Les porteurs sont réunis à l’heure dite et, à cinq heures, au

point du jour, nous pouvons nous mettre en route. Aucun incident à

noter. Nous marchons d’un bon pas pour nous réchauffer. — A 5

h. 45, nous traversons le marigot de _Barsancounti_. En cet endroit,

il n’a pas moins de cinquante mètres de largeur. Fort heureusement

les habitants de Iéninialla ont eu l’excellente idée de construire

au-dessus de son cours un pont en bois, primitif il est vrai, mais

qui est assez ingénieux. Il se compose de deux rangées de pieux

solidement enfoncés dans le lit du marigot, et distants les uns des

autres d’environ 80 centimètres. Les deux rangées sont séparées

l’une de l’autre par un intervalle d’un mètre cinquante

centimètres environ. C’est la largeur du tablier. Ces pieux

sont réunis entre eux par des traverses longitudinales solidement

attachées à l’aide de cordes de bambous. Sur ces traverses repose

le tablier qui est formé de pièces de bois jointives réunies entre

elles, à leur extrémité, par des cordes également en bambous

ou en fibres de baobab. Tout le convoi passe sur ce pont sans aucun

accident. On est obligé cependant de faire passer mon cheval à la

nage. L’eau est absolument glacée. A six heures vingt-cinq nous

traversons le marigot de _Sekoto_ et enfin à huit heures quinze la

rivière _Balé_. Le fond de ce petit cours d’eau, à peine large

de 40 mètres, est excessivement vaseux et couvert d’une épaisse

couche de détritus végétaux. Il faut se mettre à l’eau et ce

n’est qu’au prix de mille difficultés et en enfonçant dans la

vase jusqu’à mi-jambes que nous arrivons sur la rive opposée. A

quelques kilomètres de là nous rencontrons plusieurs guerriers

de Gamon que le chef envoie au devant de nous pour nous escorter

et nous conduire au village. Ils nous apportent des peaux de bouc

remplies d’une eau fraîche et limpide. Elle est la bienvenue,

et, après nous être désaltérés, nous nous remettons tous en

route. Enfin, à onze heures quarante-cinq minutes, nous arrivons

à Gamon, après avoir traversé à quelques centaines de mètres

du village le petit marigot de _Diéfagadala_ dont les bords sont

couverts de superbes rizières.

La route de Iéninialla à Gamon suit une direction générale

à peu près Est. La distance qui sépare ces deux villages est

environ de 29 kilomètres. Ce trajet présente comme difficultés

sérieuses le passage des marigots dont le fond, celui surtout de

la rivière Balé, est extrêmement vaseux. Pas de collines. Le pays

est absolument plat et couvert d’une brousse épaisse.

Au point de vue géologique, on ne rencontre pas de terrains

nouveaux. Ce sont toujours les mêmes, argiles, latérite et

plateaux ferrugineux. En quittant Iéninialla, on suit le banc de

latérite qui commence à deux kilomètres environ à l’Ouest du

village. Ce banc fait place brusquement aux argiles et aux vases

qui couvrent les rives du Barsancounti-Kô et que l’on trouve

à deux kilomètres environ avant d’arriver sur les bords de

ce marigot. Nous signalerons un petit banc de latérite entre

le Barsancounti-Kô et le Sekoto-Kô et qui est cultivé. Dès

que l’on a quitté la plaine marécageuse qui s’étend à un

kilomètre cinq cents mètres du Sekoto, on traverse un vaste plateau

ferrugineux absolument nu. Ce plateau se termine brusquement à cinq

cents mètres de la rivière Balé pour faire place à un vaste

marécage à fond argileux qu’il faut traverser pour arriver à

la rivière. Nouvelle plaine marécageuse sur la rive gauche de la

rivière, puis argiles pendant trois kilomètres environ. La route

traverse ensuite un petit plateau formé de quartz ferrugineux et,

à partir de là, ce ne sont plus que des argiles. La latérite

réapparaît à cinq kilomètres environ avant d’arriver à Gamon

en deux petits îlots de peu d’étendue. Enfin, la colline sur

laquelle est construit le village est elle-même formée d’argiles

recouvrant un sous-sol de quartz et de conglomérats ferrugineux.

Le fond des marigots est formé d’une couche épaisse de vase

qui repose sur des argiles grasses et très profondes. Tous ces

cours d’eau sont tributaires de la rivière Balé, laquelle

est formée par l’apport des marigots d’une grande partie du

Tiali. Elle se jette dans la Gambie. Le marigot de Diéfagadala,

qui passe à Gamon, se jette dans le marigot de Couiankô, lequel

se rend au Niocolo-Koba. Le marigot de Couiankô fait communiquer

le Niéri-Kô avec le Niocolo-Koba.

