argileuses isolées que l’on trouve par ci par là notamment
aux environs des villages. Elles sont, en général, recouvertes
d’une couche épaisse de latérite et très fertiles. C’est sur
une colline de cette nature que s’élève le village de Gamon. Elle
peut avoir environ trois kilomètres de large sur six de long. C’est
là que se trouvent pour la plupart les lougans des habitants. Son
versant ouest est assez rapide, mais son versant sud-est s’affaisse
par une pente douce d’environ deux kilomètres de longueur. A
son point le plus élevé, cette colline n’a pas plus de quinze
mètres de hauteur. Elle est constamment balayée par les vents de
Nord et de Nord-Est, et elle est abritée contre les vents de Sud
et de Sud-ouest par la rangée de collines qui longe la rive droite
de la Gambie et dont l’élévation est plus considérable.
_Constitution géologique du sol._ — La constitution géologique
du sol du Tenda diffère peu de celles des autres pays du Soudan
Français. Ce sont toujours les mêmes éléments et les mêmes
terrains. Le terrain ardoisier alterne avec les terrains à quartz et
à roches ferrugineuses. La latérite y est abondante, surtout dans
le Tenda proprement dit. C’est à la période secondaire qu’il
convient assurément de rattacher la formation de ces régions.
Les bords de la Gambie sont formés de terrain purement argileux
en grande partie. On rencontre bien en quelques endroits des bancs
de quartz et de grès, mais ils sont assez clairsemés et de peu
d’étendue. Par ci par là se trouvent dans cette vaste plaine, qui
s’étend depuis le confluent du Niocolo-Koba jusqu’aux collines du
Ouli, quelques marécages à fond de vases reposant sur un substratum
d’argiles absolument compactes et imperméables. Au-dessous de
cette couche on trouve le terrain ardoisier bien caractérisé par
des schistes, parmi lesquels le schiste lamelleux domine. A partir du
point où il se termine au Nord, le terrain ardoisier alterne avec
la latérite et de vastes plateaux rocheux où abondent les grès,
les quartz et les conglomérats ferrugineux à gangues d’argiles
siliceuses. A deux kilomètres environ de Bady nous ne trouvons plus
que de la latérite. Elle forme un véritable îlot d’environ 30
kilomètres de longueur sur 20 à 25 de large, et c’est dans cet
espace restreint que s’élèvent les quelques villages du Tenda. A
partir de la rivière Balé nous n’avons plus que du terrain
ardoisier jusqu’aux environs de Gamon où la latérite reparaît
de nouveau. Quelques plateaux rocheux formés de grès et de quartz
simples et ferrugineux émergent bien en quelques endroits ; mais
ils sont, en général, de peu d’étendue. De Gamon au Niocolo-Koba
rien que des roches et plateaux ferrugineux arides.
Les collines du pays de Gamon sont en majeure partie formées de
grès, de quartz et de conglomérats. Les schistes y sont assez
rares. Le granit et le gneiss y font toujours défaut. La terre
végétale y est peu abondante, car le peu qui s’y forme par suite
de la désagrégation des conglomérats et des roches cristallines
est entraîné dans les plaines par les pluies torrentielles de
l’hivernage. — On ne trouve guère d’humus que sur les bords
des marigots du Tenda. Il se forme là par suite de la décomposition
des matières végétales qui y abondent. Il manque absolument sur
les bords des marigots du pays de Gamon qui sont, en général,
peu boisés.
_Climatologie._ — Le climat du Tenda et du pays de Gamon ne diffère
pas sensiblement de celui des autres contrées du Soudan. C’est le
climat des pays tropicaux par excellence. L’hivernage y commence
un peu plus tôt que sur les bords du Sénégal, et la saison sèche
y est plus courte que dans les régions plus septentrionales. La
température y subit les mêmes variations et l’atmosphère y
est plus longtemps saturée d’humidité. De plus, le paludisme
s’y fait sentir davantage et nul doute que l’Européen ne s’y
débilite rapidement s’il était forcé d’y résider longtemps. En
résumé, cette région est peu faite pour des organismes habitués
à vivre dans des climats tempérés. La partie la moins malsaine
serait peut-être le village même de Gamon, par le seul fait qu’il
est relativement à l’abri des vents humides du Sud et du Sud-Ouest.
