’y trouve que deux petits villages Malinkés de
très peu d’importance. La population totale du pays peut être
évaluée à environ 25 à 28,000 habitants. Ce qui, vu sa superficie,
nous donne à peu près trois habitants par kilomètre carré. Il
est habité par des Malinkés, des Diakankés, des Peulhs et des
Sarracolés. Les Malinkés et les Peulhs sont de beaucoup les plus
nombreux. Ils forment un grand nombre de villages situés : les
Malinkés au Nord, et les Peulhs au Sud.
1o _Malinkés._ — Les Malinkés ont été les premiers habitants du
Niocolo. Si l’on en croit la légende que racontent volontiers les
griots et les vieillards, les premiers habitants de race Malinkée
dont on retrouve la trace au Niocolo appartenaient à la famille des
_Sadiogos_, venus du Manding lors de la première grande migration,
celle de Koli-Tengrela. Cette famille des Sadiogos arriva on ne sait
comment jusque sur les bords de la Gambie et là les uns franchirent
le fleuve et se fixèrent dans le Niocolo et les autres se fixèrent
à Sibikili, où ils sont encore. Peu après, lors de la seconde
grande migration Mandingue dans le Bambouck, sous la direction des
Sisokos, arrivèrent les _Camaras_ qui chassèrent les Sadiogos et
peuplèrent en partie toute la partie Nord du Niocolo. Les Sadiogos
se retirèrent à Sibikili et c’est dans ce seul village que l’on
peut encore trouver des représentants de cette ancienne famille
Malinkée. Mais les Camaras ne devaient pas jouir longtemps en paix
de leur victoire. Après la mort de Soun-Dyatta, un grand courant
d’émigration Malinkée se fit de l’Est vers l’Ouest, et dans le
Niocolo ne tardèrent pas à arriver deux des plus anciennes familles
du Manding les _Dabos_ et les _Keitas_. Dans le cours du voyage, un
certain nombre de Dabos avait quitté la colonne et s’était fixé
dans le Kouroudougou, près du Diébédougou, où sont encore leurs
descendants. Les Keitas et les Dabos eurent facilement raison des
Camaras et les soumirent à leur autorité. Ceux-ci préférèrent
obéir que de quitter le pays. Les Keitas prirent alors le pouvoir
en main et voulurent pressurer leurs alliés les Dabos comme ils le
faisaient pour les Camaras. Les Dabos, irrités, quittèrent le pays
et allèrent se fixer dans le Ouli. Il n’en reste plus que fort peu
actuellement dans le Niocolo. Dernièrement encore plusieurs cases
de Dabos allèrent rejoindre leurs frères du Ouli. Les Keitas sont
encore les maîtres du Niocolo, de la partie Nord du moins. Leur chef
réside à Dikhoy, chef sans aucune autorité, qui est absolument
annihilé par les almamys du Fouta-Diallon.
Les Malinkés du Niocolo ne diffèrent en rien des Malinkés des
autres pays. Ils sont aussi vantards, pillards, ivrognes, voleurs et
menteurs. Leurs villages sont aussi sales. Ils sont là plus abrutis
que partout ailleurs et la main de fer qui les opprime n’est
pas capable de leur permettre de se relever tant au moral qu’à
tout autre point de vue. Ils forment un grand nombre de villages ;
mais Keitas et Camaras habitent à part, et depuis la conquête les
unions entre ces deux familles ont été fort rares.
_Villages Malinkés du Niocolo._
1o Villages Keitas :
Tomborocoto. Dikhoy (résidence du chef).
Marougoucoto. Bantaco.
2o _Villages Camaras :_
Bantata. Temansou.
Pataranké. Maniancanti.
Barabané. Vana.
Dapouta. Bala.
Médina. Lacanta.
Tigancali. Mariguilcia.
Baniou. Nientambouré.
Baïsso. Daria.