Au point de vue botanique, nous signalerons tout particulièrement

les fourrés de bambous qui s’étendent sur les rives des marigots

et les lianes delbis et sabas (_Vahea_) qu’on y rencontre partout

en quantités considérables. Signalons encore la présence de

beaux fromagers, baobabs et nétés. Pendant la route mes hommes

me montrèrent deux végétaux dont on utilise les racines dans la

pharmacopée indigène. C’est le _Nando_[23] et le _Fouff_[24]. Le

nando est préconisé surtout contre les coliques et le fouff contre

la blennorrhagie. Cette dernière racine est caractérisée par une

pénétrante odeur qui ressemble un peu à celle du jasmin[25]. Ces

deux végétaux sont encore assez communs dans le Cayor et dans les

environs de Khayes.

Dans l’intérieur même du village de Gamon existe un assez

grand nombre de papayers et de dattiers, et, dans les cours des

habitations, nous avons remarqué de nombreux pieds de piments dont

les indigènes ont un soin jaloux. Le dattier que l’on trouve

au Soudan, dans le Kaméra, le Guidimakha, le Tiali, le Niéri,

le pays de Gamon appartient à une variété de petite taille. Il

prospère à merveille et les dattes qu’il donne sont excessivement

savoureuses. Malheureusement les indigènes ne s’adonnent que fort

peu à la culture de ce précieux végétal. Je suis persuadé que,

dans certaines régions, il serait très facile de le multiplier,

et de créer de belles plantations. Ceux que nous avons vus à Gamon

étaient arrivés à complet développement et, d’après le dire

des habitants, donneraient chaque année une abondante récolte.

Le piment qui est le plus généralement cultivé par les indigènes

appartient à cette variété que l’on désigne sous le nom de

_Poivre de Cayenne_ (_Capsicum frutescens_. L. Solanées). Il est

rouge vif, long de 20 à 30 millimètres, large de 7 à 9 à sa

base, rétréci au voisinage du calice, qui est cupuliforme. Son

odeur est très forte, caractéristique, et sa saveur d’une

âcreté insupportable. Les noirs en sont très friands et s’en

servent pour assaisonner leur couscouss dont il relève le goût

fade et écœurant. Le piment est, de plus, regardé par eux

comme un véritable spécifique contre les hémorrhoïdes. Pour

l’administrer, ou bien ils se contentent de le mélanger à doses

assez fortes avec les aliments, ou bien ils le pilent quand il est

sec et absorbent dans du lait trois ou quatre grammes de la poudre

ainsi obtenue. Il faut avoir le palais des noirs pour ingurgiter

ainsi une dose aussi forte de poudre de piment. Mais, administrée

dans du pain azyme, elle ne cause aucun désagrément. Nous avons pu

en faire nous-même l’expérience et le résultat que nous avons

obtenu a été concluant sous tous les rapports.

_Gamon_ est un gros village de près de 1200 habitants. Sa population

est formée de Malinkés marabouts pour la grande partie. De plus,

il s’y trouve des habitants appartenant à toutes les races du

Soudan : nous y reviendrons plus loin lorsque nous traiterons de

l’ethnographie de ce pays. — Nous y fûmes très bien reçus et

on nous donna à profusion tout ce dont nous avions besoin : mil pour

mon cheval, couscouss pour mes hommes, œufs et viande fraîche pour

moi. De plus, je suis très bien logé, dans une belle case, vaste

et bien aérée. Aussi n’ai-je pas trop souffert de la chaleur,

bien qu’elle fût absolument torride ce jour-là.

Dans l’après-midi, le chef vint me voir avec ses principaux

notables. C’est un homme jeune encore, peu loquace et très

intelligent. Son nom est Koulou-Takourou. Il se fit auprès de moi

l’écho des plaintes de tous les habitants du village. Depuis

qu’ils se sont placés, me dit-il, sous notre protectorat, nous

n’avons rien fait pour eux. Ils sont à chaque instant pillés

par les Peulhs du Tamgué et nous ne faisons rien pour les protéger

contre leurs incursions. Dernièrement encore, un parti de rôdeurs

s’est avancé jusque sous les murs du village et ils ont enlevé

deux hommes et sa propre fille. Il désirerait, ajouta-t-il, être

autorisé à faire sa police lui-même et à se défendre contre ses

ennemis puisque nous ne pouvons pas nous en occuper. Je lui promis de

parler de tout cela à qui de droit. C’est tout ce que je pouvais

lui répondre et tout ce que je pouvais faire.