_Flore. Productions du sol. Cultures._ — La flore est peu riche
et peu variée. Nous retrouvons là les mêmes essences que l’on
trouve partout au Soudan, et, en plus, quelques-uns des végétaux
que l’on ne rencontre que dans les rivières du Sud. Légumineuses,
Combrétacées, Cypéracées, Sterculiacées, Malvacées, sont les
principales familles qui y soient représentées. Sur les rives de la
Gambie, on trouve de beaux rôniers et sur les bords des marigots
quelques palmiers. Nous mentionnerons tout particulièrement
le Karité dont on trouve de nombreux échantillons dans le
Tenda surtout. La variété mana y est bien plus commune que la
variété Shée. Dans les marigots situés entre Bady et Gamon
abonde le Belancoumfo. Nous pourrions citer encore un grand nombre
de végétaux, mais ce serait répéter ce que nous avons déjà
dit. Les habitants exploitent en petite quantité le Karité, et
ils ne fabriquent guère de beurre que ce qu’il leur faut pour
leur consommation.
Le Malinké du Tenda se livre particulièrement à la culture. J’ai
cru remarquer que les hommes s’y adonnaient plus volontiers que
dans les pays voisins. En tout cas, leurs lougans sont toujours et
partout très bien entretenus. On y trouve en abondance tout ce
que les Noirs sont habitués à cultiver ; le mil, l’arachide,
le maïs, les haricots, le fonio, le riz y sont très abondants,
et il est rare qu’il y ait jamais de famine. Autour des villages
on voit de nombreux petits jardins où sont cultivés avec succès
courges, calebasses, tomates, tabac, oseille et ces délicieux petits
oignons dont est si friand l’Européen appelé à vivre dans ces
régions désolées. Ce n’est guère que dans le Tenda que j’ai
vu cultiver sur une grande échelle cette Aroïdée dont les turions
sont connus sous le nom de Diabérés et que les indigènes mangent
avec tant de plaisir et en si grande quantité. Les procédés
de culture employés y sont les mêmes que ceux des autres pays
du Soudan et l’étendue de terrain ensemencée chaque année ne
dépasse pas le cinquième de ce qui pourrait être cultivé.
_Faune. Animaux domestiques._ — La faune est peu variée. Nous
citerons parmi les animaux nuisibles : la panthère, le guépard, le
lynx, le lion, le chat-tigre, etc., etc. Parmi les animaux sauvages,
mais non nuisibles, nous mentionnerons tout particulièrement,
les antilopes, biches, gazelles, singes et surtout l’hippopotame
et l’éléphant que l’on trouve en grand nombre dans les
plaines avoisinant la Gambie. Les gens du Tenda s’adonnent
fréquemment à la chasse de ces grands animaux et elle est souvent
fructueuse. L’ivoire qu’ils récoltent ainsi est échangé à
Mac-Carthy ou à Yabouteguenda contre de la poudre, du sel, des
kolas, des étoffes, etc., etc. Il n’en vient jamais à notre
comptoir de Bakel, bien qu’il ne soit guère plus éloigné que
la colonie anglaise.
Les habitants du Tenda sont des apiculteurs émérites. Tout autour
des villages, les arbres sont couverts de ruches et la quantité de
miel et de cire qui s’y récolte est relativement considérable. Le
miel est consommé sur place et la cire, mise en pains, est vendue
à Mac-Carthy. Les ruches dont se servent les Malinkés du Tenda
sont en bambous ou en chaumes de Graminées tressés. Elles ont à
peu près la forme de cet engin de pêche dont on se sert en France
pour prendre les goujons dans les eaux courantes et qui ressemble à
une bouteille. Les abeilles pénètrent dans l’intérieur par une
ouverture. La cavité est cloisonnée et c’est sur ces cloisons
que les abeilles construisent leurs rayons. La forme de ces ruches
est celle d’un cône. Pour retirer le miel, il suffit d’enlever
la ruche de l’arbre et de soulever le fond qui est mobile. Tous
ne savent pas procéder à cette opération et se préserver des
piqûres. Il en est dont le seul métier est de récolter le miel,
moyennant une modique redevance.
En leur qualité de Malinkés, les habitants du Tenda se livrent
relativement peu à l’élevage. Aussi leurs troupeaux sont-ils bien
moins nombreux qu’ils pourraient l’être. On trouve cependant
dans les villages des bœufs, des moutons et surtout beaucoup de
chèvres. Les poulets y sont aussi très communs.
