d’aspect. La végétation plus riche indique que l’on s’est
rapproché de la Gambie. Malgré cela, elle est loin d’être
aussi belle qu’elle ne l’est ordinairement sur les rives de
ce fleuve. C’est que là ses berges sont rocheuses, arides, et
que l’humus fait absolument défaut. De Sibikili à Badon, nous
retrouvons les collines et les plaines que nous avons mentionnées
plus haut. Deux marigots seulement où coule une eau claire et
limpide traversent le sentier et, rompant la monotonie de la route,
présentent sur leurs rives quelques essences botaniques.
De Badon au Dentilia, c’est la désolation dans toute l’acception
du mot. Jamais pays plus triste, jamais désert plus complet. De ce
que nous venons de dire, nous pouvons conclure que le Badon est un
pays absolument aride. La terre végétale ne se montre absolument
qu’aux environs des villages, et encore la partie qui peut être
cultivée est-elle de très petite étendue. On verra dans la suite
de ce travail que les conditions géologiques du sol peuvent seules
être mises en cause pour expliquer cette épouvantable stérilité.
_Hydrologie._ — A ce point de vue, le pays de Badon est
complètement compris dans le bassin de la Gambie, et en partie
dans celui du Niocolo-Koba, tributaire de ce grand fleuve. Les
marigots y sont fort nombreux et beaucoup d’entre eux ne tarissent
jamais. L’eau y coule en plus ou moins grande quantité en toutes
saisons.
La Gambie du marigot de Koussini au Niocolo-Koba coule dans le pays
de Badon environ pendant 80 kilomètres. L’hydrographie de ce
fleuve pendant ce long parcours est à peine connue. Il n’a été
fait à ce sujet aucun travail, et, tout ce que l’on en sait, ce
n’est que par renseignements qu’on a pu l’apprendre. Le cours
en est excessivement rapide, et, en maints endroits, ce fleuve est
barré par des rapides qui en rendent la navigation impossible pour
les chalands même les plus légers ; mais en toutes les saisons les
pirogues y peuvent circuler. Il n’y a pas, à proprement parler,
de barrages véritables. En maints endroits, cependant, se trouvent
des amoncellements de roches qui laissent entre elles des passages
praticables pour les pirogues, mais où le courant est d’une
violence et d’une rapidité extrêmes.
Le régime des eaux du fleuve est le même que dans les autres parties
de son cours. Les eaux, très-basses pendant la saison sèche, sont
excessivement profondes pendant la saison des pluies. Aussi les berges
sont-elles rongées et, en général, absolument à pic. Le fleuve
coule dans la plus grande partie de ce trajet entre deux rangées
de hautes collines qui le longent à peu de distance. Ce n’est
qu’après avoir quitté le Niocolo qu’il coule dans une plaine
basse et marécageuse qui fait partie du pays de Damentan. Les berges
sont, en général, formées de terrains argileux ou de roches, et
le fond est ou de roches, de sables siliceux, d’argiles, ou encore
formé de petits cailloux roulés de quartz et de grès ferrugineux,
produits de la désagrégation des roches et conglomérats que l’on
rencontre dans les terrains au milieu desquels li coule.
Dans le Badon, la Gambie ne peut être traversée à gué
qu’à Tomborocoto, à environ dix kilomètres de Badon dans le
Sud-Sud-Est. Ce gué n’est guère praticable que de janvier
à mai, et encore ne peut-on y parvenir qu’avec beaucoup
de précautions. Son lit est encombré de roches excessivement
glissantes qui rendent l’opération délicate et pénible surtout
pour les animaux. Aussi le courant y est-il excessivement violent. Les
hommes sont obligés de se munir de solides bambous pour guider leurs
pas et pour pouvoir résister au courant qui ne manquerait pas de
les entraîner. En cet endroit et aux basses eaux, les berges de
la Gambie ne sont pas trop escarpées, mais la vase qui les couvre
les rend très-glissantes. Son cours y est coupé dans chaque tiers
environ, par un ilot formé de sables et de roches qui y ont été
roulées par les eaux. Elle forme donc, pour ainsi dire, deux bras :
un grand, le principal, du côté de Badon, qui peut avoir environ
deux cent cinquante mètres ; un petit du côté de Niocolo, dont
la largeur ne dépasse pas cent mètres. La largeur de l’ilot
est de vingt-cinq mètres à peu près. Ce qui nous donne, pour le
gué entier, une largeur totale de 375 mètres au plus. Au mois de
janvier, il n’y a pas plus de quarante à cinquante centimètres
d’eau aux endroits les plus profonds, et à la fin d’avril le
gué est à sec dans presque toute sa largeur, sauf sur la rive
de Badon, où persiste un chenal d’environ dix mètres de large
sur cinquante de profondeur. De même dans le petit bras, l’eau
y coule encore pendant toute la saison sèche, mais en très-petite
quantité. C’est à peine s’il y en a alors en cet endroit une
profondeur de plus de quinze à vingt centimètres.
