_Le Colongué-Kô_ est le dernier marigot du Niocolo que la Gambie

reçoive sur sa rive droite. Il est formé de plusieurs branches

qui viennent du Gounianta et dont la principale passe à environ dix

kilomètres des ruines de Diantoum et à Colongué qui lui a donné

son nom. La direction de son cours est à peu près Est-Ouest. Dans le

Niocolo, il ne reçoit aucun affluent. Il est presque à sec pendant

la saison sèche et forme, pour ainsi dire, dans la première partie

de son cours, un vaste marécage.

Sur la rive gauche, la Gambie reçoit un grand nombre de marigots dont

le cours est, en général, assez restreint et qui, à sec pendant

la belle saison, sont transformés en véritables torrents pendant

l’hivernage. Cela tient à ce qu’ils coulent, pour la plupart,

dans les étroites vallées qui existent entre les montagnes et que,

pendant l’hivernage, ils reçoivent les eaux qui coulent sur le

flanc des collines. Aussi leurs bords sont-ils à pic et leur lit

est-il souvent encombré de roches ; ce qui en rend le passage très

difficile. Nous allons en donner une très succincte description.

En procédant du Nord au Sud, nous trouvons à partir du gué de

Tamborocoto : _Le Niami-Kô_, dont la branche principale passe non

loin de Nassa.

_Le Fangoli-Kô_, dont le lit est encombré de roches qui en rendent

le passage excessivement dangereux. Il reçoit plusieurs affluents

peu importants. Un d’entre eux passe à Niantambouri et un autre

à Sacoto.

_Le Tian-Kô_, qui passe non loin de Marougou.

_Le Falagankoli-Kô_, qui passe à Tacourou.

Le Sili, qui est formé par deux autres petits marigots peu

importants.

_Le Mallalivondia-Kô_, qui passe à Ibeli.

Enfin le _Saguiri-Kô_, qui est formé par deux branches dont l’une

passe à Iméré, et dont l’autre le fait communiquer avec le

Mallalivondia-Kô. Le cours de tous ces marigots a absolument la même

direction générale Est-Ouest. Outre les marigots que nous venons de

citer, il en existe beaucoup d’autres qui ont la même direction et

qui sont si peu importants qu’on ne leur a même pas donné de noms.

_Orographie._ — Au point de vue orographique, le pays de Niocolo

change absolument d’aspect suivant que l’on étudie la région

Est ou la région Ouest.

A l’Ouest, pays de plaines, de marécages, nous ne trouvons que

quelques rares collines peu élevées, le sol est faiblement vallonné

et ne présente, pour ainsi dire, pas de villages dignes d’être

mentionnés. Nous ne citerons que la série de petites collines qui

longent, à deux kilomètres environ, la rive gauche de la Gambie.

A l’Est, au contraire, nous sommes en plein pays de montagnes. Nous

trouvons d’abord sur la rive droite de la Gambie une chaîne de

collines assez élevées qui longe le fleuve à quelques centaines

de mètres parfois, deux kilomètres au plus. Cette chaîne n’est

interrompue que pour donner passage aux marigots qui arrosent cette

partie du Niocolo. Ces collines sont relativement élevées et il en

est qui atteignent jusqu’à 100 et 125 mètres de hauteur. Nous

pourrions dire qu’elles forment la partie Ouest d’une ceinture

de hauteurs qui, passant par le Dentilia, le désert de Coulicouna

et le Bélédougou, entoure un pays inhabité, véritable plateau

rocheux inculte où aucune culture ne peut être tentée. Ces

collines émettent de petits contreforts qui longent les marigots

qui se jettent dans cette partie de la Gambie et qui arrosent les

plaines argileuses du Dentilia.

A l’Ouest de la Gambie, nous avons une série de collines disposées

d’après un certain ordre, qui permet d’en donner une description

méthodique. C’est d’abord au Nord, un massif assez important

aux environs du village de Nana, d’où partent les séries de

collines que l’on trouve aux environs de Tamborocoto, Maroucoto,

Baïsso, Bantaco, Potaranké, Bantata et Sacoto. Ces collines sont

assez élevées, 150m environ, et l’on peut dire qu’elles

forment les derniers contreforts des montagnes du Fouta-Diallon qui

viennent mourir ici sur la rive gauche de la Gambie, après avoir

constitué cette sorte d’arête centrale qui traverse le Kolladé,

le Tamgué et le Sabé.