* * * * *

CHAPITRE XVIII

[Illustration : _Damentan Tenda et Gamon_]

Le Tenda et le pays de Gamon. — Frontières, Limites. — Aspect

général du pays. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution

géologique du sol. — Flore, productions du sol, cultures. —

Faune, animaux domestiques. — Populations. — Ethnographie. —

Organisation politique. — Rapports avec les pays voisins. —

Rapports avec les autorités françaises.

Bien que le Tenda et le pays de Gamon soient deux pays absolument

distincts, bien qu’ils n’aient entre eux aucun lien politique ou

administratif, il est d’usage de les accoler ainsi. Nous suivrons

donc cet usage pour la description physique du pays, nous réservant

de faire ensuite des chapitres particuliers pour ce qui les intéresse

aux autres points de vue.

Le Tenda, en y comprenant le pays de Gamon, forme un petit État

qui, sans être étendu et considérablement peuplé, a cependant

pour nous, au point de vue de notre influence en Gambie, une réelle

importance. Aussi en donnerons nous une description aussi complète

que possible sous tous les rapports.

_Frontières, limites._ — Les frontières du Tenda, à l’encontre

de celles des autres pays que nous avons visités, sont assez

nettes. Ses limites extrêmes sont à peu près comprises entre

les 15° 30′et 14° 45′ de longitude Ouest et les 12° 55′ et

13° 17′ de latitude Nord. Au Sud, il est borné par la rivière

Gambie, à l’est par le Niocolo-Koba, affluent de la Gambie, au

Nord par une ligne fictive qui, partant du Niocolo-Koba au point où

cette rivière reçoit le marigot de Situdiouma-Kô, se dirige au

nord-ouest jusqu’aux environs de Gamon, passe entre ce village

et celui de Bokko dans le Diaka, s’infléchit un peu vers le

sud jusqu’à la mare de Tioké, et, enfin, de ce point se dirige

franchement au sud vers la Gambie, qu’elle atteint au point où

se jette le marigot de Dialakoto. Du reste, dans tout ce parcours,

elle suit le marigot qui forme la frontière ouest du Tenda.

Le Tenda confine au sud au pays de Damentan dont le sépare la Gambie,

à l’ouest au Diaka et au Ouli, au nord au Diaka et au pays désert

qui le sépare du Tiali, enfin à l’est et au sud-est au pays

de Badon.

_Aspect du pays._ — L’aspect général du pays est tout différent

suivant que l’on parcourt la région sud ou la région nord. Toute

la région sud, qui avoisine les rives de la Gambie, est d’une

tristesse inimaginable. Ce n’est qu’une vaste plaine absolument

stérile, couverte par les eaux pendant l’hivernage, desséchée

pendant la bonne saison et couverte alors d’une végétation de

nature absolument palustre. Par-ci par-là, quelques arbres rares

et rabougris émergent au-dessus d’une brousse épaisse dont les

Carex et autres Cypéracées forment les principaux éléments. Ces

derniers végétaux prospèrent là à merveille et y atteignent

des dimensions telles que chevaux et cavaliers y disparaissent

complètement. Les sentiers y sont à peine visibles, cachés au

milieu des herbes qui les recouvrent et transformés en véritables

fondrières par les hippopotames et les éléphants qui abondent

dans toute cette région. Cette plaine s’étend jusqu’au Ouli. A

mesure qu’on s’élève dans le nord, le terrain devient plus

accidenté, mais ce n’est qu’à sept kilomètres environ des

rives du fleuve que l’on commence à apercevoir les premières

ondulations du sol. Dans la région nord, le pays change absolument

d’aspect, et nous y retrouvons ces plaines et ces petites collines

qui caractérisent le Soudan dans sa partie Est. Là, le sol est

éminemment fertile. Dans chaque vallée, se trouve un petit village

qui est toujours entouré de belles cultures. Nulle part, je n’ai vu

un petit coin de terrain aussi gai et aussi bien cultivé que cette

riante vallée qui s’étend de Bady au marigot de Barsancounti,

lequel se trouve à trois kilomètres et demi environ au nord-est

de Iéninialla. Ce n’est qu’une suite ininterrompue de beaux

lougans qu’arrosent de petits marigots dont les rives sont couvertes

d’une luxuriante végétation. Toute la partie de la région nord

qui confine au Diaka est également très riche. C’est là où

s’élevaient autrefois les principaux villages du Tenda. La guerre

a malheureusement presque complètement dépeuplé ce pays.