Dans ce parcours de plus de quatre-vingts kilomètres, pendant
lesquels la Gambie coule dans le pays de Badon, elle ne reçoit,
sur sa rive droite, qu’un fort petit nombre de marigots, et encore
sont-ils de très minime importance. Nous citerons particulièrement :
le _Koussini-Kô_ qui lui sert de limite ou plutôt de point extrême,
de la ligne fictive qui sépare le Badon du Niocolo au Sud-Est.
Le _Fatafi-Kô_ qui, formé par les eaux du désert de Coulicouna,
traverse le Badon du Nord au Sud et se jette dans la Gambie non loin
de Tomborocoto.
Le _Koroci-Koto_ qui naît également aussi dans le désert de
Coulicouna et dont le cours se dirige du Nord-Est au Sud-Ouest.
Le _Bamboulo-Kô_. — Ce marigot est formé par trois branches qui
drainent et apportent à la Gambie les eaux du Nord et du Nord-Est
du pays de Badon. C’est entre ses deux branches principales
qu’est construite la ville de Badon ; sa troisième branche, la
plus occidentale, est de peu d’importance. Chacune de ces branches
reçoit un grand nombre de petits marigots qui les font communiquer
entre elles et qui sont à sec pendant la belle saison. Ils n’ont
pas de noms particuliers.
Du Bamboulo-Kô au Niocolo-Koba nous ne trouvons plus aucun marigot,
se rendant directement à la Gambie, qui mérite d’être mentionné.
Le Niocolo-Koba prend naissance dans le désert de Coulicouna où
dans la partie première de son cours, il s’étale en un vaste
marais qui pourrait à la rigueur être considéré comme son origine
primitive. Il se dirige d’abord du Sud-Est au Nord-Ouest pendant
environ soixante-dix kilomètres, puis faisant un grand coude,
son cours s’infléchit et il coule alors du Nord-Est au Sud-Ouest
pendant environ soixante kilomètres. Il se jette dans la Gambie à
quatre-vingts kilomètres, à peu près, en aval du Koussino-Kô. Il
forme la limite entre le Badon et le Gamon.
Le Niocolo-Koba reçoit, dans le pays de Badon, un grand nombre
de marigots dont nous allons citer les principaux. Nous trouvons
en procédant d’amont en aval les cours d’eau suivants : le
_Sitadioumou-Kô_ qui reçoit lui-même deux marigots importants sur
sa rive droite, le _Fabilo-Kô_, qui passe non loin de Sibikili,
au Sud-Ouest, peu large, cinq mètres au plus, et où coule en
toute saison une eau limpide et claire, et le _Koumouniboulou-Kô_,
que l’on traverse en venant de Gamon à Sibikili. Ce dernier est
pendant la saison sèche plutôt un véritable marécage qu’un
marigot proprement dit ; mais, pendant la saison des pluies, l’eau y
coule en abondance ; il déborde sur une notable étendue de terrains,
et c’est dans cette partie inondée que les habitants de Sibikili
font leurs rizières : elles sont vastes et très productives. Ce
sont, du reste, les seules qu’ils possèdent.