_Populations._ — _Ethnographie._ — Relativement à son
étendue, le Tenda, en y comprenant le pays de Gamon, est fort peu
peuplé. C’est à peine s’il compte de trois à quatre mille
habitants répandus dans neuf villages : _Bady_, _Iéninialla_,
_Dalésilamé_, _Niongané_, _Sansanto_, _Bamaky_, _Kénioto_,
_Talicori_, _Gamon_. La population du Tenda, proprement dit, ou
Tenda-Touré, comme on l’appelle, est presque uniquement composée
de Malinkés.
Les premiers habitants du Tenda furent des Malinkés de la famille des
_Sania_ qui émigrèrent du Bambouck sous la conduite de Fodé-Sania,
un des lieutenants de Noïa-Moussa-Sisoko. Ils quittèrent leur chef
en même temps que les Sania du Kantora dont ils sont, du reste,
parents ; mais pendant la route, une partie de la caravane, attirée
et captivée par la richesse en gibier du pays et par la fertilité
du sol, se sépara des autres et se fixa dans le Tenda-Touré. Ce
sont encore les Sania qui sont les chefs du pays. Ils ne fondèrent
que deux villages, Bady et Bamaky. Bady est encore aujourd’hui
la résidence du chef du Tenda-Touré. Le chef actuel se nomme :
Faramba-Sania. C’est un vieillard absolument impotent, abruti par
l’abus des liqueurs alcooliques.
Peu après l’installation des Sania dans le Tenda vinrent se
fixer auprès d’eux bon nombre d’autres familles malinkées qui
émigrèrent soit du Bondou, soit du Bambouck, soit des bords de
la Falémé pour se soustraire aux attaques incessantes des almamys
pillards du Bondou. Enfin, il y a une trentaine d’années, quelques
familles, à la suite de la conquête du Ghabou et de la majeure
partie du Kantora par Alpha-Molo et son fils Moussa, le chef actuel
du Fouladougou, vinrent encore se réfugier dans le Tenda et demander
l’hospitalité aux Sanias. Malgré ces émigrations successives et
souvent nombreuses, la population du Tenda n’a jamais été plus
nombreuse qu’elle ne l’est maintenant. Cela tient à ce que ce
pays a toujours été en butte aux attaques des almamys du Bondou
et qu’ils l’ont souvent pillé et ravagé. Nous y reviendrons
plus loin.
Il n’y a plus guère maintenant dans tout le Tenda-Touré que deux
villages qui ne soient pas musulmans. C’est Bady et Bamaky, c’est
à dire les villages des Sanias, les chefs du pays par droit de
premiers occupants. Ils ont conservé les habitudes d’intempérance
de leurs ancêtres et sont grands amateurs de gin, tafia, absinthe,
dolo, en un mot de toute espèce de liqueurs alcooliques. Ils ne
diffèrent en rien de leurs congénères du Kantora, du Ouli, du
Bambouck, etc., etc. Comme ceux que nous avons visités partout,
les Malinkés, proprement dits, du Tenda-Touré sont voleurs,
pillards, menteurs, ivrognes, dégoûtants, et leurs villages sont
d’une saleté repoussante. Les Musulmans sont moins abrutis que
leurs congénères ; leurs villages sont plus propres et mieux
entretenus. Ils sont également moins paresseux et s’adonnent
plus volontiers au commerce et à l’agriculture. Aussi leurs
lougans sont-ils généralement bien cultivés, leurs récoltes sont
meilleures et plus abondantes. On sent qu’il règne, en un mot,
dans leurs villages, un bien-être qui est absolument inconnu chez
leurs voisins.
L’islamisme a fait dans le Tenda-Touré de rapides progrès. Déjà
bien avant le prophète El Hadj Oumar, la majorité de la population
professait la foi musulmane. Cette religion qui convient si bien
aux mœurs et aux aspirations naturelles de la race noire a fini
par être adoptée par tous ceux qui vinrent se grouper autour des
Sanias. Il n’y a que cette famille qui soit restée fidèle à son
culte pour l’alcool, et encore, s’ils ne sont pas musulmans de
fait, ils le sont certainement de cœur. S’ils ne font pas Salam,
c’est uniquement parce qu’ils ne pourraient pas s’enivrer à
leur aise. Tout dans leurs actes, soit publics, soit domestiques,
indique qu’ils se sont déjà inclinés devant le Koran, et,
au Tenda comme dans tous les autres pays Bambaras et Malinkés,
du reste, les conseillers les plus influents des chefs, ceux dont
les avis font autorité, sont toujours des marabouts renommés par
leur piété et leur austérité.