Outre ce système orographique Nord, nous trouvons, en outre, dans

cette partie du Niocolo, deux chaînes de collines qui, se rattachant

au massif que nous venons de décrire, se dirigent l’une au Sud-Est,

en longeant la rive gauche du fleuve, et l’autre directement au

Sud en formant la ligne de démarcation véritable entre la région

des plaines et la région montagneuse.

La première chaîne de collines dont nous venons de parler se

détache du massif Nord aux environs de Tamborocoto et vient se

terminer non loin de Kédougou. Elle est interrompue par endroits

pour livrer passage aux marigots qui se jettent dans la Gambie. Le

long de ces marigots, se trouvent de petits contreforts qui vont

rejoindre la chaîne Ouest.

Cette chaîne naît du massif Nord aux environs de Baïsso et se

dirige directement au Sud jusqu’à près de Landuni, où elle

s’épanouit en un nombre assez grand de rameaux secondaires que

l’on trouve aux environs de Saréfitari, Tiokitian et Pataschi.

Outre ces hauteurs principales dont nous venons de parler, on

rencontre encore dans le Niocolo bon nombre de collines isolées

et ne se rattachant à aucun système. En les voyant on se demande

comment elles ont bien pu se former. Parmi celles-ci, nous citerons

particulièrement les collines qui entourent Sacoto, celles d’Itato

et enfin celles que l’on trouve sur la route du Dentilia à quelques

kilomètres de la rive droite de la Gambie.

En résumé, d’après ce que nous venons de dire, il est facile

de conclure que le système orographique du Niocolo forme un tout

bien net et qu’il appartient au grand système du Fouta-Diallon

dont il peut être considéré comme le rejeton ultime.

_Constitution géologique du sol._ — Le Niocolo tout entier

appartient, nous pouvons dire, au point de vue géologique, à

la période secondaire. Sans doute dans sa partie ouest et dans

les vallées de certains marigots, nous trouvons des argiles, des

alluvions de formation plus récente ; mais le sous-sol lui-même

sur lequel elles reposent appartient à la période primaire de

même que l’ossature, le squelette du pays, si nous pouvons nous

exprimer ainsi. C’est à cette époque qu’ont dû émerger et le

Niocolo tout entier et les massifs du Sabé et du Tamgué. Certes,

il n’est guère facile de s’y tromper si on considère combien

les roches sont usées et limées. Issu des soulèvements de la

période secondaire, le Niocolo tout entier a dû être ensuite

recouvert complètement par les eaux lorsque la croûte terrestre

a été assez refroidie pour que les vapeurs contenues dans son

atmosphère puissent se condenser à sa surface. Combien de temps

dura ce déluge et combien de temps le Niocolo resta-t-il submergé,

nul ne le pourrait dire. Mais ce que l’on peut affirmer, c’est

que cette période fut très longue, à en juger par les traces

qu’elle a laissées et qui sont encore évidentes, malgré les

milliers d’années écoulées.

Si nous considérons le sous-sol dont est formé le Niocolo, nous y

trouvons deux sortes de terrains, le terrain ardoisier caractérisé

par des schistes de toutes sortes. C’est le terrain de la région

Ouest et celui d’une partie de la contrée comprise entre les

deux chaînes de collines parallèles dont nous avons parlé plus

haut. C’est aussi le terrain d’une partie des rives et du lit de

la Gambie. On le rencontre enfin aussi dans la plaine qui confine au

Dentilia. En second lieu, nous avons cette sorte de terrain que nous

désignons sous le nom de terrains secondaires et dont les roches

principales et les plus communes sont : des quartz, des grès et des

conglomérats ferrugineux. Les collines de la partie montagneuse en

sont presque uniquement formées.

Si maintenant nous considérons, au contraire, la croûte terrestre,

nous trouverons dans la région Ouest et dans la plaine qui confine

au Dentilia des argiles compactes en couches épaisses, produites par

la désagrégation par les eaux des roches du terrain ardoisier. Par

ci par là à l’Ouest, quelques marécages où l’on peut trouver

des vases et des dépôts alluvionnaires de récente formation.