A quinze kilomètres environ en aval du Sitadioumou-Kô, on trouve
le _Séré-Kô_ ou _Kéré-Kô_, marigot important, large, à berges
encaissées et qui reçoit lui-même le _Dalésilamé-Kô_, qui lui
apporte les eaux qu’il collecte dans l’angle formé par la Gambie
et le Niocolo-Koba. Le Dalésilamé-Kô forme avec le Séré-Kô un
angle de trente degrés au plus.
Nous trouvons plus loin le _Diala-Kô_, joli petit marigot fort
ombragé et ainsi nommé parce que ses bords sont couverts de
magnifiques caïl-cédrats. Sa vallée est sans contredit la moins
aride de cette région.
Enfin, à peu de distance du Diala-Kô et au Nord-Ouest, se trouve
le Sandikoto-Kô, marigot peu large, mais profondément encaissé
dans des rives à pic. Son passage offre de sérieuses difficultés,
surtout pour les animaux.
Le Badon est, comme on le voit, fort bien arrosé. Dans la plupart
des marigots que nous venons de citer, l’eau coule en toute saison,
et, d’après les renseignements que nous avons pu nous procurer,
il en est qui ne tariraient jamais, même dans les années les plus
sèches. Cela tient, croyons-nous, à ce qu’ils communiquent entre
eux presque tous par des branches secondaires et même avec la Gambie
et le Niocolo-Koba dont ils suivent les variations. Leurs bords à
pic et le manque de vases que l’on peut constater aisément pour la
majorité d’entre eux, suffisent pour prouver qu’ils sont doués,
du moins pendant la saison des pluies, d’un courant rapide.
Comment se fait-il alors qu’arrosé comme il l’est, le Badon
soit si stérile. Il faut l’attribuer, je crois, à deux causes
principales. La première, c’est que le terrain dont il est
formé est excessivement perméable en certains endroits. Les
eaux d’inondation y séjournent fort peu et n’ont pas le temps
d’y déposer assez de limon pour le fertiliser. Dans d’autres
endroits, au contraire, la croûte terrestre, formée d’argiles,
est imperméable ; les eaux y séjournent bien longtemps, mais quand,
sous l’action de la chaleur solaire, elles se sont évaporées, le
terrain qu’elles découvrent se dessèche rapidement. On ne trouve
plus qu’une argile durcie absolument impropre à la culture. Du
reste, ce que nous disons plus loin de la constitution géologique
de cette région, suffira amplement pour expliquer d’une façon
plus précise le peu de fertilité de son sol.
_Orographie._ — Au point de vue orographique, le Badon pourrait
être rattaché au système général du Niocolo, dont il n’est,
pour ainsi dire, que le prolongement. Il est difficile, malgré tout,
d’y trouver un système méthodique, bien défini, et qui lui soit
absolument propre. Le terrain y est cependant très accidenté. Ce
n’est, du Niocolo-Koba à la Gambie, qu’une suite de collines
séparées par de profondes vallées. La hauteur de ces collines ne
dépasse guère 50 à 60 mètres, et elles sont disposées avec un
certain ordre qui nous permet de donner une idée à peu près exacte
du relief du terrain. Nous avons d’abord la chaîne de hauteurs
qui, sur sa rive droite, longe la Gambie dans presque tout le cours
de ce fleuve. De cette chaîne, partent des collines qui suivent les
deux rives des marigots tributaires de la Gambie et qui vont mourir
dans l’angle formé par cette dernière et le Niocolo-Koba. Ces
collines peu élevées laissent entre elles de profondes vallées
au fond desquelles coulent les marigots.
Nous pourrions répéter pour le Niocolo-Koba ce que nous venons de
dire pour la Gambie. Dans tout son cours, cette rivière est longée
également par deux séries de collines qui viennent se terminer
dans le désert de Coulicouna et qui, à l’Est, se raccordent à
la chaîne montagneuse qui sépare cette contrée des plaines du
Badon-Est et du Dentilia-Ouest. De petites élévations de terrain
peu importantes s’en détachent et suivent les rives des marigots
tributaires du Niocolo-Koba.
Toutes ces collines sont formées de roches absolument abruptes. La
terre végétale y fait absolument défaut et la végétation y est
excessivement rare.