Nous avons vu que, dans le pays de Gamon, il n’y a qu’un
seul village, Gamon, grosse agglomération de plus de douze cents
habitants. Gamon a les mêmes origines que Tamba-Counda. C’est
un village de captifs. Il fut fondé, il y a déjà de nombreuses
années, par un captif Malinké, évadé du Bondou et nommé
_Samba-Takourou_. Peu à peu son village grandit et d’autres captifs
évadés vinrent se fixer auprès de lui avec leurs familles. Il
ne tarda pas à y avoir là un centre important de population. Ils
construisirent alors un fort tata et se retranchèrent solidement
derrière les murs. Bien leur en prit. Les almamys du Bondou, comme
nous le verrons plus loin, encouragés par l’origine même du
village, tinrent à honneur de venir souvent l’attaquer. Gamon
résista toujours à leurs assauts et infligea à ces pillards
de profession de sanglantes défaites bien méritées, du
reste. D’ailleurs, les habitants de Gamon ne le cédaient à
personne pour voler et piller les caravanes qui s’aventuraient
dans ces régions. Il fallut notre intervention pour faire cesser cet
état de choses qui persista jusqu’au jour où, en 1887, le colonel
Galliéni plaça le Tenda et le Gamon sous notre protectorat. Avec
de telles origines, on comprend ce que doit être la population de
Gamon. C’est un ramassis de gens de toutes nationalités et de
toutes races, mais ce sont les Malinkés qui dominent. Le chef est
toujours un Malinké de la famille des Takourou. Le chef actuel se
nomme Koulou-Takourou. Il n’y a, pour ainsi dire, pas de Toucouleurs
à Gamon, mais on y trouve des Bambaras, des Sarracolés, et surtout
des Malinkés. Les Musulmans dominent et la famille du chef appartient
à la religion du prophète. Du reste, chacun est libre à ce point de
vue, et lors même que l’on ne fait pas le Salam, on peut être sûr
de trouver à Gamon, près des Musulmans, aide et protection. Dans
tous les pays voisins, il est d’usage de regarder comme libre,
tout captif qui réussit à gagner Gamon. Il est certain de trouver
là un refuge et la liberté. Si son maître se hasardait à venir
le réclamer, il serait défendu par tous les guerriers du village,
et l’on sait ce qu’il en coûte de s’adresser à Gamon. Aucun
chef n’a jamais pu s’en emparer et c’est à cela qu’il doit
tout son prestige.
Aujourd’hui Gamon est bien déchu de son ancienne splendeur. Ce
n’est plus la forteresse qui a tenu tête à tous les guerriers
de Bondou, et à la porte de laquelle il fallait montrer patte
blanche pour entrer. Son tata, renommé partout autrefois par son
épaisseur et sa solidité, tombe en ruines. Par les décombres, on
peut aisément juger de ce qu’il était jadis. Celui qui entoure
les cases du chef est un peu mieux entretenu, sans cependant être
en bon état. Quant au village lui-même, c’est un village Malinké
dans toute l’acception du mot. C’est tout dire.
_Organisation politique._ — Il n’existe, pour ainsi dire,
pas d’organisation politique dans le Tenda. L’autorité y est
représentée par le chef de la famille des Sanias, qui réside à
Bady, Faramba-Sania, qui porte le titre de Massa. Cette autorité
est plutôt nominative que réellement active. C’est, du reste,
chez les Malinkés, une coutume de ne pas obéir au chef. Il est
plutôt une sorte de juge que l’on consulte dans les circonstances
graves sans jamais pourtant suivre ses conseils. Eux-mêmes, du reste,
font tout ce qu’il faut pour ne pas être obéis et pour perdre
vis-à-vis de leurs sujets le peu de prestige que la naissance aurait
pu leur donner. Dans la majorité des cas, quand, par hasard, il veut
faire acte d’autorité, il est toujours obligé de capituler. Il
n’existe aucun impôt. Les différents villages ne payent au Massa
et à leurs chefs aucune redevance. Chaque village est, pour ainsi
dire, indépendant chez lui et règle lui-même les affaires.