Dans la partie Est et centrale, nous avons bien en maints endroits des

argiles ; mais c’est la latérite qui domine. Elle est produite par

la désagrégation des roches cristallines qui forment le sous-sol

du terrain secondaire. Les versants des collines sont dépourvus

absolument de terre ou sable quelconque. Tout est entraîné par les

grandes pluies d’hivernage. Sur les plateaux, la roche se montre

à nu partout.

La profondeur à laquelle se trouve la nappe d’eau souterraine

varie considérablement. Très éloignée de la surface dans la

région des montagnes, elle est à quelques mètres seulement dans

la plaine orientale et dans la région Ouest. Dans toute la région

montagneuse, on ne se sert que de l’eau de puits pour tous les

usages domestiques. Cette eau est délicieuse, cela se comprendra

facilement si on réfléchit qu’elle a filtré à travers une

épaisseur considérable de terrains ne contenant aucuns principes

nuisibles.

_Climatologie._ — D’après ce que nous venons de dire, on

comprendra aisément que le climat du Niocolo soit modifié par les

dispositions orographiques et la nature du terrain que nous avons

décrites plus haut. Sans doute le Niocolo appartient aux climats

tropicaux, par excellence ; mais nous croyons qu’il ne doit pas

être aussi insalubre. Nous sommes restés trop peu de temps dans

cet intéressant pays pour donner ici une appréciation sérieuse

et fondée sur des observations minutieuses. Nous ne pouvons donc

émettre que de simples hypothèses qui découlent des principes

généraux mêmes de climatologie.

La direction des collines de la partie Est met la portion centrale

du Niocolo à l’abri des vents brûlants qui viennent de cette

région, de même que les collines de la région Ouest l’abritent

pendant l’hivernage contre les vents humides du Sud-Ouest. Ces

simples dispositions orographiques suffisent pour tempérer

singulièrement l’insalubrité du pays et le climat sous lequel il

se trouve. D’autre part, l’orientation des vallées leur permet de

recevoir directement la brise de Nord et de Nord-Est, ainsi que celles

de Sud et de Sud-Est. Il en résulte évidemment que la température

doit y être relativement moins élevée que dans les autres régions

qui sont directement exposées aux vents brûlants de l’Est.

Quant à l’action de la masse d’eau souterraine sur la salubrité

du pays, nous croyons que, vu son extrême profondeur, elle est de

peu d’importance. Sans doute, dans les plaines argileuses et sur

les bords du fleuve et des marigots, nous trouvons des marécages

et des eaux croupissantes, mais nous croyons que le desséchement

se faisant très rapidement, leur action nocive est de peu de durée.

Tout autre est le climat de la région Ouest ; là nous avons le

climat chaud, par excellence, et tout ce qu’il faut pour que le

pays soit d’une insalubrité remarquable. L’altitude est peu

élevée. Tous les vents s’y font sentir et particulièrement le

vent de Sud-Ouest. Les marais y sont nombreux et le desséchement

n’y est jamais complet. Enfin la croûte terrestre, presque

uniquement formée d’argiles imperméables, laisse s’amonceler

et croupir à sa surface les eaux de l’hivernage. De plus, la masse

d’eau souterraine y est à une minime profondeur et il en résulte

une humidité extrême. Chaleur et humidité sont, on le sait, les

deux éléments climatériques qui favorisent le plus l’éclosion

des miasmes palustres. En résumé, nous estimons qu’il serait

bon de faire de ce pays, au point de vue climatologique, une étude

complète. On pourrait s’assurer ainsi qu’il jouit peut-être

d’un climat plus sain ou plutôt moins malsain que celui des

autres régions de cette partie de l’Afrique. D’après ce que

nous venons de dire, cette hypothèse paraît vraisemblable.

_Flore._ — _Productions du sol._ — _Cultures._ — La flore du

Niocolo diffère peu de celle des autres parties du Soudan. Pauvre

sur les collines, la végétation n’est réellement riche que sur

les bords du fleuve et des marigots. Là nous trouvons les grands

végétaux qui caractérisent les régions des rivières du Sud :

caïl-cédrats, fromagers, baobabs, Légumineuses de toutes sortes et

absolument gigantesques. Mais il existe dans le Niocolo tout entier,

du moins dans les régions Est et centrales, deux végétaux qui

méritent une mention particulière. Le Karité (_Butyrospermum

Parkii_) y est partout excessivement commun et ses deux variétés,

Shée et Mana, s’y rencontrent. La première y est cependant plus

fréquente. Les habitants tirent de la noix une assez grande quantité

de beurre qu’ils vont vendre à Yabouteguenda et à Mac-Carthy.