Outre ces chaînes de collines dont nous venons de parler, on
rencontre fréquemment dans le Badon de ces monticules isolés
dont nous avons déjà eu maintes fois l’occasion de parler. Là
ils sont formés par des amoncellements de roches que recouvre une
mince couche de terre ou de sables formés par la désagrégation
des roches sous l’influence des pluies d’hivernage. La colline
sur laquelle est construit le village de Sibikili appartient aux
élévations de terrain de cet ordre.
Les collines du Badon ont des flancs absolument à pic, surtout dans
la partie comprise entre Sibikili et la Gambie par Badon. Aussi
la terre et l’humus y font-ils absolument défaut. Ils sont
entraînés par des pluies d’hivernage. Les versants sont
profondément ravinés, et, de loin, on peut juger de la profondeur
de ces excavations. En résumé, il n’y a pas, comme on le voit,
dans le Badon, de système orographique dans le sens absolu du mot. On
n’y trouve que des collines disposées d’après un certain ordre
commun dans toute cette région. Malgré cela, et étant donnée
surtout la nature du terrain ainsi que l’orientation des reliefs
du sol, on peut rattacher l’orographie de ce pays à celle du
Niocolo avec laquelle elle présente de grandes analogies.
_Constitution géologique du sol._ — Au point de vue géologique
on peut dire, surtout en ce qui concerne son ossature, que ce pays de
Badon appartient tout entier à la période secondaire. L’analogie
des roches que l’on y trouve permet de supposer qu’il fait partie
du même soulèvement que ce dernier. Les terrains d’alluvions y
sont moins fréquents. Par contre, on y rencontre uniquement les
roches qui caractérisent les terrains de cette période. Issu
des soulèvements de la période secondaire, le Badon a dû être
ensuite recouvert par les eaux, lorsque la croûte terrestre a été
assez refroidie pour que les vapeurs contenues dans son atmosphère
puissent se condenser. Il ne saurait y avoir aucun doute à ce sujet,
les roches usées, limées, aux formes bizarres et déchiquetées
qu’on y trouve, en sont une preuve suffisante. Cette période a dû
être très longue, à en juger par les traces qu’elle a laissées
et qui sont encore évidentes, malgré les milliers d’années
écoulées. C’est sans doute à l’époque à laquelle ces eaux se
sont retirées qu’il faut rattacher la formation de ces collines
isolées, rocheuses, qui, dans cette mer immense, devaient former
autant de récifs en ilots, dont l’étendue augmentait au fur et
à mesure que le niveau des eaux qui les couvraient jadis baissait,
tout en y apportant, chaque année, de nouveaux éléments.
Si on considère le sous-sol dont est formé le Badon, on y trouve
deux sortes de terrains : le terrain ardoisier, caractérisé par
des schistes de toutes variétés, schistes lamelleux, schistes
ardoisiers et schistes micacés. C’est particulièrement le
terrain des vallées. En second lieu nous avons un terrain que nous
désignerons sous le nom de terrain secondaire et dont les roches
principales sont les quartz, les grès, simples ou ferrugineux et les
conglomérats de même nature formés de ces deux roches agglutinées
dans une gangue silico-argileuse. Les collines en sont presque
uniquement formées. Les terrains les plus anciens de la période
primaire font absolument défaut. Nous n’avons jamais rencontré,
en effet, ses roches caractéristiques, gneiss et granit, et ses
roches métamorphiques. De même les terrains tertiaires ne s’y
montrent nulle part. Malgré toutes nos recherches, nous n’en
avons, en effet, jamais trouvé la moindre trace sous quelque forme
que ce soit. Il y existe bien une roche qui contient une faible
proportion de carbonate de chaux, mais elle n’existe nulle part
en bancs importants. On la trouve à fleur de terre sous forme
de petits blocs de la grosseur du poing au maximum. Sa couleur
est blanc jaunâtre et sa composition permet de la rattacher à
cette catégorie de roches formées par des débris de coralliens,
débris que les eaux en se retirant ont dû déposer là et qui,
dans la suite, ont été agglutinés par des argiles siliceuses. Cet
élément géologique se rencontre en maints endroits au Soudan,
notamment dans les environs de Badumbé. On en retire par la cuisson
une chaux de qualité inférieure qui, à défaut d’autre, a été
utilisée pour nos constructions. Elle est loin de valoir la chaux
provenant des coquilles d’huîtres qui sont si abondantes sur les
bords de certaines parties du cours du Niger.