A partir de Gamon et jusqu’au Niocolo-Koba, c’est la désolation

dans toute l’acception du mot. C’est la véritable steppe

soudanienne avec ses roches nues et sa végétation rachitique. Le

pays y est d’une aridité remarquable, et c’est à peine si, sur

les bords des marigots, on rencontre quelques rares bambous, quelques

rares essences botaniques qui sont l’apanage des terrains pauvres en

humus. Les bords de la Gambie y sont comme partout couverts d’une

luxuriante végétation, mais qui s’étend à peine à deux cents

mètres à l’intérieur des terres.

_Hydrologie._ — A ce point de vue le Tenda et le pays de Gamon

appartiennent tout entiers au bassin de la Gambie. C’est de ce

fleuve, en effet, que sont tributaires tous les marigots que l’on

y rencontre et c’est elle qui reçoit également deux petites

rivières, le Niocolo-Koba et la rivière Balé, qui arrosent ses

régions sud-est et nord-est. Il n’y a que fort peu de marigots qui

se jettent directement dans la Gambie et encore sont-ils de maigre

importance. Presque tous se rendent soit à la rivière Balé, soit

au Niocolo-Koba ou plutôt, ce qui serait plus exact, se réunissent

pour former ces deux rivières. Beaucoup de ces marigots communiquent

entre eux ou bien même communiquent avec le Nieri-Kô ou avec des

marigots qui appartiennent au bassin de ce dernier.