On trouve ce végétal partout, dans le Niocolo ; mais c’est

surtout aux environs de Sillacounda, Diengui, Dikhoy qu’il est

particulièrement abondant. Toute la plaine de Sillacounda en est

littéralement couverte et nous y en avons vu des échantillons qui

atteignaient des proportions fort respectables. Le karité, dans

cette région du moins, ne pousse pas en forêts compactes. Les pieds

sont distants les uns des autres d’environ soixante mètres. Nous

croyons que, trop rapprochés, ils se développeraient moins

vigoureusement. Il y aurait là matière à créer une véritable

richesse agricole, forestière et commerciale pour le pays. Mais

il faudrait que ceux qui s’en occuperaient fissent tout par

eux-mêmes : car jamais on n’arrivera à faire cultiver par le

noir aucun autre végétal que ceux qui sont susceptibles de lui

donner un rendement immédiat. On n’arrivera jamais à lui faire

semer une seule graine de karité.

Les lianes à caoutchouc Saba (Bambara), et Laré (Peulh), sont

aussi excessivement communes dans le Niocolo. On les trouve un

peu partout, mais c’est surtout sur les bords du fleuve et des

marigots qu’elles sont réellement abondantes. Elles y atteignent

des proportions énormes, mais je doute que jamais un noir quelconque

récolte un gramme de latex de Laré, quels que soient les moyens

que l’on emploie et les arguments qu’on fasse valoir pour leur

conseiller ce léger travail. Ce végétal serait également très

facile à multiplier dans d’énormes proportions, mais, je le

répète, on n’obtiendra jamais rien de l’indigène en dehors

de ce qui sort de la routine.

Les cultures sont très riches dans le Niocolo, surtout dans les

pays habités par les Diakankés : Diengui, Sillacounda, Samécouta,

Laminia. Sous ce rapport les Malinkés commencent à se remuer un

peu. Quant aux Peulhs, ils sont loin de ressembler à leurs frères

du Ouli et du Sandougou. Ils délaissent volontiers la pioche pour

prendre le fusil et aller détrousser les caravanes ou voler des

captifs aux alentours des villages Malinkés.

Le mil, maïs, coton, arachides, tabac, etc., etc., en un mot toutes

les plantes que l’on cultive au Soudan se voient dans les lougans

du Niocolo. Les habitants font de grands et beaux lougans et, pendant

toute l’année, ils ne manquent jamais de mil. Leurs procédés

de culture sont à peu de chose près les mêmes qu’ailleurs,

mais les lougans sont plus soignés. J’ai remarqué que pour les

champs de mil, ils ne se contentaient pas seulement de gratter la

terre et d’y enfouir la semence à une petite profondeur. Ils font

de véritables sillons. Ce qui permet aux eaux de séjourner plus

longtemps autour du mil. Aussi celui-ci y atteint-il des proportions

inconnues ailleurs. Autour des villages, surtout chez les Malinkés,

se trouvent de petits jardinets où sont cultivés, avec grand soin,

oignons, tabac, oseille, etc., etc. C’est surtout aux femmes

qu’incombe cette besogne.

_Faune. Animaux domestiques._ — La faune est peu variée. Parmi

les animaux nuisibles, citons le lion, assez rare, la panthère, le

lynx, le chat-tigre, et, dans la Gambie, le caïman. L’hippopotame

abonde surtout dans les marigots de la région Ouest. C’est

là aussi la région qu’habite l’éléphant, qui est assez

commun. Toutes les variétés d’antilopes, biches, gazelles

y sont représentées en grand nombre. Le bœuf sauvage s’y

rencontre aussi fréquemment. Tous les habitants du Niocolo se

livrent à l’élevage des bœufs, moutons et chèvres. Mais

ceux qui, de beaucoup, possèdent les plus beaux troupeaux, sont

les Diakankés. Samécouta, Sillacounda, Laminia possèdent chacun

plusieurs centaines de têtes de bétail. Les bœufs y sont assez gros

et leur viande est excessivement savoureuse. Le lait des vaches, très

riche en principes gras, est également excellent. Les moutons et

les chèvres y prospèrent à merveille, et ils ne sont pas étiques

comme cela se voit dans presque tout le reste du Soudan. Citons pour

mémoire les poulets, très nombreux partout. C’est toujours la

même volaille décharnée que l’on rencontre partout en Afrique, et

qui n’a rien à envier à ses congénères de l’Opéra-Comique. Il

y a peu de chevaux dans le Niocolo. D’après les renseignements que

j’ai eus à ce sujet, le climat leur serait contraire et ils n’y

vivraient pas. Les ânes, petits et vigoureux, y sont très communs,

et les dioulas s’en servent pour le transport de leurs marchandises.