Si maintenant nous considérons, au contraire, la croûte terrestre,
nous constaterons trois sortes d’éléments géologiques :
dans les vallées, des argiles compactes épaisses, formées par
la désagrégation aquatique des roches qui composent le terrain
ardoisier, et contenant en certains endroits une notable quantité de
silice ; par ci, par là sur les bords des marigots, des vases et des
dépôts de formation alluvionnaire récente, mais peu étendus et
peu épais. La latérite enfin y est peu abondante. On ne la trouve
guère qu’aux environs de Badon et de Sibikili. Elle est due à la
désagrégation des roches cristallines qui forment le sous-sol du
terrain secondaire. Enfin, sur les plateaux, la roche se montre à nu,
et on n’y rencontre aucune trace de terre végétale. Le peu qui
s’y forme, par suite de la désagrégation des roches et du terreau
qui provient des détritus végétaux, est entraîné par les eaux.
La couche d’eau souterraine se trouve à une profondeur
relativement faible. Dans les villages, on ne se sert, pour ainsi
dire, pour les usages domestiques, que de l’eau de puits. Elle
est très bonne. Cela se comprend aisément, si on réfléchit que
ce n’est qu’une eau d’infiltration et qu’elle traverse
une épaisseur considérable de terrains ne contenant aucuns
principes nuisibles. Pendant la saison des pluies, l’eau est
très abondante dans ces puits. Elle contient alors en suspension
une grande quantité de matières terreuses dont il est facile de la
débarrasser en la laissant reposer. Il suffit ensuite de décanter
et de filtrer. Pendant la saison sèche, au contraire, elle est peu
abondante, mais très limpide. Sous une faible épaisseur, elle a
une couleur légèrement opaline. Les puits se vident rapidement,
et il faut attendre, pour y puiser à nouveau, une heure ou deux,
que le liquide ait filtré en quantité suffisante.
_Faune._ — _Animaux domestiques._ — La faune est excessivement
riche dans le Badon. On y trouve presque tous les animaux nuisibles
et autres, connus au Soudan. Nous citerons particulièrement le lynx,
la panthère, le guépard, le chat-tigre, l’hyène, le chacal et
le lion, qui est fort commun dans les montagnes. La panthère, le
chat-tigre et le guépard y sont, après le lion, les carnassiers
les plus communs. Les collines qui avoisinent les villages en sont
absolument infestés, et il n’est pas de nuit où, si on n’y
veille pas, il ne disparaisse quelque mouton du troupeau ou quelque
poule du poulailler. L’hyène et le chacal viennent rôder, pendant
les ténèbres, jusque dans les cases, si on n’a pas soin de fermer
les portes du tata. Aussi leurs cris qui se mêlent aux aboiements
des chiens font-ils un vacarme qui m’a souvent empêché de dormir.
La Gambie et l’embouchure de la plupart des marigots sont
habités par des milliers de caïmans, qui y atteignent des
proportions énormes. Les reptiles, Boa, serpent noir, serpent Corail
particulièrement y sont assez communs, on ne cite cependant que de
rares accidents. On y rencontre aussi cette variété de serpent que
l’on désigne sous le nom de trigonocéphale, et dont la morsure
est loin d’être aussi dangereuse que celle du congénère de la
Martinique, par exemple. J’ai pu m’en assurer moi-même. Pendant
mon séjour à Badon, un homme du village fut mordu par un de ces
repoussants animaux qu’il parvint, du reste, à tuer et dont il
rapporta la dépouille. Il avait éprouvé, dit-il, une violente
douleur après la morsure. Je constatai, trois heures après, un
gonflement prononcé de la jambe blessée, avec une anesthésie
complète et un peu de parésie de tout le membre, en même temps,
légère prostration. Cet état dura pendant quatre ou cinq jours, au
bout desquels ces symptômes s’amendèrent, et, lorsque je partis,
le malade était complètement rétabli. Les Malinkés sont très
friands de la chair de ce serpent. Ils lui coupent préalablement
la tête et le reste est bouilli et mangé avec du couscouss.