Il existe dans le Tenda et le pays de Gamon trois chefs absolument
indépendants :
1o Le chef du Tenda-Touré, qui réunit autour de lui les villages
suivants : _Bady_, où il réside, _Iéninialla_, _Dalésilamé_,
_Niongané_, _Sansanto_, _Bamaky_ et _Kénioto_ ;
2o _Gamon_, qui ne relève que de son chef ;
3o _Talicori_. Ce village est peuplé par des Malinkés musulmans
de la famille des _Sanés_, venus comme les Sanias du Bambouck. Le
chef actuel se nomme _Ouali-Sané_. Talicori peut avoir environ six
cents habitants.
Dans ce dernier village, il n’existe pas plus d’organisation
politique que dans le Tenda-Touré proprement dit. C’est
l’anarchie la plus complète. Tout le monde commande et personne
n’obéit.
_Rapports du Tenda avec les pays voisins._ — Le Tenda vit en bonne
intelligence avec les pays voisins, le Bondou, le Ouli, le Diaka,
le Niéri et le Tiali. Mais il n’en a pas toujours été ainsi
et ce n’est que depuis notre intervention dans ses affaires
que la paix règne dans le pays. Les almamys du Bondou se sont
pendant de longues années acharnés contre lui. Sous prétexte de
faire la guerre aux infidèles et de les convertir à l’Islam,
leurs colonnes les ont souvent attaqués, ont détruit beaucoup
de leurs villages et emmené leur population en captivité. La
religion n’était que le prétexte et le vol et le pillage ont
toujours été les motifs qui les ont toujours guidés dans leurs
campagnes contre ce malheureux pays. Depuis Maka-Guiba il n’y
eut pas, pour ainsi dire, d’almamy qui ne se crut pour un motif
quelconque obligé d’aller attaquer un quelconque des villages
du Tenda. Mais celui qui se distingua particulièrement dans ces
injustes guerres fut Boubakar-Saada. Quand, après la prise de
Guémou sur les Toucouleurs par le lieutenant-colonel Faron, en
1859, Boubakar eût été délivré de ses pires ennemis, il ne
songea plus qu’à reconquérir par les armes tous les captifs
que lui avaient enlevés les guerres qu’il avait eu à soutenir
contre les lieutenants d’El Hadj Oumar. Sous prétexte que le
Tenda s’était alors joint à ses ennemis et que ses habitants
retenaient de force les émigrés du Bondou qui y étaient venus
chercher refuge, et s’opposaient à leur retour dans leur patrie,
il marcha vers le mois de mars 1860 contre Talicori et s’en empara
sans coup férir. Les Malinkés n’opposèrent aucune résistance
sérieuse. Les deux frères du chef périrent dans le combat, et
Boubakar revint à Senoudébou, sa résidence, avec un riche butin
composé principalement de captifs et d’étoffes du pays. — En
1862, sans aucun motif, il alla attaquer le village de _Guénou-Diala_
non loin de Bamaky. Surpris, Guénou-Diala fut emporté presque
sans combat. Les guerriers furent massacrés, le village pillé
et détruit et la population fut emmenée en captivité dans le
Bondou. En décembre de la même année, nouvelle campagne contre le
Tenda. Cette fois c’est _Sitta-Ouma_ que Boubakar vint attaquer
sous prétexte que les habitants de ce village avaient pillé une
caravane du Bondou. Sitta-Ouma tomba sous les coups de l’almamy
qui y fit un riche butin en captifs et en bœufs surtout. Ces
deux villages détruits par les Toucouleurs du Bondou n’ont pas
été reconstruits. Mais en 1864, il essuya devant _Tinguéto_,
village situé dans les environs de Bady et aujourd’hui disparu,
une sanglante défaite bien qu’il fût venu l’attaquer à la
tête d’une forte armée composée de Toucouleurs du Bondou et de
leurs alliés du Natiaga et du Khasso. Boubakar, dans cette affaire,
échappa par miracle aux guerriers Malinkés. En 1870, par exemple, il
prit une éclatante revanche et s’empara du village de _Sitta-Ouma_,
que les Malinkés échappés au pillage de l’ancien village de ce
nom avaient construit non loin des ruines de ce dernier. Cette fois,
le nouveau Sitta-Ouma fut détruit de fond en comble et toute sa
population fut emmenée en captivité dans le Bondou. — En 1874,
au mois de mars, les derniers habitants de ce village, attaqués
de nouveau dans leurs ruines par Ousmann-Gassy, fils de Boubakar,
se défendirent avec acharnement. Ousmann-Gassy parvint cependant
à y pénétrer et à y faire quelques prisonniers ; mais il en fut
vivement chassé par les défenseurs qui s’étaient retranchés
au milieu des ruines de l’ancien tata du chef. Obligé de battre
en retraite, il fut sans cesse en butte aux attaques des Malinkés
qui le poursuivirent pendant plusieurs jours. Il perdit dans cette
campagne un grand nombre de guerriers, et, parmi eux, le chef de
Dalafine (Tiali). Il réussit cependant à ramener quelques captifs
à Sénoudébou.