La Gambie sert de limite sud au Tenda pendant environ cinquante-cinq

kilomètres de son cours, du confluent du Niocolo-Koba à la naissance

du marigot de Dialakoto qui sépare le Tenda du Ouli. Cette partie de

son cours n’a encore été l’objet d’aucune étude sérieuse. Je

doute même qu’elle ait jamais été parcourue par un explorateur

quelconque. On ne s’est guère jusqu’à ce jour avancé plus loin

que le barrage de Kokonko-Taloto, ou l’embouchure de la rivière

Grey. Golberry reconnut, en effet, le confluent de cette dernière

avec la Gambie, mais il n’a pas fait, de son cours entre ces deux

points une étude hydrologique qui mérite d’être signalée. Tout

ce que nous en pouvons dire, c’est en interrogeant les hommes

du pays et particulièrement les chasseurs d’éléphants et

d’hippopotames que nous l’avons appris. Sa largeur moyenne serait

au moment des plus basses eaux de trois à quatre cents mètres au

maximum. Pendant la saison des pluies elle doublerait et triplerait

même en certains endroits. En toutes saisons, son courant est

excessivement rapide. Son impétuosité augmente considérablement

au commencement de la belle saison, alors que, rentrée dans son

lit, la Gambie reçoit les eaux des affluents et des marigots qui

l’alimentent. Mais à la fin de la saison sèche on ne trouve plus

guère de courant que là où le fleuve trouve un obstacle à son

cours, un petit barrage à franchir. — Elle coule entre deux rives

à pic et le niveau de sa masse d’eau, du jour où il est le plus

élevé à celui où il est le plus bas, varie de douze à quatorze

mètres environ. Les rives sont couvertes d’une riche végétation,

mais elle ne s’étend pas à plus de deux cents mètres au delà du

fleuve. Plus loin c’est la brousse et le marais, surtout sur la rive

droite. Pendant la saison des pluies, alors que ses eaux ont atteint

leur niveau le plus élevé, elle serait navigable pour les chalands

en bois à fond plat, et, pendant la saison sèche, les pirogues

seules pourraient la remonter. On n’y rencontre pas, à proprement

parler, de barrages ; mais son lit est en maints endroits obstrué

par des quantités considérables de roches qui changent son cours

en véritables rapides. Ailleurs ce ne sont que des bancs de sables

très fins ou bien encore son fond est constitué par ces petits

cailloux ferrugineux, ronds, qui proviennent de la désagrégation des

conglomérats. Il n’y a guère que le gué de Voumbouteguenda, où

nous l’avons traversée entre Damentan et Bady qui soit réellement

praticable. Encore ne l’est-il absolument que pendant trois mois de

l’année, janvier, février et mars. La crue du fleuve commence à

se faire sentir dans le courant du mois d’avril, et elle atteint

son maximum vers le milieu de septembre. Pendant la saison des

pluies, ses eaux sont jaunâtres et charrient une grande quantité

de matières terreuses. Pendant la saison sèche, au contraire,

elles sont d’une limpidité parfaite et ne contiennent qu’une

quantité insignifiante de matières organiques. A cette époque de

l’année c’est une eau potable de qualité supérieure et qui

est propre à tous les usages domestiques. On peut la boire sans la

filtrer et sans en être le moindrement incommodé. Mais, pendant

l’hivernage, on ne peut s’en servir qu’après l’avoir fait

reposer, puis décanter et filtrer.

Ainsi que nous l’avons dit plus haut, la Gambie ne reçoit dans le

Tenda aucun marigot qui mérite d’être mentionné. Par contre,

deux rivières assez importantes lui apportent le tribut de leurs

eaux, la rivière Balé et le Niocolo-Koba.

Le _Niokolo-Koba_ n’a pas, à proprement parler, de source ; il est

formé par l’apport d’un grand nombre de marigots qui drainent

les eaux d’infiltration de la partie Nord du pays de Badon ou qui

viennent du Tiali et du Niéri. C’est une jolie petite rivière où

l’eau coule en toutes saisons. Ses berges sont taillées à pic,

comme celles de tous les cours d’eau de cette région. Sa largeur,

qui n’est guère que de 30 à 40 mètres pendant la saison sèche,

atteint 250 à 300 mètres pendant l’hivernage. Son lit est formé

de sables et de roches dans la plus grande partie de son cours. Les

marigots qu’elle reçoit arrosent plutôt le pays de Gamon que le

Tenda proprement dit. Ces marigots sont fort nombreux. En voici les

principaux : Si nous remontons le cours de la rivière, nous trouvons

tout d’abord, à peu de distance de son embouchure, le marigot de

_Kéré-Kô_, qui reçoit lui-même le marigot de _Diéfagadala_. qui

passe à Gamon. Un peu plus haut se trouvent le _Sourouba-Kô_

et le _Firali-Kô_, que l’on traverse en allant de Gamon à

Sibikili. En amont du confluent de ce dernier avec le Niocolo-Koba

se trouve l’_Oussékiri-Kô_ et plus haut l’_Oussékiba-Kô_,

tous les deux de peu d’importance. Enfin le _Condouko-Boulo_,

lequel reçoit le _Saramé-Kô_. Tous ces marigots reçoivent un

grand nombre de marigots secondaires sans aucune importance.

La rivière Balé se jette dans la Gambie à environ trente

kilomètres en aval du confluent du Niocolo-Koba. Comme cette

dernière, elle n’a pas une source propre, elle est formée par

l’apport des eaux d’un grand nombre de marigots qui lui viennent

du Niéri, du Tenda et du Diaka. Elle reçoit, en outre, un grand

nombre de marigots assez importants qui communiquent entre eux pour

la plupart ou qui communiquent avec des marigots tributaires du

Niéri-Kô ou du Niocolo-Koba. Le cours de la rivière Balé est

excessivement sinueux, et, pendant la saison sèche, il est peu

rapide. Sa largeur est d’environ dix mètres pendant la saison

sèche et trente à quarante mètres pendant la saison des pluies. Ses

berges sont à pic et formées d’argiles grasses et très glissantes

qui les rendent difficilement accessibles. Son lit est encombré de

racines, de feuilles et de vases qui forment une couche excessivement

épaisse. Aussi le passage en est-il très difficile surtout pour

les animaux. Tandis que les eaux du Niocolo-Koba sont d’une grande

pureté, celles de la rivière Balé sont, au contraire, en toutes

saisons, absolument souillées. Elles contiennent une grande quantité

de matières terreuses et de détritus végétaux. Aussi pourrait-il

être dangereux d’en faire un usage prolongé. Pour s’en servir

sans en être incommodé, il faut avoir grand soin de les bien

filtrer et encore ne sont-elles jamais, malgré cette précaution,

d’une limpidité parfaite. Cela tient évidemment à la nature

des couches de terrain qui composent son lit. De plus, ses berges

sont excessivement boisées ; outre les grands végétaux qui les

couvrent, des lianes gigantesques forment au-dessus de son cours,

en s’attachant aux arbres, un dôme sous lequel on est absolument

à l’abri des rayons du soleil.