Parmi les animaux sauvages non nuisibles, nous citerons surtout les
Antilopes. Jamais et dans aucun pays du Soudan nous n’en avions
rencontré autant de variétés et en aussi grand nombre. C’est
par troupeaux de dix, quinze, que nous les faisions lever sur la
route. Le sanglier est aussi très commun, surtout dans la partie
qui avoisine le désert de Coulicouna. Pendant le séjour que je
fis à Badon, les fils de mon hôte (diatigué) en tuèrent trois
en moins de quinze jours.
Nous citerons encore le bœuf sauvage (_Ségui_ en Bambara et en
Malinké) il est très commun et, de l’avis des Noirs, le Badon est
le pays où on le trouve en plus grand nombre. A ma connaissance,
les habitants en tuèrent deux et je pus m’assurer que sa viande
était absolument succulente.
La Gambie, le cours inférieur du Niocolo-Koba et des grands marigots
sont peuplés d’hippopotames. Citons enfin l’éléphant qui habite
surtout les vallées. Les Malinkés du Badon organisent parfois de
grandes chasses, et, quand ils sont assez heureux pour en tuer un,
ils en mangent la viande et en vendent les défenses à des dioulas
de passage, ou bien ils vont jusqu’à Yabouteguenda les échanger
contre du sel, de la poudre, des kolas et des étoffes.
On comprendra que, dans un pays aussi giboyeux, les habitants se
livrent ardemment à la chasse. Comme les gens du Tenda et du pays
de Gamon ils en font leur passe-temps favori. Il n’est pas de jour
qu’il n’y en ait quelques-uns qui prennent la brousse dans ce
but. Ils restent parfois des semaines entières dehors, et ne rentrent
jamais les mains vides. On peut dire que dans le Badon, la seule
viande que mangent les Malinkés provient des produits de leur chasse.
Les animaux domestiques y sont relativement nombreux. Badon possède
un beau troupeau de bœufs, des chèvres, des moutons, poulets
en quantité. Malgré cela, la viande de boucherie y est presque
complètement inconnue. Il faut une circonstance grave, présence
d’un chef ou fête quelconque pour que l’on abatte un bœuf. Par
contre, on y consomme relativement beaucoup de chèvres, moutons et
poulets, et à l’époque des circoncisions on en fait de véritables
hécatombes pour nourrir les enfants qui ont été opérés.
_Flore._ — _Productions du sol._ — _Cultures._ — La Flore
du pays de Badon est une des plus pauvres que nous ayons vue
au Soudan. Nulle part le sol ne nous a présenté une aridité
semblable. Les collines, les plateaux sont absolument dénués
de toute espèce de végétation. Il n’y a que sur les bords
des marigots et dans les vallées qu’elle se montre un peu plus
riche. Là, nous trouvons de superbes karités des deux variétés
Shee et Mana. Les habitants en récoltent le fruit pour en extraire
le beurre, mais ils n’en fabriquent que juste ce qu’il leur faut
pour leurs usages domestiques, et encore.... Les caïl-cédrats
et les grandes Légumineuses sont assez communs sur les rives des
marigots et de la Gambie.
Les lianes Saba et Delbi y sont abondantes. La première se trouve
surtout sur les bords des marigots et la seconde sur les plateaux.
On comprend que dans un pays aussi désolé, les cultures soient
peu importantes, la terre végétale faisant presque partout
défaut. Ce n’est qu’aux environs des villages que l’on
rencontre quelques rares lougans. Là, comme partout ailleurs, on
ne cultive que le mil, le maïs, les arachides, le riz, le tabac,
les tomates, etc., etc. Encore la production est-elle excessivement
faible et suffit-elle à peine pour les besoins des habitants, et,
chaque année, pendant l’hivernage, ils en sont réduits pendant
trois mois, à la portion congrue.