_Populations. Ethnographie._ — Le Niocolo est, relativement à

son étendue, très peuplé, surtout dans sa partie centrale. Il

n’y a qu’un seul village sur la rive droite de la Gambie,

Laminia (village Diakanké). La partie Ouest est à peu près

inhabitée. On n’y trouve que deux petits villages Malinkés de

très peu d’importance. La population totale du pays peut être

évaluée à environ 25 à 28,000 habitants. Ce qui, vu sa superficie,

nous donne à peu près trois habitants par kilomètre carré. Il

est habité par des Malinkés, des Diakankés, des Peulhs et des

Sarracolés. Les Malinkés et les Peulhs sont de beaucoup les plus

nombreux. Ils forment un grand nombre de villages situés : les

Malinkés au Nord, et les Peulhs au Sud.

1o _Malinkés._ — Les Malinkés ont été les premiers habitants du

Niocolo. Si l’on en croit la légende que racontent volontiers les

griots et les vieillards, les premiers habitants de race Malinkée

dont on retrouve la trace au Niocolo appartenaient à la famille des

_Sadiogos_, venus du Manding lors de la première grande migration,

celle de Koli-Tengrela. Cette famille des Sadiogos arriva on ne sait

comment jusque sur les bords de la Gambie et là les uns franchirent

le fleuve et se fixèrent dans le Niocolo et les autres se fixèrent

à Sibikili, où ils sont encore. Peu après, lors de la seconde

grande migration Mandingue dans le Bambouck, sous la direction des

Sisokos, arrivèrent les _Camaras_ qui chassèrent les Sadiogos et

peuplèrent en partie toute la partie Nord du Niocolo. Les Sadiogos

se retirèrent à Sibikili et c’est dans ce seul village que l’on

peut encore trouver des représentants de cette ancienne famille

Malinkée. Mais les Camaras ne devaient pas jouir longtemps en paix

de leur victoire. Après la mort de Soun-Dyatta, un grand courant

d’émigration Malinkée se fit de l’Est vers l’Ouest, et dans le

Niocolo ne tardèrent pas à arriver deux des plus anciennes familles

du Manding les _Dabos_ et les _Keitas_. Dans le cours du voyage, un

certain nombre de Dabos avait quitté la colonne et s’était fixé

dans le Kouroudougou, près du Diébédougou, où sont encore leurs

descendants. Les Keitas et les Dabos eurent facilement raison des

Camaras et les soumirent à leur autorité. Ceux-ci préférèrent

obéir que de quitter le pays. Les Keitas prirent alors le pouvoir

en main et voulurent pressurer leurs alliés les Dabos comme ils le

faisaient pour les Camaras. Les Dabos, irrités, quittèrent le pays

et allèrent se fixer dans le Ouli. Il n’en reste plus que fort peu

actuellement dans le Niocolo. Dernièrement encore plusieurs cases

de Dabos allèrent rejoindre leurs frères du Ouli. Les Keitas sont

encore les maîtres du Niocolo, de la partie Nord du moins. Leur chef

réside à Dikhoy, chef sans aucune autorité, qui est absolument

annihilé par les almamys du Fouta-Diallon.

Les Malinkés du Niocolo ne diffèrent en rien des Malinkés des

autres pays. Ils sont aussi vantards, pillards, ivrognes, voleurs et

menteurs. Leurs villages sont aussi sales. Ils sont là plus abrutis

que partout ailleurs et la main de fer qui les opprime n’est

pas capable de leur permettre de se relever tant au moral qu’à

tout autre point de vue. Ils forment un grand nombre de villages ;

mais Keitas et Camaras habitent à part, et depuis la conquête les

unions entre ces deux familles ont été fort rares.

_Villages Malinkés du Niocolo._

1o Villages Keitas :

Tomborocoto. Dikhoy (résidence du chef).