Dans le Tenda, la rivière Balé reçoit deux marigots assez

importants :

1o Le _Barsancounti-Kô_, large, vaseux, dont le courant est pendant

la saison sèche à peine sensible. Il passe à environ quatre

kilomètres de Iéninialla, au nord-est, et reçoit lui-même le

_Nafadala-Kô_, que l’on traverse à environ huit cents mètres à

l’ouest de ce village en venant de Bady ; 2o Le _Sékoto-Kô_, peu

large mais très profond et vaseux. Tous ces marigots renferment un

grand nombre de pieds de Belancoumfo, dont les habitants se servent

journellement comme purgatif. Aux environs des villages leurs bords,

qui sont couverts généralement de vastes marais, sont transformés

en belles rizières d’un grand rapport et dont les Malinkés ont

un soin tout particulier.

Non loin du confluent de la rivière Balé avec la Gambie et à dix

kilomètres en aval environ, se trouve le confluent du marigot de

_Tamou-Takou-Diala_, que l’on rencontre à environ un kilomètre

et demi à l’est du village de Sansanto. Ce marigot peu important

n’est remarquable que par la quantité vraiment prodigieuse de

palmiers qui croissent sur ses bords. A cinq kilomètres environ en

aval de ce dernier nous trouvons le marigot _Fayoli-Kô_ divisé

en deux branches qui passent non loin de Bady, l’une à l’est

et l’autre à l’ouest de ce village. Nous citerons enfin en

terminant le marigot de _Dialacoto_, qui sépare le Tenda du Ouli,

et qui est ainsi appelé du nom du village qui est situé non loin

de son cours et qui borne la frontière du Ouli dans cette région.

Le Tenda, comme on le voit, est assez fortement arrosé. C’est

à n’en pas douter à cette condition qu’il doit la grande

productivité de quelques-unes de ses régions. Cette fertilité

serait bien plus grande si les habitants savaient mettre à profit,

en les canalisant et en les faisant servir à irriguer leurs champs

d’une façon méthodique, ces nombreux cours d’eau dont le sort

les a dotés.

Tous les marigots et rivières dont nous venons de parler suivent

le régime des eaux de la Gambie. Seules les deux rivières Balé et

Niocolo-Koba sont navigables pendant quelques kilomètres seulement

à leur embouchure, pendant les hautes eaux et pour des embarcations

d’un faible tirant d’eau.

Pour les usages domestiques, dans la plupart des villages du Tenda

et à Gamon on ne se sert que d’eau de puits. Ces puits sont peu

profonds en général, car on trouve la nappe d’eau souterraine

à six ou huit mètres au-dessous du sol. L’eau que l’on en

tire est blanchâtre sous une faible épaisseur, elle contient en

petite quantité des matières terreuses dont il est facile de la

débarrasser en la laissant reposer et en la décantant ensuite. Elle

ne contient d’ailleurs aucune matière nuisible. Ces puits, qu’il

faut nettoyer fréquemment, donnent en quantité suffisante l’eau

nécessaire aux besoins des habitants.

_Orographie._ — Le Tenda et le pays de Gamon sont plutôt des pays

de plaines que de montagnes. L’orographie en est des plus simples,

car les reliefs de terrain y sont peu considérables. On ne rencontre,

pour ainsi dire, pas de collines dans le Tenda, proprement dit, et

c’est à peine si le terrain s’élève un peu dans la région

nord-est.

Nous trouvons, au contraire, dans le pays de Gamon quelques rares

chaînes de hauteurs qui sont presque toutes parallèles à la

Gambie et dont la direction est orientée Est-Ouest. L’aspect du

pays change sensiblement, et, aux plaines fertiles du Tenda, ont

succédé des plateaux ferrugineux absolument arides. Ces hauteurs

peu élevées n’atteignent guère que vingt à vingt-cinq mètres

d’élévation et sont les derniers contre-forts du massif rocheux

qui limite à l’ouest le désert de Coulicouna. Dans le Tenda les

marigots et la rivière Balé coulent en plaines ; dans le pays

de Gamon, au contraire, ils coulent, ainsi que le Niocolo-Koba,

entre deux rangées de petites collines orientées pour la plupart

Nord-Est Sud-Ouest. Ces collines sont également peu élevées et

absolument arides.

On rencontre encore dans le Tenda et le pays de Gamon quelques-unes

de ces collines isolées si communes dans tout le Soudan et dont

nous avons eu fréquemment l’occasion de parler dans le cours de

ce travail.

Dans la Haute-Gambie · 第 32 / 54 段