Un traité conclu entre Boubakar, les chefs du Tenda-Touré et de
Gamon mit fin à ces guerres continuelles. Mais la paix ne devait
pas régner longtemps. En effet, au mois de mars 1881, Boubakar
se disposait à marcher avec ses alliés du Guoy, du Kaméra, du
Fouta-Toro et du Khasso contre Koussalan (Niani), lorsqu’arrivé
à Sambardé, sur les bords du Niéri-Kô, il y fit la rencontre
de quelques dioulas du Bondou qui vinrent se plaindre à lui
qu’en revenant du Niocolo, où ils étaient allés commercer,
ils avaient été pillés par les guerriers de Gamon, et, malgré
leurs réclamations, on n’avait jamais voulu leur rendre leurs
marchandises. Le traité passé avec les chefs du Tenda était
donc ouvertement violé. Boubakar envoya alors quelques cavaliers
à Gamon pour le leur faire remarquer, mais le chef du village et
ses notables leur répondirent avec arrogance, les maltraitèrent
même et les chassèrent du village en leur déclarant que si
Boubakar voulait avoir les marchandises qu’ils avaient pris aux
gens du Bondou, il n’avait qu’à venir les chercher. A cette
nouvelle, Boubakar, furieux, renonça alors à son expédition
contre Koussalan et marcha contre Gamon. Il comptait bien s’en
emparer dans la première quinzaine d’avril ; mais toutes ses
attaques furent repoussées et il dut se retirer à Bentenani pour
pouvoir le harceler sans cesse par des escarmouches répétées,
avant de donner un assaut définitif. Aussi, peu de jours après,
envoya-t-il contre Gamon trois cents guerriers environ, sous la
conduite de ses fils Saada-Amady et Ousmann-Gassy. Le 30 avril,
ils arrivèrent devant Gamon, échangèrent quelques coups de fusil
avec les défenseurs et s’emparèrent de quelques bœufs. Mais
ils ne purent s’emparer du village et furent obligés de rentrer
à Bentenani quelques jours après, sans avoir obtenu de résultats
appréciables. Gamon résistait à toutes les attaques. Cela dura
ainsi jusqu’au mois de juin suivant, époque à laquelle les
habitants de Gamon, voyant que la saison des semailles approchait,
comprirent que s’ils voulaient cultiver en paix leurs lougans, il
leur importait de traiter avec Boubakar pour échapper à la famine
qui les menaçait. Le chef vint donc trouver l’almamy à Bentenani,
s’entendit avec lui et un nouveau traité fut conclu. Boubakar
revint alors hiverner à Sénoudébou avec ses guerriers.
Mais ce nouveau traité ne devait pas mieux être observé par
Gamon que l’ancien. De nouveau, les guerriers de ce village se
livrèrent à des pillages en règle des caravanes du Bondou. Boubakar
résolut d’en finir cette fois avec eux. Il leva donc une nombreuse
armée, dans ce but, et aidé par ses alliés du Guoy, du Kaméra,
du Khasso et du pays de Badon, il vint camper, au mois de janvier
1883, à Bentenani, d’où il expédia, comme la première fois,
des émissaires à Gamon, pour sommer les habitants d’avoir à
lui rendre les marchandises qu’ils avaient volées à ses hommes
ou bien l’équivalent. Le chef refusa de les recevoir et les
fit immédiatement chasser du village sans même leur permettre de
s’y reposer un instant. Boubakar procéda alors comme il l’avait
fait à sa précédente campagne et se mit à les harceler par des
colonnes volantes jusqu’au mois de juillet, époque à laquelle
les plaines marécageuses du Tenda étant inondées, les cavaliers
ne pouvaient plus tenir la campagne. Il ajourna donc ses projets,
hiverna à Bentenani et attendit le retour de la belle saison pour
frapper un coup décisif.