Les Malinkés habitent le Nord du Niocolo. Une ligne de démarcation
bien nette les sépare des Peulhs du Sud. Ils n’ont jamais tenté de
s’étendre lors même que le reste du pays était inhabité. Là
où ils ont mis le pied pour la première fois, là ils sont
restés. C’est là la preuve la plus manifeste du peu de vitalité
de ce peuple, qui est appelé à disparaître un jour du Niocolo et
à en être chassé par les Peulhs ou à être absorbé par eux.
2o _Diakankés._ — Les Diakankés du Niocolo sont relativement peu
nombreux. Ils forment quatre villages dont la population totale peut
être évaluée à environ trois mille habitants. Ces villages sont :
_Diengui._ — _Sillacounda._ — _Laminia._ — _Samécouta._ — Les
Diakankés sont établis là de très longue date. Ils ont quitté
le Diaka dès les premiers jours de la conquête de ce pays par les
almamys du Bondou. Pressurés par ces derniers, ils ont préféré
se soumettre aux exigences du Fouta-Diallon que de supporter les
exactions auxquelles ils étaient continuellement exposés dans
le Diaka. Ils ont construit alors sur les bords de la Gambie ces
quatre grands villages dans des situations hors ligne et au milieu
d’un pays excessivement fertile. — Les Diakankés, musulmans
fanatiques, sont des gens absolument paisibles pourvu qu’on leur
laisse pratiquer en paix leur religion. Ils élèvent de nombreux
troupeaux et les greniers de leurs villages regorgent de provisions
de toutes sortes. Ce sont de beaucoup les plus riches du Niocolo. Ils
sont soumis au Fouta-Diallon auquel ils payent tribut. Chaque année,
les quatre villages doivent payer douze bœufs aux almamys. Mais,
en dehors de cela, ils sont obligés de répondre aux demandes de
leurs maîtres qui envoient chercher mil, arachides, etc., etc. Ils
sont fatigués de cela et demandent que cet état de choses cesse
au plus tôt.
N’étaient les bœufs qui les empestent littéralement, leurs
villages seraient bien entretenus. Les cases y sont propres et en
bon état. Chaque village possède une ou plusieurs mosquées qui y
sont construites, en paille, avec le plus grand soin. Leurs immenses
toits en forme de chapeaux pointus viennent jusqu’au ras du sol,
aussi pour entrer dans ces temples, faut-il absolument se mettre à
quatre pattes. Chaque jour, les enfants sont réunis dans une case
spécialement affectée à leur instruction, et un marabout en renom
dans le village, très versé dans la connaissance de l’Arabe et du
Coran, les initie aux mystères de la langue sacrée, leur apprend
et leur explique les versets du Saint Livre. Ces sortes d’écoles
sont très assidûment fréquentées. En résumé, le Diakanké est
un peuple fort intéressant, dont nous devrions nous occuper plus
que nous l’avons fait jusqu’à ce jour.
3o _Sarracolés._ — Il eût été fort étonnant de ne pas trouver
de village Sarracolé dans le Niocolo. On les rencontre partout où
il y a un peu de commerce à faire, et, dans ce pays, ils jouissent,
au point de vue commercial, d’une situation fort sortable. Ils
n’ont formé qu’un seul village, Kédougou, fort peuplé de gens
de toute espèce de races. C’est là que les Sarracolés tiennent,
pour ainsi dire, entre leurs mains, la plus grande partie du commerce
de la région.
Les Sarracolés du Niocolo sont venus d’un peu partout ; mais
ce sont surtout ceux du Guidioumé et du Ghabou qui y sont en plus
grand nombre. Les premiers y sont venus à la suite de la conquête
de leur pays par El Hadj Oumar, et les seconds, à la suite de la
conquête du Ghabou par Alpha-Molo. Ils vivent là en paix, payant
au Fouta-Diallon un fort impôt, et vivant en bonne intelligence
avec leurs voisins, car ceux-ci ont toujours besoin d’eux.