Marougoucoto. Bantaco.

2o _Villages Camaras :_

Bantata. Temansou.

Pataranké. Maniancanti.

Barabané. Vana.

Dapouta. Bala.

Médina. Lacanta.

Tigancali. Mariguilcia.

Baniou. Nientambouré.

Baïsso. Daria.

Les Malinkés habitent le Nord du Niocolo. Une ligne de démarcation

bien nette les sépare des Peulhs du Sud. Ils n’ont jamais tenté de

s’étendre lors même que le reste du pays était inhabité. Là

où ils ont mis le pied pour la première fois, là ils sont

restés. C’est là la preuve la plus manifeste du peu de vitalité

de ce peuple, qui est appelé à disparaître un jour du Niocolo et

à en être chassé par les Peulhs ou à être absorbé par eux.

2o _Diakankés._ — Les Diakankés du Niocolo sont relativement peu

nombreux. Ils forment quatre villages dont la population totale peut

être évaluée à environ trois mille habitants. Ces villages sont :

_Diengui._ — _Sillacounda._ — _Laminia._ — _Samécouta._ — Les

Diakankés sont établis là de très longue date. Ils ont quitté

le Diaka dès les premiers jours de la conquête de ce pays par les

almamys du Bondou. Pressurés par ces derniers, ils ont préféré

se soumettre aux exigences du Fouta-Diallon que de supporter les

exactions auxquelles ils étaient continuellement exposés dans

le Diaka. Ils ont construit alors sur les bords de la Gambie ces

quatre grands villages dans des situations hors ligne et au milieu

d’un pays excessivement fertile. — Les Diakankés, musulmans

fanatiques, sont des gens absolument paisibles pourvu qu’on leur

laisse pratiquer en paix leur religion. Ils élèvent de nombreux

troupeaux et les greniers de leurs villages regorgent de provisions

de toutes sortes. Ce sont de beaucoup les plus riches du Niocolo. Ils

sont soumis au Fouta-Diallon auquel ils payent tribut. Chaque année,

les quatre villages doivent payer douze bœufs aux almamys. Mais,

en dehors de cela, ils sont obligés de répondre aux demandes de

leurs maîtres qui envoient chercher mil, arachides, etc., etc. Ils

sont fatigués de cela et demandent que cet état de choses cesse

au plus tôt.

N’étaient les bœufs qui les empestent littéralement, leurs

villages seraient bien entretenus. Les cases y sont propres et en

bon état. Chaque village possède une ou plusieurs mosquées qui y

sont construites, en paille, avec le plus grand soin. Leurs immenses

toits en forme de chapeaux pointus viennent jusqu’au ras du sol,

aussi pour entrer dans ces temples, faut-il absolument se mettre à

quatre pattes. Chaque jour, les enfants sont réunis dans une case

spécialement affectée à leur instruction, et un marabout en renom

dans le village, très versé dans la connaissance de l’Arabe et du

Coran, les initie aux mystères de la langue sacrée, leur apprend

et leur explique les versets du Saint Livre. Ces sortes d’écoles

sont très assidûment fréquentées. En résumé, le Diakanké est

un peuple fort intéressant, dont nous devrions nous occuper plus

que nous l’avons fait jusqu’à ce jour.

3o _Sarracolés._ — Il eût été fort étonnant de ne pas trouver

de village Sarracolé dans le Niocolo. On les rencontre partout où

il y a un peu de commerce à faire, et, dans ce pays, ils jouissent,

au point de vue commercial, d’une situation fort sortable. Ils

n’ont formé qu’un seul village, Kédougou, fort peuplé de gens

de toute espèce de races. C’est là que les Sarracolés tiennent,

pour ainsi dire, entre leurs mains, la plus grande partie du commerce

de la région.

Les Sarracolés du Niocolo sont venus d’un peu partout ; mais

ce sont surtout ceux du Guidioumé et du Ghabou qui y sont en plus

grand nombre. Les premiers y sont venus à la suite de la conquête

de leur pays par El Hadj Oumar, et les seconds, à la suite de la

conquête du Ghabou par Alpha-Molo. Ils vivent là en paix, payant

au Fouta-Diallon un fort impôt, et vivant en bonne intelligence

avec leurs voisins, car ceux-ci ont toujours besoin d’eux.

Dans la Haute-Gambie · 第 43 / 54 段